Il y a des jours où le Nord n’est pas oublié et est même choyé ou chouchouté plus que d’autres régions de France et de Navarre. Pour trouver une parfaite illustration de tout ceci, inutile de remonter des lustres en arrière, seul un mois suffit puisqu’en juin, entre un passage au RockFels et un au Hellfest, Ugly Kid Joe s’offrait un Aéronef ravi de les accueillir. Une sorte de petit privilège en somme puisque peu de salles, et par conséquent de régions, ont eu l’honneur de pouvoir prétendre à l’accueil de ces légendes du Rock, du Grunge, du Heavy et de bien plus encore. C’est donc le Vendredi 16 Juin que Joe le sale gamin moche et compagnie firent une légère halte à Lille pour y lancer quelques décibels juste au-dessus d’Euralille. Et par Wayne Campbell et Garth Algar que ce fut bon !

« Par Wayne Campbell et Garth Algar » ? Oui, Mike Myers et Dana Carvey en première partie d’Ugly Kid Joe à L’Aéronef qui l’eut cru (Lustucru) ? Pas grand monde sans doute, mais c’est bel et bien le cas, puisque pour ouvrir la soirée, la première partie du show n’est autre que Wayne’s World. Ou plutôt, la première partie du show n’est autre que la projection de Wayne’s World comme pour donner un avant-goût de « Everything About You » et offrir, en avant-première, une occasion de chanter ce qui est, sans doute, le plus gros tube d’Ugly Kid Joe encore à ce jour. Bien plus qu’une opportunité de pousser la chansonnette ou d’entamer la sérénade, cette idée un peu décalée de séance ciné est surtout une occasion idéale de revoir le classique de Penelope Spheeris dans sa version française orchestrée par Les Nuls. Oui « classique », parce que mine de rien, Wayne’s World date de 1992 hein… Alors oui la projection rappelle des souvenirs et suscite de nombreux éclats de rires, chants et tout simplement pas mal de bons moments. En fait, l’expérience était quelque peu unique en son genre. Assister à une séance projection old-school en attendant les grandes stars du jour est quelque chose que bon nombre de paires d’yeux et d’oreilles n’avaient jamais faite dans la salle et qui, avouons-le, était à faire au moins une fois dans sa vie (quelque soit le film et le groupe).Du coup, il ne reste plus qu’à trouver sa place et s’installer confortablement sur le sol (pour ma part adossé au mur) et à savourer l’heure et demie qui va suivre avec pop-corn et bière (ou plutôt biscuits et soda pour moi, on fait avec les moyens du bord…).

Sujet clos et générique déroulé, passons désormais au plus gros morceau de la soirée puisque de l’autre côté de L’Aéronef, Ugly Kid Joe grimpe déjà sur les planches pour les occuper pendant plus d’une heure vingt par un concert rendu presque privé par la disposition et l’arrangement de la salle. En effet, L’Aéronef arbore son mode club, ce qui est surprenant pour accueillir un groupe de cette trempe. Mais peu importe, l’agencement de la salle ne semble perturber ni le groupe ni la foule donc autant oublier les questionnements liés à ce détail et se plonger dans la prestation du soir.

