Il y a déjà quelques semaines, nous évoquions notre ressenti concernant le nouvel album de Beyond The Styx, Stiigma. Et paf, un revers de la droite, puis un autre de la gauche. Il faut dire que ce Hardcore tout droit sorti de Tour a tout pour plaire : énergie dégagée à tout bout de champs, des compositions rigoureuses, un chant d’énervé, le tout comprimé dans une pilule de 28 minutes. Alors, quelques jours après le passage du groupe dans la région (au Biplan, le 7 avril dernier), la rédaction a décidé de s’entretenir avec le chef de meute de Beyond The Styx, le hurleur Émile.

Propos d’Émile recueillis par Axl Meu


Stiigma est sorti il y a deux mois déjà ! Quels en furent les retours ? En quoi pouvons-nous dire qu’il est l’album de la transition pour vous ? 

Les retours sont on ne peut plus positifs et encourageants, à commencer par votre chronique sur la version webzine d’Heretik ! Les concerts battent leur plein, les ventes dépassent notre précédent opus et durent… De plus, l’accueil live live est hors pair ! Oui, je pense donc que l’on peut parler de Stiigma comme de l’album de la transition, puisque nous sommes enfin parvenus, à mon sens, à un certain équilibre de composition, et de line-up, qui parvient à mieux nous synthétiser artistiquement : sombres, vivants et bruts tout en restant en adéquation avec l’expression de nos valeurs humanistes.

Le groupe s’était fait extrêmement discret avant la sortie de Stiigma… Les concerts, par exemple, étaient bien moins fréquents l’année dernière. Avez-vous eu l’impression de devoir reconquérir votre public et un nouveau public avec cet album ? 

Il faut savoir parfois apprendre à se faire oublier pour mieux revenir. Moins jouer pour mieux composer, penser et dessiner les traits d’un nouvel album plus intègre, plus personnalisé et plus en adéquation avec notre volonté de marquer les esprits ! Pour répondre à ta question, cette volonté et cette démarche « chrysalidique » était parfaitement réfléchie et mesurée. Chaque nouvel album représente un nouveau défi. Avec cette nouvelle mue, nous partons à la conquête de nouveaux horizons… Et la grande majorité de nos fans nous suit, même si rien n’était joué d’avance, vu l’écart artistique notable qui sépare Leviathanima de Stiigma.

Il me semble que vous avez beaucoup tourné pour promouvoir votre premier album… Que la route vous a-t-elle enseigné ? N’est-il pas trop dur de faire des centaines de kilomètres pour se retrouver devant une dizaine de personnes ?

En effet, nous avons fait plus d’une cinquantaine de dates en trois ans, ce qui reste toutefois encore trop peu à mon goût. La route et la scène sont des enseignements de tous les jours ! On apprend sur nous-mêmes comme on apprend à se supporter, humainement. On rencontre de nouvelles têtes, de nouveaux groupes, de nouvelles influences, de nouvelles dynamiques… La route représente le carburant de ce nouvel album. Et faire plus de deux cents kilomètres pour jouer devant dix personnes fait partie du jeu ! C’est arrivé, ça arrive moins, mais ça reviendra. L’attractivité d’un concert D.I.Y. ne tient pas à grand chose, mais la communication physique et la complicité d’une organisation chevronnée reste selon moi l’une des clefs d’une certaine garantie. Au delà de ça, il nous est plus cher de jouer devant dix personnes passionnées que devant une assemblée de « marcheurs » égarés ! Après, nous avons également notre part de responsabilité dans ce genre de rencontres déstabilisées et déstabilisantes. L’organisation n’est qu’un facteur de cohésion parmi d’autres, il ne faut pas l’oublier.

Il y a eu un petit changement de line-up entre les deux albums. Que s’est-il passé avec Anthony ? Qui était Victor pour vous ?

