Les pionniers du Metal Oriental, Arkan, sont de retour dans la région ! Ce qui n’est pas pour nous déplaire ! Au contraire, c’est une formation en perpétuelle évolution à laquelle nous nous sommes adressés ! Exit Sarah, bienvenue Manuel ! Et c’est ce que ce changement de line-up a fait le plus grand bien au groupe tant leur nouvel opus, Kelem, sort des sentiers battus. Encore une formation qui risque de faire parler encore bien longtemps…

Propos de Foued Moukid recueillis par Axl Meu

Salut ! Vous vous êtes produits à Lille la semaine dernière. C’était au El Diablo ! Avez-vous aimé l’endroit ? Malheureusement, je n’ai pas pu m’y rendre… C’était comment ? 

Salut ! Nous avons effectivement eu l’opportunité d’y faire résidence pendant une journée afin de rôder notre show et un concert deux jours plus tard. L’accueil de Ben, l’émotion que dégage l’endroit et la chaleur du public du nord ont rendu cette expérience excellente. Je suis toujours heureux de pouvoir jouer dans des salles comme celles-ci qui résistent avec de moins en moins de moyens et une programmation malgré tout très variée.  Nous avions déjà joué à Lille dans le cadre de notre tournée avec Septicflesh… Manuel et moi avions également participé au festival ALIEN(N)ATION il y a quelques années avec The Old Dead Tree… Je dois reconnaître que c’est une bonne surprise à chaque fois !

Comment les fans ont-ils appréhendé vos nouveaux morceaux ? 

Le public était content de nous revoir après tant d’années. Au El Diablo, nos fans étaient assez concentrés… Leur comportement était tout autre lorsque nous avons interprété nos anciens morceaux « Origins » et « Groans Of The Abyss ».  Kelem a bénéficié d’une très bonne promotion, et du coup « Erhal », qui est sorti il y a plusieurs semaines, avait déjà été intégré par ceux qui nous suivent. La réaction du public était déjà donc plus électrique, plus chaude, presque aussi intense que le titre lui-même.

Vous avez changé de chanteur ! Comment Manuel s’est-il approprié les anciens morceaux ? On imagine que ce changement a eu un gros impact sur votre carrière… 

Tout d’abord, je pense qu’il y a un consensus sur le parfait remplacement de Sarah par Manuel. Il s’est approprié les anciens titres avec beaucoup de facilité. Manuel marque vraiment un nouveau tournant dans la carrière du groupe. Nous avions déjà passé une étape en plaçant Sarah au centre de notre album Sofia. Son départ a surpris beaucoup de monde, déçu et peut-être même inquiété nos fans mais c’était sans compter la forte attente des fans de Manuel Munoz. Cette intégration est par ailleurs un symbole fort, puisqu’elle illustre les retrouvailles de deux anciens musiciens de The Old Dead Tree, groupe qui a marqué la scène Metal française à partir de 2003.

Sofia avait divisé votre fan-base… Mais il faut savoir que le groupe avait été marqué par la disparition d’une personne chère. Pensez-vous que vos auditeurs en étaient conscients ? Cela avait marqué votre écriture… 

Sofia nous a permis de réaliser plusieurs choses. Sofia est un album qui nous a permis de toucher un nouveau public : celui qui n’est pas très attiré par le growl. Nous savions que nous pourrions étonner, peut-être même désarçonner ceux de nos fans qui sont attachés à la partie la plus brutale de notre musique mais Arkan est un groupe qui fait la musique qu’il aime et non la musique qu’on lui demande de faire. Kelem en est la preuve une nouvelle fois.

Sofia marquait une évolution mais c’est également le cas avec Kelem.  On sent que vous y avez développé à nouveau l’aspect progressif… Quel était votre but quand vous avez commencé à travailler sur cet album ? 

Notre objectif était de continuer sur la lancée de Sofia puisque le troisième album est souvent celui qui doit marquer les esprits. Nos premières compositions étaient sombres. Elles mélangeaient mélancolie et agressivité… Mais la tournure qu’a pris l’album a changé du tout au tout lorsque sont intervenus les derniers arrangements instrumentaux. À l’époque, nous étions en train de faire un album de synthèse de notre discographie. Il devait reprendre les atmosphères rythmiques et mélodiques de nos anciens albums. L’arrivée de Manuel Munoz au chant a confirmé cette nouvelle direction.

