En ce samedi de fin Mars, nous sommes dans la Somme pour le traditionnel rendez-vous du « le Chaulnes Metal Fest ». Chaque année, il nous ravit par la qualité de son affiche, avec une belle variété de genres. Par exemple, le festival a attiré dans ses filets Loudblast, Dew Scented ou Onslaught l’année dernière. Cette édition 2018 ne va pas déroger à la règle et accueille un grand nom de la scène Death/Grind, accompagné de belles pointures. Le Centre Socio-Culturel nous accueille avec la même équipe de bénévoles motivés dans cette ambiance familiale que l’on aime tant. Les hostilités doivent débuter peu après l’ouverture des portes à 15h. Mais pas mal de retard va être pris avant l’arrivée du premier groupe et ce ne sera pas sans conséquences pour la suite de la journée…

Texte : Franck Lasselle

Photos : Maurice Delciotto


C’est Atrystros qui ouvre. Il nous vient de Picardie et a vu le jour récemment… Il propose un concept futuriste décalé. Il déclare venir du futur… Les musiciens apparaissent déguisés et plus d’une fois le chanteur, Falcon, jouera de manière « fun » avec ce concept. En vrac, il nous déclare chercher ses parents dans la foule, joue avec une télécommande arrêtant le temps, aura un « trip zombies » avec le public et finira par un délire sur le Nutella. Au-delà de ces aspects burlesques, le groupe est surtout une machine Death/Thrash. La salle est bien pleine et chauffée par Falcon ! Elle répond à fond à des titres incisifs et d’une puissance donnant l’impression de se manger un char d’assaut dans la face. « My Nation » et « I Am A Man » sont d’un rythme intense avec d’excellents riffs et soli. « Brutal Love » ou encore « Master And War » font aussi mal et ravissent un public qui se lance dans de jolis pogos. Le concert se termine en beauté avec « The Fucking War » qui en aura laissé plus d’un K.O. debout. Atrystos a donné un concert sympathique, nous a montré une image du futur moins sombre que ce que l’on pourrait craindre et a lancé la journée idéalement.

Avec Azziard, le ton va changer radicalement. Le festival bascule dans un univers sombre et malsain. Les Parisiens viennent de sortir Metempsychose, une œuvre malsaine et prenante allant fouiller dans ce que l’âme humaine a de plus torturé. On imagine plus ce mélange Black/Death digne de Behemoth en soirée dans la pénombre ! Mais là, en plein cœur de l’après-midi, et dans une salle quasi pleine, la mayonnaise va prendre. Derrière leurs maquillages, ASA et ses hommes en imposent avec un charisme fort et froid avec de plus, un décor soigné. L’intro pose l’ambiance et derrière, c’est la curée. « Psyché » puis « Unus Mundus » font très mal, le ton est très violent, c’est froid mais aussi chaud comme l’Enfer avec une impression de rouleau compresseur. On ne peut qu’apprécier cette martialité, cette sensation guerrière renforcée par un ASA nihiliste et pas du genre à déconner avec le public. Brut et méchant, ce concert en assomme plus d’un et les titres s’enchaînent sans que l’intensité ne baisse avec même une certaine schizophrénie, notamment sur « Le Meurtre du Héros » qui a fait froid dans le dos. Azziard a confirmé sur scène tout la force qu’il a montrée sur album. En concentrant brutalité avec des ambiances sombres et prenantes, il a fortement marqué les esprits, la froideur de la fin très abrupte du concert ajoutant à cette sensation de folie.

Après cette tempête obscure, le ton va de nouveau changer avec l’arrivée d’Öblïvion. Les amateurs de Heavy teinté de Power sont impatients de découvrir le nouveau groupe des frères Amore, formé peu de temps après leur départ de Nightmare. Le 1er album, Resilience, vient de sortir et au vu de sa qualité, on s’attend à prend une dose de bon son. Joe Amore avec son timbre mélodique et puissant est un chanteur de grande classe, l’année dernière il nous avait ravis avec Now Or Never. Le groupe va balancer une prestation de haut vol, parfaitement maitrisée avec son lot de moments de bravoure. D’entrée avec « Evil Spell » le ton est donné. On savoure un pur Power mélodique porté par la voix de Joe et musicalement on apprécie un travail d’orfèvre. La suite va confirmer ces belles dispositions, « In The Arm Of The Queen » épate avec un refrain énorme, « Shine In The Galaxy » montre une force épique que l’on retrouve dans « I Though I Was A King ». Entre puissance et mélancolie, ce titre aura été un grand moment du concert. Jo est toujours aussi sympathique, il va chercher le public et met à l’honneur ses camarades de jeu. En fin de concert, on aura aussi apprécié une reprise de Nightmare avec « Lord Of The Sky » et de belles tueries heavy avec ‘The Race Is On » ou « Bells Of Babylon ». Öblïvion a proposé une superbe prestation. Il effectue un début de carrière brillant, on le reverra de plus avec grand plaisir cet été au Raismes Fest.

Avec Existance, nous retrouvons un jeune loup qui depuis 2008 fait souffler sur la France un vent Heavy Metal Old School dans l’esprit d’Iron Maiden et Judas Priest. Originaire de l’Oise, le groupe joue quasiment à domicile et le public est motivé. Emmené par un Julien, fort en charisme, ils vont nous balancer un solide concert piochant dans leurs deux albums. D’entrée, ils frappent fort avec un « Heavy Metal Fury » portant parfaitement son nom. Précédé d’une douce intro, il donne le ton avec une belle montée puissance et une batterie impressionnante de puissance. « Slaughter » et « Steel Alive » enfoncent le clou. Le ton est speed, mais avec ce souci de la mélodie accrocheuse, le chant de haut perché de Julien et on apprécie d’excellents soli. La salle apprécie ces moments de bravoure heavy, le groupe est à l’aise et tient la scène comme de vieux briscards. Avec « We are Restless », ils signent un hymne doté d’un refrain repris en chœur. Le concert va être amputé d’un titre en raison du retard prit mais va se finir en beauté avec le bien speed « Breaking The Rock » et une superbe reprise du « Jawbreaker » de Judas Priest. Sur ce titre, on est admiratif devant la prestation de Julien qui tient la note aussi bien que Rob Halford. Existance a fait belle impression en ce début de soirée et on ne doute pas qu’il puisse aller encore plus loin dans un futur proche avec un nouvel album.

