Le Motocultor Festival a déjà bien consumé le foie des festivaliers. Mais pas question de raccrocher le perfecto… La rédaction a assisté à la conférence de presse donnée par Yann Le Baraillec et aux quelques performances des groupes suivants : Suffocation, Uli Jon Roth, mais aussi Devin Townsend Project et bien d’autres. Bref, à n’en plus douter, cette ultime journée répond bien aux standards de qualité « made in St Nolff ». 

Breed Machine inaugure les hostilités ! Le groupe propose un « Neo Deathcore » sans concession ! Certes, rien de très original n’est au rendez-vous, mais les riffs de Ja mettent l’ambiance, de même que les cris (en français, s’il vous plaît) de Mike. Hormis ces caractéristiques de base, le concert a été marqué par quelques appels à la rébellion et à l’unité (les majeurs ont été levés au ciel pour montrer le mécontentement) et par un hommage aux victimes de l’attentat de Barcelone !

Sangdragon ! Encore méconnu du grand public (car très rare), la clique de Vincent Urbain n’a pourtant pas rencontré de difficultés pour imposer sa musique. Quelques balances et un titre d’Iron Maiden (« The Trooper ») appâtent le public, et Sangdragon (qui est en fait un projet qui a débouché sur plusieurs albums, trois au total, sous différents patronymes) peut enfin présenter ses musiques. Pour l’occasion, ils ont convié deux de leurs choristes à la fête, et Vincent Urbain, véritable chevalier des temps modernes, a dégainé son épée pour amorcer le show. Le groupe distille un Black/Death symphonique, mené à bien par les claviers d’Edouard et la basse de Will. Matthieu (guitare), lui, est en forme et ne cesse de saisir son portable pour prendre quelques photos du public (un petit problème anachronique pour un groupe qui veut faire dans le médiévisme, non ?). Retenons pour finir l’interprétation finale du thème de Game Of Thrones qui en a convaincu plus d’un. Un véritable coup de force pour Sangdragon, que nous espérons revoir le plus vite possible !

Le Goregrind connaît une vague de succès sans précédent depuis que Gutalax a fait parler de lui. Les chansons païennes à la sauce ‘’grui-gui’’ n’ont jamais aussi bien fonctionnées. Rectal Smegma, déjà bien installé sur la scène,  essaie de faire aussi bien que Gutalax. Même si la recette fonctionne, tout a l’air moins exceptionnel que le concert donné par les Tchèques, il y a deux ans, ici, dans le cadre du Motocultor. Mais le concert est amusant, les techniques sont semblables et le public joue le jeu des « brosses-à-chiotte en l’air ». Le phalus en plastique fait également parler de lui… Musicalement, c’est extrêmement bien joué, ça a le mérite de réveiller le public, mais nous restons sur notre faim.

Par la suite, nous favorisons la découverte et allons à la rencontre des deux groupes qui se produisent sur les deux scènes, Perfecitizen et Monarch ! Deux styles totalement différents ! Monarch ! est le genre de groupes qui vous fera passer un excellent moment si vous êtes avides de sonorité très lourdes. Les petits relents de « Drone » Metal inculqués aux compositions sont intéressants mais nous endorment. Il nous tarde déjà d’aller rendre visite à Perfecitizen. Oscillant dans un « Blastcore/Deathgrind », les Tchèques n’ont pas eu trop de mal à animer le pit. Néanmoins, malgré la sympathie générale des musiciens (le batteur ira même jusqu’à donner sa baguette au kid placé au bord), nous ne retenons pas grand-chose, si ce n’est que les morceaux, assez techniques, étaient rythmés par les allocutions à la « Google Traduction ». Les Tchèques, n’étant pas trop adeptes, ni familiers de la langue de Molière, ils ont préféré laisser une vulgaire machine faire le sale boulot. Laissons la musique parler à leur place, voyons !

Une semaine après avoir assisté au concert de Monkey3 au Alcatraz Festival, nous les revoyons à St Nolff dans le cadre du Motocultor ! Partie intégrante de l’écurie Napalm Records depuis 2013, les Suisses commencent à s’imposer un peu partout en Europe avec une musique psychédélique, principalement instrumentale, qui n’est pas sans nous rappeler celle de Glowsun ! Pas beaucoup d’interactions entre les morceaux, juste un décorum à l’effigie du logo du groupe et des morceaux terriblement efficaces en live ! Si certains mécontents ont pu s’offusquer de l’énième programmation d’un groupe « lourd », nous, nous nous sommes contentés de contempler la puissance dégagée par les voyages « Crossroad », « Birth Of Venus » et « Through The Desert ». Des moments, il ne faut pas (ou ne semble pas falloir) en faire beaucoup pour contenter son auditoire. Il suffit juste d’être en phase avec son temps, de jouer correctement, de varier les intonations, et surtout de dégager « un petit truc en plus »… Des qualités, en apparence, trop facilement acquises par les Suisses.

