Déjà un mois que le Hellfest est passé, et nous voilà à la troisième et dernière journée de report. Il faut dire que se remettre d’un tel événement demande plus de temps qu’on ne le croit. Néanmoins, quand on y repense : quel week-end, quelle ambiance, et que de souvenirs, notamment en ce dernier jour, qui a également répondu aux attentes de chacun. Question sensible… Linkin Park. Pourquoi programmer Linkin Park alors qu’ils ne répondent plus aux standards du Metal ? Mais pour l’heure, il est à peine 10h30 et nous nous rendons sous l’Altar pour assister au concert de Mortuary. 

Mortuary… Trente années au service du Metal, un Death Old School bien de chez nous, et surtout une première prestation en Enfer. Évoluant dans un Death Old School classique, Mortuary a préféré axer son show sur son dernier album en date, Nothingless Than Nothingness, mais voulait surtout passer un agréable moment avec ses amis et fans qui ont fait le déplacement pour le voir. On n’oubliera pas ces longs messages de sympathie qui ont ponctué le concert. Une telle intégrité est surtout bienvenue, et que grand bien leur fasse puisque le concert, aussi simple soit-il, révèle aux plus jeunes d’entre nous une formation qui ne fait pas dans la dentelle. Ça tombe bien, ils passent dans le Nord dans quelques semaines. Le rendez-vous est dorénavant pris.

De l’autre côté, sous la Valley, Bright Curse se produit. Bright Curse, c’est quoi ? C’est un power trio de Sludge Psyché qui profite également de sa première prestation en Enfer pour faire parler de lui. Auront fait mouche ces lourdes parties qui ne sont pas sans rappeler celles d’un Kyuss ou d’un Clutch. Aucune pression, un concert simple et efficace a été délivré. Pareil, les amis et les fans sont là pour ne pas dépayser les jeunes musiciens. Et puisque les fans sont là, Bright Curse répond à la requête qui avait été lancée sur Facebook en interprétant un titre qui était finalement prévu. Voilà une jeune formation qui est venue pour faire plaisir à ses fans à qui nous souhaitons le meilleur pour la suite.

Deluge… Nouveau poulain de l’écurie Les Acteurs De L’Ombre, Déluge s’est construit une réputation des plus conséquentes en tournant avec Regarde Les Hommes Tomber. Aeter a également reçu un accueil très chaleureux de la part des neo-fans de Black Metal. Après une prestation frustrante au Loos Yourself, il était enfin l’heure de passer aux choses sérieuses. Le show est millimétré et les samplers rythment les compositions du premier méfait. Rien de très surprenant en soi, le groupe ne crée pas la surprise, mais rassure en ce qui concerne le crédit que l’on peut porter à sa musique. Les parties mélancoliques s’associent aux parties criées de ce hurleur des temps modernes, Maxime Febvet. Déluge rassure. La scène française a encore de belles années devant elle.

Après avoir assisté à quelques bribes du concert dépaysant de Vodun (vous savez ce groupe de Sludge à tendance africaine pas des plus dégueulasses), nous revenons sous la Temple où WelicoRuss se prépare. Aucun album à pouvoir, Az Esm est sorti il y a deux ans, mais nous n’allons pas bouder notre plaisir de le revoir tant ses passages en France sont rares. WelicoRuss suscite l’intérêt des passionnés et des plus curieux. Il faut dire que son Black Symphonique est cohérent, bien ficelé et qu’il est mis en scène comme il se doit par Alexey « WelicoRuss » Boganov et ses collègues. Corpse-painting et fourrures imposantes, la dimension épique est à son comble lors de l’interprétation des désormais classiques « Voice Of Millenium » et « Sons Of The North ». Il ne fait aucun doute, WelicoRuss est une future référence du genre, et ce concert le montre bien : une nappe de synthé pas trop en retrait, des musiciens investis et surtout un concert très cohérent. Un sans faute pour les Tchèques.

The Vintage Caravan… Les Islandais avaient fait tanguer la Péniche de Lille l’année dernière. Vous en souvenez-vous ? Nous oui ! Aujourd’hui, c’est « Hellfest time » pour eux ! Pas de nouvel album, mais trois pépites à défendre, The Vintage Caravan, Voyage et Arrival, ce qu’ils ont fait tout au long du concert. On ne passera pas en revue les nombreux titres qu’ils nous ont proposés, vous les connaissez tous… La rédaction retient surtout l’enthousiasme dégagé par Páll Sólmundur H. Eydal (Chant, Basse). « C’était un de mes rêves que de jouer au Hellfest » lance-t-il sur un ton joyeux. Et nous, un de nos plus grands souhaits de les voir sur une aussi grande scène. Le son est massif, et les riffs à la Black Sabbath font leur plus bel effet sur les fans de Sludge/Doom.  Mais l’essentiel est là. Le feeling ! C’est gras, c’est hyper groovy, ça va à la rencontre du public. « Oui, toi, tu as un t-shirt du groupe », « On vous dédie ce morceau à vous tous » lance ce joyeux frontman avant d’interpréter les premiers riffs de « Universe ». Bref, après quelques clappings en furie et d’autres interactions bien pensées, les Islandais peuvent repartir chez eux avec le sentiment du devoir bien accompli.

