Dans la première partie de notre contre-interview d’Ultra Vomit (à lire ici), la rédaction d’Heretik Magazine avait pu faire plus ample connaissance avec ses musiciens et aborder quelques sujets qui leur tenaient à cœur, notamment leur retour au BetiZFest, leurs méthodes de composition, les dates qui n’en finissent plus de tomber et la mise en scène de leurs concerts… Cette conversation avait débouché sur l’évocation du titre « Kammthaar » et son clin d’œil à Marc Lavoine… La suite, c’est maintenant ! 

Deuxième partie.

Propos du groupe recueillis par Axl Meu au BetiZFest le 7 avril. 


Avec Ultra Vomit, on parle de notre culture. D’ailleurs, vous chantez en français. Notre langue n’est-elle pas une source de limites pour vous ? Vous commencez à bien connaître l’Hexagone…

Fetus (chant/guitare): C’est pour cette raison que l’on a chanté en allemand pour « Kammthaar » et en japonais…

… Oui, pour « Takoyaki ». Tu penses que ça va vous permettre de vous produire au Japon ?

Flockos (guitare) : On va peut-être tenter le coup pour voir si ça se concrétise ou pas !

Fetus : Je ne vais pas te mentir… C’est le fait d’être allé là-bas qui m’a donné envie de faire ce morceau. Quand je suis revenu en France, je me suis dit que ça serait énorme que le groupe s’y produise.

Manard (batterie) : Alors, oui, on verra, car, pour la petite info… On est en train de travailler… On peut le dire ou pas ?

Fetus : Non.

Manard (en colère) : On ne le dit pas ? Bon, on ne le dit pas ! Bon, on est en train de travailler !

Flockos : On est en train de travailler, mais… Oui, pour revenir au sujet, la barrière de la langue française, oui, bon… En même temps, on a de quoi faire en France. On a des salles qui peuvent nous accueillir. Pour l’instant, on a quelques chansons en anglais, une chanson en allemand, une chanson en japonais. On verra si c’est un axe que nous allons travailler à l’avenir. Donc, c’est déjà pas mal ! Mais bon, on reste un groupe français, on tourne en France. On ne peut pas faire les tournée de Gojira, on n’a rien dans le sac pour faire tout ça, pour l’instant.

Là, je pense au titre : « La Bouillie ». Vous avez décidé de décliner cette chanson en plusieurs versions. Vous explorez différents styles pour chacune des versions : le Grind, le Punk…  Pourquoi ?! 

Flockos : En fait, c’était pour visiter la même chanson différemment. (Rires)

Manard : C’est quelque chose que l’on avait déjà expérimenté sur l’album précédent, Objectif: Thunes. On avait expérimenté ça sur le morceau « Outro » où on reprenait le gimmick vocal dans différents styles de Metal. C’est un truc qu’on aime bien faire. On s’est dit qu’il serait amusant de le faire avec cette petite comptine qu’on a apprise quand on était enfants. On voulait décliner ce morceau dans différents styles de Metal. Là, pour Panzer Surprise !, on a décidé de faire plusieurs morceaux plutôt que de rassembler toutes ces versions dans un seul morceau. C’est un petit exercice de style qu’on aime bien. Ça nous fait juste marrer.

Fetus : On est au courant que c’est d’une faiblesse absolue.

Manard : Non, mais, chaque morceau de « La Bouillie » est très faible. Mais je pense que ce concept en lui-même est sympathique. C’est marrant. Ça fait des petites récréations… C’est vrai que ces morceaux ne sont pas très longs.

En général, on a tendance à dire qu’Ultra Vomit, c’est de la rigolade… mais quand on vous écoute plus attentivement, on se rend compte qu’il y a un véritable travail  derrière. J’aimerais notamment savoir comment, toi, Fetus, tu fais pour la voix. C’est quand même assez impressionnant. Tu parviens à reproduire toutes sortes de vocalises.

