Alors que le festival de l’enfer allait ouvrir ses portes, les Tagada Jones sortaient, le même jour, leur nouveau live. Enregistré un an avant en terres clissonnaises, le quatuor mi-punk, mi-hardcore a décidé de tout simplement l’intitulé Live At Hellfest. On est allé s’entretenir avec Niko, le charismatique leader et chanteur du groupe pour parler de ce disque – entre autres.

Propos recueillis par Romain Descamps.


On est ensemble aujourd’hui pour parler du nouveau live que vous venez de sortir, « Live at Hellfest ». Un live de plus j’ai envie de dire ! Vous êtes du genre prolifique chez Tagada Jones ?!

En fait sur les premières années de Tagada Jones, on a sorti aucun live, et là c’est seulement le troisième. Pour tout te dire, à la base on n’avait même pas du tout prévu de le sortir et en fait il y a eu une grosse demande du public. Quand on a joué au Hellfest l’an dernier, la Warzone était noire de monde jusqu’à l’entrée. Et puis après ce concert, tout au long de la tournée, on rencontrait plus de gens qui n’avaient pas pu nous voir que de gens qui en avaient eu l’occasion. Ça a donc créé une demande importante du public par rapport à ce live là et c’est pour ça qu’on s’est dit qu’il fallait le sortir.

Vous avez justement annoncé la sortie du live quelques semaines avant le Hellfest, mais au final, quand avez-vous pris la décision de le sortir ?

Assez tard en fait. On a acté de sortir le live courant avril. Et puis après, le temps de mixer, de faire le pressage etc… ça s’est enchaîné assez vite. On a eu que trois semaines pour le faire. Ce qui a aussi pesé dans la balance, c’est qu’on a pu profiter de la captation du live par Sombrero et Arte dont l’enregistrement a été fait en multipistes. Sans ça, on ne se serait même pas posé la question de le sortir ou pas. Et puis dans le mix du live, lors de sa diffusion, il n’y avait pas d’ambiance public, et nous on voulait remettre aussi le live dans son contexte. Ce qui était sûr, c’est qu’on voulait absolument le sortir avant l’été parce qu’on savait que le planning de la rentrée été bien trop chargé entre la tournée de Tagada Jones et Le Bal Des Enragés qui reprend.

Peux-tu nous présenter le coffret que vous venez de sortir et ce qu’on va y trouver dedans ?

En fait, on a sorti deux versions : le live seul et un coffret regroupant le live et l’album. On voulait proposer ça pour que la personne qui a déjà l’album ne soit pas obligée de le racheter sous prétexte qu’il soit dans un coffret. Et, a contrario, pour ceux qui ne l’avaient pas, de pouvoir avoir les deux pour quasiment le prix d’un CD. Pour la pochette, on a bossé avec le même graphiste que pour La Peste Et Le Choléra. L’album n’a qu’un an, alors forcément on voulait rester dans le même univers.

Il y a aussi le vinyle disponible en trois couleurs : bleu, blanc transparent et rouge. Tagada Jones ferait-il son coming out footballistique ?

(Rires). Non en fait c’est presque le hasard. Il se trouve qu’une petite fabrique de vinyles a ouvert pas loin de chez nous et comme on aime bosser avec les artisans, on a décidé de travailler avec eux. Il s’est avéré que ce sont les trois seules couleurs disponibles chez eux en plus du noir. En fait, il y a la version noire qui ira dans les magasins. Aussi, on a cette âme de collectionneur, alors comme c’était possible de changer les couleurs et d’avoir des séries limitées, on s’est dit que c’était cool de le faire. Le vinyle revient vachement à la mode depuis quelques années et encore plus actuellement. Par exemple, certains, comme le bleu, ont été pressés à très peu d’exemplaires. Ça a suscité un engouement, puisque sur le site on a écoulé 300 exemplaires en moins d’une semaine ! On avait jamais vu ça puisque d’habitude on en vend 1000 sur un an. D’ailleurs, on a prévu de rééditer tous les albums du groupe en vinyle.

Il aurait été difficile d’appeler ce disque autrement que Live At Hellfest, mais ce n’est certainement pas anodin non plus. Le nom Hellfest est très parlant, presque vendeur. Est-ce pour cette raison que sa sortie a eu lieu le même jour que l’ouverture du festival ?

Forcément que d’enregistrer le live au Hellfest a joué sur sa date de sortie. Ça nous semblait logique et marrant à la fois de le faire au même moment. Et puis, on n’oublie pas non plus qu’on l’a fait là-bas, alors on ne voulait pas le faire sans leur accord. L’idée n’est pas d’utiliser le nom Hellfest pour faire le disque. Du coup, on a quand même d’abord demandé l’accord de tout le monde et notamment à l’équipe du festival et on l’a appelé ainsi.

Ce live sonne t-il la fin de la tournée La Peste Et Le Choléra ?

Pas tout à fait (Rires). On est déjà à 100 dates sur la tournée. On va sûrement même dépasser les 200 contre 173 pour la tournée de l’album Dissident. On a encore des dates à l’étranger qui arrivent pour la fin de l’année 2018 et le début 2019. Et puis 2019 sera une année charnière puisque ce seront à la fois les 25 ans de Tagada Jones et les 10 ans du Bal Des Enragés. Il y aura une trentaine de dates de Tagada Jones, peut-être un peu plus événementielles. Même si la setlist changera un peu pour coller à cet anniversaire, on restera axés sur notre dernier album.