Un petit tour sur la Mainstage s’impose… Nous sommes désormais devant la Mainstage où Motionless In White se produit. Les fans se sont passés le mot, il faut soutenir la scène Deathcore actuelle. Pourtant boudée par les fans de musiques extrêmes, cette dernière rencontre néanmoins un franc succès auprès des teenagers. Il faut dire que le style de ces gars a tout pour plaire : de beaux breakdown, des musiciens déguisés à la sauce « The Nightmare Before Christmas », et des interactions qui parlent aux jeunes de nos jours. Bref, les lycéens qui n’ont pas eu encore le privilège de passer le BAC étaient là, et se sont amusés à gueuler au rythme des classiques : « Loud (Fuck It) », « Abigail » et autres « Reincarnate ». Les chants clairs et growlés se sont alternés, mais petit problème : tout a l’air si superficiel… C’est ce qui arrive lorsque l’on n’essaie pas d’inculquer ce « petit » truc en plus à sa musique. Déjà vu, déjà entendu, Motionless In White peine à convaincre bien qu’il rencontre un succès important chez les jeunes. Sommes-nous déjà trop vieux ?

Hirax ! Les vétérans du Thrash se produisent pour la première fois sous l’Altar. Un petit saut dans le passé pour les fans, et une remise à niveau pour ceux qui découvrent ! Pas de compromis, Hirax offre un concert, certes très sobre, mais terriblement efficace. Les tranches « oldschool » sont marquées par le dynamisme du frontman Katon W. De Pena, qui n’hésite pas à demander à son public de donner du sien. Pas grand chose à dire si ce n’est que Hirax reste encore trop méconnu. Néanmoins, les fans de Thrash, eux, savent à qui ils ont affaire, ils tournent et s’entrechoquent dans le pit relevé par la fougue des titres issus d’Immortal Legacy et des autres. Un excellent concert !

Aujourd’hui, on peut se réjouir d’avoir un groupe comme Black Star Riders qui véhicule la mémoire de Thin Lizzy. Scott Gorham n’a jamais oublié d’où il venait, il n’a jamais tiré un trait sur ses ambitions personnelles non plus. Après la transformation du patronyme Thin Lizzy en Black Star Riders, le guitariste a pu proposer nombre des morceaux confinés dans ses archives. 2017, Heavy Fire sort, et reçoit les mêmes éloges que ses prédécesseurs. Alors au Hellfest, le monde se pointe devant la Mainstage 1. Et le groupe interprète ses tubes avec une facilité déconcertante… Ricky Warwick, lui, est en voix et prend la guitare en deuxième partie de concert pour accompagner Damon Johnson et Scott Gorham lors des très sympathiques « The Finest Hour » et « The Boys Are Back In Town » (Thin Lizzy). Le concert reste très classique et les néophytes trouveront réconfort lors de l’interprétation finale de  « Whisky In The Jar » (classique irlandais popularisé par Phil Lynott). Clairement, si on peut reprocher à Black Star Riders de surfer sur la popularité de Thin Lizzy, on ne peut pas leur reprocher de manquer de classe. Tout était très bien exécuté et jamais le groupe n’a fauté !

Petit tour sous la Valley. Ufomammut est déjà bien investi dans son show. Nous n’assisterons qu’aux derniers morceaux du gig. Mais quelques constats : une populace au rendez-vous, un son façade excellent, un stoner/doom ingénieux et des morceaux qui ne cessent d’évoluer au fur et à mesure. L’interprétation sans faille des pistes de 8 a laissé entrevoir des musiciens honnêtes dans leur démarche et qui ne font pas usage de quelconque artifices pour rendre sa musique meilleure. Clairement, on a adoré le voyage et ce Rock sous amphétamines.

