C’est dans l’espace V.I.P. du Hellfest, sous un soleil de plomb, qu’il nous a été amené de rencontrer Frost, le batteur de l’emblématique groupe de Black norvégien, Satyricon. Et vu les conditions climatiques, il n’aurait pas été surprenant de le voir en short de plage, le collier à fleurs qui va avec. Mais non, fidèle à ses convictions, c’est en ensemble noir que le norvégien nous a invités à échanger au sujet de l’actualité de son groupe avant de lancer un : « il fait très chaud, n’est-ce pas ? »…

Propos de Frost recueillis par Axl Meu


En off, tu m’avais fait part de ton inquiétude concernant votre matériel. Vous ne l’avez pas encore reçu…

Oui… Je suis quasi sûr qu’on ne le récupérera pas à temps pour le concert de ce soir. Il manque tout : les guitares, les amplis… Ça va être un peu compliqué pour nous, mais nous allons nous adapter. Ça fait pas mal de temps que nous sommes sur la route. Nous allons nous en sortir ! Nous jouerons quoi qu’il arrive ! 

Comment anticipe-t-on ce genre de problème ? 

Eh bien, il n’y a pas dix mille solutions à ça. Il faut garder la foi quand on voyage ! Nous prenons l’avion régulièrement, mais ce n’est pas la première fois que la compagnie des airs perd notre matériel. C’est très embêtant, et ça nous met dans l’embarras. Mais ça forge ! Après, une fois sur face, on essaie de trouver des gens que l’on connait qui puisse nous dépanner, et le festival peut également nous aider à trouver une solution. Au risque de me répéter, Satyricon se produira bien ce soir au Hellfest ! 

Ce n’est pas la première fois que vous produirez dans le cadre de ce festival. La cinquième ! Que penses-tu de l’évolution du festival ? 

Oui ! On entretient des liens forts avec ce festival, et il y a eu une sacrée évolution. Ce serait peut-être « clichesque » que de dire que le festival a évolué en même temps que Satyricon, mais c’est vrai ! Le Hellfest a grandi avec le temps, et toute l’année on en parle ! Il y a un véritable engouement autour du festival ! Je veux dire, automatiquement, quand l’organisation est au top, les groupes sont amenés à se produire dans de meilleures conditions. C’est aussi bénéfique pour les fans que pour les groupes ! Tant que la musique reste au centre, il n’y a pas de problèmes dans le fait d’évoluer ! 

Votre créneau de jeu a changé. Vous ne jouez plus après Judas Priest, mais bien pendant leur concert…

Oui, il me semble que c’est cela. Je sais que l’on joue très tard, et qu’il y a des groupes qui se produisent pendant notre gig… Après, ça ne me dérange pas. Quand je suis sur scène, il n’y a plus que le concert de Satyricon qui compte pour moi ! 

Vous allez vous produire dans le cadre de beaucoup d’autres festivals cet été. Il y a l’Alcatraz notamment…

Oui ! 

Préfères-tu te produire dans le cadre de festivals, ou dans des clubs plus « intimistes » ?

C’est impossible de comparer les deux. C’est totalement différent ! Quand tu joues dans des clubs, il y a plus de proximité, tu peux entrer en contact avec tes fans… C’est une tout autre expérience ! On peut les rencontrer plus facilement, alors qu’ici, c’est différent. Il y a parfois beaucoup de groupes qui se produisent avant toi, sur de grosses scènes. Ça peut renvoyer l’image d’une usine, là où ça ne s’arrête jamais ! Après d’un autre côté, nous sommes habitués à ce genre de festival. D’un autre côté, les festivals comme le Hellfest nous offrent un confort de jeu que nous ne trouverions peut-être pas ailleurs. Et si Satyricon peut profiter de tout cela pour rendre la tournure des événements plus grandiose, c’est tout bon ! Ce sont là des types de shows différents certes, mais ils sont tous les deux très importants ! 

Satyricon a sorti un nouvel album l’année dernière… C’est Deep Calleth Upon Deep. J’ai lu qu’il s’agirait peut-être du dernier…

On ne sait pas encore si ça sera bien le dernier album du groupe ou pas ! Je veux dire, pour l’instant, nous tournons encore pour le promouvoir. Ça nous prend pas mal de temps ! Mais à mon avis, il y aura quand même un nouvel album de Satyricon… Tu sais, ça fait longtemps que nous sommes dans le circuit, et c’est la seule chose que nous savons faire. Dans notre cas, nous n’allons pas faire un nouvel album, juste parce qu’il faut faire un nouvel album. Si nous le faisons, c’est parce que nous avons des choses en nous à partager, à exprimer. Le but au sein du groupe est d’aller le plus loin dans l’expérimentation, faire des choses que nous n’avions pas encore faites auparavant !