Flockos (répond à la place de Fetus) : En fait, c’est très simple, il suffit de faire la même voix que la personne que tu veux imiter. Ça s’appelle « le processus d’imitation »… Mais ça ne va pas sans le talent non plus ! En fait, c’est un peu comme à la loterie, on ne naît pas tous égaux dans le monde.

Manard : Par exemple, quand je te fais l’accent québécois (il prend l’accent québécois) « et dix dollars »… Tu vois, ça rend moins bien quand c’est moi… C’est pas aussi bien que…

Flockos (coupe la parole) : … On va dire qu’il y a des bases. Il y a de l’inné dans tout ça, mais je pense qu’il y a aussi du boulot. Il a travaillé son don, tout simplement. Excellence. Talent. Et c’est tout. Désolé, si toi tu n’y arrives pas, je ne peux rien faire pour toi.

Manard : Après, on aime bien faire la musique qu’on aime bien entendre et écouter. C’est quand même ça à la base…

Je sais que tu écoutes beaucoup de Metal, toi, Manard, mais je sais aussi que ce n’est pas le cas des autres membres du groupe.

Fetus : Je pense que Matthieu et moi sommes…

Matthieu (basse) (coupe la parole) : Je n’écoute pas du tout de Metal, moi…

Fetus : Il fut un temps où j’en ai beaucoup écouté, et maintenant, je suis plus tranquille ! Mais après, Flockos, il aime bien ce style de musique, mais ça se limite à quelques groupes…

Flockos : Tout à l’heure, j’écoutais encore le dernier Metallica. Je suis fan de Metallica, mais de façon très violente, c’est presque pathologique. J’aime beaucoup Cradle Of Filth, mais bien moins que Metallica, mais oui… Bon, Metallica, ça reste du Metal.

Fetus : En tout cas, il n’écoute pas la nouvelle scène française.

Flockos (dépité) : Je ne dis pas que c’est nul, c’est juste que ça ne m’intéresse pas.

J’aimerais bien revenir sur le concept de blague. Vos concerts et vos chansons restent principalement axés sur l’humour. Néanmoins, le problème avec l’humour, c’est que, lorsque l’on a fait la blague une fois, ça devient moins amusant la deuxième.

Fetus : Oui.

Et pourtant, vous continuez de faire « sold out ».

Manard : Oui, après, c’est sûr que les gens viennent nous voir plusieurs fois.

Et vos fans connaissent déjà les blagues… Vous faites monter des gens sur scène, ils se font humilier pendant « Pauv’ Connard », et les gens continuent de se rendre à vos concert, ils adorent ça.

Manard : Le show est écrit, effectivement. Donc quand tu le vois une fois puis une deuxième fois, il y a beaucoup moins de surprises, c’est sûr. Mais après, on s’autorise aussi des petites improvisations, des petites animations qui font divergence à chaque show… Peut-être que les spectateurs attendent de voir les petites différences qu’il y aura…

Fetus : Puis, ce qu’il faut dire, c’est que c’est beaucoup moins toléré… Et même nous-mêmes… On le sait, on se lasse vite aussi. Il est beaucoup moins toléré d’entendre la même vanne, la même fausse altercation entre deux membres dix fois de suite qu’un Slayer qui va te faire le même concert dix fois de suite… Tu te dis, ils jouent leurs morceaux, et c’est normal. Nous, vu que c’est de l’humour, on a cette difficulté en plus.

Flockos (pointe son camarade) : Mais, comme dirait Matthieu Bausson

Matthieu (se réveille et reprend la parole) : J’ai regardé le spectacle d’Anthony Kavanagh plein de fois quand j’étais petit et j’adorais ça… Et je les connaissais ses vannes par cœur.

Flockos (reprend la parole) : En plus, c’était vraiment la même chose, puisque c’était sur une K7. À la donnée près, à la seconde près… J’aime à penser que les fans de Jean-Marie Bigard peuvent s’autoriser de revoir Jean-Marie Bigard en spectacle.

