Première grosse journée pour le Hellfest ! Avec Deep Purple, Sabaton, Obituary en têtes d’affiche, l’équipe de Sounds Like Hell Fanzine a dû faire quelques choix, parfois cornéliens. Qui voir quand trois excellents groupes se produisent en même temps ? Quoi qu’il en soit, une fois n’est pas coutume, afin de nous faire un avis constructif sur l’ensemble de la programmation, il a fallu arpenter encore et encore les sentiers du Hellfest.

Notre périple débute avec Putrid Offal. Vous savez, la formation de Frank Peiffer qui est revenue sur le devant de la scène en 2014, et a depuis sorti son véritable premier album, Mature Necropsy. Après avoir voyagé à travers le Nord de la France, la France et l’Europe, elle arrive enfin au Hellfest. Sacrée opportunité pour les Nordistes de consolider leur posture de porte-parole du Death/Grind hexagonal ! Alors, ne vous fiez pas aux apparences, derrière ce patronyme « crade » et ces blouses toutes droit sorties des hôpitaux se cache une formation qui ne fait pas dans le « grui-grui ». Tout est travaillé afin de ne pas tomber dans les stéréotypes des thématiques faciles du Grind… Alors étaient au rendez-vous, comme à l’accoutumée, des compositions assez courtes, parfois extraites de leur premier méfait, mais aussi de leur prochain EP, Anatomy. Ça joue fort, ça joue bien, ça organise le premier circle-pit de la journée, et le groove de Lay nous montre une fois pour toutes que Putrid Offal a plus d’un tour dans son sac pour surprendre la galerie. Une très belle performance !

De l’autre côté sur la MainStage 1, il y avait Inglorious. C’est clairement la formation Hard du moment à suivre ! Fort de deux excellents albums, le groupe a réussi en trente minutes de jeu à surprendre les non-initiés grâce à un Hard renouant avec les premiers succès de Whitesnake et de Gary Moore. Décidément, avec autant de panache et de charisme, le groupe ne méritait pas sa place en bas de l’affiche. Mais ce n’est qu’une question de temps. Avec des tournées en compagnie des plus grands tels que Steel Panther, une omniprésence sur les festivals, des prestations très honnêtes, Inglorious deviendra la future référence du genre. Pas étonnant qu’Uli Jon Roth (himself) ait prêté le micro de sa carrière solo à Nathan James

Après Putrid Offal sous l’Altar, c’est au tour de Deathcode Society de se produire sous la Temple. Alors, pour cette grande première, rien n’a été laissé au hasard. Des samplers qui rythment la performance des ghouls du groupe, une basse hyper dynamique, une mise en scène grandiloquente, et surtout un album, Eschatonizer, défendu comme il se doit. En effet, son Black/Sympho se prête hyper bien à la messe noire organisée par le leader, Arhnwald. Bref, c’est un sans-faute pour une formation qui se fait encore trop rare sur la route, et une réelle opportunité saisie par ceux qui l’ont loupée au Midland de Lille avec nos Nordistes de Dead Season.

Sidilarsen n’est plus trop à présenter : de nombreuses dates à travers la France, un groove exemplaire, et une formation O.V.N.I. qui divise la communauté Metal. Néanmoins, si les « Trve » préfèrent bouder la formation, les autres « festoyeurs » se sont pris au jeu du Dancefloor grâce à des titres tels que « Back To Basics » et « Comme On Vibre ». En plus, Sam, le leader, est particulièrement en forme. Il n’hésite pas à solliciter son public pour rendre l’événement inoubliable. Prenez par exemple cette communication sans faille : « Hellfest, on a besoin de toi ! », « Est-ce que vous êtes prêts ? ». Bref, conséquence de la chose : deux Walls Of Death sont organisés ainsi qu’une énorme sauterie en toute fin de gig. Sur notre retour, nous croisons notre confrère Lionel (La Grosse Radio). Pourtant fan de Black, il nous confesse : « C’est peut-être pas mon style, mais il faut avouer que ces mecs font extrêmement bien leur job » ! Oui… On ne pouvait pas mieux dire.

