Les Sheriff n’ont plus rien à prouver. Les plus vieux s’en souviennent… Dans les années 80, en l’espace de dix ans, le jeune groupe avait bataillé pour devenir aux côtés de Parabellum et des Bérurier Noir une référence du Punk à la française ! Leur succès toujours plus grandissant les avait même amenés à se produire en première partie des Ramones en 1992, rien que ça… Néanmoins, tout change en 1999. Le groupe, blasé, se sépare, mais finit par revenir en 2012. 2018, les Montpelliérains sont en tête d’affiche du BetiZFest, et Olivier, leur chanteur, a bien voulu se livrer à nous !

Propos d’Olivier (chant) recueillis par Axl Meu à Cambrai le 6 avril 2018


Un concert des Sheriff en 2018, c’est un peu un événement ! Pourquoi vos prestations sont-elles sont aussi rares ? 

Tout simplement, car nous sommes passés à autre chose ! Je veux dire… Les concerts, pour nous, c’est les vacances, c’est plus une distraction ! On n’en fait plus beaucoup… C’est vraiment pour le plaisir que nous nous produisons sur scène. On est aujourd’hui très loin des séries de concerts que l’on donnait encore il y a 20 ans… 

Ce soir, vous vous produisez dans le cadre du BetiZFest. Que ce festival t’évoque-t-il ? 

On s’était produits dans le coin il y a deux ans… C’était dans le cadre d’un festival au Cateau-Cambrésis, le Zikenstock. Je ne connaissais pas trop le BetiZFest avant. Après avoir fait le tour des lieux, le public m’a l’air d’être le même par rapport à l’autre festival… Il y a pas mal de punks chez vous, plus que dans le sud d’ailleurs ! 

Ah oui ? Comment la scène Punk se porte-t-elle chez toi ? 

Alors, là, franchement… Je ne pourrais même pas te citer trois groupes de Punk venant de chez nous ! Déjà, je ne m’y intéresse plus trop ! Je ne sors plus, il faut dire… Vraiment, je suis incapable de te citer trois groupes de Punk, à part quelques formations qui chantent en occitan. Mais après, les vrais groupes de Punk, ça m’échappe totalement ! 

Vous vous êtes donc reformés en 2012 suite au fameux concert que vous avez donné le 2 Juin 2012 à Montpellier. Au départ, cette date ne devait être qu’un « one shot ». Pourquoi avoir pris ensuite la décision de continuer ? 

C’est compliqué… Aucun des Sheriff n’avait pas la même vision de la chose… En 2012, nous nous sommes donc produits à Montpellier, puis en 2014, nous avons finalement pensé à reprendre la scène de manière définitive. Pendant ces deux ans, les fans n’ont cessé de nous réclamer ! Mais vraiment, à un point que tu ne pourrais même pas imaginer ! Certains d’entre eux avaient filmé ce fameux concert. Ils sortiraient la video à une condition, que l’on reprenne les concerts. Au bout de deux ans, j’ai dit : « Ok, mais pour cinq dates ! »… On s’est retrouvés, on s’est amusés… Il y avait beaucoup de monde à nos concerts. Et chaque année, c’est la même chose, on se demande : « Alors, on continue ou pas ? »

On est quand même très loin de l’ambiance qui régnait dans le groupe à la fin des 90’s. C’est cette fameuse tournée italienne qui avait sonné le glas pour vous. Peux-tu revenir sur cette épisode de votre carrière ? 

