Memoriam est un supergroupe composé de vétérans du genre. Certains de ses membres viennent de Bolt Thrower, de Sacrilege et de Benediction… For The Fallen, leur premier album, mettait en exergue les nouvelles ambitions de ces musiciens, qui, pour certains, n’ont plus rien à prouver aujourd’hui en 2018. Et c’est qu’ils sont actifs ! Pile un an après la sortie de ce premier méfait, les Britanniques sont de retour avec un tout nouvel album, The Silent Vigil, un album qu’a bien voulu nous présenter le très loquace Karl Willetts, l’ex-vocaliste de Bolt Thrower.

Propos de Karl Willetts recueillis par Axl Meu.


Le premier album de Memoriam, For The Fallen, t’a-t-il permis de reconquérir les fans de Bolt Thrower ? 

Oui… Enfin, je pense ! For The Fallen était le premier album que j’écrivais en dix ans ! Il m’avait pris deux années. Nous l’avions composé entre 2014 et 2016, et nous étions partis de rien… Au départ, quand nous avons formé Memoriam, le projet n’était pas d’enregistrer. On voulait juste se retrouver entre potes pour jouer du bon vieux Death « old school ». Il faut dire qu’il s’était passé pas mal de choses entre temps… Nous voulions juste faire ce que nous aimions ! Et si nous avons arrêté Bolt Thrower, c’est parce que l’envie n’y était plus. Avec Memoriam, nous partions de rien, et nous voulions quelque chose de plus frais, quelque chose de nouveau, certes, mais qui s’inscrivent dans la veine « old school »… Quelque chose qui nous ressemble pour finir… Je veux dire, For The Fallen nous avait permis de respirer un bon coup… Et il reflète bien ce que nous sommes aujourd’hui. Après, je suis conscient que les fans nous attendaient au tournant… Peut-être qu’ils attendaient quelque chose de particulier de notre part. Mais en aucun cas, nous ne voulions proposer une pale copie de ce que nous avons proposé dans les années 90. Avec Memoriam, on a pu créer notre propre identité. Nous sommes fiers de l’héritage que nous avons laissé derrière nous, mais pour nous, ce premier album avec Memoriam nous a permis de franchir un nouveau cap. En tout cas, pour revenir à ta question, les retours furent plutôt positifs. Pour certains fans, ça leur faisait trop penser à Bolt Thrower, pour d’autres non… Enfin, les goûts, les couleurs… 

Vous avez sorti votre deuxième album The Silent Vigil dans la foulée… 

Maintenant que nous sommes sortis de l’ombre, nous avons pu élargir notre palette d’influences et montrer que nous ne sommes pas Bolt Thrower. Avec The Silent Vigil, nous voulons prouver que nous avons notre propre identité ! C’est pareil pour Benediction, nous ne sommes pas Benediction ! Nous ne voulions pas utiliser les mêmes formules ! Nous étions vraiment fatigués de Bolt Thrower, et nous avons comme objectif de ne pas nous restreindre au sein de Memoriam. Si ça marche, nous prenons ! Nous faisons tout au feeling, et nous ne réfléchissons pas tant que ça pour finir. Personnellement, en tant que parolier, je peux traiter de tous les sujets qui me plaisent ! Ça peut aller de nos expériences de la vie de tous les jours, jusqu’à la politique en passant par des thématiques plus enclines au Death. 

Memoriam a donc sorti deux albums en deux ans… Chose assez remarquable quand on voit que d’autres musiciens, plus jeunes, prennent parfois plus de deux ans pour sortir un seul album.

Oui, en fait, nous nous comportons comme un tout jeune groupe ! Quand un groupe débute, il a tendance à sortir beaucoup d’albums dans la foulée. Il écrit beaucoup de morceaux… C’est pareil pour nous ! Tu fais de la musique avec tes amis ! C’est cool d’avoir retrouvé cette sensation et de composer des morceaux comme au bon vieux temps ! Nous sommes vraiment productifs, et il se peut que nous sortions un nouvel album l’année prochaine. On veut faire une sorte de trilogie, et au moment où je te parle, nous sommes déjà en train de composer les morceaux qui figureront sur le prochain. Après, ça fait très longtemps que nous composons des morceaux, et nous avons acquis de l’expérience au fil des années. Chacun des musiciens possède son propre style, et ça forge l’identité du groupe.

Dans For The Fallen, il y avait ce titre « Corrupted System » qui suivait une démarche assez « Punk », le nouvel album, lui, est bien plus lourd ! 

