The Butcher’s Rodeo est un projet parisien datant de 2009 avec à son chant Vincent Peignart, que l’on retrouve depuis 2012 au même poste chez AqME. Se définissant comme un groupe d’Hobocore, un style qu’ils ont inventé pour définir la violence et la spontanéité de leur musique, ce quintet a subi quelques remaniements d’équipe dernièrement. C’est le lendemain de leur concert au Metal Corner que nous rencontrons le « dit » Vincent mais aussi le nouveau batteur, Tristan Broggia, pour qu’ils nous parlent de ce nouveau chapitre dans l’histoire du groupe.

Propos recueillis par Hyacinthe Hyass Gomérieux.


Quels retours sur votre concert au Metal Corner ? Je suis arrivée à temps sur Clisson et j’ai pu constater que je n’étais pas la seule à vous attendre sous la tente…

Vincent : Ah super ! Y’a plein de gens qui m’ont dit qu’ils n’avaient pas pu y assister justement… Ecoute, c’était super bien ! C’était sous tension ! On n’avait pas le temps de faire de balances, alors comme je le dis dans toutes les interviews, le mot qui nous a lancés c’est : « Allez les gars, on y va ! C’est à l’arrache, mais c’est pas grave ! ». C’est le sondier dans le retour qui nous a dit ça, donc les deux premiers morceaux je pense qu’ils n’étaient pas terribles niveau son mais ça l’a fait : c’était super, c’était blindé, archiblindé, tellement blindé qu’on n’est pas arrivés à faire un circle pit autour de la console ! Quand on est descendus dans la fosse, c’était un truc de ouf ! La sécurité a assuré un truc de ouf !

Et vous avez su profiter d’un public qui n’était pas encore totalement alcoolisé ! Le public n’était pas là que pour faire la fête et se dégourdir les jambes après le trajet : beaucoup de spectateurs ont scandé tes paroles…

Vincent : Oui, y’avait ça ! Et on a su profiter aussi que les gens étaient encore frais, qu’ils n’avaient pas encore un Hellfest dans les pattes ! Et vraiment, vraiment, vraiment, je pense que le Metal Corner devrait être affiché comme la programmation des autres tentes. Il y avait vraiment du monde ! Le Metal Corner, c’est pas une honte. C’est vraiment une putain de scène dans le Hellfest. Elle a vraiment sa place : le jeudi soir, les gens arrivent, ils attendent le Hellfest depuis un an… Ils arrivent et ils veulent juste bouffer de la musique pendant 4 jours. Il faudrait le mettre plus en avant je pense !

Votre album Blackstabbers est sorti en 2016. Ça fait donc déjà un petit moment. Quel regard portes-tu sur son accueil avec le recul ?

Vincent : Déjà, quand il est sorti, il a été très bien accueilli par les chroniques « webzines » et autres. Et puis par le public aussi. Super accueil ! Personne ne nous a dit : « Il manque de ci, il manque de ça ». Rien n’a été vraiment négatif. D’ailleurs, on a eu la chance de pouvoir faire beaucoup, beaucoup de concerts. Environ 80 dates. On a fait de belles salles et des petites salles. Et je pense que ça a fait mûrir le projet et que ça nous a aidés à vraiment affirmer le groupe, l’album et les chansons qu’il y avait dedans, notre style. Et c’est vraiment super de vivre ça.

Vous avez changé de line-up tout récemment…

Vincent : Oui, on a Thomas, le batteur, qui est parti. On a Kwet, le guitariste, qui est parti aussi. Changement de vie, ils aspiraient à autre chose. Et moi je dis toujours, quand tu commences la musique comme là, à la base tu es avec tes potes. Et quand on commence à s’engueuler, là il vaut mieux arrêter. Et c’est ce qu’on s’est dits. Et tout va très bien : hier Kwet était dans le pit, entrain de scander les chansons parce qu’il connaît tout par cœur (rires). Et Thomas lui, m’a envoyé des messages parce que lui il joue demain… Donc on a changé, on a un guitariste qui avait déjà effectué des remplacements. Il est très créatif et musical. Et on a trouvé  »The » batteur ! Le mec, il a 20 ans, il débarque de nulle part et c’est un tueur. Il groove, il joue et il comprend tout très vite.

On peut imaginer que vous sortiez un nouvel album très vite dans ces conditions ?

