Déjà bien implanté dans la région des Hauts-de-France depuis 2016, le festival In Theatrum Denonium a redoré le blason de la ville de Denain puisqu’il est parvenu à faire oublier la disparition des Metallurgicales. Alors, le fil conducteur est le suivant, il s’agit ici d’inviter quelques formations sombres à se produire dans le théâtre à l’italienne de Denain, pour un P.A.F. défiant toutes concurrences (variant de 10 à 15€…). Et chanceux que nous sommes, la municipalité de Denain a quand même prêté son théâtre en janvier dernier alors qu’il doit se refaire une beauté en mars prochain. L’association Nord Forge s’est chargé du reste. 

Report : Axl Meu et Kevin Delattre

Crédit photos : Cédric Cambien


2016 : Melechesh, 2017 : Enthroned, 2018 : SepticFlesh… L’association Nord Forge a réussi à placer la tournée promotionnelle de Codex Omega sur l’affiche du In Theatrum Denonium…Naturellement, les groupes qui suivent Septicflesh, à savoir Inquisition (qui a rencontré quelques problèmes durant cette tournée…) et Odious, sont également invités à se produire dans le théâtre. En guise d’accompagnement, nous avons également droit à Furia et à quelques animations burlesques… C’est donc à 17 heures pétantes qu’ouvrent les portes du théâtre municipal de Denain. Les bénévoles nous accueillent, et il nous faut constater que le cadre est toujours aussi exceptionnel… Les fans s’amassent dans le hall d’entrée, et l’impatience se voit clairement sur le visage des fans.

« Surprise Act » ! Nord Forge a décidé d’accentuer son concept en conviant NKRT et Le Cabaret du Coeur Fendu. Les rideaux s’ouvrent et NKRT, une sorte d’être au visage occulté, nous fait part de son malaise en exécutant quelques cris, ces derniers étant accompagnés par une musique sombre, profane, occulte, mise en rythme par des instruments traditionnels, parfois fabriqués à partir d’ossements. C’est assez spécial… Et puisque nous sommes au théâtre, le Cabaret de Coeur Fendu, un binôme féminin, accompagne le musicien en exécutant une chorégraphie en adéquation avec les cris du musicien. Ce fut une ouverture pour le moins particulière, mais elle s’inscrit pleinement dans la thématique du jour ! Vite, le deuxième acte ! (Axl Meu)

Deuxième acte ! C’est au tour d’Odious de fouler les planches du théâtre de Denain. Malgré leurs 19 années d’existence, les Alexandrins sont inconnus du grand public français et profitent de leur tournée en compagnie de SepticFlesh pour faire parler d’eux. Dès le début du set, un certain manque de professionnalisme se fait ressentir en ce qui concerne le visuel et le son. Pas de costumes, ni de décorum, ni même de mise en scène fouillée, la formation semble stagner dans la banalité. Peut-être mise-t-elle tout sur son jeu de scène ? Non ! Les musiciens restent désespérément cloués au sol et manquent cruellement de dynamisme, à l’exception du hurleur… Il tente d’haranguer tant soit peu ses collègues et le public, ce qu’il parvient à faire à la fin du gig. Musicalement, quelques titres se démarquent. On retrouve un Black Metal symphonique agrémenté de touches orientales, qui peuvent par moments évoquer Melechesh. Autant cette touche fonctionne plutôt bien sur album, autant « en live », on a l’impression que ces fameux « samples » ne collent pas vraiment à l’ensemble. Le son « façade » y est-il pour quelque chose ? On doute. Bref, la prestation des Égyptiens peine à convaincre. Ce fut comme un éclair sans chocolat, un ingrédient manque à l’appel. (Kévin Delattre)

Troisième acte ! Furia ! Et chanceux que nous sommes, il s’en est fallu de peu pour que les « furieux » ne répondent pas à l’appel. Les Polonais, malgré les problèmes d’acheminement qu’ils ont rencontrés, ont réussi à se rendre au Théâtre de Denain. Bref, pourtant rare dans nos contrées, Furia est accueilli comme il se doit par les non-initiés et finit par faire son plein de nouveaux adhérents… Il faut dire que le son est incroyablement bien dosé et que le groupe, dont le style oscille entre Black, Sludge, Doom, assure pleinement sa besogne. Bien que l’imagerie du groupe s’inscrive plus dans le Black Traditionnel (les musiciens sont torse-nu et ont le visage grimé de maquillage), sa musique se veut bien plus riche et surprend. Furia interprète en grosse majorité les morceaux de son dernier album, Księżyc Milczy Luty, et les parties effrénées de guitare sont souvent délaissées au profit de parties plus lourdes, plus mélancoliques, mises en avant par une basse grasse. Bref, pas de communication, mais ce « crossover » de styles fait son plus bel effet dans le théâtre. On a adoré ! (Axl Meu)

