Kirk Windstein est un taulier. Autrefois adulé au sein de Down, le frontman de Crowbar reste toutefois un musicien humble, le genre de passionnés – tatouage de Twisted Sister sur le cou, photo à l’appui pour le prouver – avec qui on pourrait parler pendant des heures… Alors, dans le cadre de son nouveau passage à Cambrai en avril dernier, la rédaction d’Heretik Magazine a décidé d’approcher ce barbu au grand coeur afin d’échanger sur sa philosophie de vie et sa carrière musicale. 

Propos de Kirk Windstein (chant, guitare) recueillis par Axl Meu le 7 avril dernier à Cambrai (BetiZFest)

Crédit photos : Eric Meuriche


Ton dernier passage au BetiZFest remonte à 2014. À l’époque, sans le savoir, tu étais venus me demander si je savais où étaient les frites…

(Rires) Je devais en amener à ma femme ! Il se faisait tard, et nous avions comme une envie de frites, et j’étais allé demander à quelques festivaliers de m’aider à en trouver. J’étais un peu ivre d’ailleurs ! (Rires)

C’est assez surprenant… Malgré la popularité de Crowbar, tu restes toujours proche de ton public. Tu lui demandes où sont les frites, tu lui signes des autographes, tu restes à ton stand…

C’est important de rester proche de ses fans. Tu sais, le milieu de la musique a tellement évolué. À l’époque, on entretenait un culte autour de nos groupes favoris : Black Sabbath, Kiss… Tu sais, les réseaux sociaux n’existaient pas, et tout le monde achetait des vinyles ! Je veux dire, c’était une époque totalement différente. Après, je veux dire, moi-même, je suis un fan de musique. J’aime me rendre aux concerts, découvrir des groupes… Après, j’aime beaucoup voyager, partir en tournée, mais aussi, je suis aussi le genre de gars qu’on peut facilement trouver dans le public ou sur son stand de merch’. Ça ne me dérange pas de dédicacer quelques albums, prendre quelques photos, boire quelques bières avec mes fans… C’est cool ! Ça fait vingt-ans que je le fais, et je ne suis pas prêt d’arrêter ! 

En « off », on évoquait ta dernière tournée avec Hatebreed. Suite à cette dernière, tu as directement enchaîné avec une nouvelle…

On avait déjà tourné avec Hatebreed ! On a le même management, tu sais. Il faut savoir que j’ai formé un groupe avec le chanteur d’Hatebreed, Jamey Jasta (Kingdom Of Sorrow, NDLR)… Bref, nous ne sommes pas prêts de nous arrêter. Presque tous nos concerts affichaient « complet » ! J’ai beaucoup aimé les premières parties, notamment Twitching Tongues. 

Tu me disais tout à l’heure que vous vendiez beaucoup de merch’ lors de vos tournées. Pourquoi est-ce important pour un groupe comme Crowbar ?

Tout simplement, car plus personne n’achète de disques de nos jours. On est payé au cachet, mais quand on ouvre pour un groupe plus gros, comme ce fut le cas pour Hatebreed, ce n’est pas toujours évident. Tourner coûte cher, et si tu veux rentrer dans tes frais et faire un peu de marge, il faut vendre du merch’. C’est ça qui nous permet de continuer !

« Tourner coûte cher, et si tu veux rentrer dans tes frais et faire un peu de marge, il faut vendre du merch’. C’est ça qui nous permet de continuer ! »

Vous êtes actuellement en tournée pour célébrer le 20ème anniversaire de l’album Odd Fellow Rest… Vous jouez l’album en entier au cours de cette tournée ?

Nous le ferons pas dans le cadre de ce festival, mais nous le ferons au Roadburn Festival. On a signé un « deal » avec ce festival. Ce soir, dans le cadre du BetiZFest, nous ne jouerons que trois morceaux de cet album. Vu que nous ne jouons que 55 minutes, nous avons dû faire des coupes et aller à l’essentiel. Odd Fellow Rest reste sans doute un de mes albums préférés de Crowbar. Les fans aussi l’aiment bien !

Vous vous êtes produits aux 4Ecluses de Dunkerque il y a deux jours. Ce sont les nordistes de W.I.L.D. qui ont ouvert pour vous. As-tu aimé leur concert ? 

Oui ! Vraiment, ils sont très bons dans ce qu’ils font. 

Dernièrement, tu as posté une vidéo assez décalée, en partenariat avec le média MetalSucks, où on t’a demandé de commenter des clips de certains groupes. Est-ce que tu peux revenir sur cette expérience ? 

