Pour son premier Fall Of Summer, la rédaction a joué la carte du festivalier lambda à savoir covoiturage jusque Torcy, camping pour deux  jours et vie quotidienne sur le site ! Un choix que n’avaient pas remis en cause les annonces de mauvais temps qui planaient sur le festival… Prêts à en découdre, nous étions résolus à vivre cette expérience pleinement, le tout sur fond de Black, Death et autres joyeusetés Metal Old School.

11h00 : arrivée sur le site ! Nous sommes accueillis par les bénévoles qui nous orientent le sourire aux lèvres, mais déjà la goutte au nez : il fait froid et le site a déjà essuyé les intempéries de la veille retardant le concert d’ouverture prévu à 11h45. On nous explique à l’accueil que des éléments se sont envolés pendant la nuit et qu’il a fallu tout consolider au petit matin… Une opération réussie puisque c’est à midi que le groupe Au-dessus foule les planches de la Blackwaters. Peut-on vraiment parler de retard ? Assurément, non ! Nous nous dirigeons donc vers cette scène, l’une des deux du site où les formations joueront en alternance. Malgré la grisaille, elle offre un cadre exceptionnel. Les pieds dans l’eau, elle tourne le dos au lac, laissant au public le choix de se placer sur une plage de sable aménagée ou sur la douce pente de la colline qui lui fait face.

Au-Dessus entre en scène. Un immense back drop au motif son premier LP, End Of Chapter, décore la Blackwaters : une enfant décédée, chaque œil recouvert d’une pièce pour payer son passage vers l’au-delà… Les quatre silhouettes encapuchonnées de noir dénotent devant leurs amplis « Orange », ce que l’on aurait sans doute moins remarqué si le groupe avait joué de nuit. C’est qu’il n’est pas simple pour les Lithuaniens de déverser leur Black Metal plutôt atmosphérique en plein jour et surtout avec un vent contraire. Le son se fait la malle et leurs capuches avec ! Et même si les samples de bruits d’orage et de pluie cadrent parfaitement avec l’ambiance, ils peineront à réveiller le public, encore clairsemé.

Une fois le concert terminé, direction la Sanctuary. Cette scène est située à l’entrée du site, après divers stands de nourriture, de merchandising, et autre tente proposant de recharger les batteries de nos téléphones. C’est Hideous Divinity qui y prend place. Derniers arrivés sur l’affiche suite à l’annulation du groupe Doom, les Italiens semblent heureux d’être là. La communication est bonne. Entre les musiciens d’abord, qui se démènent, en chemisette siglée aux couleurs du groupe, pour offrir un concert vivant et moderne. Avec le public ensuite : le chanteur et le bassiste, occupant les postes centraux, encouragent les spectateurs à se rapprocher et à se livrer au premier pogo du festival. Mais, si les conditions acoustiques semblent mieux réunies ici (la scène est moins exposée au vent), le public encore frileux montre qu’il ne les attendait pas : un « au revoir » et tout le monde vide les lieux sans demander son reste !

C’est que Necrowretch arrive de l’autre côté et le groupe n’en est pas à son coup d’essai. Depuis 2008, il délivre un Death Metal sans concessions qui correspond plus aux goûts des festivaliers, des durs, des trues ! Un champ de « cornes du diable » se lève pour répondre à celui de Vlad, le leader/chanteur qui mimera une gorge tranchée dans la foulée. Le ton est donné : c’est tendu dans le jeu, tendu dans le chant, une urgence et une envie d’en découdre s’emparent de Torcy. La pluie commence à redoubler, mais l’authenticité des Français nous fait oublier ce désagrément. Les spectateurs prennent plaisir à écouter ses artisans du Death Old School. Et nous salivons par avance de les rencontrer plus tard pour une interview (à retrouver bientôt sur notre site). Comme pourront le dire certains : le festival commence enfin !

Au tour de Broken Hope de prendre la suite sur la Sanctuary. Ou pas, pour ceux qui décideront de faire une halte aux quatre stands pour le repas méridien : des frites, des burgers, de la torcyflette et des saucisses, mais aussi des empanadas, du chili vegan ou des crêpes sont proposés à des prix abordables aux festivaliers. Et comme la première journée peine à se remplir côté public, l’attente n’est pas trop longue pour se sustenter. Broken Hope assure l’ambiance avec son Death Brutal à tendances Grind qui trace la route sans répit. Back drop flashy à l’arrière, il défend Mutilated And Assimilated, son LP sorti en juin dernier et accompagne un autre groupe du festival, Cattle Decapitation, avec qui il est actuellement en tournée. C’est propre, ça communique bien avec le public, bref une rigueur toute américaine entre décontraction et mise au pilori.