Donc l’album était donc bel et bien composé avant l’arrivée de Manuel Munoz…

Oui, les lignes de chant avaient même déjà été écrites. Mais nous souhaitions toutefois lui laisser les mains libres. Nous l’avons laissé composer comme lui semblait. Il s’est associé à Florent Jannier, le growler guitariste du groupe. Leurs efforts ont porté leurs fruits… En outre, les paroles ont été composées en un temps records. Une première depuis Salam ! 

En écoutant attentivement les paroles, je me suis rendu compte qu’elles avaient toutes un lien avec des événements contemporains, notre quotidien assez tragique. On imagine que vous vous inscrivez dans une démarche à la fois pacifique et engagée…

Nous avons en effet la faiblesse de croire que nous avons un rôle à jouer en tant que musiciens, comme véhiculer un message à nos fans . Sans être naïfs, nous pensons aux vertus de la tolérance. Nous en sommes d’ailleurs parfaitement les fruits. En joignant le geste à la parole, nous avons invité Kobi Farhi à chanter sur l’album Salam et avons participé à une tournée européenne avec le groupe Israélien, Orphaned Land. Ce fut une véritable tournée pour la paix ! Kelem a la même finalité consistant à décrire ce que nous voyons. Peut-être de manière partiale, mais malgré tout de façon sincère, nous apportons notre vision sur une réalité qui nous effraie.

Arkan a signé chez le label nordiste, Overpowered Records. Comment Arnaud vous a t-il convaincus de signer chez lui ?

Arnaud Bondelu est quelqu’un de très persuasif. Nous avons discuté longuement de plusieurs sujets dont certains n’étaient d’ailleurs pas réellement liés à la musique. C’est quelqu’un de passionnant. Lui et moi avons beaucoup de passions communes. Lorsqu’il a été question d’envisager plus précisément une collaboration, nous n’avons pas beaucoup hésité. Sa vision de la musique est très pragmatique. Il a beaucoup de bon sens et une très bonne perception des choses. Overpowered Records pourrait très bien être dans un avenir proche un label qui compte dans le paysage Metal français.

Parle-nous un peu de la pochette de l’album. Quel était le projet de Siro quand il vous a soumis cette pochette ? 

Nous lui avons décrit l’ambiance générale de l’album et envoyé les textes qui évoquent le « Printemps Arabe » et ses conséquences sur les populations concernées. Tu sais, celles qui migrent pour fuir la guerre… Sa proposition était une synthèse de tout ce qu’il avait pu y lire. Son illustration représente indirectement une vision assez réaliste de cette situation qui nous échappe…

La culture Metal Oriental se développe énormément. On doit énormément vous en parler, c’est un fait. On sait que ce n’est pas toujours très bien perçu… Il y a encore beaucoup de chemin à faire. Une tournée spéciale groupes orientaux est-elle envisageable ? 

Arkan a été précurseur dans ce style, nous en sommes convaincus. Beaucoup de groupes se revendiquent de notre héritage et nous en sommes très fiers. Par ailleurs, des groupes d’Afrique ou du Moyen-Orient nous contactent régulièrement pour nous faire part de leurs productions. Leur souhait de partager avec nous leur musique est fort et nous sommes là aussi très touchés. Il y a quelques années, nous avons tourné avec Myrath et Orphaned Land. C’était déjà la tournée des groupes de Metal Oriental ! Donc c’est envisageable !

Le prochain album, c’est pour quand ? 2018 ? 

Oui, je pense que nous allons accélérer notre processus de composition avec l’arrivée de Manuel. Notre musique se prête très bien à l’univers singulier de ce dernier. Ils prévoient de démarrer son travail avec Mus dès le mois de février prochain. La sortie d’un nouvel album fin 2018 est dès lors tout à fait possible.

Ma dernière question est philosophique. Le philosophe Kant a dit: « La musique, c’est le langage des émotions ». Êtes-vous d’accord ? 

Oui, Sofia en est la preuve formelle.  Pour nous, la musique est d’abord un vecteur de communication, un miroir des émotions, mais pas que… Des messages forts liés à l’actualité peuvent également être diffusés à travers la musique. Nous ne sommes pas un groupe politique mais nous sommes clairement engagés dans un message tolérant, que la musique véhicule.

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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