PARADISE LOST

MEDUSA

Doom/Death

Nuclear Blast

4/5


Bientôt trente années de carrière pour Paradise Lost, trois décennies à explorer le monde de la musique Metal sans se soucier des styles, des modes. Le combo d’Halifax est juste poussé par l’envie de ne pas trahir ses propres aspirations, d’être authentique et sincère. Medusa, tel est son nom, est donc le quinzième album des Anglais. Avec Waltteri Väyrynen officiant à la batterie depuis 2016, ce nouvel album pour ce que nous en avions entendu durant les festivals estivaux s’annonçait plus que prometteur, dans la continuité artistique de Tragic Idol et The Plague Within mais avec une lourdeur et une noirceur encore plus prononcées. 

Les deux albums cités plus haut avaient permis au combo de renouer avec des ambiances et des harmonies situées entre Lost Paradise et Draconian Times, d’aucuns diront la période bénie de la discographie de Paradise Lost. Medusa reprend la suite de The Plague Within mais le groupe ne refait pas le même album, loin s’en faut tant Medusa s’impose comme encore supérieur à celui-ci. L’album est étouffant, pesant, avec peu ou pas d’éclaircies. L’obscurité se renforce de titre en titre, mais pour révéler le talent de Paradise Lost qui excelle dans la genèse d’ambiances. Huit titres qui révèlent une nouvelle fois le talent de mélodiste et la maîtrise du riffing si particulier de Gregor Mackintosh. L’alchimie est totale entre les cinq musiciens. Aaron Aedy et Steve Edmonson, dévoués corps et âmes à Paradise Lost, assènent les rythmiques comme possédés par leur propre musique. Le tout s’associant au grain de voix et aux lignes de chant de Greg Holmes pour une descente dans les tréfonds d’un style que l’on pensait avoir été déjà bien visité par le groupe.
Un orgue d’église en ouverture nous plonge de plein-pied dans ce que sera Medusa, une ode véritable et sincère au Doom/Death. Revenons quelque temps sur le travail vocal de Nick Holmes qui se surpasse sur cet album. Est-ce l’expérience Bloodbath qui l’a “réconcilié” avec le potentiel de sa voix gutturale ? Ici le Monsieur est en grande forme. Sa voix transpire le mal-être des âmes tourmentées, constat d’une humanité recelant toujours plus de noirceur et se complaisant dans son processus autodestructeur.
L’autre tour de force de cet album est de ne comporter aucun morceau dispensable, chacun détenant en son sein les éléments donnant à Medusa une qualité intemporelle. Pas de grands écarts stylistiques ou d’ambiances, la tonalité sombre de Medusa est en mode “on” permanent et encore une fois la voix de Nick Holmes contribue grandement à appuyer cette mélancolie autodestructrice et paradoxalement captivante, presque hypnotique. « Gods Of Ancient », « Fearless Sky », « From The Gallows », « Until The Grave » transpirent le Doom dépressif et gluant, nous figeant dans un puits obscur, engloutis, digérés lentement par une entité malfaisante.

Avec Medusa, Paradise Lost rappelle qu’il est encore bien vivant et plus que jamais l’un des tout meilleurs représentants d’un style qu’ils ont permis de mettre en avant, le sortant de l’Underground. Après le magnifique Love From With The Dead de With The Dead, sorti il y a peu de temps, Paradise Lost frappe fort et va assurément marquer les esprits avec Medusa. Medusa est à vivre comme une forme de retour aux sources dans les méandres putrides qu’exhalaient Lost Paradise ou Gothic, mais ici, l’expérience du quintette amène à une intelligence d’écriture à son apogée, profitant de la lourdeur des atmosphères et de la pertinence des mélodies pour transcender son propre univers musical.

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