Matthieu Morand ne nous est pas inconnu. L’année dernière, il nous présentait le nouvel album d’AkromA, Apocalypse Requiem, et rédaction d’Heretik Magazine n’aurait pas cru le recontacter de si tôt. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, son nouveau groupe, Dusk Of Delusion est loin des inspirations symphoniques que prévalaient AkromA ou même Elvaron ! Loin de ces sentiers, il nous présente son premier album (F)Unfaire, un disque aux saveurs de Neo-Metal qui développe une critique ardente de notre société…

Propos de Matthieu Morand (guitare) recueillis par Axl Meu


Salut ! Dusk Of Delusion est encore une formation très jeune. Comment les cinq musiciens du groupe se sont-ils rencontrés ? 

Dusk of Delusion est un groupe de Neo Metal né à Nancy en septembre 2016. C’est Julien Skorka (basse) et moi-même, guitare, qui avons fondé le groupe dans l’optique de retrouver la scène, car nos projets musicaux parallèles ne se prêtent pas au live (AkromA, Elvaron). Rapidement, on a contacté Romuald Carré à la batterie que nous connaissions depuis plusieurs années. Romuald avait enregistré un EP avec son ancien groupe Redline dans lequel évoluait Benoît Guillot au chant. Claude Colmars est venu compléter la formation après quelques semaines pour ajouter une deuxième guitare et épaissir ainsi le son.

Dusk Of Delusion est un groupe qui mélange plusieurs influences, et le rendu s’inscrit dans la lignée de ce qu’ont proposé des groupes comme Korn et Slipknot…

C’est tout à fait cela avec un melting-pot de nos influences diverses. On va retrouver des aspects de groove comme on peut en avoir dans le Blues, des influences Heavy avec des passages en twin-guitars à la Iron Maiden, du Thrash dans l’approche de certains riffs et des parties de batterie et même quelques arrangements symphoniques sur le dernier morceau. On a tous des horizons très différents, et ça peut aller de 30 Seconds To Mars, en passant par Linkin Park, Avenged Sevenfold ou encore System Of A Down. Mais les influences qui sont le plus consensuelles chez nous restent effectivement Korn et Slipknot principalement.

C’est un registre plutôt étonnant quand on connait tes autres projets. AkromA proposait par exemple une sorte de Black Symphonique. Comment parviens-tu à renouveler ton jeu ? 

J’aime varier les plaisirs et m’attaquer à d’autres styles. Effectivement AkromA, c’est de la musique à la fois extrême, technique et très orchestrée. Avec Dusk Of Delusion, je reviens à l’essence de la musique : cinq mecs qui jouent ensemble pour se faire plaisir et monter sur scène. Je ne mets aucune barrière à mon approche de la guitare et justement le fait de m‘attaquer à un nouveau style me permet d’avoir une autre approche et donc de me renouveler. Je joue tous les jours, je travaille ma technique, je note chaque riff qui me semble cool, peu importe s’il va finir sur un album d’AkromA ou de Dusk Of Delusion du moment qu’il sonne !

Mais Dusk Of Delusion n’est pas le fruit que d’une seule personnalité. Vous vous êtes tous mis d’accord sur la manière dont devait sonner l’ensemble des morceaux. C’était quoi le projet de base de Dusk Of Delusion ? 

Le projet de base est né entre Julien Skorka (basse) et moi-même. Nous voulions avant tout renouer avec la scène et écrire des morceaux efficaces sur lesquels on prendrait autant de plaisir à jouer qu’à écouter. Julien a donné la direction musicale puisqu’il a écrit 3/4 des chansons et définit la direction artistique et conceptuelle et j’ai apporté ma contribution sur les titres les plus « extrêmes ». Ensuite les morceaux ont été rodés à la fois en répétition et sur scène. Chacun a pu apporter sa pierre à l’édifice par ses arrangements, ses idées. Benoit (Guillot, chant) a eu carte blanche pour écrire ses textes et ses lignes de chant en partant de la base conceptuelle des personnages de vieille fête foraine.

Cela a donc débouché sur (F)Unfair, votre premier album. Cet album a pour thématique les anciennes fêtes foraines. C’est un concept-assez particulier. Pourquoi avez-vous vous opté pour cette thématique ? 

C’est Julien Skorka (basse) qui avait cette idée de concept avant même que le groupe ne soit fondé. L’ambiance assez malsaine des anciennes fêtes foraines fantasmées se prêtait bien à la critique des défauts de notre société.

On peut donc imaginer que chacun des morceaux participe à l’élaboration d’une histoire ? Vous peignez également différents caractères appartenant à cet univers. 

Oui c’est cela, un voyage à travers les vices de notre monde. C’est d’ailleurs ce que représente la pochette : un père emmène son fils à la foire et lui dit : « désolé fils, mais voici le monde dans lequel tu vas grandir ». C’est toute l’ambiguïté de ce lieu où d’ordinaire on s’amuse et où, ici, nous révélons des injustices. C’est n’est pas du tout ni alarmiste, ni fataliste ni même moralisateur, mais c’est un constat sur le monde qui nous entoure, sans prise de parti. Il y a aussi une part d’amertume de se dire que ce monde, avec ces imperfections, est celui où vont grandir nos enfants. Mais bien entendu chacun pourra y voir d’autres choses, il y a plusieurs niveaux de lecture. On y retrouve plusieurs personnages : un banquier « jonglant » avec votre argent, un « dompteur » collectionnant les conquêtes féminines, un « mime » enfermé dans sa dépression ou encore des frères « siamois » schizophrènes !