« Petit » n’est pas forcément le terme que je retiendrai pour ma part. Un guitariste « lead » dans une composition multilatérale à cinq membres est tout sauf un « détail ». Antho ne se retrouvait tout simplement plus dans le virage artistique que nous amorcions activement depuis plusieurs mois. Il ne pouvait également plus donner autant de sa personne qu’il l’aurait souhaité avec son projet parallèle de l’époque, AO. Nous nous sommes donc quittés en bons termes, non sans émotion certes. Il faut dire que cinq ans, ce n’est pas rien ! Mais dans de bonnes dispositions, ce qui nous a probablement permis de rebondir assez rapidement de manière constructive et réfléchie. Victor est l’un des deux guitaristes que nous avons retenus pour les auditions finales. Il s’agit d’un guitariste talentueux, impliqué et mesuré qui avait gardé un bon souvenir d’un de nos concerts passés sur Le Mans par le passé. L’énergie se dégageant du groupe ayant été l’un des facteurs prédominant à sa candidature.

Premier commentaire concernant Stiigma. Sa production est bien plus incisive que Leviathanima, bien plus propre également… On peut imaginer que vous avez mis les bouchées-doubles concernant cet aspect !

Disons que nous avons tout simplement fait ce qu’il fallait je pense. On ne peut pas rester sur ses acquis. Et la présence de Victor nous a énormément apporté en termes d’arrangements et de « colorimétrie ».

« Ne pas brandir officiellement d’étendard politique ne signifie pas pour autant ne pas être politisé »

En fait, les deux albums sont totalement différents… C’est l’effet « Victor », ça ? J’ai appris qu’il n’était pas trop Hardcore dans l’âme avant de vous rejoindre. 

Exactement. D’où le fait que je mentionne régulièrement l’image d’un virage à 90° à ce propos. Après, Stiigma résulte plutôt de l’effet Beyond The Styx. Car Victor est l’un de nos membres qui est le moins porté sur des influences « Hardcore ». En tout cas, ça l’était à proprement parler à l’époque. Notre force, c’est notre diversité, dans un flux de Hardcore !

Autre différence : Stiigma est un album vraiment court, contrairement à Leviathanima, qui, lui faisait 52 minutes. On ne dépasse même pas la demi-heure ! Pourquoi avez-vous opté pour ce format ? 

À l’image d’un coup. Ce n’est pas la durée qui fait la puissance !

Le mot Stiigma comporte deux fois la lettre ‘I’, c’est votre deuxième album… 

Oui. Pourquoi ? Car les deux « I » sont à l’image d’une lame à double-tranchant. C’est un patronyme que l’on ne résume pas à la définition latine de « stigmate ». C’est également le reflet d’une dualité notable, mise en exergue à travers tout cet album, à l’image de notre société qui tend à tous nous opposer.

Quelles thématiques abordez-vous avec Stiigma ? On est très loin du Hardcore politisé… Je me trompe ? 

Une thématique militante et engagée se développe autour de plusieurs sujets d’actualité tels que : l’effet cyclique de l’Histoire, la course à l’armement, la loi du silence, la valeur de la vie, la cause animale, la crise migratoire et la dystopie… Stiigma propose un véritable panoramique de « l’évolution » de notre société. Je ne sais pas à quoi ressemble l’Enfer… Mais allez dire aux Syriens, aux Rohingya, aux Coptes ou à n’importe quel autre peuple martyrisé, qu’ils ne vivent pas l’Enfer ? Le JT, ce n’est pas Constantine, et pourtant… Ne pas brandir officiellement d’étendard politique ne signifie pas pour autant ne pas être politisé.

Stiigma est sorti via Klonosphere et distribué par Season Of Mist. Comment trouve-t-on un label aujourd’hui en 2018 ? Pensez-vous qu’il est important d’avoir un label pour s’en sortir ? 