Après Sidilarsen, Myrath ! Véritable référence internationale du Metal Oriental, le groupe se produit pourtant pour la première fois dans le cadre du Hellfest. Alors pour marquer les esprits, Zaher Zorgatti (chant) a préparé un show hyper ambitieux afin de dépayser au maximum ses fans. Toutes les conditions sont réunies pour que le remake d’Aladin puisse faire le plus grand effet sur la masse : un soleil de plomb, un décorum oriental, une danseuse pleine de charme, un public présent, des tubes (« Mercyless Times » notamment) et surtout des vocalismes orientaux assurés comme jamais sur « Beyond The Stars ». Venu répandre la fraternité auprès de ses troupes (« Nous sommes là pour donner un message d’espoir, d’amour, et de paix »), Myrath peut repartir la tête haute, avec le sentiment du devoir accompli.

Petit passage express sous la Temple pour assister à la fin du set de True Black Dawn. En quelques mots, il s’agissait là d’un concert de Black Metal typique mis en œuvre par des musiciens accoutrés de vêtements pieux. Le show était de bonne facture, mais il en aurait fallu plus pour nous convaincre de rester jusqu’au bout.

Après une petite pause bien méritée, nous retournons aux abords de la MainStage 1 où Textures donne l’un de ses derniers concerts. Premier constat, il n’y a pas trop foule bien que le concert soit excellent. En effet, les grosses basses « Djent » dans l’âme jouissent d’un son de façade des plus confortables. Elles permettent de mettre en exergue les compositions « Messhughienne » de Silhouettes et de Drawing Circles. Bref, les fans étaient aux anges, mais il manquait clairement ce petit « truc » en plus qui aurait pu donner plus de crédibilité à un show de cette importance.

La dernière fois que la rédaction a vu Evergrey, c’était au Splendid de Lille en novembre dernier. Le groupe s’y produisait alors en compagnie de Kobra And The Lotus et Delain. On en gardait un agréable souvenir, une formation au top, qui avait surpris le public. Vendredi 17, c’est Hellfest ! Le concert proposé est simple, mais efficace. Il y a pas mal de monde devant la MainStage 2, mais ce dernier reste un poil trop mou. Et bien que les compositions soient dynamiques et le mix agréable (le clavier n’est jamais en retrait), on reste clairement sur notre faim.

Tÿr ! Quand il y a du Folk Metal dans l’air, tout le monde s’empresse de remplir la Temple. Son dernier passage date d’il y a quatre ans, et le groupe ne rencontrait alors pas le même succès qu’aujourd’hui ! Bien à lui… Alors vous l’aurez compris, les musiciens n’hésitent pas à exprimer leur bonheur d’être sur scène, et affichent une joie décomplexée, surtout le bassiste Gunnar H. Thomsen, qui chante quelques couplets en compagnie de Heri Joensen. Quelques gros classiques sont au rendez-vous, mais jamais le groupe n’a pas pris de grands risques. Peut-être avait-il peur de décevoir une fan base déjà bien solide ? Quoi qu’il en soit, le concert est excellent, les chants païens transcendent un public qui devait sûrement se dire : « J’assiste là à la meilleure performance de Tÿr jamais vue auparavant ».

Toute première fois pour Avatar ! La grosse curiosité du moment, Avatar, foule enfin le plancher du Hellfest, et pas n’importe lequel : celui de la MainStage 1. Alors si les Suédois rencontrent un énorme succès dans le nord de l’Europe, notamment en Belgique, ce n’est pas chose acquise en ce qui concerne la France : tout est encore à faire. Mais le public est là et se prend au jeu des loufoqueries de Johannes Michael Gustaf Eckerström, le maître de cérémonie, qui alterne entre chant clair et crié. Alors l’univers est totalement rodé : musique clownesque, interventions décalées et des gros tubes s’alternent afin de mettre le public en transe. Ont donc été servis des tubes (assimilant plusieurs styles de musique comme le Rock, le Metal, la Pop et l’Indus…) tels que « The Eagle Has Landed », « Bloody Angel » et « Smells Like A Freakshow ». Néanmoins, bien que l’ensemble soit de très bon goût, la mise en scène restera un poil moins impressionnante qu’à l’Alcatraz où le show avait été pimenté par l’intermédiaire de jets de confettis divers et variés. Quoi qu’il en soit, Avatar fascine toujours aujourd’hui, aussi bien grâce à son intemporalité mais aussi son originalité. Et ça divise… Donnons-lui encore quelques années, et le groupe pourra proposer des shows à la hauteur de ses ambitions.