Nouvelle performance des UADA en France, la deuxième plus exactement. La première, c’était dans le cadre du festival In Theatrum Denonium ! La deuxième, ça aurait dû être dans le cadre du festival Ragnard Rock… Pas mal de fans de Black se sont donné rendez-vous pour assister à ce concert. Une mise en scène sobre et encore un groupe « à capuche » ont lancé certains… Mais c’est surtout et essentiellement ces compositions à la fois accessibles et terriblement efficaces que nous avons retenues. Peut-être qu’il aurait été plus judicieux de programmer le groupe la nuit tombée, car « Devoid Of Light » transpose des ambiances à la fois lunatiques et atmosphériques. Étrange de voir un groupe se produire sous le nom d’« Ombre » en plein jour. Ce n’est pas logique, voyons ! Bref, Devoid Of Light, le premier album du groupe, est interprété dans ses moindres détails, et les Américains nous présentent même un nouveau morceau « The Purging Fire » d’entrée de jeu (qui figurera sûrement dans un album à venir). Aucune parole entre les morceaux, les protagonistes repartent comme ils sont arrivés. Une petite évolution néanmoins, le public est visiblement enthousiasmé par la prestation à laquelle il vient d’assister.

Nos entretiens avec les organisateurs du festival et les membres de Sangdragon ont visiblement pris plus de temps que prévu… Nous ne retrouvons les Vital Remains qu’à la fin de leur gig… Mais les bruits parlent d’un frontman, totalement malade, qui s’est fait porter par un public en transe. Dommage pour nous, nous nous rattraperons la prochaine fois. Et le pire dans l’histoire, c’est que nous arrivons pile à l’heure pour assister au concert de GiédRé. Cette jeune femme et sa guitare, qui pourtant n’entretiennent aucun rapport avec la scène Metal, ont été programmées pour le plus grand bonheur des festivaliers. Nous revêtons notre plus beau veston « tolérance et ouverture d’esprit » et nous y voyons un gros vagin disposé sur scène. La jeune demoiselle arrive et aborde ses thématiques féministes qui frôlent toujours la provocation. Le concert est entre-coupé par des petites anecdotes sur sa vie personnelle (qui l’ont sûrement amenée à composer ses sérénades, comme « Pisser Debout »). Elle a même son propre signe de ralliement. Pour entrer dans son clan, il faut faire des petits « anus » avec ses doigts. La musique, quant à elle, est sympathique. On rigole, on se prend au jeu, on sait que son concert plaît. C’est tellement « in », et politiquement « incorrect » que ça plaît (notamment cette attaque, inutile, envers Brigitte Macron). Pour une féministe, elle fait bien les choses. Bref, la mode « bobo » n’a pas dit son dernier mot. Commence-t-elle à contaminer nos festivals ?

Nous quittons le concert de GiédRé plus tôt que prévu, et nous installons confortablement sous la Massey Ferguscene, sur le point d’accueillir Uli Jon Roth. Encore une fois, nous avions dû faire un choix et mettre de côté Revocation, une formation pourtant excellente en live. Mais notre passion pour le « Jimi Hendrix » allemand a pris le dessus. Dans le cadre de sa tournée estivale, Uli continue de revisiter le répertoire de Scorpions, ce qu’il avait fait avec brio sur le Tokyo Tapes : Revisited. Premier constat, Nathan James n’est plus là, il faut dire qu’il a formé son groupe (Inglorious) depuis… C’est donc son bassiste (également guitariste, par moments) qui se charge des parties chantées des chansons de ScorpionsUli, quant à lui, exécute au chant « Little Wing » (Jimi Hendrix), et « Along The Watchtower » (Bob Dylan). Malgré son âge avancé, le Guitar Hero ne lésine pas sur la qualité de l’interprétation de ses morceaux. Le son de guitare est certes propice à de nombreux acouphènes, mais le feeling est toujours au rendez-vous. Les fans ne peuvent que se réjouir devant l’interprétation sans failles de « All Night Long », « The Sails Of Charon », « Fly To The Rainbow », « We’ll Burn The Sky » et « In Trance ». Ces chansons, agrémentées de solo qui n’existaient pas sur les versions originales, sont les porte-paroles d’une esthétique désormais quasi révolue et extrêmement rare. La simplicité évidente des guitar-heroes qui jouent avec leurs tripes pour le plaisir de leurs fans. Et, à voir le LP Tokyo Tapes brandi par un cinquantenaire placé au premier rang, le mythe « Roth » a encore quelques belles décennies devant lui.