Vincent : Je ne sais pas si un nouvel album va sortir très vite ! On a déjà beaucoup composé, on a pas mal de chansons qui sont déjà faites mais le fait qu’on ait un nouveau guitariste – même s’il nous connaît depuis un moment – et que le batteur n’ait pas encore beaucoup participé à l’aventure Butcher’s Rodeo va rallonger un peu le temps. Notre but, c’est de rentrer en studio en janvier. Backstabbers est sorti en 2016, là ça nous mène à 2019, donc ça va quoi. Si on n’avait pas eu ce changement de line-up, c’est vrai qu’on serait en train de l’enregistrer cet album. Après y’a pas de règles quand tu composes, la créativité, c’est jamais sur commande !

Tu es jeune papa aussi maintenant ? Qu’est-ce que ça change ?

Vincent : Oui depuis 4 mois et oui ça change l’amour ! Ça change tout ! On va dire que les revendications personnelles ne sont plus les mêmes. Je te donne un exemple concret : jeudi matin, je me lève, je prépare le déjeuner de ma femme et elle se lève une demi-heure avant que je parte et là elle me dit : « C’est bizarre, on dirait que tu n’as pas envie de partir ». Et je lui réponds : « Non, cette date j’ai envie de la faire, ça va être énorme, mais quand je vous regarde, j’ai envie de rester avec vous ! » Et ça, c’est le nouveau truc tu vois ! Pas que je n’ai plus envie de faire de musique – au contraire, parce que je pense à eux et ça me donne de la motivation pour faire beaucoup de choses – mais partir c’est dur.

Comment se passe votre Hellfest ? Vous restez les 3 jours ?

Vincent : Justement ma femme m’a demandé de rentrer demain soir, donc je pense qu’on va rentrer demain. Là, on reste toute la journée, on fait beaucoup d’interviews, je vois beaucoup d’amis, je fais des bisous. Le Hellfest, c’est un peu un lieu de pèlerinage mais c’est super bien. J’adore ! Ici, tu retrouves des gens que tu ne vois jamais, que tu aimes, mais que tu n’as pas le temps de voir.

« Le Metal Corner, c’est pas une honte. C’est vraiment une putain de scène dans le Hellfest »

Quelle est l’option  »dodo » de The Butcher’s Rodeo ? Camping ? Hôtel ?

Vincent : Non, on est en camion ! (rires) En fait hier, on a garé le camion derrière le Metal Corner et il n’a pas bougé ! On nous a dit : « Il va falloir le bouger » et on a dit : « Oui, oui », mais il n’a pas bougé. (rires) Parce qu’après la route, le concert, il faisait trop noir, donc il est resté là. Mais du coup, je n’ai vraiment pas beaucoup dormi. C’est un peu dur aujourd’hui… (Tristan, le nouveau batteur, rentre dans le box d’interview) C’est lui le phénomène ! Je dis toujours qu’il ne restera pas longtemps parce qu’il va se faire débaucher !

On parlait de toi tout à l’heure ! Comment vis-tu l’aventure The Butcher’s Rodeo ?

Tristan : Carrément bien ! Parce que moi j’étais à la quête de tout ça ! Je viens d’Alsace et ça faisait super longtemps que j’avais envie d’intégrer un projet dans lequel je me sens bien, dans lequel je peux m’exprimer et faire ce que j’aime. J’ai fait 12 ans de conservatoire avant, mais sur des répertoires beaucoup plus classiques, des musiques totalement différentes en fait. Mais parallèlement à ça, j’ai toujours eu cet amour de la saturation, de ce côté un peu plus méchant quoi !

Comment s’est passée ton embauche ? Tu as envoyé ton CV ?