« les festivals comme le Hellfest nous offrent un confort de jeu que nous ne trouverions peut-être pas ailleurs. » 

Donc, il y aura bien un nouvel album de Satyricon à condition que vous ayez vraiment quelque chose à dire.

Oui, vraiment, et nous voulons faire un nouvel album, donc il y en aura un ! C’est une question de principe.

Le son de Satyricon a toujours évolué avec le temps… Vous vous êtes vraiment « modernisés ».

Prenant en compte de là où on vient… Si Satyricon existe, c’est parce que nous avons cette passion pour cette musique… Nous voulons nous exprimer. C’est cette passion qui nous amène à donner le meilleur de nous-mêmes. Innovation et créativité ont toujours été les mots d’ordre au sein du groupe ! À partir ce constat, on peut dire qu’on a toujours été en constante évolution. Nous avons toujours voulu apprendre, nous améliorer, évoluer en tant que musicien et apporter de nouvelles sources d’inspiration au groupe ! Lorsque nous avons écrit le dernier album, nous avons fait un pas en avant ! À tous les niveaux, Deep Calleth Upon Deep était mieux que le précédent… En termes de compositions, de productions. Nous avons également évolué dans notre façon de forger la dynamique de l’album. Nous apprenons toujours de nos actes, et si nous ne pensions pas ainsi, je pense que ce serait la fin de Satyricon. 

J’ai appris dernièrement que Satyricon allait mettre un terme à ses tournées américaines…

Oui… On a fait un paquet de dates là-bas. Mais il faut savoir que tourner aux U.S.A., c’est vraiment difficile, dans le sens où la situation là-bas est vraiment ridicule. Il faut fournir une tonne de documents, et tous ces obstacles ont fini par avoir eu raison de nous. On ne sait jamais à l’avance si la tournée aura lieu ou pas pour finir ! 

Vous en avez eu assez…

Nous avons aimé tourner là-bas. Mais les démarches sont telles que nous en avons eu assez ! C’est vraiment fatigant ! 

D’ailleurs, pour votre dernière tournée américaine, vous étiez censés co-headliner avec Inquisition, qui n’a finalement pas pu assurer sa tournée. 

Je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé avec Inquisition, mais il y a d’autres groupes qui nous ont accompagnés du coup (Uada et PanzerGod, ndlr). Ça s’est bien déroulé, et je n’ai pas à me plaindre de ce côté-là ! 

Comment Satyr se porte-t-il ? Je sais qu’il a quelques problèmes de santé en ce moment…

Oui. Il a une tumeur au cerveau depuis quelques années maintenant, mais elle n’est pas maligne. Il gère la situation… Il a l’air d’être en forme, physiquement et mentalement. Il est plus motivé que jamais ! 

Tu penses que sa maladie a joué sur sa motivation ? 

Je ne sais pas… Peut-être. Il est capable de se lancer des défis et de passer outre ses problèmes. C’est sûr que de ce côté, ça le rend plus fort ! Tant qu’il se porte bien, c’est le principal. En tout cas, son implication dans la musique n’a pas eu d’effets négatifs sur sa santé, et c’est bien le principal ! 

Ça fait maintenant plus de vingt ans que Satyricon existe et le groupe a neuf album à son actif. Quel titre est le plus important à tes yeux ? 

Impossible à dire ! Les morceaux sont tous différents selon les albums. On ne peut jamais comparer nos albums… Parfois, il m’arrive de me poser la question quand je suis sur scène. Mais quand tu y réfléchis à deux fois, tu te rends compte que l’effet d’un morceau varie d’un show à l’autre. Un public recevra peut-être mieux tel ou tel morceau… Même quand j’écoute les nouveaux morceaux, je suis incapable de dire : « celui-là est meilleur ». Tous les titres de Deep Calleth Upon Deep ont un impact important sur mon être quand je les joue. 


Satyricon, c’est : 

Satyr (Sigurd Wongraven) : Chant, guitare, basse…

Frost (Kjetil-Vidar Haraldstad) : Batterie

Discographie : 

Dark Medieval Times (1993)

The Shadowthrone (1994)

Nemesis Divina (1996)

Rebel Extravaganza (1999)

Volcano (2002)

Now, Diabolical (2006)

The Age of Nero (2008)

Satyricon (2013)

Deep Calleth Upon Deep (2017)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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