Les vétérans du Heavy Metal progressif, Queensrÿche, sont de retour au Hellfest ! Alors n’y allons pas par quatre chemins, le groupe va droit au but en interprétant les morceaux que tout le monde veut : ceux tirés de ses plus gros classiques Empire et Operation : Mindcrime ! Mais, qu’est-ce qu’il fait chaud ! Todd, pourtant en voix, montre qu’il a chaud, mais ne renonce jamais : il demande à son public de chanter les chœurs de l’éponyme « Empire » et va à la rencontre du batteur pendant « Take Hold Of The Flame ». Le groupe fait donc l’impasse sur ses derniers albums et interprète au moins un morceau de ses classic-albums. C’était clairement le concert que tout le monde attendait : mais pourquoi est-il parti sept minutes avant la fin annoncée ? Quand c’est bon, c’est toujours trop court, certes… Peut-être que la chaleur était la principale fautive…

Devin Townsend Project ! L’alchimiste du Metal est enfin de retour sur les terres clisonnaises pour promouvoir son nouveau méfait. Et que dire si ce n’est que beaucoup de monde l’attendait au tournant. Conséquence, les fans auront droit à huit morceaux tirés de Transcendence, Addicted, Epicloud et Sky Blue. Le concert est de bonne facture, et le musicien en pleine forme. Ses cris lyriques lors de « Stormbendind » le prouvent bien… Mais nous resterons tout de même sur notre faim. Setlist et prestation construites pour les festivals, nous assistons à un concert qui manque cruellement de surprises. Aujourd’hui, nous étions peut-être loin de la magie « Devin Townsend Project ». Peut-être que nous sommes passés à côté de quelque chose de génial… Seul l’avenir nous le dira.

Après une conférence de presse décadente avec les Sabaton, nous assistons aux trois derniers morceaux de Red Fang sous la Valley. La formation américaine rencontre depuis quelques années maintenant un succès démesuré au sein de la communauté Rock/Stoner. La Valley est totalement blindée, et les accords lourds humidifient le plafond de la tente. C’est lourd, gras, et le groupe profite de son groove pour abattre les ardeurs des plus téméraires. Ça se bouscule, et comme à Lille, le groupe déploie l’artillerie lourde en toute fin de gig par l’intermédiaire de « Prehistoric Dog ». Bref, on ne vous cache pas notre frustration de n’avoir assisté qu’à une infime partie de ce concert…

Il commence à se faire tard, et nous avons le choix entre nous rendre à la Warzone pour faire « coucou » aux Tadaga Jones, ou revoir encore une fois Ministry. La Warzone est archiblindée et nous entendons de loin les accords d’« Envers Et Contre Tous ». Nous décidons d’aller voir Ministry. Le constat est sans appel, le groupe attire toujours autant bien que l’originalité de ses concerts laisse toujours à désirer. On se croirait en 1996, et le riffing du guitariste reste assez périmé. C’est dommage car on y a vu une formation qui a voulu s’adapter en projetant des animations sympathiques de Donald Trump. Bref, la pilule a du mal à passer… Nous décidons donc d’arpenter le festival, et nous nous retrouvons devant le concert de Corvus Corax, un groupe de Folk Mediéval… Loin des préoccupations politiques de Tadaga Jones et de Ministry, nous apprécions ce dépaysement à sa juste valeur. Le son de la cornemuse reste très présent, et nous ne cachons pas notre plaisir devant un groupe qui a su mêler voyage dans le temps et interactions avec son public. Clairement efficace dans sa démarche, Corvus Corax restera sans doute une de nos belles découvertes du cru 2017 !

