ENDE était présent au Fall Of Summer 2017 en septembre à Torcy et il était un des rares groupes a représenter la France au cours de ces deux jours dédiés au Death, au Black, au Grind… La rédaction a donc sauté sur cette occasion et a rencontré I.Luciferia et Thomas Njodr pour parler de leur dernier opus en date mais aussi et surtout de leur parcours et de leur vision du Black Metal.

Propos recueillis par Céline De Beer Wozniczka et Hyacinthe Gomérieux.

Crédit photos : Phenix Galasso


Pouvez-vous nous présenter ENDE ?

Luciferia : Le début de ENDE est assez complexe : le groupe a été officialisé en 2010, mais j’avais d’autres groupes avant. J’avais besoin de composer des choses différentes dans une optique plus Black Metal traditionnel. J’ai grandi avec la scène norvégienne et la vieille scène française. Notamment Légion Noire, c’est pour cela qu’on a fait des choses ensemble ensuite. De mon côté, je suis parti sur des choses assez expérimentales avec Reverence, un groupe français, et puis, j’ai intégré un autre groupe français, Osculum Infame, qui m’a mis le pied à l’étrier dans la scène Black plus « trve » d’une certaine façon. Quelque chose de plus authentique, de plus radical. Et entre temps, j’ai eu besoin de composer autre chose, de m’exprimer de façon différente. J’avais composé des morceaux acoustiques en 2004 dans la veine d’Ulver ou d’Empyrium et on les a incorporés dans le premier album qui est sorti en 2012. Le groupe ne s’appelait pas encore ENDE, mais comme c’était raccord avec l’esprit du groupe, on a réutilisé ses titres. En 2008, il y a eu 4 ou 5 morceaux qui ont été enregistrés, toujours sans nom, par pulsion, dans ce besoin de faire autre chose. Ils sont sortis en 2015 et sont devenus en quelque sorte la première démo de Ende bien qu’ils soient sortis après le premier album… On a fait les choses à l’envers, mais c’était raccord avec la démarche du groupe. Après cette période là, j’étais tout seul et j’ai voulu faire de ENDE un vrai groupe. Du coup, par un ami commun, on s’est rencontré avec Thomas et aujourd’hui, ENDE est un duo.

Pourquoi avoir choisi un duo ?

Luciferia : Comment expliquer cela simplement ? Je n’aime pas dépendre d’autres compositeurs, je suis assez perso, pas dans le sens négatif, mais j’ai des idées qui sont très fixes, en musique notamment, encore plus que sur d’autres sujets. Du coup, j’ai composé, j’ai vraiment voulu me faire plaisir et donner ma version du Black Metal. Ça fait 20 ans que j’en écoute et je pense avoir suffisamment de recul, sans prétention aucune, pour pouvoir faire autre chose et donner mon point de vue, mon délire. Je suis passionné de sorcières, c’est le thème de ENDE. Il n’y a rien de sataniste, mais ça n’empêche pas d’avoir un certain regard dessus.

Cette passion pour les sorcières se retrouve dans vos albums et notamment sur le titre « When The Crows Flew Above Marhn » de votre dernier opus où on entend les cris d’une femme, vraisemblablement sur le bûcher…

Luciferia : Les gens en général occulte le premier album, celui que j’avais enregistré tout seul en 2010, mais on reste dans l’impulsion. J’ai fait l’album, il est sorti sur un label et en fait, le projet était mort, il était à part des deux autres albums. Un côté plus rapide, beaucoup plus mélo, moins sombre alors qu’aujourd’hui ENDE est un groupe qui ralentit les tempos. On a un coté beaucoup plus roots, un côté un peu moins mélodique d’une certaine façon, un peu plus dissonant. Ça peut se rapprocher de certains projets que j’ai pu avoir ultérieurement, mais il garde cet aspect très sombre, très ténébreux. C’est cela que j’ai voulu développer et le but avec ENDE est de retrouver mes racines. J’étais parti dans des choses plus expérimentales, presque Industriel avec Reverence. On a fait des splits avec Blue Aus Nord, on avait réussi à lier les projets. ENDE s’est un peu le frein : je change de direction, je pars sur autre chose. J’ai vraiment voulu me recentrer sur ce qui me faisait triper quand j’avais 13 ans. Suite à ce premier album, on a sorti The Rebirth Of I qui est techniquement le premier album sous sa forme actuelle, mais officiellement c’est le deuxième et « Emen Etan » où vous avez entendu les cris est son successeur et sa suite logique.

Pouvez-nous nous parler de la symbolique de votre univers que l’on retrouve notamment sur votre backdrop ?

