HANGMAN’S CHAIR

BANLIEUE TRISTE

Doom / Sludge sous amphé’

MusicFearSatan

4/5

Par Axl Meu


Avec This Is Not Supposed To Be Positive, Hangman’s Chair avait consolidé ses acquis. Cet album leur avait même ouvert de nouvelles portes, alors restées inaccessibles… Alors, non, tout n’était pas si négatif que ça pour finir. Entre temps, les Franciliens ont augmenté leur album phare, Hope///Dope///Rope pour ensuite revenir deux ans après avec Banlieue Triste. C’est leur cinquième album, et comme l’annonce le patronyme, rien ne semble être de l’ordre du renouveau. Et pourtant, Hangman’s Chair, ou la formation française la plus dépressive, nous a sans doute livré l’album le plus important de sa carrière. 

Capté au studio Sainte Marthe, et – produit par Francis Caste – le nouvel album d’Hangman’s Chair est le résultat d’une purge. Chacun des titres exprime le cynisme et le mal-être de ses protagonistes. Ce sont notamment le fleuve de « Touch The Razor » qui fait référence aux pratiques suicidaires, et « Negative Mâle Child » et tout le défaitisme qu’il dégage, qui nous mettent la puce à l’oreille. Rien de nouveau sous le soleil et à vrai dire, nous attendions-nous à ce que les membres d’Hangman’s Chair nous composent des musiques qui transpirent la joie de vivre ? Si ?

Bref, Banlieue Triste, comme This Is Not To Be Positive, fait partie de ces albums qu’il ne faut pas conseiller aux dépressifs. Passez Banlieue Triste en soirée, et vous verrez, vos amis vous rapprocheront d’avoir plombé l’ambiance. Les conséquences seront désastreuses, et vos proches vous délaisseront… En fait, c’est gras – c’est lent – on n’est jamais très loin de la mélancolie non plus – et surtout on n’appréhende pas un album de Hangman’s Chair comme on appréhende le Groove Family Cyco d’Infectious Groove. Poser un album d’Hangman’s Chair sur sa platine, c’est un peu s’essayer à l’exaltation des sentiments personnels, un peu comme le faisaient les romantiques au XIXème siècle. 

Et c’est ça Banlieue Triste, un voyage à travers tous les prismes des sentiments sombres. On aborde la dépression sous tous ses aspects notamment sur « Negative Male Child » – tout ça sans faire l’usage d’aucun paradis artificiel ! C’est simple, les morceaux aux accents de Doom, très Sabbatiens dans l’âme, comme « Naïve » partent d’un simple riff et construisent autour d’eux tout un univers.

Alors, oui, chaque titre est le résultat d’un énorme travail sur soi – on imagine que le quartet a mis longtemps à se chercher avant d’entreprendre la composition d’un d’entre eux – Cela dit, Banlieue Triste demeure sans doute l’oeuvre la plus autobiographique du groupe. On s’inspire de la vie, de ses événements, et cela débouche sur « 04/09/16 », une date terriblement évocatrice, car elle rend compte de l’une des mauvaises expériences de l’un des protagonistes du groupe. 

Mais il peut être difficile de construire un univers cohérent, surtout lorsque la longueur de chacun des titres reste terriblement hétérogène (« Banlieue Triste » et « Full Ashtray » tous deux placés à chaque extrémité ont plus de 8 minutes de différence !). Néanmoins, les Parisiens y parviennent en inculquant quelques incontournables, des instrumentaux : « Tara » et « Sidi Bel Abbes », qui nous permettent de reprendre notre souffle le temps de quelques minutes… 

C’est un passage de l’Acéphale de Georges Bataille – un témoignage rempli de cynisme, à l’image de l’album – qui se charge de mettre un terme aux hostilités, et à vrai dire, Banlieue Triste n’a pas manqué son coup. Clairement, il faudrait être clairement dénué de toute sensibilité pour ressortir indifférent d’une telle écoute, la névrose finissant par contaminer l’auditeur. 

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Justine

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