Oui. Comme je te disais, on évolue encore ! On se cherche toujours en tant que groupe. On essaie toujours de trouver notre style, de trouver notre façon de sonner, de varier nos approches… On apprend encore beaucoup, même à ce stade de notre carrière ! Après ceci-dit, nous n’étions pas pleinement satisfaits du premier album ! On voulait que The Silent Vigil sonne de manière plus organique. Le but était de pouvoir reproduire sur scène ce que nous avions enregistré en studio, tout en nous focalisant sur les émotions ! 

« Nous sommes vraiment productifs, et il se peut que nous sortions un nouvel album l’année prochaine »

Vous aviez capté For The Fallen en deux semaines. Ce fut également le cas pour The Silent Vigil ? 

Oui, c’est ça. Nous avons pris deux semaines pour l’enregistrer et pour le mixer. Nous apprenons toujours et essayons de nous fixer des limites en termes de timing. Ça nous force à donner le meilleur de nous-mêmes !

Est-ce que tu peux aller plus loin concernant la production ? 

En fait, ce qui est fantastique avec Memoriam, c’est que tout le monde a son rôle. C’est Scott (Fairfax, basse, ndlr) qui s’occupe de la production de l’album. Il adore s’occuper de cette partie « technique ». Personnellement, je préfère m’occuper de la communication en faisant les interviews et Frank (Healy, guitare, ndlr), lui, gère tout ce qui est de l’ordre des relations avec notre label, Nuclear Blast. 

Vous avez une nouvelle fois collaboré avec l’artiste Dan Seagrave pour la pochette de l’album… 

Oui ! J’ai beaucoup de respect pour lui ! Il est une vraie source d’inspiration pour nous ! Il a de très bonnes idées ! C’est la deuxième fois que nous faisons appel à lui, et Scott, notre guitariste, était très fier de l’avoir débauché ! Lors d’une répète, il m’avait expliqué qu’il adorerait travailler avec lui pour la pochette, et on peut dire qu’il a réalisé un de ses rêves ! Tu sais, la vie est trop courte ! Il faut réaliser ses rêves (rires). Ces pochettes vont raconter une sorte d’histoire. Elles seront logiques et auront du sens si on les associe ! 

Quelques mots concernant le style de Memoriam. On est en 2018, et pourtant, vous restez « old school » dans votre marche. Vous êtes carrément en contradiction avec notre époque où tout est formaté. Vous restez naturels ! 

Pour être honnête, j’ai quand même suivi tout ce qui s’est fait en termes de Metal au fil des années. Des moments, il m’arrivait de ne pas tout comprendre, notamment lorsque le Black Metal est arrivé ! Pour moi, tout ce qu’il proposait était basé sur l’image, et rien de plus. J’ai vu le Metal évoluer, et se développer au fil des années – La communauté Metal évolue également – Il y a différents sous-genres qui émergent. Peut-être que je vieillis ? Je ne sais pas ! En tout cas, je commence à comprendre certaines choses que je ne comprenais pas à l’époque ! Ces différents styles sont souvent le reflet d’une nouvelle génération – ces générations doivent se construire ! Elles ont leur propre musique, et c’est sûrement pour cette raison que je ne comprends pas tout ! Mais il ne faut pas pour autant rejeter ce que ces groupes proposent ! Certains groupes ne sont pas pour moi, c’est tout ! On doit faire avec son temps – et c’est important pour la bonne santé de la scène ! Après, il y a beaucoup de groupes de Thrash qui sont bons aujourd’hui. Tu sais, tous ceux qui s’inscrivent dans la suite logique de la mouvance que nous avons mis en place dans les années 80 et 90. Après, je fais partie de ceux qui ont tendance à dire que c’était mieux avant ! Quand je parle de musique, je ne peux m’empêcher de parler de tout ce qui s’est fait dans les années 80 ! Ce sont les années les plus importantes de ma vie ! 

Oui, il faut évoluer, mais tu m’expliquais que tu voulais avoir un album que tu pourrais reproduire dans son intégralité sur scène. Aujourd’hui, il y a des groupes qui trichent en studio ! 

Je vois ce que tu veux dire. Aujourd’hui, beaucoup des batteries sont programmées, tout est plus mécanique et ça manque cruellement de feeling ! Ce qui nous importait, c’est d’avoir une batterie chaude… C’est ça que nous voulons au sein du groupe. On veut respecter les touches « old school » !

