C’est le lendemain du week-end de Pâques que nous sommes allés à la rencontre de Matthieu, le chef de chantier du projet Akroma. Après avoir marqué les esprits en 2014 avec La Cène, il revient plus fort que jamais avec un album projetant les fantasmes véhiculés par un des épisodes les plus fascinants du Nouveau Testament, l’Apocalypse.

Propos de Matthieu Morand (Guitare, Claviers, Programmation) recueillis à Paris le 18 Avril 2017.


Salut ! Ça fait trois ans que l’album La Cène est sorti. Est-ce que tu peux revenir sur cette expérience ? Soulignons que l’album était constitué de douze morceaux, chacun marqué par un featuring différent. Qu’est-ce que cette expérience t’a apporté en tant que musicien ? 

La Cène fut un album assez complexe à mettre en boîte car il y avait tous ces invités. Ce fut un projet très ambitieux. Il nous a fallu beaucoup de temps pour récupérer tous ces enregistrements vocaux. Il fallait également faire en sorte d’y trouver une cohérence artistique, notamment en ce qui concerne le mixage. Tu sais, tous les chanteurs n’enregistrent pas de la même façon, ni au même endroit. Il nous a fallu tout rendre homogène ! La Cène est un album très dense. Il dépasse facilement les quatre-vingt minutes… Pour Apocalypse (Requiem), nous voulions revenir à un format plus court, plus simple, qui ne contiendrait aucun invité comme nous avions l’habitude de le faire avant…

Oui, justement, ce nouvel album, c’est six titres pour un peu plus de quarante minutes. Il a carrément des allures d’EP, même si c’est un album…

On voulait revenir sur un format plus court. Faire un album plus long requiert de nous une concentration plus grande. Là, il s’agit d’un album direct, plus ancré, un peu comme les albums de Slayer qui proposent tous un format plus court. On a comme idée de le sortir en vinyle si l’opportunité s’offre à nous. C’est un choix totalement délibéré que de revenir sur un format de cette taille.

Chacun de vos albums a un lien avec La Bible, que ce soit le Nouveau ou l’Ancien Testament. Sept fait référence au sept péchés capitaux, Seth renvoie aux dix plaies d’Egypte, La Cène renvoie aux différents apôtres. Qu’en est-il de ce dernier ? 

Comme tu dis, nous puisons notre inspiration de La Bible. Encore une fois, dans cet album, nous nous sommes basés sur « l’Apocalypse » selon St Jean. C’est le tout dernier chapitre de La Bible. Elle traite de la fin du monde, de l’Armageddon qui amène une sorte de renouveau.

Comment faites-vous pour imprégner votre musique de cette culture liturgique ? 

En fait, La Bible n’est qu’un prétexte. Notre propos n’est pas « pour » ou « contre » La Bible. Nous prenons cette pièce comme un objet d’art, une vraie oeuvre littéraire. C’est un ouvrage qui fait plus de mille pages. Nous l’avons lu dans ses moindres détails. Jusqu’à présent, un consultant, un prêtre, fan de Metal, nous avait aidés. Ce prêtre, qui est aujourd’hui un de nos proches, nous avait assistés lors de la conception de La Cène. Il avait fait des recherches en amont pour l’album et compilé des documents pour nous… Étant donné qu’Apocalypse (Requiem) est un album plus court, ce fut plus facile de nous. La Bible, c’est vraiment une source précieuse qui nous permet d’extraire des concepts aussi divers que variés.

Chaque album a son propre son et met en exergue un style unique, le vôtre, une sorte de Death/Black symphonique. Comment, à ton avis, es-tu parvenu à faire entendre l’Apocalypse avec cet album ? 

Je savais qu’on allait aborder ce sujet. On voulait quelque chose de plus violent par rapport à d’habitude. J’essaie toujours de trouver la bonne recette pour retranscrire des ambiances particulières. Je fais cela selon mes goûts, mes impressions… Il y a également tous ces instruments comme les violons, violoncelles et autres orgues qui permettent de mettre en place ce climat d’Apocalypse.

À ton avis, les parties chantées n’y participent-elles pas ? Il y a un réel contraste entre les voix criées et les voix lyriques…

Je ne sais… Tout dépend de l’interprétation qu’on en fait. Chacun est assez libre d’y voir ce qu’il veut. On voulait qu’il y ait un contraste entre la voix de Laura et la voix d’Alain. On a revu et diversifié notre façon d’appréhender le chant dans l’album. Il y a pas mal d’inspirations Death/Black dans cet opus. On a vraiment fait en sorte de proposer quelque chose de plus violent qu’à l’accoutumée. On tenait également à ce que ça reste lié avec la forme si particulière du Requiem, qui nous a confortés dans notre choix d’avoir une chanteuse lyrique…

… Donc Laura Kimpe ! Elle a fait son apparition sur l’album La Cène. Qu’est-ce qui t’a conforté dans ton choix de la garder ? 