Place désormais aux Allemands de Grave Digger et ses presque quarante ans de Heavy Metal qui nous contemplent ! L’heure pour nous également de rejoindre la tente presse pour l’interview de Necrowrecht.

Nous retrouvons le site alors que Cattle Decapitation balance sa hargne sur la Sanctuary. Cattle Decapitation n’est pas le plus vieux groupe du festival, mais son expérience depuis ses débuts en 1996 n’est plus à démontrer et bon nombre de festivaliers les attendaient avec impatience. Malgré un son de façade très fort qui laisse peu de place à la finesse, le jeu du quatuor est incisif et sa présence indéniable. Peut-être un poil surjoué à notre goût, le show réussit tout de même à rassembler un pit plus acéré qui laisse libre cours à de multiples pogos.

Sortilege Tribute

Merciless

Il est 17 heures et la pluie recommence à tomber sur le festival. Ce qu’on espérait n’être qu’une nouvelle averse passagère se transforme en déluge de plusieurs heures. Comptant installer rapidement notre campement sur le deuxième emplacement « camping » situé un peu plus haut sur le site, l’opération se révèle plus que périlleuse. Le chemin escarpé dans les fourrées est déjà gorgé d’eau et c’est avec peine que nous trouvons une place tout au bout de l’allée. Le champ, fraîchement coupé, est assez rudimentaire : Quelques sacs poubelles scotchés aux arbres, un coin pour les commodités avec plusieurs WC mais aucun point d’eau, ni éclairages. Certes, le camping est gratuit donc il serait déplacé de critiquer les conditions d’accueil spartiates, mais la sécurité laissera tout de même à désirer en fin de soirée quand chaque centimètre de terre se sera transformé en boue épaisse, piégeant les festivaliers dans le noir.

Retour sur site pour une nouvelle interview, celle d’Ellie Promotion (à lire bientôt sur le web) et nous nous dirigeons vers la Blackwaters où commence le concert de Magma. Il pleut toujours des trombes d’eau et la plupart des festivaliers ont quitté le site pour se réfugier dans les tentes ou dans les voitures sur le parking. On les comprend : une ou deux averses sans abri ça passe, mais trempé jusqu’aux os pendant des heures, sans pouvoir s’asseoir ou s’abriter un quart d’heure c’est une autre histoire. Magma ne se laisse pas démonter pour autant et assure sa partie avec la jovialité qu’on lui connaît. Les lights sont orangées, jaunes, bref chaudes, et les chœurs harmonieux. Une sorte de mirage, d’oasis inversée. Magma, dont la programmation sur ce type de festival nous semblait hasardeuse, réchauffe nos cœurs et nos oreilles pour une heure comme hors du temps. Une respiration en quelque sorte avant d’attaquer la suite.

Et la suite, c’est Shining. Il pleut toujours, mais la Sanctuary installée sur du bitume se prête mieux à l’exercice. Shining a été ajouté récemment pour faire face à l’annulation de Saint Vitus. On imagine aisément la tête des programmateurs quand leur tête d’affiche du vendredi est partie en fumée… Un vrai coup dur ! Difficile ensuite de proposer en peu de temps quelque chose d’équivalant. Le plan B a été de remanier l’ordre des groupes et d’inviter un groupe de notoriété moins importante.  En l’occurrence ici Shining, pas le célèbre groupe de Death Metal suédois, mais le groupe Jazzy Metal norvégien. Sur ce choix, la rédaction est mitigée. Une partie aime ce combo qui a le mérite d’ouvrir les horizons du Metal et de mettre l’ambiance, l’autre parle d’imposture et de posture. Ce premier concert dans le noir (la nuit est tombée) aura donc le mérite de mettre en jambes les festivaliers de retour, de permettre aux demoiselles de s’extasier, de réchauffer des oreilles aux sons des cuivres, ou de délier des langues sur ce qu’est le Jazz, le Metal et « 30 Seconds To Mars »… Dans tous les cas, le groupe ne boude pas son plaisir d’être là et en profite pour fêter l’anniversaire du guitariste et d’un des fils de l’équipe avec son public !