Après ce concert, nous apprenons que notre interview avec Uli Jon Roth a été validée et nous sommes obligés de nous faire une raison : nous ne verrons pas la nouvelle mouture d’Eluveitie. Mais les bruits courent concernant une prestation intéressante, certes non-dénuée de tout effet ‘’kitsch’’ et qui a non seulement mis en avant les classiques du groupe, mais aussi les petits nouveaux de la formation. Nous parvenons quand même à voir un petit morceau de Suffocation. Le groupe, revenant du Metal Méan, a pu promouvoir son nouveau méfait… Of The Dark Light. Charlie Errigo (guitare) et Eric Morotti (batterie), les nouveaux membres du groupe, ont bien assimilé leur nouvelle tâche et écrasent leurs fans avec de riffs destructeurs, violents et passionnants à la fois. Pas la peine d’en dire plus. Pour certains, Suffocation aurait pu être la tête d’affiche de la journée et n’aurait pas dû être programmé sur la Supositor Stage, à l’instar d’Obituary.

Sur la scène principale, Devin Townsend se prépare. L’homme talentueux sera encore synonyme de qualité et de perfectionnisme ! En effet, pour la première fois de cette édition, la Dave Mustage propose un son de façade à la hauteur de l’événement. En effet, tout est « qualibré » de sorte que les morceaux « Deadhead » et « March Of The Poozers » fassent leur meilleur effet sur le public. Comme à son habitude, l’homme inspire la bonne humeur, mais on retiendra surtout ses nombreux changements de tonalités vocales. Le musicien, passant du chant clair (quasi lyrique par moments) au chant growlé, déconcerte autant qu’il fascine. Dommage qu’Anneke Van Giersbergen n’ait pas fait le déplacement pour interpréter quelques titres avec le bonhomme (ce qu’elle avait fait quelques jours avant au Summer Breeze et le mois dernier au Dynamo Metal Fest). Ce sont des samplers, notamment sur « Kingdom », qui comblent son absence… Bref, pas besoin d’en dire plus, Devin Townsend Project nous a peut-être donné le concert le plus pointilleux du « cru Motocultor 2017 ».

Il existe des formations dont les albums studio impressionnent tant la qualité de l’enregistrement est nette et sans fioritures. Ces groupes, qui arrivent à transposer un univers propre, trop travaillé, se retrouvent régulièrement confrontés aux limites imposées par la scène. Insomnium en fait partie. Insomnium a peut-être sorti  l’album le plus ambitieux de sa discographie l’année dernière (Winter’s Gate est un concept-album, qui ne repose que sur une longue piste de 40 minutes). Les deux morceaux qui ont fait l’objet des rappels sont ni plus ni moins les titres les plus fameux de leur avant dernier album, Shadows Of The Dying Sun. Mais que se passe-t-il ? Les échanges vocaux laissent à désirer, et plombent le dépaysement… Heureusement que les parties rythmiques parviennent à sauver les meubles. Néanmoins, tout reste sans relief, et en fin de compte, nous finissons par nous assoupir. Le comble pour un groupe qui s’appelle Insomnium, non ?

Place au dernier concert du festival, et pas des moindres, puisque c’est à Possessed qu’a été confiée la tâche de clôturer les festivités. Le groupe n’a peut-être pas encore sorti son nouvel album, mais ça ne l’empêche pas de tourner et rallier de nouvelles têtes à sa cause. Possessed interprète donc dans le cadre de sa dernière date estivale une belle flopée de titres issus de Seven Churches et Beyond The Gates. Jeff Becerra (chant) rencontre, certes, quelques problèmes avec son fauteuil roulant, mais cela ne l’empêche pas de délivrer un souffle à la hauteur de nos attentes. Véritablement charmé par l’accueil que lui ont réservé les derniers festivaliers, il ne cesse de les haranguer et de les remercier. Il le compare même à sa famille. C’est la débandade, le son de façade est très fort, et les animations dans le pit se multiplient. Le groupe interprète même quelques nouveaux morceaux (« Abandoned » et « Shadowcult ») d’un album qu’il sortira chez « Nuclear Fuckin’ Blast ». Vraiment, les absents ont une nouvelle fois eu tort. Pourtant si simple dans sa démarche, Possessed nous a sûrement livré la plus belle et la plus symbolique performance de ce week-end. Vite la suite !

C’est donc sur ces mots que s’achève la nouvelle édition du Motocultor Festival 2017. Malgré les quelques problèmes d’organisation dont ont pâti les bénévoles, nous avons passé une bon séjour en Bretagne, en compagnie d’un bon Breizh Cola et de superbes groupes. 

A propos de l'auteur

Axl

Fondateur et rédacteur en chef de Sounds Like Hell Fanzine ✠ Également rédacteur chez Metallian et Metal Cunt.

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