Justement, les titres qu’on trouve sur ce live sont essentiellement issus des deux derniers disques. On a un peu l’impression que les plus vieux titres du groupe sont laissés de côté…

Je vais être franc. Si tous les groupes pouvaient faire ça, ils le feraient parce que t’es toujours plus content de jouer les morceaux que tu viens de créer que ceux que tu as composés il y a 25 ans. Même si c’est pas le genre de truc qui se dit en interview, t’as plein de groupes qui sont saoulés de jouer les morceaux qu’ils ont écrit il y a 25 ou 35 ans parce que depuis les autres titres n’ont pas aussi bien marchés. Nous, on a la chance que le groupe marche encore mieux ces dernières années et que, par conséquent, ce soit les morceaux des deux derniers disques qui plaisent le plus. Et ça nous fait plaisir bien sûr, même si on ne boude pas notre plaisir à rejouer nos vieux morceaux de temps en temps.

Le style Tagada Jones a aussi beaucoup changé. Musicalement on est moins proche du Punk de vos débuts, peut-être plus Metal, et c’est peut-être ça qui fait que ça marche encore mieux?

Vraiment ça je ne sais pas. Les goûts des gens fluctuent beaucoup. Mais ceci dit tu as encore de nombreux groupes Punk qui marchent en France. Nous en tout cas, on s’est jamais posé la question. Mis à part notre tout premier quatre titres, tous nos albums ont toujours eu une touche Metal, et dans certains même une touche Electro. Donc non, on ne s’est jamais vraiment arrêtés sur le style Punk français, et au final ça a toujours été un mélange de riffs tantôt Metal, tantôt Hardcore ou tantôt Punk. Je dirais même que je trouve que les morceaux des deux derniers albums sont plus Punk que les albums précédents en fait. Ce qui a changé, c’est qu’on a un son plus incisif et plus gros qu’avant, mais l’écriture des morceaux est plus Punk et c’est sûrement pour ça que les gens adhèrent de plus en plus.

Vous allez bientôt repartir en tournée avec vos potes de No One Is Innocent. Ce sera l’occasion de faire vivre ce live ?

Bien sûr ! Si tu veux en fait, on s’est jamais arrêtés de jouer et de tourner. Le live en plus sort au beau milieu de la tournée, donc pour nous ça change pas grand chose. On a déjà fait une première tournée ensemble l’an dernier, ça s’était super bien passé, l’ambiance était géniale, alors on a voulu remettre ça pour une dizaine de dates. En plus, on voit que les préventes fonctionnent très bien. No One Is Innocent, c’est un peu comme nos frangins. Comme je dis toujours, on est né sur les cendres de la scène alternative des No One, Lofofora etc. alors on est toujours super contents de partager la scène avec eux.

Mis à part la tournée qui va continuer sur 2019, Le Bal Des Enragés qui revient, quels sont vos projets ? Un nouveau disque peut-être ? Ou tout autre chose…

Non, pas de nouveau disque pour le moment parce que 2019 sera déjà très bien rempli, alors ce sera plus pour 2020. Pour les semaines et les mois à venir nos projets sont surtout axés vers l ‘étranger puisque là on retourne au Québec, on va au Japon, même à Dubaï ce qui est assez incroyable, et puis on parle de dates aux Etats-Unis aussi.

Comment arrive t-on à s’exporter aussi bien à l’étranger en chantant en français ? Comment est l’accueil sur place et qui vient vous voir ?

En fait, ce sont des réseaux Do It Yourself. On a notre structure pour gérer tout ça donc ça permet de faire des échanges, on a toujours fonctionné comme ça. En général, ça commence avec un échange avec un groupe sur place, ou des petites structures sur place. Donc on tisse des liens, un peu comme une toile d’araignée pour arriver à ça et maintenant notre toile à nous a 24 ans. On a rencontré plein de gens, et maintenant les gens viennent plus nombreux. Ça peut aller de 200 personnes à 2000 selon le groupe avec lequel on joue. Aux Etats-Unis, c’est très dur d’aller y jouer, comme pour l’Angleterre, mais quand t’y es les gens sont contents parce qu’ils aiment bien. A chaque fois à l’étranger, on est très très bien accueillis, même s’ils ne comprennent pas forcément ce qu’on chante (rires). Certainement parce que ça leur fait un peu d’exotisme.

Un mot de la fin peut-être ?

Longue vie à toutes les petites structures médiatiques qui continuent à faire la promo des groupes et de la musique Underground et Alternative. Même si aujourd’hui Tagada Jones est plus connu, c’est grâce aux petits médias qu’on a pu en arriver là. Alors je tiens à saluer les gens qui, comme vous, continuent de faire vivre la musique et de la promouvoir.


Tagada Jones, c’est : 

Niko (chant, guitare)

Stef (guitare)

Waner (basse)

Job (batterie)

Discographie

1995 : S/T

1998 : Plus De Bruit

1999 : Virus

2001 : Manipulé

2001 : Manipulé Tour  (Live)

2003 : L’Envers Du Décor

2005 : L’Envers Du Tour (DVD Live)

2006 : Le Feu Aux Poudres

2008 : Les Compteurs A Zéro

2011 : Descente Aux Enfers

2013 : 20 Ans D’Ombre Et De Lumière (DVD Live)

2014 : Dissident

2015 : Live Dissident Tour (album live)

2017 : La Peste Et Le Choléra

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