Laura a une voix sublime. C’est une vraie chance pour nous que de travailler avec une personne qui est forte d’une telle technique. Elle véhicule tellement d’émotions ! Il faut insister sur le fait que ce n’est pas son milieu au départ. Elle vient du Classique et du Jazz. Elle nous a fait confiance. Elle a vite compris où nous voulions en venir.

Est-ce que tu peux revenir sur les différentes orchestrations ? Comment as-tu réussi à rendre l’ensemble organique ? 

J’ai enregistré, produit et mixé l’album chez moi, dans mon propre studio d’enregistrement, que j’utilise depuis vingt ans maintenant. J’ai fait des études de musique, et j’ai été amené à apprendre différentes méthodes d’orchestration. J’ai toujours été passionné par la Musique Classique et les orchestrations. J’ai écrit cet album comme une pièce de Musique Classique, avec ses différents mouvements. En ce qui concerne les orchestrations, j’ai fait des essais et me suis posé les bonnes questions en termes d’agencement.  Je savais qu’il me fallait quatre voix pour les chœurs. Il me fallait également différents types de cordes : deux violons, un violoncelle, un alto… C’est vraiment un orchestre à proprement parler. Puis ensuite, il y a eu tout ce travail d’interprétation qui concerne la manière dont je voulais que l’album sonne : Staccato, Legato, coups d’archet vers le haut, vers le bas…

Ce sont de vrais instruments ? 

Non, ce sont des instruments qui ont été programmés. À ce jour, ce n’est pas encore possible d’un point de vue financier. En tout cas, les partitions pourraient être interprétées telles quelles.

Quelques mots en ce qui concerne le batteur. Ce n’est plus Thomas Das Neves à la batterie…

Exactement. Ce n’est ni plus ni moins que Dirk Verbeuren qui s’est chargé des pistes de batterie pour Apocalypse (Requiem). Pour la petite histoire, Dirk est natif de notre région. Il a vécu très longtemps à Nancy. Alain a même enregistré deux albums avec lui quand ils jouaient tous les deux dans Scarve. Je connais Dirk depuis pas mal d’années maintenant… On s’est vu à Metz quand il était encore dans Soilwork. Il  n’avait pas encore rejoint Megadeth à l’époque. Pour la collaboration, il fallait que nos emplois du temps concordent, et je dois dire que nous avons eu de la chance. Cela s’est finalement fait. C’est une belle opportunité pour nous maintenant qu’il a une belle visibilité. C’est quand même le batteur de Megadeth !

On va maintenant parler des paroles. Cette fois-ci, elles mêlent des sortes de prière en latin…

En fait, il s’agit d’un requiem. C’est une forme musicale particulière que nous avons intégrée à nos morceaux. Le requiem existe depuis pas mal de temps. Il est caractérisé par les mêmes temps et les mêmes bases mélodiques. Il s’agit d’une sorte de message en latin à destination des défunts. C’est un topoï qui a pour but de célébrer les morts. Le cas échéant, le nôtre, il nous a semblé pertinent d’inclure cette thématique du requiem à notre album, Apocalypse (Requiem), étant donné que l’Apocalypse correspond d’une certaine manière à la mort de notre monde. Nous avons donc pris le texte original et l’avons inclus dans notre album.

C’est donc Laura qui chante ces parties de requiem. Elle doit avoir l’habitude…

En effet, dans le répertoire classique, il se peut que l’on chante en Latin. C’est vrai.

Comment te projettes-tu dans le groupe dans les années à venir ? Avez-vous des pistes pour le prochain album ? 

On en parlait dans la voiture justement… Pour l’instant, c’est encore flou. On va profiter du nouvel album et assurer sa promotion. Dans le cas présent, nous ne sommes toujours pas aptes à nous produire sur scène. Il faut dire qu’avec la formation actuelle, ce n’est pas envisageable.

J’aimerais, avant de te laisser le dernier mot, que tu me donnes ton point de vue en ce qui concerne la scène Metal française.  As-tu l’impression que tout avance dans le bon sens ? 

J’écoute beaucoup de musique, c’est une chose. Mais je n’écoute pas régulièrement les nouveaux groupes. J’ai une approche assez « Oldschool » de la musique. En ce moment, je suis en train de parfaire ma collection et de me procurer des vieilleries des années 70 que je n’ai toujours pas. Après, je complète ma discographie avec les nouveaux albums de groupes bien connus comme ce fut le cas dernièrement avec Overkill et Gojira. En ce qui concerne les autres groupes, je ne suis pas encore assez impliqué pour en parler. Après, je reste très ouvert d’esprit, c’est un fait. Néanmoins, j’ai arrêté d’écouter Dimmu Borgir après l’album Abrahadabra, et Craddle Of Filth après Darkly, Darkly Venus Aversa

Je te laisse le dernier mot ! 

Je te remercie beaucoup pour cette interview ! J’espère que ça aura motivé les gens à s’intéresser de plus près à notre musique !


Akroma, c’est : 

Alain « Bob » Germonville : Chant 
Pierre-Yves Martin : Basse 
Laura Kimpe : Chant 
Matthieu Morand : Guitare, Claviers, Programmation
Dirk Verbeuren : Batterie (Session)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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