Le Motocultor est aujourd’hui une institution. Se déroulant pendant le troisième week-end du mois d’août, l’événement a su évoluer et clore la période des festivals de la meilleure des façons possibles. Mais tout n’a pas été simple pour Yann Le Baraillec et son équipe… L’organisation peine à éponger leurs nombreuses dettes et en appelle à la mobilisation de ses adeptes en 2016. 2017, la quinzième édition est sauvée… Mais tout reste encore à faire, et rien n’est gagné. Néanmoins, les nouvelles se veulent toujours plus rassurantes : Sepultura, Ministry, Behemoth, Cannibal Corpse sont annoncés… Bref, le week-end du 17 au 19 août, c’est au Motocultor qu’il faut être ! La rédaction d’Heretik y sera, et toi ? 

Propos de Yann Le Baraillec recueillis par Axl Meu.


En 2016, le festival a annoncé qu’il rencontrait quelques difficultés financières. Les éditions 2017 et 2018 ont été sauvées de justesse grâce à la mobilisation des festivaliers. Est-ce que cela veut dire que le festival est sorti d’affaire ? 

C’est toujours un peu délicat… Le crowdfunding nous a permis de pouvoir maintenir les éditions 2017 et 2018. On aurait pu prendre une pause qui aurait pu être définitive… On est contents. Le crowdfunding nous a revigorés… S’il y avait eu « pause », on aurait dû repartir de zéro… Ça a été difficile de maintenir l’édition 2017… L’année dernière, on avait attendu neuf mois avant de savoir si on pouvait organiser l’édition.  Et les festivaliers, qui auraient pu s’organiser autrement, sont finalement venus au Motocultor. Cette ferveur à l’égard du festival nous a permis de garder nos partenaires publics et d’éponger un peu la dette. Après, on aurait simplement pu perdre notre créneau… C’est mieux d’être présent… Après, l’année dernière, nous avons eu des problèmes concernant la programmation… Elle a été annoncée très tard… Pour finir, on a quand même vendu plus de 15 000 tickets, et nous sommes bien partis pour faire une année record. Les préventes sont très encourageantes, et suivent le même train que notre année record, 2015.
C’est encourageant de savoir qu’il y a tant de monde qui nous soutient. On a annoncé les premiers noms de l’édition 2018 très tôt, ce qui nous a permis d’engager la promotion de l’événement. Quand on a annoncé Ultra Vomit et Cannibal Corpse, quand on a annoncé que les pass seraient en vente sur place l’année dernière, le public était heureux… Tous les voyants sont verts pour cette année. Et au risque de me répéter, je pense que 2018 sera une année record pour nous. Elle va nous aider à finaliser les discussions avec les banques et à maintenir les prochaines éditions à venir.

Quelques retours concernant la dernière édition. Malgré la bonne tenue des concerts, il y a eu quelques couacs internes, notamment la nourriture chez les bénévoles et le manque de points d’eau…

Oui, et ce problème était assez gênant, notamment pour les bénévoles. On travaille avec des prestataires, et c’étaient les mêmes que l’année d’avant. Ce sont eux qui s’occupaient des musiciens et des salariés les années d’avant… et on avait juste voulu en faire profiter nos bénévoles… Toute l’année, ça se passe bien, et là, on ne s’était pas attendu à ça. C’était assez décevant, oui. Cette année, c’est l’organisation qui va s’occuper de la nourriture des bénévoles. On va faire autrement. En ce qui concerne l’eau, c’est dû à un manque de communication et au fait que nous avons changé d’équipe quelques semaines avant le début des festivités. Par exemple, il y avait un panneau qui disait que l’eau n’était pas potable sur le camping, alors que ce n’était pas le cas. Bref, on a toutefois réussi à s’adapter en distribuant de l’eau gratuitement sur le site. Cette année, ça changera vu qu’on aura assez de temps pour anticiper ce genre de problèmes. 

Gros avantage du Motocultor… C’est sûrement le festival le plus avantageux en ce qui concerne la programmation niveau qualité/prix.

Oui ! On va annoncer les derniers groupes prochainement… On tient toujours à donner beaucoup d’espaces aux groupes émergents… Il y en aura encore dans la prochaine flopée de groupes qu’on va annoncer. Dans la prochaine annonce, il y aura toutefois de belles surprises, notamment The Young Gods, Trisomie 21, Belphegor, Myrkur… Je sais qu’il y a beaucoup de monde qui aime ce groupe. Pour les autres, ça se sera l’occasion de découvrir ! Après, il y aura également Phil Campbell And The Bastard SonsWarbringer et Suicidal Angels… Bref, on a hâte de vous annoncer ça ! 