Cet été, vous vous produisez au Hellfest et ça se passera sous la Altar…

Oui, et nous sommes très chanceux ! En fait, nous ne sommes pas le genre de groupes à partir en tournée pendant six semaines. Ça ne nous intéresse pas. Je suis arrivé à un point de ma vie où c’est devenu impossible. On a fait ça dans le passé, mais on ne le refera plus. Nous n’avons plus l’âge pour ça. Nous avons tous un métier, des enfants, une famille. Donc, tu ne verras jamais Memoriam partir en tournée. Mais ce que nous aimons faire, c’est choisir un peu où il nous plairait de nous produire. Nous ne sommes pas trop regardants en ce qui concerne le cachet, car nous ne dépendons pas de ça. Nous faisons juste de la musique, car c’est ce qui nous plaît. Si Memoriam était notre seule source de revenu, ce serait différent, mais ce n’est pas le cas ici. On regarde un peu là où nous nous sommes produits par le passé, et on sélectionne. On essaie de se produire dans le cadre de festivals, c’est sûr. Après, l’année dernière, on a dû faire une vingtaine de concerts dont de grands festivals. Nous préférons les festivals intimistes, 3000 personnes, c’est vraiment suffisant. Mais dans tout ça, nous sommes plus attachés aux concerts en club ! Quand tu te produis devant 300 personnes, il se passe vraiment un truc, c’est mieux et plus vivant ! Mais pour revenir à ce que tu disais, oui ! Nous nous produirons au Hellfest et j’ai vraiment hâte ! Je m’y étais produit avec Bolt Thrower, il y a quelques années ! 

« Aujourd’hui, beaucoup des batteries sont programmées, tout est plus mécanique et ça manque cruellement de feeling ! »

Oui, c’était en 2011 ! 

On a vraiment hâte de nous y produire ! On y avait passé un agréable séjour ! C’est sans doute le plus gros festival que nous faisons cette année, avec le Bloodstock Festival ! 

Ça sera ta première fois en France avec Memoriam ? 

Non, non ! Nous nous sommes déjà produits chez vous. C’était dans le cadre du Fall Of Summer en 2016 ! C’était pas loin de Paris. On s’est bien amusés. Le cadre était sympathique ! On aimerait bien y revenir d’ailleurs, et même pourquoi pas, aussi, nous produire chez vous dans le cadre de quelques club-shows, ça serait sympa. Il est tout à fait envisageable que nous revenions plus régulièrement en France !

J’aimerais revenir un peu sur ta vie privée. Dans les années 90, tu as quitté Bolt Thrower pour reprendre tes études. Avec le recul, que penses-tu de cette décision ? 

Oui ! Je suis vraiment fier d’avoir fait ça. Je voulais vraiment reprendre les études. J’avais quitté l’école, mais j’avais toutefois un diplôme en poche. Mais tout était allé très vite avec Bolt Thrower alors que nous venions juste de commencer nos études. J’ai dû arrêter. Mais j’avais gardé dans le coin de ma tête l’idée de les reprendre. Quand les choses se sont compliquées, j’ai repris mes études là où je les avais laissées… Je pense que j’ai fait le bon choix ! Ça m’a permis de travailler mes paroles d’une autre façon, ça m’a permis de développer un esprit critique… Après, quand l’opportunité de rejoindre à nouveau Bolt Thrower s’est présentée, je l’ai fait, mais j’étais totalement différent. J’étais à l’université quand le groupe a sorti l’album Mercenary, j’ai chanté dessus… Mais je n’ai pas participé à la tournée, tout simplement, car je n’avais pas la tête à ça…

Connais-tu des groupes de Death Metal français ? 

Oui, oui. Je connais quelques groupes de chez vous… Massacra, Loudblast, Mercyless. Oui, il y a pas mal de bons groupes qui sont français, vraiment !

Dernière question : Bolt Thrower, c’est vraiment la fin ? Il n’y aura pas de date de reformation ou quoi que ce soit ? 

Non ! Pas que je sache… Si ça devait se faire, je ne serai pas de la partie en tout cas ! (rires)

Pourquoi ? 

Tout simplement car je suis déjà bien occupé avec Memoriam et heureux de tout ce que je fais aujourd’hui avec ce groupe !


Memoriam, c’est :

Karl Willetts : Chant

Frank Healy : Guitare

Scott Fairfax : Basse

Andy Whale : Batterie

Discographie : 

For The Fallen (2017)

The Silent Vigil (2018)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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