Il est 21h, les irréductibles sont toujours là et les plus frileux sont revenus. Tous se hâtent devant la Blackwaters pour assister au concert de Gaahls Wyrd, le groupe de Gaahl, l’ancien leader de Gorgoroth et God Seed. Autant le dire de suite, les choses sérieuses reprennent. C’est un des moments forts de cette journée de vendredi. Une figure du Black Metal, rien que pour nous, pendant près d’une heure et qui réinterprète ses plus grands titres ! L’homme est accompagné de quatre musiciens qui lui servent la mesure et nous mesurons l’étendue du parcours du chanteur. Gaahl a cette nonchalance, ce pas de dandy qui donne une dimension presque onirique au set. Certes le public le regarde, mais il regarde son public et, par moments, devient même son propre spectateur dans le reflet que lui renvoient les spectateurs. Une mise en abîme qui sied parfaitement à la teneur du show, une rétrospective en quelque sorte, mais loin de la poussière des musées. Pour faire court, Gaahls Wyrd nous donne une leçon d’histoire et de musique avec la classe des orateurs nés.

Blasphemy ! Changement de cap à 180 degrés. Le dandysme laisse place aux grognements de boucher sur la Sanctuary. Radical et sans concessions, Nocturnal (le chanteur) a revêtu ses trois cartouchières et des bougies illuminent la scène. Le cri est presque aphone tellement l’énergie et le jusqu’au-boutisme sont de mise. On voit se dessiner peut-être pour la première fois du festival une séparation dans le public. Il y a les fans, venus nombreux, qui exultent sur le devant du pit et le simple festivalier qui écoute, voire découvre ce groupe d’Extreme Metal issu des années 80. Pour notre part, le choc est assez violent et nous n’arrivons pas à rentrer complètement dans cette guerre déclarée. Nous décidons alors de faire un tour sur le village market situé juste en face de la stage. Malheureusement, nous n’y parvenons pas : le village a pris l’eau et après une dizaine de pas en équilibre dans la gadoue, nous décidons de faire demi-tour. Nous retenterons notre chance demain. Vite, vite nous nous plaçons devant Annihilator qui finit ses balances… avant d’embraser le Fall Of Summer.

Annihilator, c’est la promesse d’un Heavy Metal couillu, celui de Jeff Waters, la tête pensante du projet. Le groupe est né lui aussi en 1984 et les productions se sont accumulées jusqu’en 2017, avec la sortie d’un triple CD acoustique et live. Annihilator commence le set et nous comprenons de suite le sens du mot « spectacle ». Oui, nous assistons à un véritable show qui brasse les époques avec une modernité déconcertante. La communication avec le public est parfaite, le groupe remercie les spectateurs d’être encore là (il est 23h et il pleut toujours) et exprime son honneur de pouvoir jouer aux côtés de Merciless en ce premier jour de festival. Nous luttons avec le froid, la fatigue et les éléments, mais à aucun moment nous ne souhaitons jeter l’éponge. Emmitouflés dans nos manteaux, ponchos de pluie et abrités sous un parapluie qui commence à percer, nous vivons chacun dans notre bulle ce moment somme toute magique.

Minuit passé ! L’heure des chats noirs dans les rues et des loups dans les bois. Et l’heure de terminer le festival avec Primordial. Beaucoup de monde est encore présent pour ce dernier concert sur la Sanctuary. Beaucoup de vétérans du Metal qui attendaient ce moment Black Pagan avec impatience. Les Irlandais, qui ont dû s’inquiéter de l’affluence toute la journée, ont pu se rendre compte une nouvelle fois de l’importance qu’ils revêtent aux yeux de leurs fans français. Nous assistons à une bonne moitié du show du groupe, mais ne sommes plus en état pour continuer à marcher, comme nos chaussures en somme qui ont eu le temps de prendre l’eau. Nous laissons des spectateurs heureux devant la scène et quittons les lieux avec d’autres, repus par cette première journée.

Quel bilan tiré de ce vendredi 8 septembre ? Côté programmation, nous avons apprécié cette journée qui s’est avérée pleine de bonnes surprises. Côté site, l’implantation dans cet écrin de verdure donne du cachet à un évènement qui se veut plus roots, plus Old School que d’autres festivals. Néanmoins, la météo aura eu raison d’une bonne partie des festivaliers qui ne se seront pas déplacés aussi nombreux que le lendemain. Et l’organisation aura été dépassée par les éléments contraires en n’envisageant pas des solutions de replis en amont et une sécurité maximum sur l’ensemble de ses lieux de vie. Il est l’heure de dormir du sommeil du juste pour la rédaction avant de retourner au front dès le matin suivant.

Crédit photo : Galasso Phenix Photography / Béranger « Lykh’arts » Bazin (Metallian)

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