Est-ce que tu peux revenir sur les soirées « warm-up » qui sont mises en place ? Vous avez également une Motocultor Night Fever, chez vous… 

On s’organise avec des programmateurs pour mettre en place des soirées ‘promotion’… Ils font gagner des pass trois jours… Ça nous aide pour la promotion, mais ça les aide également dans leurs activités. En ce qui concerne la Motocultor Night Fever, la salle de concert, « La Nouvelle Vague » de St Malo voulait organiser une date Metal, donc elle nous a contactés. On a accepté et nous avons organisé un plus grand « warm-up » donc… On a réussi à faire venir Kadavar, alors que nous n’arrivons jamais à les placer sur notre affiche… On a également fait venir Transat, un groupe qui se produira également dans le cadre du Motocultor cette année… Ende, un groupe de Black, qui fonctionne bien, et puis il y avait Angelus Apatrida. C’est un groupe qui se rend régulièrement au festival…

« Les préventes sont très encourageantes, et suivent le même train que notre année record, 2015 »

Et qui devait venir cette année, mais ça ne sera finalement pas le cas…

Oui… Exactement… Ils seront remplacés par Warbringer. Ils ont eu une opportunité de tournée qu’ils ne pouvaient pas refuser. On essaiera de les programmer à nouveau l’année prochaine. 

Pareil pour Napalm Death, qui a annulé toutes ses dates du mois d’août pour partir en tournée avec Slayer. 

On ne pouvait pas s’opposer à eux. Je veux dire, une tournée d’adieu avec Slayer, ça ne se refuse pas ! Si on les avait forcés à se produire au Motocultor, ça ne l’aurait pas fait, et le climat aurait été tendu entre nous. C’est quand même une sacrée opportunité. On les fera plus tard… Dans ce cas-là, il faut être intelligent et sympathique. 

Au Motocultor, ce sont surtout les genres extrêmes qui sont représentés. Il y a beaucoup de Thrash, beaucoup de Death, beaucoup de Punk, beaucoup de Black… Finalement, le Hard Rock et le Heavy Metal restent assez minoritaires… Cette année, il y a Phil Campbell, certes… 

Je suis très fan de Hard Rock et de Heavy… Le problème, c’est que les groupes que j’aime proposent des tarifs très élevés. Souvent, ce sont les gros noms que fait le Hellfest… Jamais le Motocultor ne pourra faire venir les têtes d’affiche du Hellfest. Ce n’est pas le même public non plus… Les fans de Death savent très bien qu’on annonce les noms à la dernière minute, les fans de Hard Rock, non… Pour les intéresser, il faudrait annoncer de plus gros groupes de Hard Rock plus tôt. Cette année, il y a plusieurs groupes de Hard Rock… Nashville Pussy que j’adore d’ailleurs… et Phil Campbell qui joue le dimanche également… Notre projet est de programmer des groupes de Heavy abordables, mais ce n’est pas évident, surtout que les autres festivals ont des shows exclusifs de ces derniers…

Oui, mais niveau exclusivités, le Motocultor s’en sort plutôt pas mal cette année, avec Behemoth et Ministry ! 

Exact. Pareil pour les Tambours Du Bronx qui se produiront aux côtés de Sepultura. Pour les groupes de Hard Rock, soit c’est trop cher, soit d’autres festivals les ont programmés… Jamais on ne pourra faire Scorpions, jamais on ne pourra faire Aerosmith… J’adore ces groupes, mais ces groupes ne rentrent pas dans notre budget. Puis nos scènes ne sont pas assez grandes. Notre modèle économique fonctionne avec le style qu’on fait jouer, c’est-à-dire, le Death, le Black, le Thrash, le Doom… Après, des groupes comme Airbourne, ça pourrait fonctionner. On pourrait négocier, mais pour le moment, on a toujours pas eu l’opportunité de les avoir. 

Après, les têtes d’affiche ne sont pas forcément les groupes les plus attendus. On va également dans les festivals pour découvrir des groupes… Chez vous, j’ai par exemple découvert en live : Sólstafir, Alcest, Insanity Alert… En tant qu’organisateur, tu te laisses un peu de temps pour découvrir tous ces groupes « live » ? 

J’essaie… L’année dernière, je me suis laissé un peu de temps pour regarder le show de Devin Townsend. J’aime beaucoup ! Après, je suis allé voir quelques groupes de Stoner, notamment Monkey3, que j’adore. Il y avait également Radio Moscow. En général, le dimanche, j’ai plus de temps pour regarder quelques gigs… C’est le bon moment pour voir comment le public réagit…

Tous les ans, le Motocultor organise des tremplins… 

Oui, on organise un tremplin sur Rennes. On fait un appel aux groupes. Il y a une sélection, qui se fait par un jury professionnel indépendant. Après, il y a le Headbang Contest, qui se déroule à Paris… Le festival garde un créneau tous les jours en fin d’après midi pour donner une belle visibilité à ces groupes. 