Manard : J’ai un exemple tout simple. J’avais la K7 Bouleversifiant ! des Inconnus, avec toutes leurs chansons, et je l’ai écoutée des centaines de fois…

Fetus : Pareil, pareil, pareil…

Manard : Il y a peut-être ce phénomène-là avec les gens qui viennent nous voir. Effectivement, on fait les mêmes vannes dans la majorité du show, mais…

Fetus : … Après, on ne va pas se mentir, Ultra Vomit, c’est quand même un groupe qui intéresse les gens assez simples d’esprit. (Rires)

Flockos : C’est vrai que notre clientèle, bah, ça ne vole pas très haut ! (Rires) On peut vite faire le tour !

Fetus : Ces gens-là auront peut-être plus de capacité à tolérer des choses que les plus intelligents, eux, ne toléreraient pas.

Manard : C’est horrible ce que tu dis là !

Fetus : C’est énorme quand tu prends ça au premier degré ! (Rires)

Ultra Vomit est-il un phénomène de mode ?

Flockos : On pourrait croire, mais finalement, ça fait plus de 18 ans qu’on est là, et puis, ça progresse plutôt pas mal, progressivement… Après, je n’ai pas le sentiment qu’on débarque de nulle part, non plus. Ça fait un petit bout de temps qu’on est là, et ça grossit très doucement.

Fetus : Quand on avait sorti Objectif: Thunes, il y avait déjà un petit engouement…

Manard : Oui, à chaque fois, on a franchi un petit palier. Il n’y a pas eu d’explosion…

Flockos (coupe la parole) : …de caca !

Manard : Au premier album, on a fait notre petit bonhomme de chemin, puis, Objectif: Thunes a consolidé les bases, et là…

Fetus (prend la suite) : Après, on n’est pas comme ces groupes qui sortent un jingle de pub et que tu entends désormais partout, comme pour la pub SFR.

Manard : Qui se souvient par exemple du groupe Stiltskin qui avait composé un morceau pour une pub de Levi’s ? (Le morceau s’intitulait « Inside », NDLR) Ils ont explosé du jour au lendemain, et pis, plus rien !

Fetus : Je m’en rappelle…

Flockos (lui coupe la parole) :… Je m’en souviens depuis le moment que tu m’en as parlé, c’est-à-dire, maintenant.

Manard : C’était en 1993 ou en 1994… (1994, NDLR)

Flockos (prend un ton imposant) : Voilà, vous pouvez enchaîner !

On a tendance à résumer votre carrière à un seul morceau…

Manard : « Les Canards ! » Je ne suis pas sûr que ça soit la stricte vérité aujourd’hui. C’est vrai qu’il y avait « Les Canards » avec Objectif: Thunes… « Les Canards » revenaient sans cesse.

Fetus : En fait, si la chanson des canards a autant marché à l’époque, c’est tout simplement car c’est la seule chanson qu’on avait vraiment « clippée ».

Manard : Mais aujourd’hui, si on demande, il y a bien sûr « Les Canards », mais il y a « Kammthaar » qui est arrivé quand même, avec le clip. On est d’ailleurs super contents de l’accueil que les fans lui ont réservé. Je pense que ça rééquilibre le côté : « on résume le groupe aux canards ». Et là, on prépare le clip d’ « Evier Metal ». Il est en cours de réalisation !

Fetus : Après, notre premier tube, ça reste quand même « Poil Pubien » (titre de M. Patate, NDLR).


Ultra Vomit, c’est : 

Le Roi Fetus : Chant : Guitare et imitations

L’Elfe Manard: Batterie : Voix de merde

Le Nain Flockos : Lead guitare

Le Farfadet Bausson : Sons laids (comprenez, basse, NDLR)

Discographie : 

M. Patate (2004)

Objectif: Thunes (2008)

Panzer Surprise ! (2017)

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Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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