Luciferia : Sur le backdrop, il y a le logo et des branchages. C’est traditionnel, mais rattaché à la fois aux années 90. Le tréma sur le « N » n’est pas là par hasard : c’est un hommage à Légion Noire. Aujourd’hui certains sont des amis. Sur « Emen Etan », Vlad est venu chanter sur une reprise de « Vlad Tepes », une reprise de sa propre chanson ! On a retourné le truc à notre avantage si on peut dire, en faisant un super hommage à des gens qui, quelque part, ont fait mon éducation musicale. J’ai grandi avec ces groupes-là, à l’époque où les gens commençaient à grandir avec des groupes notamment français qui étaient un peu exclus de la scène Black. Le tréma est important, tu peux le retrouver sur toute la phonétique qui a été créée par Légion Noire. Tu ne comprends rien à ce qui est écrit, un peu comme Magma, qui a créé son propre langage. Ce tréma est un clin d’œil. Il y a aussi un corbeau : il a une symbolique assez proche du Black Metal. Quand tu regardes le Moyen-Âge en Europe, les animaux font référence à la sorcellerie. Comme les crapauds, mais un crapaud sur un logo c’est un peu moins classe (rires). Le corbeau a une symbolique beaucoup plus forte, qui est annonciatrice de malheur, mais aussi de bonnes choses ! Dans certaines régions, un corbeau qui se posait sur une maison annoncé la mort, mais dans une autre, c’était une naissance. Avec ENDE, on a choisi le côté le plus négatif de cette symbolique. Ça nourrit autre chose pour le groupe et le corbeau est là pour ça. Le vieux tertre, l’aspect bocage, boueux, dégueulasse, la brume… C’est ça ENDE ! On ne dépasse pas le 18e siècle ! Quand on commence à arriver au siècle des Lumières, ça ne fonctionne plus. On reste dans ce côté très moyenâgeux, très superstitieux, mais c’est une volonté. La sorcellerie de ce côté-là est très fantaisiste, fantasmagorique. On ne va pas faire que de l’historique, sinon tu perds ce côté un peu fou et c’est aussi lui qui nous intéresse.

Pourtant au milieu de votre show, vous faites une pause musicale et je ne sais pas si c’est un anachronisme ou si ce sont mes oreilles, mais tu n’aurais pas repris le bruit des tripodes de La Guerre Des Mondes de Spielberg ?

Luciferia : Bien vu ! Ce n’est pas très sorcellerie, mais le son est très cool (rires). En général, quand tu fais des interludes, il y a toujours des sons qui vont te captiver durant un film et tu peux les reprendre, ce qu’on appelle du sample, ni plus ni moins et comme j’aime bien travailler avec des machines, faire des samples, ce son-là m’a vraiment tillé.

D’ailleurs, sur le dernier album, il y a des sortes de chants grégoriens, ceux sont des samples également ?

Luciferia : Je dirai plus des « chants religieux ». Ce sont de vrais chants du 12e siècle, là où la chasse aux sorcières a vraiment débuté même si elle n’est pas encore à son maximum. Souvent dans les albums, tu vas trouver des chants avec beaucoup de « reverb » comme quand tu vas visiter une église, alors que ces chants ont un côté avec plus de proximité. Ils sont plus anciens, différents, plus sales. Ce côté-là m’a vraiment plu, ils apportaient un truc en plus. J’ai vraiment trouvé ces chants magiques la première fois que je les ai entendus. Ce sont des disques qui durent 2h, qui te posent une ambiance et que j’écoute d’ailleurs régulièrement. Une vraie source d’inspiration !

Sur vos 3 albums, vous utilisez des bruits de corbeaux, d’orages, d’églises, un interlude… Une respiration nécessaire à votre univers très sombre… C’est un peu votre marque de fabrique ?

Luciferia : Oui, ce schéma restera comme ça sur les prochains albums ! Certains pourraient dire que c’est un peu répétitif, mais je m’en fous. Ce sont des albums avec des thématiques, pas forcément des concepts albums à proprement parlé, il n’y a pas d’histoire tout au long, mais ce sont des pierres entières, un bloc et tu le prends pour ce qu’il est. Aujourd’hui, ce que je peux reprocher dans le monde musical – pas pour tout le monde, mais on va faire une passerelle – ce sont les gens qui vont décortiquer l’album et dire « J’aime pas ce son » ou « Ils auraient dû faire comme ça ». Moi, ce n’est pas ça qui m’intéresse. Moi un album, je le prends comme il m’est donné et si je n’aime pas, je n’aime pas. Je ne suis pas là pour juger, je prends les choses comme elles me sont données et pour les albums d’ENDE, on considère que quand on les fait, on les fait, point barre. Tu aimes, tant mieux, tu n’aimes pas, tu n’achètes pas ou tu n’écoutes pas. L’important c’est de faire quelque chose qui nous correspond. Quelque part, c’est presque égoïste de faire de la musique, mais pour moi l’art est quelque chose de très égoïste. Tu fais quelque chose que tu ressens toi, tu le fais pour t’exalter sur un sujet. Après si c’est raccord avec toi, tant mieux, si ça ne l’est pas, ce n’est pas nécessairement que le groupe est mauvais, mais simplement que ce n’est pas en lien avec ta culture ou ce que tu aimes. C’est la sensibilité de chacun.

Jouer dès le petit matin du deuxième jour du Fall of Summer, ça vous fait quoi ?

Thomas : C’est tôt (rires). Les autres années, il y avait un peu plus de groupes français sur l’affiche.

