Le Gohelle Fest ! Voilà un événement qui finira par devenir une institution dans quelques années, du moins, c’est ce que nous espérons ! En effet, malgré deux éditions assez remarquables, les mineurs de Loos-En-Gohelle se sont rendus à l’évidence. Il n’est pas si simple de drainer du monde, même lorsque l’affiche est de qualité. Conséquence, le festival accumule un lourd déficit qui l’a contraint à annuler son édition 2016. Mais c’est que Lionel et ses copains de jeu ont un moral d’acier. Bien que le sort semble s’acharner sur eux, ils continuent de véhiculer leur passion et n’oublient pas la raison pour laquelle ils se battent : défendre la culture Metal dans le Nord de la France. En cette fin d’année, le collectif Gohelle Fest n’y est pas allé de main morte pour éponger le déficit ! Campagne Ulule et autres dispositifs ont été mis en place pour permettre à l’association d’organiser des concerts. Car si le Gohelle Fest veut renaître de ses cendres, il leur faut aménager des warm-up. D’après leurs comptes, quatre warm-up seraient nécessaires pour offrir une seconde jeunesse au festival. Espérons juste que l’épidémie qui a touché les Metallurgicales ne pointe pas encore une fois le bout de son nez. 

Alors, c’est là que tout un élan de solidarité a permis d’organiser ce Warm-Up. Les organisateurs ont tenu à faire jouer des groupes fédérateurs sans pour autant débourser des sommes importantes. À l’affiche, ce samedi 17 décembre 2016,  il y avait donc Benighted, Svart Crown, Carcariass, Hypno5e, Leng Tch’e et Death Control. Pour 15 euros, tout le monde pouvait y trouver son compte. La question est : cela a-t-il motivé les nordistes à se rendre à l’événement ? Surtout qu’à côté, à Bruges, il y avait tout de même Possessed et Belphegor !

Nos quatre interviews dans la boîtes et voilà que toute une horde de zombies vêtus de sombres teintures se pointe au Metaphone. C’est l’apéro et c’est toujours bien accueilli que les chevelus prennent d’assaut le Metaphone pour assister au concert des nordistes de Death Control. Pourtant inconnus du grand public il y a encore un an de ça, les lillois ont réussi à se fondre dans le décor grâce à leur premier EP éponyme. D’emblée, nous remarquons que n’avons pas affaire à des rigolos. Chez eux, ça bute un point c’est tout. La formation est encore toute récente, certes, et beaucoup de monde aurait vendu sa couille droite pour être à sa place, mais les Death Control assurent et proposent un concert très honorable. Le scénario est le suivant : Steeve et ses sbires arrivent sur scène et en surprennent plus d’un avec des titres estampillés Death. Ils déchaînent les passions. Ils ne sont pas sans rappeler ce bon vieux Obituary… Vous l’aurez donc compris, le style est bien digéré et les nordistes ne font pas dans la dentelle. Bien évidemment, les quatre titres de l’EP ont tous été interprétés : « The Beast », « Absurd Massacre », « Groovy Cadaver », « Satisfy Your Urges ». Et malgré quelques maladresses, Death Control nous met quand même à terre grâce à ses titres certifiés « 100% authentique ». Raphaël (Great Dane Records), si tu nous lis, signe ce groupe, il est fortement possible qu’il parvienne à faire du chemin. Une belle entrée en matière.

Leng Tch’e – ou une formation qui commence à refaire parler d’elle – Le public nordiste est bien habitué de la formation. Souvenez-vous, Sergei était passé pour écraser quelques cervelles à l’occasion de l’anniversaire du Carré des Halles. Mais jamais on ne se lassera d’eux, oh non ! Sergei crée la surprise à chacune de ses apparitions ! Car en plus de proposer des concerts tranchants, Leng Tch’e se veut toujours plus honnête dans sa démarche. Le groupe fusionne avec son public, fait venir un professeur de Lettres sur scène et lui reproche de corrompre ses élèves car ce dernier ne cesse de gueuler des absurdités dans son micro. Ce professeur, c’est moi. Alors comment vous expliquer que ce concert a répondu à toutes mes attentes ? Cohésion avec le public, intégrité, savoir-faire… Tout y est ! Sergei fait le show, n’oublie pas de rendre hommage à Mika Bleu, malheureusement parti trop tôt cette année. Les musiciens ne sont pas en reste ! Ça suit derrière et ça déverse un torrent d’énergie bien dégueulasse. Le public, lui, motivé s’entrechoque dans la foule et prend à plusieurs reprises le micro du frontman pendant que nous nous remettons de nos émotions. Un excellent concert de « gruigrui ».

Nous revenons en France avec Svart Crown. Et nous ne cachons pas notre joie de voir la formation de JB en cette fin d’après midi. Il faut dire que le « côté professionnel » des Niçois mérite à ce que l’on s’y attarde du plus près. Bref, Svart Crown a tout pour devenir l’un des futurs grands de la scène Hexagonale. En effet, fort d’une signature chez le label Century Media, le groupe poursuit son ascension. Mais à l’heure d’aujourd’hui, la formation ne dispose que d’un peu plus d’une demi-heure de jeu pour faire ses preuves ! Pas de problème, Svart Crown nous a proposé un set qui met bien avant les sonorités malsaines exhumées par le dernier album en date de la formation, Profane. Premier constat, JB est une personne qui sait bien s’entourer ! Nouvellement introduit au sein du groupe, Kevin Paradis apporte sa petite touche personnelle qui fait du bien. Alors, oui, le guitariste chanteur n’est peut-être pas bavard mais sa lourde gueulante s’est chargée de notre cas pendant tout le gig. Alors, que l’on soit fan ou pas, c’est une chose, mais – avouez-le, vous avez surpris par la rigueur dont a fait preuve Svart Crown. Le son était particulièrement bon et le concert, visiblement sans failles. Une nouvelle ère s’ouvre pour le Metal français, comptez sur nous pour être de la partie.

