C’est à L’Aéronef, en ce 21 Février, qu’Amenra et Boris ont donné rendez-vous au public lillois pour une des rares dates françaises de ce co-headline tour regroupant ces représentants belges et japonais du Doom. Si les premiers résument leurs différentes périodes noires à coups de Mass (dont le dernier Mass VI est paru courant octobre via Neurot Recordings), les seconds n’ont jamais vraiment su se limiter à un seul genre ni même à une seule élucubration sonore. Quoi qu’il en soit, à l’annonce des dates, les salles semblaient se remplir d’une traite ne laissant que peu de répits et de temps de réflexion pour la commande du fameux sésame permettant l’accès à une de ces salles obscures. Voyons donc si ce postulat se vérifia à Lille et surtout si les chanceux acquéreurs du billet ont (largement) compensé, de façon musicale, leur déplacement jusque la capitale des Flandres…

Live Report : Romain Richez

Crédits Photo : Eric Meuriche


Il est un poil moins de 20 heures lorsque les portes s’ouvrent pour laisser entrevoir les planches de L’Aéronef et que, par la même occasion, le public prenne possession des lieux. Enfin, à ce moment précis de la soirée, parlons-en du public. « Mais d’où qu’il est ? » ou plutôt, pour se la jouer chanteur populaire, « Il est où le (bonheur) monde ? Il est où ? ». Hé ben certainement pas à L’Aéronef à ce moment précis avanceront les mauvaises langues ! Clairement, jusqu’aux cinq dernières minutes avant l’entrée en piste de Boris, l’interrogation sur la fréquentation de cette date était clairement de mise. Ainsi, si Boris Vian chantait « Le Déserteur », cette fois c’est Lille qui semblait avoir déserté Boris. Trêve d’inquiétudes, comme je le disais, la foule commença à déferler sur L’Aéronef (à mezzanine fermée) quelques minutes à peine avant le début du show pour bientôt remplir la salle.

Mais peu importe, Boris entre en scène par quelques longues notes tonitruantes et vrombissantes. Première remarque technique, le son est relativement fort en ce début de set, les basses se font ressentir et la mise en abîme du chant demeure, face au reste, assez faiblarde. Seconde remarque technique, la fumée est de mise ce soir, et l’ambiance assez lugubre voire intimiste est poussée à son paroxysme par le jeu de lumière utilisé (celui-ci oscillant entre couleurs sombres et couleurs vives toutefois ôtées de toute vie). Musicalement parlant cette fois, Boris (autrement appelé Fangs Anal Satan) s’avère très expérimental et varie du Stoner Fuzzy au Doom le plus profond. S’en ressort une espèce de melting-pot avant-gardiste où les notes lézardeuses suivent des accords plus planants entrecoupés des chants de chaque membre du trio.

Côté setlist, celle-ci semble parfois inégale et passer du tout au tout, les titres les plus abordables devenant presque incongrus face aux compositions beaucoup plus lentes et longues recouvrant la majeure partie du set du trio japonais. En un peu plus d’une heure, Boris ne revisitera qu’un seul album, mettant ainsi tout en lumière son récent Dear (sorti en Septembre 2017). Ce qui donne une dizaine de titres joués selon leur ordre d’apparition dans l’album. En cela, par exemple l’enchaînement « D.O.W.N – Domination Of Waiting Noise », « DEADSONG », et « Absolutego » passe comme une lettre à La Poste un jour ouvré.  Notons donc cette certaine prise de risque qui passe ou qui casse par le trio.

La prestation de Boris semble diviser pas mal les rangs amassés près de la scène. Et inutile de chercher bien loin pour illustrer tout cela, personnellement je n’accroche pas vraiment au concert de la formation en provenance de Tokyo et je le trouve longuet, avec cette impression de l’inscrire dans la durée pour pas grand-chose. Cas totalement inverse, mon voisin de gauche est comme transcendé par la musique et n’hésitera pas à me dire à diverses reprises que c’est une grosse claque pour lui. Rendu donc mitigé et chacun aura certainement un avis très divergent sur le gig de Boris.

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A contrario, et après quelques dizaines de minutes pour le changement de plateau, Amenra s’apprête à prendre possession de L’Aéronef et sa prestation, elle, récoltera l’unanimité : c’est une énorme gifle à base de projections cinématographiques !

C’est au son de « Boden » qu’Amenra entame son set, déjà fort haut en vidéos en tout genre. Le menu visuel est donc particulièrement adapté à l’accompagnement sonore puisque Colin H. Van Eeckhout et les siens accompagnent leur musique de divers clips relâchant un appel à une certaine osmose et communion avec l’univers du groupe. Le plus éminent représentant de la Church Of Ra (aux côtés de Wiegedood) ne fait donc pas les choses à moitié, d’autant plus lorsqu’il se lance dans un set de plus d’une heure vingt. Une heure vingt laissant peu de place (strictement aucune en fait) à l’interaction avec le public, pour plonger davantage au cœur de la musique et pour ne pouvoir échanger qu’en musique avec la musique. Et c’est d’ailleurs dans cet objectif de transe sonore que le frontman de la formation belge exécutera la quasi-totalité de sa prestation dos au public.

Le show file relativement vite malgré l’impressionnante longévité des titres le composant. En cela, Amenra revisite ici plusieurs albums (de Mass III à Mass VI), mettant à l’honneur des pistes telles que « Plus Près De Toi (Closer To You) » ou encore « Children Of The Eye ». La prestation est remplie d’émotions et aux tourments succèdent l’éclaircissement des sentiments sombres propagés par la musique. L’instrumental est précis au millimètre et peu importe la complexité des titres (« Razoreater », « Nowena / 9.10 »). Les côtés son et lumières se complètent parfaitement en renvoyant parfaitement les ressentis envoyés à la fois par l’ensemble projecteurs-fumée et l’association à l’univers chaotique et presque dévasté de la formation courtraisienne. Pas la peine d’en préciser davantage ni d’en détailler plus, le reste de la prestation sera de la même trempe : cadré, professionnel et sacrément bien foutu ! En ces conditions, difficile de ne pas se laisser porter par l’énergie déchargée par Amenra, le corps s’abandonnant aisément à la musique synonyme de transcendance ici.

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Quoi qu’il en soit, finissant sur la trilogie « Terziele » – « Am Kreuz » – « Diaken », cette prestation d’Amenra est une énorme claque ! Celle-ci n’a laissé aucun repos à l’oreille ni à l’œil, elle a simplement suggéré à l’âme et au corps de ne faire qu’un avec les vibrations dégagées par le quintet. Ne reste donc que cette envie indéniable de revivre une nouvelle fois l’expérience live d’Amenra. Ce qui tombe relativement bien, puisqu’Amenra passera près de nos contrées sous peu…

A propos de l'auteur

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Chargé des Relations Presse, manager, tourneur et baby-sitter rock'n'roll pour groupes un peu trop paumés ✠ Egalement rédacteur pour Illico! et French-Metal (chez la concurrence quoi !).

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