Arkhon Infaustus ! Vous les demandiez ? Ils sont de retour, pour le meilleur et pour le pire. Alors, on ne reviendra pas sur les polémiques sur l’aspect « trve » de la musique Black, tout le monde ne se sent pas concernés par ces débats. Pour l’heure, apprécions ce retour à sa juste valeur. Hellfest ! Première fois… Mais peu de monde au rendez-vous, et bien moins que pour leurs petits frères de Regarde Les Hommes Tomber, également chez Les Acteurs De L’Ombre, qui ont archiblindé la Temple. On s’en fout ? Ok ! Arkhon Infaustus n’a peut-être pas eu droit aux balances qu’il souhaitait avoir, mais nous a sorti un set Rock’n’ Roll comprenant nombre de ses grands classiques et bien sûr le petit dernier « The Precipice Where Souls Slither ». Et que dire si ce n’est que c’est une toute nouvelle formation que nous avons vue. Les pistes sont bien interprétées,et mettent en avant un musicien, DK Deviant, totalement libéré de ses diverses contraintes antérieures. Qui a dit que c’était mieux avant ? Pas nous ! Nous suivrons désormais les « bâtards » d’Arkhon Infaustus dans la suite de leurs aventures malsaines et pleines de débauche.

Après Arkhon Infaustus, nous nous retrouvons devant le concert de A Day To Remember. Un autre groupe à minettes… Oui, il rassemble autant que Motionless In White. Même public, même contraintes. Les parties sont semblables les unes aux autres bien que le groupe interprète des titres tirés de l’ensemble de sa discographie… Mais le public s’en moque, admire ses idoles, participe aux nombreuses animations, notamment cette fameuse compétition de « crowdsurfing ». En somme, la musique proposée nous laisse indifférents bien qu’elle ait motivé une horde de fans.

Conférence, interview et autres se bousculent, nous loupons contre notre gré le concert de Sanctuary, mais pour rien au monde nous ne nous passerions de celui d’Alter Bridge. La dernière performance de Myles Kennedy au Hellfest remonte à 2015. Souvenez-vous, il était là avec Slash… Cette fois-ci, il est avec son propre groupe. En quelques mots, les fans prennent d’assaut les abords de la MainStage 1 et assistent au concert d’un groupe qui n’a plus grand chose à prouver. Les guitares sont lourdes, dynamiques et le chant de Myles, lui, est toujours aussi expressif. On retiendra surtout l’interprétation de « Blackbird » précédé par les arpèges du « Blackbird » des Beatles. Vraiment, le concert est peut-être simple, mais le talent et la perfection sont toujours au rendez-vous avec le tandem Kennedy/Tremonti. Dans quelques années, ils seront la tête d’affiche que tout le monde attend. Et on sera là.

Après avoir passé une interview « mystère » qui se retrouvera dans le prochain numéro, nous assistons à ce qui est notre dernière performance de la journée – obligation professionnelle oblige – celle de Blue Öyster Cult. Dans le cadre de cette tournée estivale, la bande d’Eric Bloom s’est jurée de ne jouer que des classiques. Alors, la Valley est blindée (une Mainstage n’aurait-elle pas pu être envisageable ?!), les anciens rencontrent les nouveaux, et les guitares de « Burnin’ For You », de « (Don’t Fear) The Reaper » , « Cities On Flame With Rock And Roll » et d’autres classiques fusent. Vraiment, il n’y a rien à redire, c’est précis, net et le son est excellent. Pas de grandes interactions, certes, elles restent sobres et se limitent à quelques clappings… Mais quel son, quel professionnalisme ! Et comme il est rassurant de voir que Blue Öyster Cult respecte cette fois-ci son contrat de jeu en jouant une heure comme prévu (ce qui n’était pas le cas en 2012). Bref, on a adoré ces solos de guitare, ces chœurs qui ont trouvé preneur chez le clan « Ghost », et ce voyage dans le temps. Merci « BOC ».

C’est donc sur ces derniers solos que nous retrouvons une dernière fois l’espace presse pour y saluer confrères et amis. Nous avons eu, quelques heures après, quelques échos des performances de Linkin Park, Slayer, Prophets Of Rage et Emperor. Pour faire court, Linkin Park a peiné à se faire comprendre. Quelques personnes sont principalement venues pour perturber la performance d’un groupe qui essaie tant bien que mal de renouveler son approche de la musique. Parmi les groupes cités, Prophets Of Rage a sensiblement remporté le prix du « coup de matraque » de l’année. Une performance carrée, incisive et construite à partir des gros classiques de Public Enemy et Rage Against The Machine. 

Le Hellfest 2017 fut un bon cru. Tout le monde a passé en excellent week-end bien qu’il ait fait très chaud. Plusieurs solutions ont été trouvées pour répondre aux attentes de chacun en termes d’hydratation (les nombreux jets sur les Mainstages), mais elles ne suffisaient pas. Plusieurs points d’eau seraient les bienvenus. 

TOP 5 HELLFEST :

  • Kreator
  • Blue Öyster Cult
  • Obituary/Autopsy
  • Black Star Riders
  • Dee Snider

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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