La rédaction de Sounds Like Hell Fanzine peut s’avouer chanceuse. À peine deux semaines après le passage de Deep Purple à Lille, revoilà le clan de Ian Gillan au Hellfest ! Après une performance de bonne facture au Zénith, nous voulions voir Deep Purple se produire dans le cadre d’un festival. Les bruits allant du « Deep Purple ne vaut plus rien sans Ritchie Blackmore » à « Le dernier album, InFinite, mérite que l’on s’y attarde de plus près », nous voulons une nouvelle fois nous convaincre de la pertinence de cette tournée d’adieu « The Long Goodbye Tour ». Encore une fois, ils ne sont plus très jeunes, mais continuent d’ameuter. Et le Hellfest ne fait pas exception à la règle. Au rendez-vous, le même concert proposé à Lille, les mêmes agencements. Rien de plus normal… Les titres du nouvel album se confondent aux autres classiques « Fireball », « Stranger Kind Of Woman », et Ian Gillan, bien que sa voix ait du mal à franchir les aigus, se fait remarquer par sa simplicité évidente. Qu’elle soit vestimentaire ou scénique. Néanmoins, derrière tout est en ordre, le tandem Ian Paice/Roger Glover est en forme, et Don Airey vend du rêve avec ses parties de clavier enflammées. Vraiment, il fallait être de mauvaise foi pour dire que Deep Purple ne vallait plus rien aujourd’hui. À bon entendeur.

Obituary… Le clan Tardy encore et toujours ! Inépuisable, ineffable – les Floridians ne lâchent rien et reviennent sous l’Altar deux ans après le dernier passage à Clisson. Depuis, ils ont un nouvel album, éponyme, sponsorisé par les meilleurs fabricants de parpaings. Alors nous ne gâchons pas notre plaisir devant une formation qui met à la fois son dernier méfait (avec pas moins de quatre titres), mais aussi ses plus gros succès en avant ! C’est ce que John Tardy fera au cours de l’heure de jeu accordée. Toujours en voix, il prouve que son Death Metal n’avait jamais été autant d’actualité, et il n’y avait qu’à voir la réaction du public lors de l’interprétation de « Slowly We Rot » et de « Don’t Care » pour s’en rendre compte. Obituary nous a fait manger la poussière, et c’est très bien ainsi !

Une autre formation à laquelle nous sommes encore bien habitués : Sabaton ! Revenue vainqueur de sa tournée en compagnie d’Accept, elle est désormais en tournée estivale pour promouvoir son nouvel album, The Last Stand. Alors certes, les plus sceptiques continueront d’haranguer que Sabaton ne vaut pas un sou, et que le show proposé par Joakim Brodén flirte avec le superficiel, mais que diront-ils aux 20 000 partisans présents devant la MainStage 2 avant le début des hostilités ? Bref, le concert commence et Sabaton nous offre tout ce que nous sommes en droit d’attendre d’une tête d’affiche : un show carré, millimétré, composé de surprises, notamment cette fameuse participation d’un illustre inconnu sur « Swedish Pagans », une bonne humeur débordante en fin de show (les musiciens prendront Joakim comme cible de diverses farces), des missives « To Hell And Back », « Sparta » et « Ghost Division », et de (vrais) coups de canon… Pas de figurants cette fois-ci, un show écourté comparé à celui proposé en salle, mais qui dira qu’il a passé un mauvais moment devant le show de Sabaton au Hellfest ? Pas nous en tout cas !

Les légendes du Death Metal « oldschool », Autopsy, reviennent en France, après… 25 ans d’absence ! Bref, autant vous dire que la performance d’Autopsy a été attendue par la rédaction de Sounds Like Hell Fanzine. Néanmoins, bien que tout semble moins extraordinaire que Sabaton en termes de logistique, les amateurs et les curieux se sont réunis pour apprécier à leur juste valeur les hurlements de Chris Reifert, le tambourineur/chanteur du groupe. Niveau setlist, c’est surtout trois albums, Mental Funeral, Acts Of The Unspeakable, Severed Survival qui ont été privilégiés. Ils ont été interprétés avec une extrême finesse par le groupe, bien que le son-façade restait un poil trop approximatif. Mais le frisson est là, et en sortant de l’Altar, une seule idée nous vient à l’esprit : « Combien de temps nous faudra-t-il attendre pour revoir ces légendes en France ? ». Une vingtaine d’années encore ? Hélas, il sera trop tard !

Nous assistons à quelques mesures du concert d’Alestorm, qui a fait carton-plein sous la Temple, et partons nous remettre de cette première journée, rythmée par de belles prestations, notamment celle d’Autopsy, de Sabaton, de Queensrÿche et de nos locaux de Putrid Offal. On vous donne rendez-vous dans quelques jours pour la suite du récit de nos aventures au Hellfest !

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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