Mieux vaut tard que jamais. Alors que notre première rencontre remonte au Hellfest, la rédaction vous livre (enfin) l’entretien qu’il a passé avec le groupe Deathcode Society, qui s’était alors produit sous la Temple le Vendredi 16 juin à 11 heures du matin ! Tu n’y étais pas ? Pas grave… Tu peux toujours te pencher sur les propos d’Arhnwald. Ils t’aideront sûrement à mieux comprendre les ambitions de ce « plus-si-jeune » groupe de Black Symphonique.

Propos d’Arhnwald recueillis par Axl Meu 


On vous avait rencontrés lors du Hellfest ! Alors, c’était comment ? Ce n’était pas trop compliqué de se produire le matin sous la Temple ? 

Arnhwald : Nous sommes très contents d’avoir pu ouvrir pour le festival ! Notre concert s’est très bien déroulé, nous avons donné, je crois, une bonne performance surtout nous ne nous attendions pas à ce qu’autant de gens soient déjà sur le site du festival. La Temple était blindée. C’était extraordinaire. Pour un groupe comme nous, ouvrir le Hellfest fut un privilège et, paradoxalement, on peut difficilement rêver mieux. Les festivaliers étaient encore frais, affamés et pas trop ivres. C’était parfait ainsi !

Votre album, Eschatonizer est sorti l’année dernière. Il a été encensé par la presse musicale. Que pensez-vous de cet album avec le recul ? Si tu devais changer quelques arrangements, tu changerais quoi ?

Nous aimons ce disque. Nous y avons consacré des milliers d’heures de travail et je ne vois pas ce que nous aurions pu faire de mieux avec les moyens dont nous avons disposé. Nous ne changerions rien de fondamental si nous devions le produire à nouveau. En revanche, si nous avions eu davantage de moyens, nous aurions cependant délégué davantage de tâches et peut-être tenté de travailler avec de vrais instruments pour les parties orchestrales et symphoniques.

Vous proposez un subtil mélange entre Death et Black symphonique. Vos morceaux sont également longs, profonds et surtout très bien orchestrés. Comment en êtes-vous venus à incorporer des éléments symphoniques à votre musique ?

Je compose toute la musique du groupe. Pour être honnête, j’ai toujours envisagé mon travail à la fois comme un hommage aux musiciens qui m’ont servi de modèle et à la fois comme une quête personnelle. Toutefois, la volonté d’être original n’entre jamais dans l’équation. L’idée d’incorporer des instruments d’orchestre dans notre musique est venue dès que nous avons fondé le groupe. Tout d’abord, la démesure est constitutive de la musique de Deathcode Society. Nous voulions mêler Black Metal, Death Metal, Grand Orchestre, Bruitisme Industriel… De plus, nos influences les plus directes écrivent une musique sophistiquée n’hésitant pas à employer des sonorités rappelant l’orchestre symphonique. Enfin, de manière générale, le Metal Extreme Symphonique, à quelques exceptions près, n’est pas toujours de bon goût. Nous sommes persuadés qu’en étant exigeants et intelligents, nous pouvons démontrer qu’il est possible d’écrire une musique richement arrangée qui ne soit ni pompière, ni mièvre, ni clichée…

Ce qui m’avait marqué à la sortie d’Eschatonizer, c’est le fait que sa pochette avait été censurée… Selon toi, est-ce que ça révèle un climat particulier concernant la culture aujourd’hui ?

Disons que lorsque l’on donne à des algorythmes informatiques le pouvoir de trancher en matière de culture, on s’expose à ce type de conséquences. Un logiciel ne sait pas faire la différence entre un nu artistique et une image pornographique. Pour rappel, notre pochette n’a été censurée que sur les plateforme de streaming et de téléchargement légal. L’agrégateur qui distribue le contenu vers les sites Itunes, Spotify nous a avertis qu’en raison de la présence d’un bout de poitrine sur la peinture de Paolo Girardi, il refuserait de distribuer le disque. C’est évidemment scandaleusement absurde, surtout lorsque l’on considère que le puritanisme iconographique tolère assez bien que des vedettes américaines exhibent sans fard leur imposante anatomie…

Il n’y a pas de climat particulier concernant la “culture” aujourd’hui, si ce n’est qu’on ne parle de culture que lorsque cette dernière a disparu. L’exhibitionisme est aujourd’hui une injonction sociale, mais l’Art véritable doit rester caché. Miley Cyrus peut se palucher devant des gosses de huit ans, mais on ne peut pas poster certaines toiles de Courbet sur les réseaux sociaux. Qu’est ce qui pose problème ici ? Pas la pornographie : notre monde la tolère, l’encourage même dès lors qu’elle témoigne d’une reddition sans condition de la Conscience. L’inadmissible, c’est le chef-d’oeuvre. Au fond, notre époque qui se dit libérée est surtout libérée de la culture : par un retournement curieux, on encourage par tous les moyens les spectacles et les pratiques dont on poursuit les représentations artistiques. Cela n’a rien à voir avec un quelconque “retour à l’obscurantisme” : notre temps dépasse allègrement tout ce que l’histoire a créé de pire par la haine viscérale dont elle agonit toute manifestation de la vie intérieure. Qu’on le comprenne bien : il n’y a pas de complot des cagots et des puritains contre l’Art.