En France, pour nous, c’était le top ! C’était vraiment confortable… On avait l’hôtel, le restaurant… C’était très facile pour nous ! On jouait chaque soir devant 800 personnes. Il y avait une réelle effervescence autour du groupe ! Mais la France, c’est petit… Vu que ça faisait plus de quinze ans qu’on existait et que l’on sortait des disques tous les ans, on faisait toujours les mêmes tournées. On a fait le Bikini au moins dix fois ! On était arrivés à notre maximum ! En allant à l’étranger, on voulait voir ce que ça donnerait, se lancer des défis… On voulait simplement s’essayer à l’international… Ça avait aussi comme objectif de nous ressouder. À ces concerts, il y avait à peine cinquante personnes, et il fallait les chopper une par une ! Et en Italie, on s’est rendu compte que ça avait fait l’effet inverse. Au lieu de nous ressouder, ça nous a littéralement cassés. Tout le monde avait envie de rentrer chez soi et de revoir sa copine. On s’est dit : « C’est bon, on arrête là, voilà, c’est fini, on s’en va ». 

En Italie, comme dans les autres pays étrangers, les gens ne comprenaient pas vos paroles…

Non. De toutes façons, personnellement, je ne comprends pas très bien l’anglais, donc il ne fallait pas me demander de chanter en anglais, non plus ! Notre langue n’est pas un problème… Je connais un groupe de reprises Allemand qui reprend nos morceaux. Ces gars-là ne comprennent pas nos paroles… C’est un peu comme nous pour les Ramones. Je n’ai pas toujours compris les leurs de paroles. 

Ça n’a peut-être aucun intérêt de ne pas comprendre les paroles d’un groupe, si ? 

Tous les groupes anglais, je ne les ai jamais compris. C’est simple, je m’en tape ! Je vois surtout les paroles comme quelque chose, un élément d’une chanson qui doit bien sonner, bien groover, c’est tout ! Le Rock’n’Roll, c’est Chuck Berry, c’est AC/DC. Je me moque de ce que ces chanteurs disent. Tant que leurs chansons, je les sens en moi, ça me va ! 

Tu me parles des Ramones, vous avez été longtemps associés à eux… Il faut savoir que vous avez même ouvert pour eux ! 

C’est normal ! (Rires) Au début, nous étions les copies-conformes des Ramones. Ça nous faisait marrer… Il y a un morceau que l’on joue régulièrement sur scène, « À Coups De Batte », qui ne figure sur aucun de nos albums, qui date de nos débuts ! C’est un peu un hommage aux Ramones

« À l’époque, tous les groupes n’aspiraient qu’à une seule chose : être connus ! On ne forme pas un groupe pour se produire toutes les semaines dans des caves ! »

Aurais-tu quelques anecdotes à partager au sujet des Ramones ? 

Je les ai vus au moins cinq fois ! À Montpellier en 1978, quand j’avais 16 ans, à l’époque de la sortie de Road To Ruin… J’avais mon frère de 12 ans sur les épaules, c’était au Rockstore… Il devait y avoir au moins 500 personnes à tout casser… On a joué avec eux à Pau (en juin 1992, ndlr) à l’époque de l’album Mondo Bizarro, mais ils étaient déjà assez vieux, et je me souviens qu’on devait aider Joey (Ramones, ndlr) à monter les marches de l’escalier. En fait, c’était déjà très difficile de les approcher ! Des rockstars, quoi ! Le plus accessible, c’était leur nouveau bassiste, C.J… Pas évident avec les groupes Américains ! Tu ne vois que leurs techniciens, et on ne pouvait pas toucher à leur matériel !

Olivier, tu es aujourd’hui un vétéran du Punk français… Que retiens-tu de la grande époque du Punk en France avec Parabellum et les Bérurier Noir ? Penses-tu que la mentalité est restée la même au fil des années ? 

C’est difficilement comparable… À l’époque, il n’y avait quand même rien ! On a tout monté tout seul. Par exemple, à Montpellier, on s’est battu pour qu’il y ait une salle. Il n’y avait ni fanzines, ni techniciens. Tous les groupes se débrouillaient comme ils pouvaient. On faisait tout par nous-mêmes. On organisait les concerts… Aujourd’hui, il y a des spots un peu partout ! C’est d’un confort ! C’est un autre monde, – et c’est tout simplement génial ! Le problème aujourd’hui est différent : les groupes vont-ils réussir à attirer un large public ? 

