C’est à l’Alcatraz Festival que la rédaction d’Heretik Magazine a eu l’opportunité de poser quelques questions à l’ex-leader de Twisted Sister dans le cadre d’une conférence de presse « tonique » organisée par le promoteur hollandais de Napalm Records. En tournée pour défendre For The Love Of Metal, Dee Snider semble plus en forme que jamais. Il faut dire que son nouvel album a été très bien reçu aussi bien par la presse spécialisée que par les fans ! Et c’est dans une ambiance très « Rock’n’Roll » qu’il a répondu à toutes nos interrogations. Mais avant ça, une petite présentation de l’objet par Dee Snider « himself » s’est imposée : 


Dee Snider : 

« Je ne sais pas par où commencer… Tout ce que je peux dire, c’est que Jamey Jasta (Hatebreed) m’a lancé un défi sur son « podcast ». Il voulait que j’enregistre un nouvel album de Metal. Je croyais qu’il avait perdu la tête… Je vais sur mes 64 ans ! Il m’a expliqué : «  Dee, ta voix est encore organique… Tu as encore de l’énergie à revendre… Tu as encore la flamme ! ». Il m’a également dit qu’il me fallait des vrais morceaux, des morceaux qui puissent rassembler tous types de fans de Metal. 

Contre toute attente, il m’a dit que c’était lui qui produirait l’album. On n’avait rien… Pas de label, pas d’argent… Je n’étais vraiment pas certain de là où ça nous mènerait ! À vrai dire, j’étais un peu anxieux à ce sujet ! Après Jamey est un bon pote, il a Hatebreed, mais ce n’est pas Dee Snider. Et quand il m’a fait écouter les premières maquettes dans son studio avec l’autre producteur qui nous a accompagnés, j’étais totalement stupéfait ! C’est bien mieux que je ne l’aurais pensé ! Aujourd’hui, nous avons signé chez Napalm Records, un des meilleurs labels de musique Metal et For The Love Of Metal est sans doute un des albums de Metal qui se vend le mieux en ce moment ! Je veux dire, l’album est 20ème au classement « Billboard » avec Kanye West et Taylor Swift. 35 ans après, Dee Snider est de retour dans les Charts, et cela n’aurait pas été possible sans Jamey Jasta. 

Au cours de nos concerts, on jouera bien sûr quelques titres de cet album et d’autres classiques de Twisted Sister… Je peux même vous dire qu’il y aura un deuxième volume de For The Love Of Metal, dont la sortie est prévue pour le printemps prochain ! On fera pas mal de festivals l’année prochaine, et aujourd’hui, j’ai pas mal de morceaux à partager avec mes fans. Aujourd’hui, j’ai enfin trouvé mon son, ma direction, ma voie. Je veux continuer à faire de la musique ! 

Après cette présentation, nous avons été amenés à rebondir sur ce qui a été dit. Voici les moments forts de cette conférence : 

Lors de tes concerts, que joueras-tu concrètement ? 

Je ferai moitié/moitié avec mes propres morceaux et ceux de Twisted Sister. Il n’y a pas beaucoup de musiciens qui sont parvenus à imposer leurs propres morceaux. Ozzy Osbourne, c’est l’exemple à suivre, le but ultime à atteindre ! Il s’est fait virer de Black Sabbath, un groupe légendaire, avec des morceaux légendaires, un son, un catalogue énorme. En quelques années, il a imposé son set et n’a joué que des morceaux à lui et une petite poignée de titres de Black Sabbath. Aujourd’hui, quand tu assistes à un concert d’Ozzy Osbourne, tu attends de lui qu’il joue ses propres morceaux, pas forcément les titres de Black Sabbath. Mon rêve, c’est d’imposer mes morceaux. Après, je ne me fais pas d’illusions, je sais que les fans voudront écouter des classiques de Twisted Sister, mais je veux leur donner envie d’écouter mes morceaux en live ! 

Joel Grind de Toxic Holocaust a également participé à l’élaboration de l’album. Qu’a-t-il concrètement fait ? 

Joel fait partie de tous ceux qui ont participé à la composition du nouvel album. J’aime beaucoup le Metal contemporain, mais quand je compose, ça sonne trop « années 80 » ou ça sonne comme si j’essayais de copier mon ancien groupe ou les autres. Ce n’est pas ce que je veux. Il faut que ça sonne « vrai ». Quand je faisais écouter mes morceaux, on me faisait toujours la même remarque, comme quoi ça ressemblait trop à Twisted Sister. Alors, quand j’ai demandé à Jamey Jasta qui allait composer l’album, il m’a tout simplement répondu : « tout le monde va écrire pour Dee Snider ». Ainsi, Howard Jones (ex-Killswitch Engage), Mark Morton (Lamb Of God), Alissa White-Gluz (Arch Enemy), Joel Grind et Nick Bellmore (Toxic Holocaust) et Charlie Bellmore (Kingdom Of Sorrow) sont venus nous épauler. 