Pour le fameux tremplin à Rennes, quels groupes sont concernés ? Les groupes locaux de chez vous ou tous les groupes ? 

Oui… Bretagne et Loire-Atlantique ! Ça reste local, le but est de mettre en avant les groupes bretons ! S’il y a des groupes qui sont intéressants et qui ne sont pas dans la région, on essaie de les programmer directement. Chaque année, nous essayons de placer 5/6 groupes émergents. C’est important de faire jouer ces jeunes groupes et de renouveler la scène Metal. 

Ce que les festivaliers aiment beaucoup au Motocultor, c’est également son camping ! Il y a une ambiance qu’on ne retrouve pas ailleurs… L’année dernière, vous aviez mis une scène ouverte, où des musiciens amateurs pouvaient se produire. Avez-vous d’autres projets ? 

Je n’ai pas trop envie de mettre en place trop d’animations sur le camping… Comme tu dis, l’ambiance est déjà unique. On n’a jamais trop rien fait pour mettre l’ambiance ! Ce sont les festivaliers qui la font naître ! Si on commençait à programmer trop d’animations, ça risquerait de casser l’ambiance, justement. Laissons les festivaliers mettre l’ambiance, le pourquoi de cette fameuse scène. Grâce à nos partenaires, on a eu des instruments… Ça a été financé par les partenaires, et ce sont des groupes éphémères qui se forment pour jouer ensemble le temps d’un quart d’heure… Après, il y a des groupes qui se produisaient également… Les festivaliers jouent devant les festivaliers… Le camping s’anime tout seul. Certains festivaliers se revoient tous les ans au Motocultor ! J’ai entendu parler du « Macumba », une sorte de boîte de nuit ! Je pense que je vais y faire un tour un de ces quatre ! (Rires)

« Le camping s’anime tout seul. Certains festivaliers se revoient tous les ans au Motocultor ! J’ai entendu parler du « Macumba », une sorte de boîte de nuit ! »

Le concurrent direct du Motocultor est peut-être le Summer Breeze qui se déroule le même week-end. Est-ce que tu ressens une certaine pression à cet égard ? 

Le festival était déjà là avant qu’on arrive… Non, vraiment pas ! Nous, on a notre public, et je pense que c’est grâce au Summer Breeze qu’on est capable de faire venir des groupes à St Nolff. Je me souviens, en 2010, nous n’avions organisé le Motocultor au cours du dernier week-end d’août. Ce n’était pas le même week-end, il n’y avait pas d’autres festivals le même week-end… Du coup, ce n’était pas évident de faire venir des groupes… On avait fait beaucoup de groupes français, ou de pays frontaliers, comme Sodom. Des groupes qui étaient à la frontière, qu’on pouvait faire venir assez facilement. Après, on s’est mis le même week-end que le Summer Breeze… Il y a plein d’événements ce week-end là, donc il y a beaucoup de groupes qui tournent pendant ce week-end. C’est grâce aux festivals qu’il y a ce week-end et le week-end d’avant. Ça crée une dynamique et des possibilités de tournée. On a déjà discuté avec les mecs du Summer Breeze, ils ne nous voient pas comme des concurrents et nous non plus. 

Quel argument avancerais-tu pour tous ceux qui aimeraient se rendre au Motocultor pour la première fois ? 

On a annoncé les groupes assez tôt cette année, donc je pense qu’ils ont pas mal de temps pour les découvrir. L’affiche est vraiment éclectique… Il y a des gros noms comme Behemoth, Sepultura… puis des bonnes choses « niveau groupes français » comme Celeste et Sticky Boys… Et on va améliorer beaucoup de choses, notamment ce qui concerne l’accueil. Puis, maintenant, nous avons les deux scènes couvertes, donc il y a des coins d’ombre. Quand il pleut, les festivaliers peuvent rester à l’abri. Le Motocultor n’est plus le festival « amateur » qu’il était il y a dix ans. Pour la dernière édition, nous avons fait en sorte qu’il y ait plus de monde pour servir à manger, et ainsi supprimer les files d’attente. Là, on a trouvé des foodtrucks qui ont permis aux files d’attente de se diluer. Cette année, on aura d’autres foodtrucks, ce qui permettra de diversifier la nourriture.  

Le Motocultor Festival, c’est à St Nolff et ça se passera du 17 au 19 août prochain. 

Pour plus d’informations : https://www.facebook.com/MOTOCULTOR.FESTIVAL.OpenAir/

http://www.motocultor-festival.com/

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.