Luciferia : Je trouve que c’est un bon festival, bien organisé, qui envoie du lourd pour une 4e édition. Ils répondent aux mails, c’est très important. Ils ont été présents, ils nous ont écoutés. Il restait trois groupes à programmer et on a reçu un mail de Jessica, big boss du FOS, qui nous a dit que sa programmation était terminée, mais qu’elle aimait beaucoup le groupe. Elle voulait savoir si nous étions disponibles, elle proposait telles conditions, et ça a été bouclé en 3h. J’ai beaucoup aimé son approche. Alors je ne la connais pas personnellement, on a juste échangé quelques messages, mais je pense qu’elle a compris ce que c’était le sens du mot « underground ». Ils ont un vrai regard sur cette scène, comparé à d’autres festivals, on ne donnera pas de noms (rires). Il faut prendre les choses pour ce qu’elles t’apportent. Quand tu regardes l’affiche, il n’y a pas de si grosses headline, il y a Venom, Marduk, SepticFlesh, mais ça reste des groupes encore accessibles. Ils arrivent à proposer une affiche intéressante à taille humaine. En ce qui concerne l’ouverture du fest, on s’est tous demandé « Est-ce qu’il y aura du monde ? » et en fait, à vue de nez avec l’orga, on pense qu’il y avait autour de 400 personnes, il y avait vraiment du monde. Ouvrir un fest, ça peut être compliqué surtout pour un groupe de Black Metal s’il y a du soleil (rires). On ne va pas mettre un groupe comme Marduk en ouverture et ENDE en tête d’affiche, ce n’est pas raccord. Moi je veux bien, mais ça va créer des tensions et je comprendrais (rires).

Vous rejetez le Christianisme mais quel est votre rapport à la religion ?

Luciferia : La religion fait partie de l’horizon du groupe. Il y a vraiment ce rejet, pas parce que nous sommes un groupe de Black Metal, mais l’idéologie qui passe à travers la religion ne nous correspond pas et ne répond pas à notre cahier des charges au niveau éthique. Nous ne sommes pas dans la provocation ; je rejette autant le satanisme, c’est un dogme chrétien. Mais si on prend juste le côté philosophique, ça peut marcher, car il y a des thèmes qui peuvent se raccorder. Aujourd’hui si tu n’es pas baptisé, pas marié et que tu vis en couple, tu dépasses déjà les fondements mêmes du christianisme. Tout dépend par quel principe tu le prends. Certains groupes suédois sans les nommer te font tout un speech là-dessus, mais c’est très marketing finalement. Ils répondent à une demande, une demande qu’ils ont créée et qu’ils fournissent. Je serai curieux de savoir jusqu’où ils vont dans leur vie de tous les jours. Parfois j’ai des échos, mais je suis très mitigé sur la scène d’aujourd’hui et surtout sur la scène scandinave qui est très différente. Ce n’est pas la scène qui m’a fait rêver il y a vingt ans, même, s’il y a des groupes encore aujourd’hui que je respecte et que je suis. Je pense que pour les 2/3 c’est autre chose. Ce sont des groupes qui sont devenus des entreprises comme Mayhem ou encore Satyricon. Pour moi, ce sont des groupes qui ont perdu cette étincelle, mais c’est un avis qui n’engage que moi. Le Black Metal est quelque chose de très personnel, de très misanthrope, ce qui ne m’empêche pas de parler aux gens comme maintenant. C’est du partage. À partir du moment où tu fais de la musique, ça en est, sinon tu restes chez toi. Dans la vie de tous les jours, tu as une éthique à respecter et de mon vécu, de ce que je peux en voir, on est sur une mentalité de Heavy et non plus de Black Metal. Ils sont hors du sentier pour moi et tu dois rester à tes idéaux, sinon tu changes de nom et tu l’affirmes. Tu ne joues pas sur un ancien nom pour garder une fan base, rien que le mot fan base pour le Black Metal me dérange. Je préfère parler de support plutôt que de fans. Ce qui impressionne les gens c’est ce côté surjoué, inaccessible. Ça les fait rêver, mais ce n’est pas ça le Black Metal pour moi, il est ailleurs. Ce n’est pas de la fan base, le Black Metal, c’est de l’humain et de la proximité.

Un dernier mot pour nos lecteurs d’Heretik ?

Luciferia : On aimerait bien jouer dans le Nord, si vous connaissez du monde, il n’y a pas de souci, vous pouvez passer le contact ! Côté news, il y a des petites surprises qui arrivent, on sort un split en vinyle… Il y a l’album The Rebirth Of I qui sort en vinyle bientôt… En fait, tous nos albums vont ressortir en vinyle, pratiquement toutes nos k7 sont sold out, les CDs et les t-shirts aussi. Il va falloir remettre un peu la main à la patte là-dessus. Le quatrième album est en cours au Drudenhaus Studio (Ndlr : Studio des membres d’Anorexia Nervosa) et on espère une sortie vers avril/mai 2018 chez Obscure Abhorrence. Qui nous aime nous suive !


Discographie


EMEN ETAN – 2017
LE PUITS DES MORTS – 2016
THE REBIRTH OF I – 2015
THE GOD’S REJECTS – 2015
WHISPERS OF A DYING EARTH – 2011


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