Carcariass est une jolie pioche de la part des organisateurs. On se souvient qu’à la fin des années 90 le groupe de Franche-Comté avait fait impression avec un techno death teinté de progressif, notamment sur Killing Process sorti en 2002. Le groupe s’est fait discret par la suite. Depuis, on guette ses apparitions pour se délecter d’une technique hors normes, mais en évitant la surenchère en restant au service des chansons. Le groupe annonce devoir supprimer deux titres en raison du retard et cela laisse un petit goût amer, tant on aurait aimé savourer le concert en entier. Cela étant ce qui a été joué a été formidable et a fait oublier ce détail. « Revenger » a été un monstre de technique, on y a savouré toute la classe des musiciens, que ça soit à la basse ou à la guitare. Ensuite avec « Tragical End », « Domination » ou « Watery Grave », la claque est totale. Il y a dans ce Death une force implacable joué par des musiciens que l’on sent heureux d’être sur scène. Raphaël est parfait au chant avec un ton caverneux. Le public est attentif et l’ambiance monte petit à petit devant cette démonstration de force. L’ensemble est fluide et servi par un son parfait, une constante de la journée, on ressent ce plaisir de jouer et de faire plaisir au public. Carcariass a donné un excellent concert ! On souhaite vite le revoir pour un set complet et on saluera des prix au merchandising imbattables, 1€ pour certains articles, pour permettre de découvrir ou redécouvrir ce groupe si attachant.

Avec No Return, nous retrouvons un grand nom de la scène Death/Thrash hexagonale, déjà présent en 2017, il a depuis a sorti un disque remarquable. The Curse Within a montré une formation au meilleur de sa forme entre puissance brute et mélodies fortes et a montré une stabilité bienvenue autour d’Alain. Le groupe ne fait pas semblant et donne une bonne baffe à un public nombreux. L’enchainement « The Crimson Rider », « Submission Falls » est redoutable, Mick est à l’aise derrière son micro et se comporte comme un frontman de premier ordre avec charisme. Ça riffe dans tous les sens avec d’excellents soli, Alain étant un maitre du genre. Ce Death/Thrash fait mal, mais on apprécie aussi des mélodies fortes servies par un chant d’une puissance redoutable. La suite confirme le bel état de santé du groupe et nous montre sa cohésion. Avant « Despise Your Heroes », Mick rend un hommage mérité aux organisateurs et fait un tabac. On y apprécie un refrain énorme, ce chant écorché et une mélodie intense avec un super solo. Le public est aux anges et réserve un accueil chaleureux au groupe et notamment à Geoffroy, l’enfant du pays. « Rising » dans un ton plus lourd frappe fort avant que « Serpent’s Curse » n’enfonce le clou avec ce parfait mélange entre puissance et mélodie. Enfin « Stronger Than Ever » achève les hostilités en beauté et confirme qu’il est vite devenu un classique. No Return est parfois oublié quand on évoque la scène hexagonale Thrash/Death, et c’est injuste tant il est excellent tant sur disque que sur les planches. Il a frappé un joli coup et a parfaitement assumé son statut en haut de l’affiche.

La tête d’affiche vient de Belgique. Depuis 1995 Aborted œuvre pour le meilleur du Death/Grind avec l’inamovible Sven. En 2016 avec Retrogore, il avait montré une forme olympique et aucune faiblesse malgré le temps qui passe. Le groupe a mis les petits plats dans les grands avec une batterie imposante au milieu de la scène et un décor très soigné. Il évolue en quatuor suite à l’absence de Mendel, mais cela ne freine pas une machine de guerre live. On s’attend à prendre une claque très sévère, d’ailleurs il règne dans la salle une ambiance qui ressemble à celle qui précède une tempête, une sorte de calme très provisoire. Après une intro nous plongeant dans un asile infestés de zombies, c’est la curée ! Les novices sont scotchés au mur et les fans se déchaînent à grands coups de pogos rageurs. Le son est énorme et ce déchaînement de violence est impressionnant. Sven l’est tout autant avec son growl rageur et un charisme froid très fort. Il va chercher le public de belle manière et celui-ci lui  mange dans la main. Au-delà de la violence on apprécie une technique remarquable tout en maitrise confirmant que le grind est tout sauf bordélique. Avec « Bit By Bit » ou ‘The Origin Of Disease », il met le feu et au milieu de cette rage et on apprécie des interludes glacials, et des soli qui aèrent un ensemble intense. Sven fait un coucou à ses potes de Benighted et à l’occasion d’un extrait de ‘Goremageddon’ il fait monter quelques fans sur scène dans une ambiance survoltée. Aborted est venu et a vaincu. Il reste une référence absolue en matière de Grind/Death, il a fait honneur à son statut de tête d’affiche et a achevé la journée sur une note énorme.

Cette édition du Chaulnes Metal Fest a été une réussite à tous les niveaux et même le petit retard du début à finalement vite été oublié. Il nous reste à remercier l’organisation pour son accueil parfait et l’équipe de bénévoles sans qui rien ne serait possible.

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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