À la fin de cet album, il y a deux reprises dont une « Metal Meltdown » de Judas Priest. C’est quand même assez surprenant de voir un groupe de Black Symphonique reprendre un standard de Heavy Metal… Vous avez également repris un classique  d’Emperor qui semble plus correspondre à votre musique (« With Stenght I Burn », NDLR). Que cette expérience vous-a-t-elle apporté ?

La reprise de Judas Priest est un manifeste : nous sommes un groupe de Metal. Nous aimons ça. L’album Painkiller de Judas Priest réalise l’essence de ce qu’est le Heavy Metal, il en a comme extrait la quintessence. Nous avons pris beaucoup de plaisir à reprendre cette chanson, à l’arranger à notre manière en y ajoutant des éléments dramatiques, à montrer aussi que nous sommes de vrais musiciens de Heavy Metal enracinés dans une tradition solide. On voulait également surprendre notre public sans pour autant le prendre à revers. La reprise d’Emperor obéit à une autre logique. C’est une chanson totémique pour de nombreux fans des Norvégiens, mais à notre goût, il était possible de lui donner un peu plus de lustre en la dépoussiérant…  Nous ne prétendons pas avoir égalé l’original, mais au moins, nous sommes nous parvenus à enregistrer une version du morceau que nous aurions aimé écouter.

Parlons de vos concerts à présent. Vos visages sont occultés et vous semblez porter une réelle attention à votre manière de vous tenir sur scène ! Ça me fait étrangement penser au groupe Undead Prophecy, un groupe qui s’était produit au Hellfest, l’année dernière… D’ailleurs, vous avez attendu pas mal de temps avant vous produire sur scène. Pourquoi ?

Au début, le groupe était un projet « studio » et pendant longtemps nous avons piétiné parce que certains membres étaient très occupés et ne pouvaient pas consacrer de temps au groupe. Sans mentir, Eschatonizer est un album tellement difficile à jouer que nous pensions qu’il serait impossible de lui rendre justice en live. Nous avons profité de l’opportunité qui s’est présentée : on nous a proposé de faire une résidence dans une salle alsacienne, quatre jours durant, avec un ingénieur du son talentueux et passionné, Gérald Koehl, qui nous a accompagnés au Hellfest. Nous avons tenté de mettre en place un set possible. Nous avons filmé, enregistré l’audio et nous nous sommes rendus compte que cela sonnait bien. Alors, nous avons continué à bosser et nous sommes produits à quelques reprises. Les retours furent bons au point qu’aujourd’hui nous donnons en moyenne un concert par mois.

Eschatonizer est votre tout premier album. Nous avions dû attendre six ans pour qu’il succède à votre démo… Le nouvel album, il arrive quand ? Il sortira toujours via Osmose Production ?

Ce n’est pas très facile d’écrire un album de Deathcode Society. C’est une tâche à la fois passionnante, mais qui requiert de la rigueur. Il ne faut pas oublier que nous restons des musiciens amateurs en dépit de notre contrat avec Osmose Productions. Comme tu sais, la balance financière d’un groupe de Metal est par définition déficitaire. Nous avons tous un emploi, une vie très ordinaire et notre activité est sans cesse parasitée par les petits tracas de la vie de tous les jours. Le temps nous manque et nous devons sans cesse repousser tous nos projets. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir, mais nous ne pouvons pas promettre de suite actuellement. En tout cas, nous serions ravis de poursuivre notre collaboration avec Osmose Productions.

Heretik Magazine est un média qui met en avant la scène locale du Nord de la France. Vous êtes liés à Dead Season… Que pensez-vous de leur dernier album ?

Difficile pour nous d’en dire du mal ! Ce sont des amis et, comme tu le dis, nous sommes très liés à ce groupe… Prophecies un bon disque et il est scandaleux qu’un tel groupe soit confiné à l’autoproduction !

Quand reviendrez-vous dans le Nord ? Vous vous étiez produits dans le Nord au Midland…

Nous aimerions revenir dans le Nord le plus tôt possible, mais dans des conditions peut-être plus confortables qu’au Midland. Nous cherchons à nous positionner sur de petits festivals, ou de plus gros !


Deathcode Society, c’est : 

Nicolas S. : Basse

Arhnwald R. : Chant, Guitare, Programmation

Grégoire G. : Batterie

Franz E. : Guitare

David C. : Guitare

Discographie : 

Ite Missa Est (2009)

Eschatonizer (2015)

A propos de l'auteur

Axl

Fondateur et rédacteur en chef de Sounds Like Hell Fanzine
✠ Également rédacteur chez Metallian et Metal Cunt.

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