Tristan : Non, non ! (rires)

Vincent : Alors, c’est pas la première fois qu’on change de line-up, mais on avait toujours changé de bassiste et jamais de batteur. Et donc les deux qui restent du Butcher des débuts, c’est Tonio et moi. Tonio m’a toujours dit : « Vincent, vas-y, on fait des auditions, on sait jamais sur quoi on peut tomber ! ». Moi, j’ai toujours dit : « Non, moi je préfère voir avec des mecs que je connais ». Et là, en fait, moi j’ai complètement lâché le truc, j’étais vraiment déprimé, j’ai lâché le truc et j’ai dit : « Faites ce que vous voulez ! je m’en fous, moi je regarde ! » À tel point que lui, là, c’est un pote à nous, Pierre Danel qui joue dans Kalinja – qui a d’ailleurs fait des remplacements pour Butcher et qui est un des mecs les plus doués à la guitare que je connaisse, le mec il avait fait un remplacement de basse pour butcher, il avait même pas fait une répète, dès qu’on a commencé le set, on lui a fait: « C’est bon, tiens ! Tiens de l’argent (rires). Bref, c’est lui qui nous a mis en contact avec Titou. Moi, je ne m’étais même pas renseigné. Il passe la porte et je me dis : « Mais qu’est ce que c’est que ce gamin ?! » (rires). Moi, dans ma tête, je me dis : « Putain ! ». En plus, il était vraiment intimidé, je me rappelle.

Tristan : Ben oui ! je ne connaissais pas ce genre de « process » où tu passes une audition !

Vincent : Donc, il s’installe, il fait que parler parce qu’il n’est pas à l’aise. Bref, c’est marrant ! Et on fait un morceau, et genre pendant le morceau, on s’est regardé Tonio, julien et moi, mais on avait le sourire jusqu’aux yeux tu vois… En train de se dire : « Mon Dieu, la calotte qu’il est en train de nous mettre ! ». Ça s’est fini et je crois que le premier truc que je lui ai dit c’est : « J’ai jamais entendu autant de musicalité dans un jeu de batterie ! ». Ça groove, le mec il a 20 ans, c’est un truc de ouf ! Après on a parlé, il est musicien, et il a besoin de ça pour vivre, donc on a eu certaines conditions à discuter, etc. On avait besoin  d’être en phase sur plein de choses…

Tristan : Et finalement, on a trouvé un arrangement qui n’est pas rémunérateur, mais en fait… piouuuu !

C’est donc ton premier Hellfest avec Butcher’s Rodeo ? Tu étais déjà venu ici tout de même ?

Tristan : Oui pour l’instant, c’est le premier et j’espère pas le dernier. (Rires) Et non, je n’étais jamais venu du tout, donc là c’est l’excitation totale, un gros dépucelage.

Vincent : Et puis c’est seulement son deuxième concert avec nous. Deuxième concert, fosse du Hellfest !

Tristan : Oui, c’était incroyable ! Là, on a fait une date à Montbéliard ensemble, c’était un peu le crash test pour voir comment ça fonctionnait, surtout qu’on a plus ou moins changé les méthodes de show… Enfin c’est normal de changer puisqu’il y a des nouveaux arrivants, mais il y a aussi l’apport de la séquence, du pad, qui est sur ma gauche, et puis je joue au clic, ce qui n’était pas forcément fait avant… Donc y’a plein de petites modifications comme ça qui au final se devaient d’être bossées et c’est ce qu’on a fait pendant deux mois. Pendant ces deux mois, on a essayé de tous travailler bien ensemble, moi j’avais tous les morceaux à apprendre… Et donc arriver sur une date comme le Hellfest dès le deuxième concert, c’est énorme ! On passe quand même du coq à l’âne entre la première date et la deuxième. La prochaine va être terrible aussi (au Roche’n’fest, ndlr). Mais cela dit, la première était incroyable, dans le sens où moi je pouvais pas rêver mieux, on se sentait bien, y’avait peu de monde, mais les gens qui étaient avec nous, étaient avec nous ! On pouvait les voir, chose qu’on n’a pas pu forcément faire hier. Et ça, ça compte ! Moi, ça m’a mis en confiance. Arrivant sur un show comme ça, j’avais besoin de cette proximité… Chacun a envie d’apporter sa touche, chacun a envie d’apporter sa personnalité, son jeu et je pense que l’alliage de tout ça va faire que ça pourrait peut-être sonner ! Inch Allah !

Vincent : En conclusion, je pourrai dire : on n’est pas bien payé, mais qu’est ce qu’on se marre ! (Rires)


The Butcher’s Rodeo, c’est :

Vincent Peignart – chant

Tonio –  guitare

Fab – guitare

Julien Peignart – basse

Tristan Broggia – batterie

Discographie

2011 – Like A Hobo On A Bison (EP)

2013 – Ghosts In The Weirdest Places (EP)

2016 – Backstabbers

 

 

 

 

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