Cinquième album pour Hangman’s Chair et de nouvelles opportunités qui semblent s’offrir aux Parisiens avec la sortie de Banlieue Triste ! Et pourtant, la recette est restée la même. Les Parisiens nous offrent sur ce nouvel album un voyage intimiste où se côtoient dépression et malaise, le tout mis en rythme par des passages extrêmement lourds et sombres. Le résultat est sans équivoque : Banlieue Triste est sans doute l’album de la consécration pour des musiciens, pleinement dévoués à leur art. En attendant leur prochain passage dans l’ex-Capitale Européenne de la Culture, la rédaction d’Heretik Magazine s’est entretenue avec Julien, le guitariste du groupe pour qu’il nous fasse part des états d’âme de sa formation. 

Propos de Julien Chanut recueillis par Axl Meu


Salut ! Tirez-vous un bilan positif de This Is Not Supposed To Be Positive ? Cet album vous a-t-il permis d’atteindre une nouvelle étape ?

Quand nous avons sorti This Is Not Supposed To Be Positive, nous nous sommes entourés des bonnes personnes, d’un bon manager, d’un bon attaché de presse, et ça change tout. Pour nous, This Is Not Supposed To Be Positive était un peu l’album de la dernière chance. Hangman’s Chair a bénéficié d’une belle exposition, et beaucoup de gens nous ont découverts avec cet album. Ça nous a permis de franchir un nouveau palier. On stagnait depuis longtemps. Enfin et surtout, This Is Not Supposed To Be Positive a relancé notre machine : l’envie de composer et de jouer ensemble.

Entre-temps, vous aviez réédité votre troisième album, Hope // Dope // Rope, et vous aviez ajouté trois pistes inédites. Pourquoi ne s’étaient-ils pas retrouvés sur un éventuel EP ? 

En fait, ces trois morceaux faisaient partie des sessions de Hope // Dope // Rope. À l’époque, on avait décidé de les sortir sur des splits, ceux avec Drawers et Acid Deathrip. Quand MusicFearSatan a réédité notre album, on a voulu ajouter ces morceaux et en faire don à ceux qui ne les connaissaient pas encore !

Aucun changement de line-up pour Banlieue Triste… Niveau composition, l’inspiration vous vient naturellement, vous ne forcez pas les choses, c’est vrai ? 

Oui, on a pris l’habitude de composer tous les jours. Dès qu’un album est fini, le groupe passe à autre chose. Par exemple, sur Banlieue Triste, il y a des morceaux comme « Sleep Juice » qui datent de 2015. Ils sont de la même époque que les compositions que l’on a évoquées précédemment.

Les thématiques de Hangman’s Chair restent cruellement pessimistes, et sa musique aérienne. La musique est un échappatoire pour vous, non ? 

Non, pas vraiment. La réalité, je l’embrasse. Je n’éprouve pas le besoin de trouver un échappatoire. Je prends la musique comme une façon de tuer le temps, de m’occuper… C’est un moyen comme un autre d’exprimer ses sentiments. Et comme nous sommes plutôt de nature réservée, il est plus facile pour nous de nous exprimer de cette manière. Tout ça pour dire que personne au sein du groupe ne renvoie l’image d’un petit poète pleurant sur son sort.

Quels progrès pensez-vous avoir accomplis sur Banlieue Triste ? 

En termes de compositions, Hangman’s Chair a cherché à simplifier ses idées, à se limiter à deux, trois riffs… Par exemple, si l’on prend le morceau « Naive », il n’y a que deux riffs, celui de l’introduction et celui du couplet. Il y a également eu quelques progrès en ce qui concerne la texture de notre musique. Il faut dire qu’elle diffère d’un album à l’autre. Après, je ne sais pas si on peut parler de progression, car quand il s’agit de production, on peut toujours faire mieux. Vouloir être parfait dans ce domaine constituerait une quête infinie où personne ne sortirait satisfait.

Il faut écouter Banlieue Triste à plusieurs reprises pour comprendre ce qui se passe réellement sur l’album. Malgré ses tempos extrêmement lourds, il faut se rendre à l’évidence : rien n’est simple. Chaque note est pesée, et on imagine que tous ces petits détails se jouent lors de la phase de production. Vous avez dû passer un temps fou à obtenir le son que vous souhaitiez, notamment sur « Touch The Razor »…

Pas vraiment, en fait. Tout le travail se fait en amont. Je peux passer un peu de temps chez moi à trouver le bon dosage de réverbération ou de saturation, mais tout se fait naturellement avec les pédales que j’ai à disposition. Pour « Touch The Razor », j’avais comme objectif de mélanger un léger « crunch » avec un son clair, très « chorus ». Puis les sonorités ambiantes sont arrivées un peu par hasard. Ça nous a plu. Pareil pour la montée, le début devait rester très intimiste ‘’guitare/batterie’’. Pour la suite, on avait comme idée de faire monter la sauce avec une ou deux guitares en plus… Mais nous sommes tombés sur un « shimmer » qu’on a mélangé à un « octaver », ce qui a débouché sur cet effet un peu plus orchestral. Ça fait partie des bonnes surprises que l’on a eues en studio.

