’77, c’est l’année de sortie de l’album Let There Be Rock d’AC/DC, mais c’est également le patronyme de ce groupe de Hard Rock espagnol qui s’est ouvertement inspiré des années Bon Scott pour sa musique. Alors, ici, pas de tromperie sur la marchandise ! Encore en 2018, ’77, c’est du Rock’n’Roll joué par deux frères, LG et Armand Valeta, qui ne jurent que par AC/DC, mais pas que… Quelques semaines avant la sortie de Bright Gloom, le nouvel album des Catalans, la rédaction d’Heretik Magazine a consulté l’un de ses membres fondateurs, LG Valeta, guitariste, pour mettre les choses au clair. Alors, ’77, plagiat ou pas ? 

Propos de  LG (guitare) recueillis le jeudi 29 mars par Axl Meu.


’77 va prochainement sortir Bright Gloom, son nouvel album. Quels furent les retours pour l’album Nothing’s Gonna Stop Us ?

Eh bien, les retours étaient plutôt bons. Le seul petit problème que nous avons rencontré, c’était que la sortie de la cet album coïncidait avec les nouveaux albums de Metallica, d’Iron Maiden, mais aussi de Motörhead et de Slayer. Du coup, c’était un peu compliqué d’avoir des interviews et des retours dans les magazines. Car les médias avaient préféré consacrer leurs pages à ces plus grands noms. C’est étrange, car l’album était dans les bacs, mais nous n’avions pas eu beaucoup de retours pour finir. Mais après, avec la tournée, ça a été. J’espère tout simplement que les fans aimeront Bright Gloom.

On a souvent tendance à associer ’77 à des groupes comme AC/DC et Rose Tattoo. N’est-il pas trop difficile de s’extirper de toutes ces influences ? 

Non. Pas vraiment… Tu sais, il fut un temps où mon frère (Armand Valeta, ndlr) et moi passions notre temps à écouter les albums de Bon Scott. C’était vraiment une obsession. Après, quand nous avions sorti notre premier album et le deuxième album, on nous a souvent comparés à AC/DC, mais désormais, nous commençons à avoir notre propre style. Nous sommes, par exemple, très influencés par Black Sabbath. Néanmoins, je pense que personne ne s’en est rendu compte. Après, ma manière de procéder n’a pas trop changé. Je travaille tout simplement sur des riffs qui me paraissent bien. J’ai toujours été bercé par les groupes des années 70… 

Penses-tu que Bright Gloom est l’album de la maturité pour ’77 ? 

Oui, je pense. Quand j’ai commencé le groupe, j’avais 19 ans, et maintenant j’en ai 32, presque 33. Tu vieillis, et ta mentalité évolue. Le chose ne sont définitivement plus comme avant. Avec Blight Gloom, le projet était de revenir à la musique que nous aimons, la faire, mais de manière plus mature peut-être. En ce qui concerne nos paroles, on perçoit également une différence. En général, nous parlons de choses plus enclins au mode de vie du ‘Rock’n’Roll’, mais ça a changé cette fois-ci. On parle de sujets plus censés, de politique, de religion…

Peux-tu revenir sur le morceau « Who’s Fighting Who » ? Le solo aurait pu être composé et interprété par Tony Iommi. 

Pour la petite anecdote, en novembre 2016, a été organisé un concert où on a demandé aux artistes de reprendre un album qu’ils aimaient. Et ’77 a été convié. Bien sûr, tout le monde s’attendait à ce que l’on reprenne un album d’AC/DC dans son intégralité, mais on ne l’a pas fait. Ça aurait été trop prévisible. On songeait plutôt reprendre un album de Led Zeppelin ou de Black Sabbath. On a finalement opté pour Black Sabbath et son album Paranoid, car c’est le plus emblématique. Ensuite, le groupe s’est préparé. On a fait un premier concert – carton plein ! – Puis ensuite, on en a fait un deuxième – complet également – Les gens nous ont avoué qu’ils avaient eu l’impression d’écouter l’album sur disque. Tous les détails étaient là… C’était vraiment impressionnant. Et pour revenir à ce fameux morceau « Who’s Fighting Who ». Je pense qu’on s’est inspirés du style de Tony Iommi sans le faire exprès. À force d’apprendre ses morceaux, son style a dû s’imprégner en moi. Après, sa musique a toujours eu un impact important sur moi. Et j’avais vraiment pris beaucoup de plaisir à apprendre tous ses riffs, tous ses solos. 

« Quand nous avons découvert l’album Powerage d’AC/DC, nous nous sommes dit mon frère et moi : « Oublions tout, c’est vraiment ce qui compte aujourd’hui ! »

Quel matériel avez-vous utilisé pour enregistrer l’album ? Pourquoi le combo Marshall/Gibson fonctionne-t-il si bien à ton avis ? 

