Nous sommes le dimanche 18 juin et vous aviez le choix : buller dans la piscine au fond du jardin, headbanger dans la chaleur du Hellfest ou faire une séance de hammam avec Gojira. Vous étiez nombreux à avoir choisi cette dernière option puisque le concert, programmé par À Gauche De La Lune au Splendid de Lille, était sold-out depuis des semaines. Pour ouvrir, The Lumberjack Feedback, le groupe nordiste qui monte, qui monte.

18 heures. C’est tôt pour ouvrir les portes mais un passage par le bar s’anticipe tant la canicule est écrasante au-dehors. C’est une armée de bermudas et de t-shirts noirs siglés qui entrent dans la salle. Avec une majorité de « petits jeunes » qui fait plaisir à voir. Oui, le Metal a encore de beaux jours devant lui ! 18h55 précises, et le groupe The Lumberjack Feedback s’installe sur scène pour une mise en bouche d’une demi-heure. Posté sur le devant de la scène (puisque tout est déjà prêt pour accueillir Gojira ), le groupe trouve tout de même de la place pour poser ses deux batteries qui font tant parler de lui.

La fosse n’est pas encore pleine mais les spectateurs les connaissent et leur réservent un accueil chaleureux. Les lights bien que minimalistes apportent un supplément de noirceur à un set instrumental déjà très sombre. On devine le plaisir et la fierté des cinq musiciens à ouvrir pour l’un des groupes les plus importants du moment. Une charge émotionnelle peut-être un poil trop pesante pour le quintet qui a du mal à imposer un crescendo dans l’enchaînement de ses titres. Si son entrée est tonitruante et emporte l’adhésion de ceux qui ne le connaissent pas encore, il faut bien avouer que passés les trois premiers morceaux, une impression de redite se fait un peu sentir. Sans sombrer dans l’ennui toute fois, la salle restera attentive jusqu’au bout et The Lumberjack Feedback pourra se féliciter d’avoir rempli le contrat.

La salle est désormais pleine et une file d’attente jusqu’au bas des marches montre le chemin vers le Graal : le bar ! N’étant pas sûrs de pouvoir être servis avant le début du concert de Gojira, certains courent se rafraîchir aux toilettes. 30 minutes de changement de plateau qui ne sont pas du luxe : même l’espace fumeurs est bondé, chacun cherchant un peu d’air frais. C’est dans ces conditions extrêmes que le public lance la frappe et appelle le groupe à le rejoindre sur scène.

Et c’est en pleine forme que les membres de Gojira rejoignent la scène. Malgré un concert au Graspop la veille, leur enthousiasme réel efface les dernières craintes : Non, il ne s’agit pas d’un concert calé sur un Day Off pour rentabiliser leur tournée Magma Tour. Oui, le public lillois aura droit à un vrai show d’1h30 et pas à une set-list raccourcie pour les festivals. La configuration matérielle du groupe en impose également : pas moins de 8 amplis délimitent la scène avec au-dessus la batterie surélevée et savamment éclairée de Mario Duplantier. Et que dire des lights, stombos, et autres murs de lumières qui illumineront le concert d’effluves roses, vertes, violettes ou vermeilles… Peut-être un peu trop d’ailleurs pour une petite salle ce qui conduira les plus chicaniers à taxer le concert de show à l’américaine.

Pourtant, on est loin d’une communication minimaliste que peuvent parfois se permettre des groupes de cette envergure. Bien au contraire, le groupe se montre chaleureux. Joseph Duplantier n’hésitant pas à rappeler que le groupe est venu la première fois en 1999 « et que la moitié de la salle n’était pas encore née ». Un peu plus tard, il précisera d’ailleurs que Gojira avait ses habitudes à Lille au début des années 2000. Une époque dont les anciens se souviennent encore… Bien sûr, la chaleur est aussi étouffante pour eux que pour le public mais le combo ne se démonte pas. « Y’a personne qui a inventé les ventilos à Lille ? ».

Les Lillois n’ont peut-être pas inventé le ventilo mais ils se montrent particulièrement résistants pour suivre de part en part le concert du groupe. Ça pogotte, ça chante et ça se risque même à un Wall Of Death des plus suintants sur « Flying Whales ». « Faites trembler les murs Lille ! », « Y’a que le moment présent qui compte ! ». Joseph Duplantier est en totale interaction avec son public ce qui compense une voix un peu fatiguée que l’on a du mal à bien entendre dans le mix global. Cela n’empêche pas les titres phares de s’enchaîner avec une belle maîtrise. « Silvera », « Stranded », « Backbone » ou « L’Enfant Sauvage », pour ne citer qu’eux, enchantent le public qui perd des litres d’eau à mesure que le show progresse. C’est bien simple, les murs et le sol se couvrent d’humidité et Le Splendid prend vite des allures de piscine ! Heureusement, le groupe a prévu des canons de fumée qui marquent le rythme des compositions tout en crachant jusqu’au balcon un peu de fraîcheur salutaire. Le temps passe, et il passe vite quand on est en bonne compagnie. Aussi quand arrive l’heure de se séparer le public en redemande. Et Gojira répond favorablement à ses appels en interprétant un dernier titre : « The Gift Of Guilt ».

En résumé, cette soirée très spéciale, à des centaines de kilomètres du Hellfest, aura fait passer la pilule à tous ceux qui n’osaient plus ouvrir leur portable devant la déferlante de post concernant ce festival sur les réseaux sociaux. Gojira, et leurs compagnons d’armes d’un soir The Lumberjack Feedback, auront permis à chacun de conclure le week-end en beauté avec le sentiment d’avoir vécu un moment privilégié.

Crédit photos : Lyrama photography

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