« Personne au sein du groupe ne renvoie l’image d’un petit poète pleurant sur son sort »

Quel accordage privilégiez-vous pour vos guitares ? Vos pelles sont, comme à chaque fois, très sous-accordées. 

C’est toujours le même accordage : A. / F / A. / D. / G / C

Julien, la dernière fois que je t’ai vu jouer à Lille, tu avais la signature de « Tony Iommi », non pas la Gibson, ni l’Epiphone, mais une autre… Black Sabbath fait incontestablement partie des références de base de Hangman’s Chair, mais pas que… Qui inspire Hangman’s Chair, aujourd’hui, en 2018 ? 

En effet, j’ai à disposition une réplique de la guitare de Tony Iommi, réalisée par le célèbre luthier Jaydee (Birmingham). Elle est magnifique. Je ne la sors plus trop en concert. Je m’en sers principalement en studio. C’est avec elle que j’ai enregistré toutes les grosses parties saturées de Banlieue Triste. Qui inspire Hangman’s Chair aujourd’hui ? Beaucoup de groupes issus de la Cold Wave, comme Sisters Of Mercy, Lycia ou même du Screwed & Chopped à la SpaceGhostPurrp, Dj Ron C… Tout ce qui est lourd et lent en somme. Sinon, en album récent, j’ai bien aimé bien celui d’Anna Von Hausswolff (Dead Magic, NDLR).

Votre album est rythmé par deux instrumentaux, positionné à la moitié et à la fin de l’album. Ce fut également le cas sur This Is Not Supposed To Be Positive… 

Nous avons pris l’habitude d’inclure des instrumentaux dans chacun de nos albums. Ce sont des moments de respiration nécessaire quand on écoute l’album dans son intégralité. L’album est une entité – il faut qu’il y ait du sens d’un bout à l’autre, comme dans un film. Sur Banlieue Triste, « Sidi Bel Abbes » a été composé pour Marc (Mongolito/Wolvennest). C’est un titre où la guitare remplace la voix. Pour « Tara », c’est différent. Il devait y avoir du chant, un peu comme « Negative Male Child », mais nous n’avons pas eu le temps de le finir correctement. C’est pour cette raison que nous l’avons utilisé comme un interlude. Il n’est pas impossible que l’on retravaille ce morceau à l’avenir et qu’on l’inclue sur un split.

Y-a-t-il une dimension autobiographique dans Banlieue Triste ? C’est surtout la sixième piste « 04/09/16 » qui peut mettre la puce à l’oreille. À quoi cette date correspond-t-elle ? 

Dans nos textes, nous avons toujours parlé de nous-mêmes ou de notre vision du monde. Parfois, c’est imagé, parfois c’est plus concret. Là, on a décidé de s’inspirer d’événements qui nous sont arrivés au cours de ces trois dernières années. Par exemple, la date du 04/09/16 est importante car elle nous a amenés à prendre une nouvelle direction dans nos textes. Ce morceau a pour objet la journée où l’un de nous a fait une overdose. On y parle du déroulement de cette dernière.

Hangman’s Chair va-t-il mettre en images un de ses nouveaux titres ? 

Oui, et d’ailleurs il est sorti ! Le clip de « 04/09/16 » a été publié le 9 mars dernier, le jour de la sortie de l’album en France. On l’a tourné sur un tronçon de ligne RER. On voulait rester en raccord avec les photos-promo que l’on a réalisées ! Par la suite, on mettra en images « Naive ». Le clip devrait être complètement différent de ce que l’on a pu proposer par le passé. Il y aura des surprises !

Heretik Magazine est un media qui promeut la scène locale des Hauts-de-France, et chez nous, il y a les Lumberjack Feedback, qui jouent d’un style semblable au vôtre. Que pensez-vous d’eux ? 

Nous avons déjà partagé la scène ensemble, notamment lors de leur passage au Hellfest (2016). On m’a dit que le groupe était en train d’enregistrer son nouvel album. C’est cool. Il faut rester actif et travailler dans son coin pour forger sa propre identité.

Quand reviendriez-vous dans les Hauts-de-France ? Votre dernière prestation remarquée ici remonte à 2016. C’était à l’occasion de la Fête O Taré. Tu sais, les 35 ans du Carré des Halles ! 

On a annoncé quelques dates sur notre Facebook. On va surtout se produire dans le Sud de la France dans un premier temps. De prochaines dates devraient tomber, et il se peut que ça soit dans le Nord.


Hangman’s Chair, c’est :

Cedric Toufouti : Chant

Mehdi Birouk Thépegnier : Batterie

Clément Hanvic : Basse

Julien Chanut : Guitare

Discographie : 

The Addicts (A Lament for…) (2007)

Leaving Paris (2010)

Hope ? Dope ? Rope ?  (2012)

This Is Not Supposed To Be Positive (2015)

Banlieue Triste (2018)

A propos de l'auteur

Justine

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