Que dire du duo le plus reconnu de la scène Black Metal international ? Les Américanos-Colombiens d’Inquisition ne sont plus à présenter. Depuis leurs débuts en 1989, de l’eau a coulé sous les ponts, mais la fougue et le talent sont toujours au rendez-vous. Délivrant un Black Metal à la fois puissant et solennel, Incubus, batteur de son état et Dagon, chanteur et guitariste de légende, entrent sur scène sur l’intro de leur dernier album Bloodshed Across Empyrean Altar Beyond The Celestial Zenith (c’est long, n’est-ce pas ?). L’ambiance est posée, la bête à deux têtes peut faire parler la musique. Une ambiance froide et malsaine se dégage des premiers titres. Le savant mélange qu’orchestre Dagon fonctionne à merveille ! Entre des rythmiques tantôt très Black « old-school » et tantôt plus planantes à la limite du Post Black, Inquisition se veut le porte-parole d’une musique fouillée, pesée, qui fait son plus bel effet sur les masses. Le duo enchaîne les morceaux ne laissant que peu de place aux applaudissements. La voix de Dagon mixée aux stroboscopes (marchant à plein régime) inculque au show un côté hypnotique qui plonge l’auditeur dans un mal-être qui semble sans fin. La setlist est également bien pensée ! Elle alterne titres du dernier album et classiques, ce qui permet de ravir tous les fans présents ce soir dans la salle. Incubus se lève de son siège, lève ses baguettes formant une croix inversée signifiant ainsi la fin de l’Apocalypse. C’est la fin… On aurait bien voulu rester en Enfer un peu plus longtemps… (Kevin Delattre)

Dernier acte, SepticFlesh ! Après un concert en demi-teinte au Fall Of Summer (la fameuse « release-party » qui n’en était pas une pour finir), les Grecs nous reviennent avec de nouveaux costumes de scène, et présentent dans les meilleures conditions possibles leur nouvel opus, Codex Omega. Nous faut-il encore une fois mentionner le fait que les lieux se prêtent totalement à l’ambiance symphonique véhiculée par les derniers morceaux du groupe ? Non. « Dante’s Inferno », « Martyr », « Portrait Of Headless Man » et les autres passent très bien l’épreuve du live et s’inscrivent extrêmement bien dans la setlist, en fait également composée de titres issus de Communion, de The Great Mass et de Titan. Tous les morceaux sont présentés par un Seth Siro Antoniou à la voix rocailleuse, aux tonalités grandiloquentes. Ce dernier, très proche de son public, nous rappelle régulièrement que son public est avant tout « son ami ». Bref, ça marche et ce sont « Anubis » et « Prometheus » qui sont les mieux accueillis. La recette du succès selon SepticFlesh ? Une interprétation sans faille de ses morceaux, le tout lié à un spectacle visuel mesuré et pertinent de bout en bout. Tout s’imbriquait, tout était mesuré, les orchestrations, les parties de guitare… Bref, on frôle la perfection. Néanmoins, il fut quand même regrettable que le frontman délaisse souvent sa basse au profit de « samples », lorsque ce dernier assure ses parties vocales. Dommage que les parties de chant clair (celles de Sotiris Anunnaki en l’occurrence) soient remplacées, une nouvelle fois, par de vulgaires « samples », notamment quand vient l’interprétation d’ « Anubis »… Bref, SepticFlesh convainc, mais ne prend pas tellement de risques sur scène. (Axl Meu)

C’est un succès pour l’équipe de Nord Forge ! Malgré une déception unanime (le groupe Odious, et sa prestation qui n’a pas répondu aux attentes…), il s’avère que In Theatrum Denonium est une entreprise audacieuse, un rendez-vous incontournable dans la région des Hauts-de-France pour tous les fans de musiques extrêmes et autres curieux. Maintenant, au vu de ce succès écrasant, de nouvelles problématiques s’offrent à Fred Cotton et son équipe. Pourront-ils augmenter la jauge dans les années à venir de sorte que tout le monde puisse profiter des festivités ? C’est bien le défi que nous leur lançons ! (Axl Meu)

 

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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