BLEU BLANC SATAN

Noisey France

3,5/5


Il y a quelques semaines, nous vous annoncions la sortie de Bleu Blanc Satan. Dans un premier temps, le documentaire sur le Black Metal français des années 90, réalisé par Camille Dauteuille et Franck Trébillac pour Noisey France, n’avait pas manqué de susciter l’intérêt de nombreuses personnes. Puis sont venues les critiques et les interrogations. Comment appréhender ce « focus » sur une scène qui, à l’époque, entretenait un certain mystère et s’efforçait de rester secrète et underground ? La rédaction de Sounds Like Hell Fanzine s’est penchée sur le sujet.  
 
« Ça a ruiné ma vie. » Le reportage commence sur ces paroles quelques peu saugrenues de Hreidmarr allumant sa clope sur un bateau voguant sur les flots. On comprend alors très vite que ce film n’est pas comme tous les reportages sur le Metal. Il cherche en permanence à nous prendre à contre-pied… Après cette introduction surprenante, nous rencontrons les différents intervenants qui viendront apporter leur témoignage. La liste des acteurs de cette scène participant au film est quand même intéressante même si certains incontournables ont refusé :  Meyhna’ch (Mütiilation), Deviant Von Blakk (Osculum Infame, Arkhon Infaustus), Hervé Herbaut (Osmose Productions), Valnoir (Glaciation, Metastazis), Hreidmarr (The CNK, Anorexia Nervosa), Noktu Geiistmortt (Celestia / Drakkar Productions), Thurston Moore (Sonic Youth). Ce dernier sert de regard extérieur au Black Metal et externe à la France…
 
Cette première partie présente la création de la scène et les motivations et aspirations des différents intervenants à un moment précis. La nostalgie prend le pas quand la période du pré-internet est abordée. Cette période où lettres manuscrites, fanzines en papier photocopiés et cassettes-démo au son pitoyable étaient de rigueur pour découvrir ce qui se faisait de nouveau. C’était difficile, il fallait s’armer de patience et trouver les bons contacts… Le Satanisme, le Corpse Pain et toute l’imagerie occulte y sont abordés succinctement. Au final, le sujet premier de Bleu Blanc Satan n’est pas vraiment la forme du mouvement Black français des années 90 mais le fond de ses participants. Comment ont-ils créé le mouvement en France ? Comment l’ont-ils vécu ? Qu’est-ce que ça a changé dans leur vie ?
 
On aurait pu très vite s’orienter vers un « Confessions Intimes » au pays de Satan. C’est d’ailleurs l’un des plus gros reproches émis par les fans du genre aux réalisateurs. On peut citer le passage où Deviant Von Blakk nous explique son rejet de toutes les races. Les interviews et les anecdotes se succèdent et nous dévoilent un portrait qui s’assombrit au fil du reportage. Quelques passages flirtent donc avec les clichés, mais force est de constater qu’ils représentent réellement ce qu’était le Black Metal en France à cette période. C’était bien plus qu’un style à part entière. C’était une véritable contre-culture au sein même du Metal. Quand Meyhna’ch nous balance : « On voulait être la gangrène de cette société. », le seul cadre de la musique est dépassé depuis bien longtemps. D’ailleurs, Noktu Geiistmortt, interrogé sur le Black Metal d’aujourd’hui nous explique que : « c’est moins sulfureux, moins dangereux. Le Black Metal, c’est la Mort ! ». L’industrie de la musique est passée par là et la contre-culture est réduite à un simple style musical.
 
D’ailleurs, pour ne parler que musique, la bande originale est bien pensée et représentative de ce qui se fait de mieux en termes de Black Metal. « 1994 » de Glaciation, « Destroy Your Life For Satan » de Mütiilation, « Unholy Mighty Blood » de Osculum Infame ou « Le Portrait de la Vierge » de Anorexia Nevrosa viennent ponctuer les trop peu nombreuses prestations live qui composent le film.
 
En ce qui concerne l’image, l’aspect visuel est spécialement vieilli et froid pour coller au sujet. Des plans d’endroits choisis par les intervenants viennent entrecouper les interviews. L’influence d’autres reportages sur le Black Metal comme Until The Light Takes Us est trop présente. À certains moments, on a même l’impression de voir exactement les mêmes prises de vue et les mêmes idées de réalisation. Seul le plan final, que je ne vous dévoilerai pas ici, colle parfaitement aux propos exprimés au même moment.
 
Pour conclure, Bleu Blanc Satan présente un portrait froid et sans filtre des précurseurs du mouvement en France mais pas forcément du Black Metal en lui-même. Les réalisateurs abordent le sujet d’une manière plus psychologique sans non plus tomber dans les clichés que l’on peut voir dans les rares reportages diffusés sur M6 et consorts. Malgré quelques bémols vite oubliés, l’aventure est plaisante et pleines de surprises. Le Black Metal des années 90 c’était crasseux, dangereux et sulfureux mais tellement passionnant.

Le documentaire :

A propos de l'auteur

Kévin

(nin nin) - 1m80 pour 89kg de tendresse/ 35ans ✠ Bassiste chez LUDA, Confessions of D. et John Grizzly ✠ Régisseur/technicien pour la troupe "les femmes en marche" ✠ Rédacteur/chroniqueur chez Sounds Like Hell ✠ STYLES DE PRÉDILECTION : Black/Death/technical death/progressif/stoner/doom/trash

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