Ils m’ont prêté un ordinateur avec tout l’attirail qui va avec, hauts-parleurs, y compris. Ils m’ont juste demandé de faire des commentaires sur les videos qu’ils ont sélectionnées pour moi. Il y avait un peu de tout, des clips de groupes connus, d’autres moins connus. Parfois, les clips étaient bons, parfois très étranges, parfois ratés. C’était sympas ! 

Qu’en est-il du prochain album de Crowbar ? The Serpent Only Lies remonte déjà à 2016. 

Oui ! C’est ça, The Serpent Only Lies est sorti en novembre 2016. Je tiens à dire que le nouvel album est sur les rails… Nous y travaillons actuellement… J’espère rentrer en studio avant la fin de l’année. Si tout va bien, il sortira l’année prochaine, au printemps, quelque chose comme ça… Ça sera déjà notre douzième album, mine de rien ! 

Il sortira via Steamhammer/SPV.

Oui. Il me semble que oui… Ce sera Steamhammer/SPV pour l’Europe et E1 Entertainment pour les U.S.A.. Ils ont beaucoup de bons groupes, notamment Zakk Wylde, Ace Frehley, Max Brown, Iron FireE1 Entertainement a conclu un partenariat avec Steamhammer. Ils s’occupent en général des mêmes groupes en fonction du continent qui leur est assigné.  

Quand tu as quitté Down, t’es-tu senti plus libre au point où ça a eu un impact particulier sur la musique de Crowbar ? 

Je ne sais pas… Il y a eu beaucoup de raisons pour lesquelles je suis parti du groupe. Je suis très fier de ce que j’ai pu accomplir avec Down, mais si j’étais resté, ma relation avec Phil (Anselmo, ndlr) se serait dégradée, ce que je voulais à tout prix éviter. C’est mon pote. Après, honnêtement, vu que Down est en stand-by, je pense avoir fait le bon choix. Regarde, ils ne se sont produits qu’à une seule reprise en 2016, et il n’y a eu aucun concert en 2017… Phil Anselmo continue néanmoins de multiplier les projets, et de sortir ses disques sur son propre label, Housecore Records. C’est juste parfait pour lui. Il a l’air d’être heureux ainsi ! En ce qui concerne Jimmy Bower, lui, aussi, il est bien occupé. Il a Eyehategod et Superjoint, donc… 

De quoi t’inspires-tu pour la musique de Crowbar ? Restes-tu sur tes classiques ou cherches-tu à élargir le champ de tes inspirations en écoutant de nouveaux groupes ?

Je reste un mec « oldschool »… J’aime écouter, découvrir de nouveaux groupes en live, mais quand je suis chez moi, je reste confiné à mes vieux classiques ! À vrai dire, quand je suis à la maison, je n’ai pas trop de temps d’écouter de la musique, j’ai une vie de famille ! 

La musique de Crowbar est super lourde… Mais certains groupes sont encore plus lourds que vous, notamment ceux qui jouent du « Drone ». Aimes-tu ce style ? 

J’ai grandi avec Black Sabbath. Et pour l’époque, la musique qu’il proposait était déjà sacrément lourde, ce qui ne les empêchait pas pour autant d’écrire des morceaux hyper « catchy » et mélodiques. Tu me parles de ces groupes de Drone, comme Sunn O)))… C’est sympas, mais sans plus pour moi. J’entends par cela que je ne pourrais jamais passer une journée entière à écouter ce style de musique… 3/4 morceaux, histoire de rentrer dedans, mais c’est tout ! C’est un style assez répétitif… 

J’ai lu quelque part que tu étais fan de U2. Info ou intox ? 

Eh bien, oui et non. J’avais bien aimé le titre « Beautiful Day », à l’époque de sa nomination pour les MTV Video Music Awards. À l’époque, il y avait également ce titre, « Gloria » que j’aimais beaucoup – C’est le premier clip d’eux qui m’a marqué. J’aimais beaucoup U2 à l’époque de Sunday Bloody Sunday… Mais en ce temps, je ne voulais pas trop montrer cette facette de ma personnalité, car j’étais jeune et « so Metal ». Cela ne rentre pas dans ce que je joue, mais ce sont de bons musiciens et ils ont écrit de très belles chansons ! Aujourd’hui, je me moque de savoir si c’est du Metal ou pas… Après, aujourd’hui, je n’écoute plus ce qu’ils proposent – ça ne m’intéresse pas. 

Dirais-tu que la musique de Crowbar est un condensé de tout ce que tu écoutes ? 