En effet, et c’est une fierté pour nous de pouvoir renouveler cette expérience auprès d’une structure de confiance ! Sans oublier Diorama Records dont on ne parle jamais… « Comment trouve t-on un label ? »… « Comment un label trouve de l’intérêt à signer un groupe aujourd’hui ? »…  Sincèrement, je n’ai pas de recette miracle à cela… C’est le fruit des concerts et des démarches… Sinon, pour répondre à ta question… Oui, je pense que c’est un atout en 2018 d’être signé, mais tout dépend de la donne. Il convient à mon sens de rester intègre à ses principes et rester en adéquation avec ceux de son futur label. Être ambitieux ne suppose pas signer à tout prix chez la plus grosse écurie ! Tout est une question de réseau en fait… Et non de vitrine. Des groupes indépendants s’en sortent pas trop mal avec des réseaux D.I.Y., alors que d’autres triment en cédant quasiment tout à des labels de renommée pour pas grand chose pour finir… Si je devrais donner un seul conseil – si je peux être de bon conseil de ma petite place de chanteur français – je dirais qu’il faille prendre les marches les unes après les autres, de ne pas griller pas les étapes et de veiller à bien s’entourer et à interroger n’importe quel contrat avant de signer…

Vous avez décidé de mettre en avant le morceau « Danse Macabre ». Un clip est sorti. C’est peut-être celui qui correspond le mieux à l’album, on imagine… Parlez-nous un peu de cette video.

Probablement… Disons que c’est celui qui offre le plus beau panorama de l’album selon nous. Cette vidéo a été réalisée par Sébastien Vallée, un réalisateur issu du milieu d’ému-cinéma. Il nous tenait à cœur de travailler avec un artiste aux antipodes de notre milieu musical pour éviter le déjà-vu… Sans avoir la prétention de renouveler le genre, nous avons souhaité accentuer le scénario de notre vidéo en mettant l’accent sur une société à l’agonie en proie avec ses propres tentations auto-destructrices. Tout le reste étant à la libre interprétation du spectateur.

Quelle conception faites-vous du Hardcore ? Cette musique est-elle forcément à apprécier sur scène ou plutôt dans sa voiture ? 

Il s’agit indéniablement d’une musique « live » à mon sens. Sans donner d’avis tranché sur la question, trois-quart des groupes disposant d’une grosse production ne sont pas à la hauteur de leur son en live, hormis quelques gros groupes de légendes hors-catégorie.

Vous avez joué au Biplan à Lille il y a quelques jours. C’était le week-end du BetiZFest, le plus gros festival de la région en termes de musiques alternatives… Comment était-ce néanmoins ? 

Il faudrait, certainement, poser la question à l’association, Riffeater, qui nous a fait jouer, ainsi qu’à la soixantaine de personnes qui a fait le déplacement ou encore aux groupes nordistes, Nec Silentia et Raise Your Shield, qui n’ont pas hésité un instant quand on leur a demandé d’ouvrir pour nous. Malgré le contexte, n’oublions pas qu’il y a de la place à l’ombre des grands. C’est justement tout là le complexe de la France : vivre essentiellement sous l’hégémonisme du poids des puissants… Néanmoins, nous ne dénigrons pas le BetiZFest, que nous respectons comme tout autre festival indépendant daignant prendre des risques notables, voire parfois colossaux pour faire vivre leur scène locale – Nous n’étions pas là pour rivaliser – Nous étions juste là pour partager autre chose : au plus près du public, loin des crashs-barrière et des scènes disproportionnées. Cela dit, un peu plus de hauteur n’aurait pas fait de mal à quelques phalanges ensanglantées, et ce n’est pas Res (le chanteur de Raise Your Shield, NDLR) qui me contredira. (Rires)

Connaissez-vous d’autres groupes de Hardcore qui viennent du Nord ? 

Bien sûr ! Le Nord pullule de perles live hors pair, malheureusement très underground, parmi eux, Kill For Peace, Morpain, The Ape King, Embrace Your Punishment, November

Beyond The Styx, c’est : 

Emile : Chant

Adrien : Batterie

Victor : Guitare Lead

David : Guitare rythmique

Yoann : Basse

Discographie : 

Leviathanima (2015)

Stiigma (2018)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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