L’esprit du Punk, ça reste l’underground, non ? 

Ça, je ne peux pas te dire… La musique Punk reste une musique anti-système quoi qu’il arrive… Tu montes ton propre système, et tu rassembles le plus de monde, et tu souhaites jouer sur de plus grandes scènes. Il ne faut pas se leurrer. À l’époque, tous les groupes n’aspiraient qu’à une seule chose : être connus ! On ne forme pas un groupe pour se produire toutes les semaines dans des caves ! Pour moi, le côté « underground » consiste à ne pas se faire avoir par les majors. Après, chacun à sa propre définition de l’ « underground ». 

Que t’inspire Tadaga Jones ? 

C’est mon groupe de Punk français préféré ! Ce sont des gens que je respecte énormément, le seul groupe qui m’a mis une claque dernièrement. C’est vraiment top ce qu’ils font ! Vraiment, chapeau-bas à Nico et toute sa team ! 

Le dernier album des Sheriff remonte à 98. C’est Electrochoc. Si tu devais en écrire un nouveau… À quoi ressemblerait-il ? 

Je pense que notre style se serait similaire à celui de nos derniers albums. J’écoute toujours la même musique personnellement. Après, je ne me suis jamais cantonné à un seul style. J’écoute beaucoup de Reggae, de Ska. Tu sais, tu découvres beaucoup de choses entre tes 18 et tes 30 ans… Mais après, tu ne changes plus vraiment, tu restes à tes « classiques ». 

Selon toi, que les Sheriff ont-ils apporté à la scène Punk en général ?

Rien ! Les Sheriff est juste un groupe de seconde zone qui a fait preuve de persévérance, sur scène notamment. On a tellement joué qu’on a eu un impact sur la scène Punk.

Vous êtes quand même ce soir au BetiZfest…

Je parlais sur le plan musical… Vraiment, on n’a rien apporté à la scène. On ne faisait que singer les Américains ! 

Le Punk, comme tu me disais, est une musique anti-système. C’est un engagement politique. Même pour vous qui ne parlez pas de politique dans vos textes ? 

Oui ! On a nos opinions… Si on fait du Punk, ce n’est pas par hasard. Au risque de me répéter, c’est vraiment une musique anti-système. On fait des choses avec des gens qui nous ressemblent, qui partagent les mêmes idées… Après, libre à toi de passer un message dans tes chansons, certains y arrivent mieux que d’autres… C’est plutôt l’engagement personnel qui me motive. 

Cette année, on vous retrouvera sur la Warzone du Hellfest ! Sais-tu à quoi t’attendre ? 

Je sais qu’il y a beaucoup de groupes là-bas ! Normalement, on ne devait pas le faire ! C’est pendant la Coupe du Monde de football ! Nous sommes d’énormes fans de sport au sein du groupe. On ne raterait cet événement pour rien au monde ! Les autres m’ont cependant dit qu’on ne pouvait pas refuser l’offre du Hellfest. Personnellement, je m’en moquais ! Après réflexion, je pense qu’on va bien s’amuser ! J’en profiterai également pour voir quelques groupes que j’aime ! 

Il me semble que les matchs seront diffusés sur le site cette année !

Bonne nouvelle ! (Rires)

Quels sont vos projets pour la suite ? 

Pas de nouvel album ! On a cependant composé une nouvelle chanson, « À Montpellier », qu’on va jouer ce soir. On devait la mettre dans une compilation, mais elle n’est pas encore sortie ! On verra… 


Les $heriff, c’est : 

Manu : Batterie

Olivier : Chant

Fred : Guitare

Fab : Guitare

Michel : Basse

Discographie :

Pan ! (1987)

3,2,1, Zéro ! (1988)

Le Grand, le Maigre, le Petit et le Gros (1990)

Du Goudron et Des Plumes (1991)

Soleil de Plomb (1993)

Allegro Turbo (1995)

Electrochoc (1998)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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