Il est donc un peu plus de 21h20 lorsque Ugly Kid Joe entre en piste au rythme des décibels de son « Intro » bien sûr mais surtout de celui de « Neighbor » qui, dès les premières notes, réveillera la foule et ses souvenirs passés. Même si Whitfield Crane fait son apparition le bras en écharpe, la bande californienne semble en forme et transmet son énergie du soir aux badauds rassemblés au fond de L’Aéronef. Whitfield ne manque pas d’interagir  avec le public, de le solliciter ou de le charrier et celui-ci le lui rend plutôt bien en se prêtant, volontiers, au jeu. Outre assurer les animations et le spectacle, Ugly Kid Joe a concocté une setlist de dix neuf titres pour répondre comme il se doit à l’invitation de la nuit lilloise. Niveau setlist, le groupe a pioché dans l’intégralité de ses quatre albums studio (et deux EPs) pour tenter de trouver le parfait dosage entre les grands classiques (de America’s Least Wanted et Menace To Sobriety notamment) et les titres plus récents sortis de l’EP signant la réunification en 2012, Stairway To Hell (« No One Survives », « Devil’s Paradise », « I’m Alright »). Seul l’album de retour sorti en 2015, Uglier Than They Used Ta Be, semble avoir, pour le moins, été écarté par le quintet (seule la reprise « Ace Of Spades » figurera dans la setlist). Quoi qu’il en soit, par les titres joués, Ugly Kid Joe propose une vision hétérogène de son univers tout en restant fidèle à la vision classique que n’importe quel fan peut avoir de lui (« V.I.P », « So Damn Cool »). En ce sens, il est donc logique que la plupart des titres joués s’apparentent à des tubes et la setlist à une espèce de best of à quelques exceptions près. Pour cette soirée spéciale, l’oreille a donc pu se régaler au son des « Panhandlin’ Prince », « Jesus Rode A Harley », « Goddamn Devil » ou encore « Mr Recordman » (cette dernière étant interprétée, pour l’occasion, entièrement par Klaus Eichstadt). Le set du soir s’est retrouvé également gâté des deux reprises devenues habituelles, puisque ce ne sont autres que l’éternel « Ace Of Spades » signé Motörhead et le non moins éternel « Cat’s In The Craddle » de Harry Chapin qui seront joués pour le plus grand bonheur du public s’étant amassé au plus près des planches sur lesquelles gesticulent Sonny Mayo(nnaise) et les siens. Niveau jeu de scène et forme des zikos du soir, l’énergie envoyée par la prestation est conforme aux morceaux choisis, et tous les loustics s’agitent au grès des décibels et appellent la foule lilloise à faire de même. Le public entendra d’ailleurs ces appels et ne restera pas sourd et insensible à ces sollicitations. Il se plaira d’ailleurs à remuer, chanter, jumper et retrouver sa forme. Tout ça, même si un constat s’impose, la moyenne d’âge de la foule présente avoisine, voire dépasse, la quarantaine. En effet peu de jeunes présents, surtout des quadra et des quinqua ayant, comme le groupe, vieilli et gagné en maturité. Peu importe, vieilli ou pas, le sale gamin du Rock made in California n’a pas pris une ride quand il s’excite sur les planches au son de ses plus grands titres (« Milkman’s Son », « C.U.S.T »  et bien évidemment « Funky Fresh Country Club »  pour ne citer qu’eux). D’ailleurs, la troupe ricaine semble prendre un plaisir non négligeable poussant Mr. Crane à se la crâner et à se lancer dans un show digne des plus grands chauffeurs de salle au moment du rappel, puisque celui-ci prendra à partie les rangs lillois en instaurant un chantage bruit contre nombre de titres en rappel. Chantage dont le but est simple, plus Lille hurle, plus Ugly Kid Joe jouera de titres. Pour les curieux, c’est trois titres supplémentaires que la foule du soir a réussi à extorquer aux cinq Californiens. One-Man-Show fini, Whitfield et ses gusses reprennent donc de plus belle pour finir par un enchaînement de trois chansons supplémentaires, plus précisément pour un enchaînement « Ace Of Spades » – « Funky Fresh Country Club » – « Everything About You » des plus somptueux qui a fait plutôt pas mal chanter Lille et suer L’Aéronef.

Alors, même diminué d’un bras, Whitfield Crane a assuré le show, et le public ayant fait le déplacement est loin d’avoir été déçu par la prestation de la bande d’Isla Vista. En fait, c’est relativement assez simple, bien plus qu’être une sacrée offrande à ceux qui n’étaient ni au Hellfest ni au Graspop, la venue d’Ugly Kid Joe à Lille était un événement en soi. Du coup, pour l’occasion, Cordell Crockett et comparses se sont montrés dignes du rendez-vous et surtout très heureux de se produire dans cette salle emblématique de la métropole lilloise et ce, malgré la disposition de la salle pour l’occasion. Les Ugly Kid Joe étaient en forme ce soir, pendant que de son côté, la foule présente redevenait une bande de Kids se remémorant des souvenirs d’ados rebelles avec cette excellente bande-son. De mon côté, les mots sont tout aussi simples, puisque j’ai simplement savouré ce concert qui, bien plus qu’être une date de dernière minute ou un show-case posé à la va-vite, était bel et bien un concert à part entière, mais surtout un concert à part et très intimiste.

Setlist :

  1. Intro
  2. Neighbor
  3. Jesus Rode A Harley
  4. C.U.S.T.
  5. Panhandlin’ Prince
  6. No One Survives
  7. Devil’s Paradise
  8. So Damn Cool
  9. Cats In The Craddle (Harry Chapin cover)
  10. Mr Recordman
  11. I’m Alright
  12. Milkman’s Son
  13. Goddamn Devil
  14. Dialogue
  15. Tomorrow’s World
  16. V.I.P.
  17. Ace Of Spades (Motörhead Cover)
  18. Funky Fresh Country Club
  19. Everything About You

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Chargé des Relations Presse, manager, tourneur et baby-sitter rock'n'roll pour groupes un peu trop paumés ✠ Egalement rédacteur pour Illico! et French-Metal (chez la concurrence quoi !).

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