Tout simplement car ça marche ! On a essayé d’autres choses quand on a composé, mais finalement, mon frère et moi avons utilisé le même matériel. C’est le même depuis le premier album. Personnellement, j’utilise toujours ma Gibson SG de 71 et mon vieil ampli Marshall Super Lead de 72. Mon frère, lui, utilise toujours sa Gretsch de 62 et son Marshall. J’ai essayé d’autres guitares, mais Gibson/Marshall reste la combinaison qui plaît le plus. Si tu veux faire du Rock’n’Roll, je te conseillerais tout simplement de te procurer ce matériel ! 

Est-ce que tu peux revenir sur ta collaboration avec le producteur Raul Refree pour ce nouvel album ? 

Eh bien, en fait, au départ, c’est quelqu’un qui ne produit pas trop d’albums de Rock’n’Roll. Lui, son truc, c’est surtout les artistes de Flamenco et de Pop Rock. Mais il connaît les bases. Quand il était jeune, il écoutait également tous ces artistes comme Slayer, Metallica et AC/DC… Quand nous l’avons rencontré, nous avons parlé de matériel. Et par la suite, nous lui avons proposé de produire notre album. Il était partant. Il voulait travailler sur quelque chose de différent. Quand nous avons enregistré les démos de l’album, nous les lui avons envoyées. Mais nous n’avons pas consacré beaucoup de temps sur l’étape de la préproduction. Il avait beaucoup de choses à faire et nous aussi. Tout s’est donc fait de manière spontanée, et il nous a beaucoup apporté, notamment en ce qui concerne les parties vocales. Je veux dire… Il a poussé mon frère à donner le meilleur de lui-même, à travailler son anglais et sa prononciation de l’anglais. Il était vraiment obsédé par la voix. Il voulait qu’elle soit parfaite. 

Sur les réseaux sociaux, vous avez expliqué que le morceau « Where Have They Gone » était le morceau le plus expérimental du nouvel album. 

Oui. Par le passé, nous n’avions jamais enregistré un morceau comme ça. Pour moi, « Where Have They Gone » s’éloigne vraiment de tout ce que nous avons pu proposer avant. Je ne sais pas… L’atmosphère que dégage le morceau était vraiment différente. C’est un peu psychédélique, très atmosphérique également. Les guitares dégagent une atmosphère vraiment cool. Tu sais, la mélodie de ce morceau est spéciale… Elle ne nous ressemble pas. C’est cool de voir qu’on peut encore se permettre d’essayer des choses. 

Quels liens entretiennent le titre de l’album « Bright Gloom » et sa pochette ? 

Quand nous l’avons enregistré, nous nous sommes rendus compte qu’il y avait deux styles de Rock’n’Roll dans cet album. Certains titres étaient un peu plus sombres, tandis que d’autres étaient plus dans la vague Rock’n’Roll. Les morceaux « Be Crucified » et « Where Have They Gone » sont plus sombres, et la deuxième partie de l’album contient des titres plus Rock’n’Roll. C’est pour ça qu’on a voulu reproduire l’idée d’une dualité. C’est pour cette raison que nous avons opté pour le titre « Bright Gloom ». Notre graphiste est venu avec cette idée de pochette, avec cette fameuses nonne… une image qui marque les esprits ! Cette none qui a un album de ’77 entre les mains représente bien cette dualité. Peut-être que les fans l’aimeront. Je ne sais pas ! Néanmoins, elle suscite l’intérêt quand on la regarde.

Dernièrement, AC/DC a perdu deux de ses membres emblématiques : George Young et Malcolm Young… On imagine que leur disparition vous a marqués. 

… tu sais, nous sommes des fans d’AC/DC devant l’éternel… Il fut un temps où nous étions totalement obsédés par ce groupe. Nous avons été profondément touchés par la disparition de Malcolm Young. C’était lui le cerveau d’AC/DC. C’était lui qui avait écrit la plupart des riffs d’AC/DC. C’était lui qui avait composé ces albums que nous aimons, Powerage, Let There Be Rock, Highway To Hell… Je me souviendrais toujours du premier jour où j’ai écouté AC/DC. C’était l’album Powerage. Nous étions, mon frère et moi, stupéfaits par l’énergie que dégageait cet album. Après, c’est vrai que nous étions plus un peu âgés quand nous avons découvert AC/DC… Mais cette découverte nous a marqués à vie. Nous devions avoir 17 ans… Nous étions passés par d’autres standards comme Queen, les Beatles, les Rolling Stones… Nous nous sommes mis au Metal par la suite et avons découvert tous ses dérivés, à savoir le Thrash, le Death, le Black. Après, pendant un laps de temps, je me suis mis à écouter d’autres styles de musique, à savoir le Ska, le Reggae, la Soul Music. Mais vraiment, quand nous avons découvert l’album Powerage d’AC/DC, nous nous sommes dit mon frère et moi : « Oublions tout, c’est vraiment ce qui compte aujourd’hui ! ». Au risque de me répéter, ça nous a marqués à vie. Plus tard, on s’est dit : « Faisons un groupe qui reflète bien ce qu’est le Rock’n’Roll, et ce qu’était AC/DC en 77 ! », et on l’a fait. Au départ, c’était parti d’une blague, puis nous avons sorti notre première démo, puis un EP et nous en sommes déjà à notre cinquième album ! Tout ça grâce à AC/DC et à Malcolm Young. 