En général, les thématiques abordées par les styles sont assez similaires. Par exemple, le Power Metal aborde régulièrement des sujets en lien avec les épopées, ou l’univers fantaisiste… On aurait difficilement tendance à croire qu’un groupe de Neo Metal puisse aborder des sujets comme les vôtres. C’est une façon de vous démarquer de tout ce qui se fait en termes de Neo Metal ? 

Tu sais que j’adore les concept-albums et celui-ci ne déroge pas à la règle ! Ce n’est pas une façon de se démarquer, mais un véritable état d’esprit. Je n’envisage pas de faire autre chose qu’un album conceptuel avec une thématique, une histoire ou un simple fil rouge. Et puis je crois qu’un album conceptuel dans le Neo Metal, c’est assez rare pour être souligné, donc ça peut aussi nous ouvrir à un public plus avide de quelque chose de plus complet.

La production est un vrai « plus » sur cet album. Elle met bien en relief le travail qui a été effectué sur chacune des pistes, notamment sur « All You Can See »… Pouvez-vous nous donner quelques indications sur la manière dont l’album a été produit ? Comment êtes-vous parvenu à retranscrire cette énergie brute, tout en mettant tout cela en relief ? 

L’album a été produit dans mon studio d’enregistrement. Je fais de la production depuis l’âge de 14 ans. Quand j’ai commencé la guitare j’ai rapidement compris qu’il était primordial d’être autonome pour réaliser des maquettes et je me suis donc procuré un magnéto 8-pistes à cassette et quelques micros. Ça permet de donner rapidement un aperçu du potentiel d’un morceau, des arrangements qu’on peut y apporter. Au fil du temps, j’ai pu perfectionner mes prises de son, acquérir du matériel et apprendre toujours plus des autres productions. En tant que producteur, je tente de pousser chaque musicien au-delà de ses limites. Je ne me contente pas de capter une bonne prise, je veux que ça soit la meilleure prise possible. Ensuite vient le travail de mixage, nous avons fait cela de manière très collégiale et on a peaufiné nos arrangements en temps réel. Le mastering a été fait par Magnus « Devo » Andersson à l’Endarker Studio. C’est Claude (Colmars, guitare) qui a connu Devo lorsque qu’il a fait la tournée Européenne de Marduk (dans lequel Devo est bassiste) avec Forsaken World. Il est tout de suite rentré dans notre univers et il a fait un travail énorme pour sublimer cet album et lui donner à la fois sa couleur musicale et sa profondeur.

« C’est d’ailleurs ce que représente la pochette : un père emmène son fils à la foire et lui dit : « désolé fils, mais voici le monde dans lequel tu vas grandir » »

Vous avez réalisé un clip pour le morceau « White Word », ce clip avait permis de nous faire une idée concrète de votre univers… Quel est le scénario de ce clip ? On voit le groupe se produire, mais encore ? 

Dans cette chanson, le mime d’antan symbolise une personne dépressive qui n’arrive pas à parler de sa souffrance. Dans le clip, nous avons voulu évoquer ce mime avec la danseuse qui tourne autour de nous sans que nous la voyions avant que la mort n’ait raison de ses souffrances. C’est assez noir, mais artistiquement, c’est superbement rendu par Maxime Fournier, le réalisateur et bien entendu par Christie, la danseuse !

Vous avez également décidé de mettre en avant « Sharpest Cards ». Pourquoi lui ? 

« Sharpest Cards » est un morceau rentre-dedans, une de nos « cartes de visite » aussi bien sur scène que sur l’album. C’est un titre qui est à la fois ultra efficace et qui condense bien l’état d’esprit du groupe quand on attaque les titres les plus rapides.

L’album sortira donc via Fantai’zic. Quel rapport le groupe entretient-il avec le label ? Pensez-vous qu’il soit plus efficace de sortir ses albums par soi-même ? 

J’ai la triple casquette de musicien, producteur et directeur artistique de Fantai’Zic. Pour moi qui suis dans la partie depuis pratiquement 25 ans, il est primordial d’avoir une telle structure pour avoir un contrôle sur ce qui se passe autour de Dusk Of Delusion. Ça demande du temps et de l’investissement, mais ça vaut le coup ! J’ai aussi la chance de pouvoir travailler avec un distributeur qui me fait confiance sur les sorties du label, et c’est une grande chance. Donc les rapports sont excellents et tout est parfaitement transparent.

(F)Unfair est-il un « one-shot » ou bien, y aura-t-il d’autres albums par la suite ? 

Je te confirme qu’il y aura bien une suite. Dusk Of Delusion est notre priorité absolue à tous les cinq, nous y consacrons toute notre attention. Nous avons déjà des pistes de concept et quelques morceaux en cours, tout ça va prendre forme dans les prochains mois, peut être que nous pourrons même roder rapidement de nouveaux titres sur scène.

J’imagine que le groupe va miser sur l’aspect scénique de ses concerts pour sortir du lot. Qu’avez-vous prévu de faire ? 

Nous misons surtout sur l’énergie pure et notre habilité à communiquer avec le public. Les shows sont toujours intenses et nous ressentons une osmose qui circule entre nous et le public.

Quelles sont vos prochaines dates ? Passerez-vous dans le Nord ? 

Nous serons en tournée du 21 au 28 avril et nous passons effectivement par Lille le 24 avril, nous y jouerons au Midland. Pour les courageux, nous jouerons en Belgique le lendemain ! Toutes nos dates de concerts sont à retrouver sur notre page Facebook !


Dusk Of Delusion, c’est :

Benoît : Chant

Matthieu : Guitare

Claude : Guitare, Backing-vocals

Julien : Basse, Backing-vocals

Romu : Batterie

Discographie : 

(F)Unfair (2018)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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