Carcariass fait partie des pionniers du Death Metal Technique et malheureusement, trop peu de Metalheads le savent aujourd’hui. Pourtant, leurs quatre albums pourraient très facilement trouver leur place dans le Top 50 des meilleurs opus de Death Technique. Ce n’est pas parce que le groupe donne très rarement de ses nouvelles qu’il a pour autant disparu de la circulation ! La vie de famille, m’voyez… Quoi qu’il en soit, les membres du groupe ont quitté leurs progénitures le temps d’une soirée. Ils se sont rendus dans le nord dépouiller quelques cervelles avec de belles tranches issues des cultissimes Killing Process et autre E-xtinction. Certes, il n’a jamais été évident de se produire à trois sur scène, surtout lorsque l’on joue d’une musique aussi technique que la leur… Mais Bertrand, Pascal et Raphaël s’en sont sortis avec brio. Les parties de tapping (les combinaisons basse/guitare notamment) forcent le respect et les mouvements plus raffinés de « Tragical End » nous rappellent la raison pour laquelle nous adorons ce genre de musique. Nous voyageons, nous suivons l’itinéraire des mélodies et nous contemplons un power trio, qui pour coup sûr, est en train de nous préparer un excellent nouvel album.

Hypno5e est véritablement l’O.V.N.I. de la scène Metal française actuelle ! Avec un nouvel album, Shores Of The Abstract Line, vivement salué par la presse spécialisée, il est fort possible que la jeune formation se fasse une place parmi les plus grandes formations d’ici quelques années. Et si leur dernière galette ne vous avait que moyennement satisfaits, la rédaction vous conseille grandement d’aller vous rendre à l’un de leurs (nombreux) gigs. Une toute autre dimension est en jeu. En effet, les arrangements cinématographiques et les nombreux jeux sur les lumières (bravo la régie lumière) transforment leurs incantations. Ainsi, c’est une bande sonore interactive qui a défilé devant nos yeux. Les arpèges mélodieux se frottent régulièrement aux parties plus expérimentales, pleines de distorsion et de mouvements déconstruites. Oui, le groupe a pu susciter la controverse au sein du public metalleux… Mais comment rester indifférent devant cette performance qui fut, d’un point de vue des plus objectifs, pertinente et parfaite sous tous les angles ? Nous avons pris une belle claque ce soir. Nous accompagnerons encore cette formation lors de ses prochaines escapades nordistes.

L’année dernière, Benighted était à l’affiche du Gohelle Fest… Mais à quelques jours des hostilités, le groupe avait été contraint d’annuler sa venue pour cause de batteur non apte « physiquement » à jouer. Alors, Julien Truchan et ses copains ont bien voulu se rattraper en cette fin d’année afin de rassasier quelques fans en manque de violence. Mais quand ce n’est pas leur batteur qui n’est pas là, c’est leur guitariste… Il est difficile de se produire quand on a une vie professionnelle à côté… Pas de souci, Olivier Gabriel est remplacé par Fabien Desgardin. Alors oui, la formation est démantelée mais ça ne l’empêche pas de frapper là où ça fait mal. Ce sont les classiques « Collection Of Dead Portrait », « Experience Your Flesh » et « Let The Blood Spill Between My Broken Teeth » qui se chargent d’ouvrir les hostilités et c’est là tout un peuple qui se réveille. Julien Truchan est en voix ! Ses cris ne cessent de gagner en rigueur à chaque fois que nous voyons son groupe sur scène – et c’est qu’une amitié durable s’est installée entre le frontman et ses fans – Ces derniers boivent ses paroles et forment des circle-pits quand l’ordre leur est donné. C’est un show certes classique que nous a servi Benighted mais il était comme à l’accoutumée sans fioritures. On a même eu droit quelques nouveaux morceaux issus du prochain album de la formation, Necrobreed. « Versipellis », révélé sur les plateformes d’écoutes en début de mois, et « Reptilian » se chargent de donner le ton. – ne vous inquiétez pas – Benighted n’a pas perdu son souffle. En tout cas, ce n’est pas ces deux nouveaux titres qui nous contrediront ! Rendez en février prochain pour Necrobreed.

Si ce Warm-up a été un franc succès sous tous les angles, s’il annonce la couleur pour la suite, tout reste encore à faire pour réduire le déficit. Espérons juste que l’équipe organisatrice décuplera ses efforts et continuera de nous pondre des affiches aussi bonnes (bien qu’il n’y ait eu aucun groupe d’envergure internationale) si elle veut que le Gohelle Fest (grand format) refasse surface. Bon courage à eux. C’est bien parti ! 

Crédit Photos : François Lampin – Fransland.fr

A propos de l'auteur

Axl

Fondateur et rédacteur en chef de Sounds Like Hell Fanzine
✠ Également rédacteur chez Metallian et Metal Cunt.

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