« …Il était cinq heures du matin. Nous avions eu très peur, car ils ont pointé leurs mitraillettes sur nous. On a vraiment flippé. »

Vous avez également rendu hommage à Lemmy Kilmister en décembre dernier. Vous avez participé à la cérémonie « Lemmysyou » à Barcelone.

Oui ! C’était la deuxième édition. Cette année, il devait y avoir dans les 700 personnes. Ça monte ! C’est une sorte de procession, il y a des speechs et tout… Nous aimons tous Motörhead et les organisateurs nous ont demandé si on voulait jouer quelques morceaux, ce que nous avons accepté. C’était au moment où nous venions de perdre notre bassiste, du coup nous étions trois, c’était parfait. Mon frère a donc pris la basse. Au cours de cette cérémonie, nous avons repris des classiques comme « Love Me Like A Reptile », « No Class », « Bomber » et « The Hammer ». Nous avons travaillé dur pour nous rapprocher au mieux du son de Motörhead… J’avais mis ma SG de côté et m’étais procuré une Stratocaster. Mon frère, lui, s’était procuré une Rickenbacker, pour faire comme Lemmy. On s’est bien amusés ! 

Parlons à présent de l’actualité musicale en Espagne. Il y a des groupes de chez vous, dans un autre registre, comme Angelus Apatrida et Crisix, qui évoluent pas mal en ce moment. Que penses-tu d’eux ? 

Génial ! J’aime beaucoup ces groupes. Ce sont des potes, surtout les gars de Crisix. On a déjà tourné ensemble. On les a également déjà dépannés en studio. Nous les adorons. Ce que j’aime beaucoup chez eux, c’est leur sens de la mélodie. Ils écrivent de superbes morceaux ! Puis, Juli (Bazooka, ndlr) est un super showman. On attend du groupe qu’il donne le meilleur de lui-même sur scène, et il le fait. Avec des activités comme le « Football Of Death », ils parviennent à tenir le public en haleine. On ne peut pas s’ennuyer pendant leurs concerts. 

Connais-tu des groupes français qui se sont ouvertement inspirés d’AC/DC ? 

Pas trop, non. Je sais qu’il y avait ce groupe qui s’appelait Trust, mais je ne sais pas s’ils étaient influencés par AC/DC. Je sais juste qu’ils se connaissaient bien et que Bon Scott était un de leurs proches. 

Trust vient de sortir un nouvel album ! 

Je dois l’écouter alors ! 

Pour toi, quelle serait la chanson la plus emblématique de la carrière de ’77 ? « High Decibels » ?

Peut-être celle-ci, oui. Après, les nouveaux morceaux fonctionnent bien également ! J’aime beaucoup « I Saw Her In A Concert » et « We Want More Rock’n’Roll ». Quand nous jouons ces titres « live », ça le fait grave ! Il y a vraiment un truc qui se passe avec le public, et il arrive parfois que des fans continuent de chanter le refrain quand bien même le morceau est fini. 

’77 va-t-il tourner pour promouvoir Bright Gloom ? 

Nous serons en Allemagne en mai… En octobre, nous essayerons de faire une plus longue tournée et de passer en France. Le public français a toujours été très cool avec ’77.

Aurais-tu une anecdote particulière à partager avec nous ? 

(Il réfléchit) Oui, ça me vient. Quand nous étions en tournée avec Danko Jones pour défendre l’album Nothing’s Gonna Stop Us, nous avons été surpris par la milice qui traquait les terroristes du Bataclan. Je me souviens. Nous étions dans un hôtel à la frontière franco-suisse, c’était pendant la nuit du 13 au 14 novembre… Nous avions eu cette visite spontanée des CRS. Ils ont littéralement brisé la porte de notre chambre. Il était cinq heures du matin. Nous avons eu très peur car ils ont pointé leurs mitraillettes sur nous. On a vraiment flippé. D’ailleurs, le morceau « Hand’s Up », de notre nouvel album, traite de cette mésaventure. C’était vraiment assez choquant. 


’77, c’est :

Armand Valeta : Chant & Guitare rythmique

LG Valeta : Guitare Lead

Dani Martin : Basse

Andy Cobo : Batterie

Discographie :

21st Century Rock (2010)

High Decibels (2011)

Maximum Rock’n’Roll (2013)

Nothing’s Gonna Stop Us (2015)

Bright Gloom (2018)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.