Oui. Nous essayons à chaque fois d’inclure de nouveaux éléments dans notre musique. Il n’y a que quelques groupes qui se répètent et qui font toujours la même chose, comme AC/DC… Même Motörhead a apporté de la fraicheur à ses compositions au fil des années – du premier line-up jusqu’au dernier avec Mikkey Dee et Phil Campbell – J’ai beaucoup aimé le dernier album… Bien sûr, Bad Magic était leur dernier, et on savait tous que Lemmy nous quitterait un jour ou l’autre… Donc oui, pour répondre à ta question, j’aime beaucoup apporter de nouveaux éléments, mes sources d’inspiration étant riches. Ça va du Rock des années 70 jusqu’à tout ce qui se fait de mieux en termes de musiques extrêmes. Dernièrement, j’ai beaucoup apprécié le dernier album de Judas Priest par exemple. 

« À la fin, tout le monde réclamait des morceaux de Nola C’est devenu un classique à part entière »

Glenn Tipton n’est malheureusement plus dans Judas Priest… 

Oui, oui… J’ai vu quelques videos de lui sur scène dernièrement. C’était vraiment triste à voir. Tu sais, la maladie de Parkinson et tout ce qui suit… Après, il n’est plus très jeune… C’est triste à dire, mais on ne pourra pas toujours se produire sur scène. Il a eu une très belle carrière.

L’année prochaine, Crowbar fêtera ses trente années d’existence…

… Oui, c’est ça, trente ans ! Nous nous sommes formés en 1989, mais le premier album de Crowbar est, lui, sorti en 1991. Et à l’époque, nous avions changé de nom à plusieurs reprises, en moins d’un an. Nous avions déjà tous les morceaux qui sont sur Obediance Thru Suffering, mais la situation était instable pour nous. Nous avons enregistré notre première démo en 1990, et à l’époque nous jouions tous ces titres et incluions quelques reprises lors de nos gigs… 

Ton style, que ce soit au sein de Crowbar ou de Down, a influencé beaucoup de monde. Je pense notamment à l’album Nola (Down)… En tant que musicien, que penses-tu avoir accompli ? 

Mon souhait a toujours été de proposer quelque chose d’original qui sorte de la norme. Et Crowbar est original. Nous avons notre propre son et proposons notre propre définition du mot « Sludge ». Pareil pour Down, on a beau essayer de les imiter, mais personne ne sonne comme Down. Il y a eu ces gens qui ont essayé de nous copier, mais lorsque nous sommes arrivés en 1991, il n’y avait pas d’autres groupes comme nous. À la fin, tout le monde réclamait des morceaux de Nola C’est devenu un classique à part entière. 

Toi qui appartiens à la scène de la New Orléans, dis-moi ce que tu penses du nouvel album de Corrosion Of Conformity ! 

Je ne l’ai pas encore acheté ! J’ai essayé de me le procurer au Best Buy (enseigne Américaine, ndlr, sorte de FNAC) de mon coin, mais il n’y était pas… Je préfère toujours avoir les albums en physique. En tout cas, le peu que j’ai pu écouter m’a l’air très prometteur, de bons riffs, un bon chant… J’adore ce groupe. 

La prochaine étape pour toi, c’est quoi ? 

La prochaine étape ? Ne pas me casser la figure ! (l’interview s’est déroulé en haut d’une bute, ndlr)… Ensuite, si je m’en sors indemne, j’irai me chercher quelques bières. Ensuite, pour le groupe, nous avons un planning assez chargé. Il y a le festival Roadburn qui arrive à grands pas, et il nous reste trois morceaux de l’album Odd Fellow Rest à apprendre. Nous allons séjourner quelques jours chez notre tour-manager en Allemagne pour revoir tout ça… Nous serons également au Hellfest, et nous nous produirons également dans le cadre de quelques festivals, ensuite, nouvelle tournée, puis quand elle sera finie, nous nous poserons pour travailler sur notre nouvel album ! 


Crowbar, c’est : 

Kirk Windstein : Guitare/Chant

Matt Brunson : Guitare

Tommy Buckley : Batteroe 

Todd Strange : Basse

Discographie : 

Obedience thru Suffering (1991)

Crowbar (1993)

Time Heals Nothing (1995)

Broken Glass (1996)

Odd Fellows Rest (1998)

Equilibrium (2000)

Sonic Excess in its Purest Form (2001) Lifesblood for the Downtrodden (2005)

Sever the Wicked Hand (2011)

Symmetry in Black (2014)

The Serpent Only Lies (2016)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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