Tout ça, je le dois à Jamey Jasta. Dans un premier temps, ça me gênait un peu, car lorsque tu composes un album, ce sont tes sentiments que tu partages. Un album doit être composé de tes propres morceaux… Un album, c’est un peu toi pour finir. Jamey Jasta m’a étudié comme un putain d’insecte sur un putain de microscope. Tout ce que j’ai pu dire, faire ces derniers mois, il le savait ! J’entends par cela que je me suis totalement reconnu dans tout ce qu’il a pu écrire sur moi. Je n’y croyais pas mes yeux. On aurait dit que tous ces morceaux venaient de mon cerveau, de mon coeur, de mon âme… C’est peut-être une des raisons pour laquelle l’album fonctionne aussi bien ! Je crois en tout ce que j’y chante ! 

Y a-t-il un des invités qui t’a surpris à la fin ? 

Ma plus grosse surprise ? C’est sans doute Alissa White-Gluz. Il nous fallait inclure un ballade pour jouer sur les contrastes. J’avais suggéré Tarja, mais Jamey est venu et m’a dit de faire appel à Alissa White-Gluz. Je lui ai donné mon accord, mais je n’étais pas trop sûr car Alissa chante comme un homme ! (Rires) Jamey m’a expliqué qu’elle avait bien d’autres cordes à son arc et qu’elle pourrait me surprendre ! Et quand elle nous a envoyé ses démos, j’étais littéralement sur le cul ! « Dead Hearts (Love Thy Enemy) » est un excellent titre ! 

« Ma femme ne m’avait jamais vu aussi heureux ! Je suis très fier d’avoir sorti cet album et de chanter cette musique ! »

Avec le recul, que penses-tu de ton album, We Are The Ones (2016) ? 

Après la tournée d’adieux de Twisted Sister, je pensais que j’étais fini, que ma carrière musicale était faite. À côté, j’avais d’autres activités comme la TV, la radio… Ma carrière de chanteur était finie cependant… Mais mon producteur m’a proposé de sortir un album de Metal « mainstream » et je lui ai dit : « Pourquoi pas, essayons… ». Mais mes fans ne l’ont pas adopté, ça n’a pas fonctionné, c’est pour cette raison que j’avais décidé de lâcher l’affaire, et là Jamey entre en jeu : « Je te défie de sortir un album de Metal ! »… Quel soulagement ! Pour preuve, ma femme ne m’avait jamais vu aussi heureux ! Je suis très fier d’avoir sorti cet album et de chanter cette musique ! 

L’album contient 12 morceaux, mais il faut savoir que la version limitée contient une version « Metal »  de « So What ».

« So What » figurait sur l’album We Are The Ones. C’était une chanson acoustique… C’est une bonne chanson, mais Jamey a eu l’idée de la reprendre et d’en faire un morceau de Metal. Il a chopé les pistes de chant et a rejoué par-derrière. C’est vraiment pas mal !

Ce n’est pas toi qui as composé l’album, mais voulais-tu passer de quelconques messages personnels dans ce dernier ?  

J’ai eu une voix qui résonne et mon job est de crier pour ceux qui ne peuvent pas crier. À l’époque, je voulais m’exprimer à ce sujet. Qu’en est-il d’aujourd’hui ? C’est bien ce que je développe dans mon morceau « Tomorrow’s No Concern ». Tout ce qui s’est passé dans les 80’s, c’est du passé. Aujourd’hui, je ne regarde plus en arrière, je ne regarde pas non plus vers le futur. Je vis tout simplement au jour le jour ! D’ailleurs, durant le processus d’écriture de cet album, j’ai perdu ma mère… Elle avait de graves problèmes de santé et elle est décédée. Fallait-il que j’arrête pour autant ? Non ! La musique m’a permis d’exprimer toutes mes émotions sombres. D’ailleurs, Jamey a écrit une chanson à ce sujet… Il m’a vu faire le deuil de ma mère et a écrit ce morceau… Les mots correspondaient à ce que je ressentais à ce moment précis… 

Comment avez-vous procédé pour la captation de ce nouvel album ? 

On a fait du track-by-track. On ne savait pas où ça nous mènerait… On y a vu le retour de Dee Snider. Jamey est un génie… On avait deux morceaux d’enregistrés, on voyait que ça marchait entre nous, donc on a continué. Jamey voulait voir Dee Snider renaître de ses cendres… Et toutes ces personnalités sont venues vers nous pour nous dire qu’elles voulaient figurer sur l’album. C’était juste de la folie. D’autres sont venus par la suite pour nous dire qu’elles voulaient aussi figurer sur l’album, ça sera pour le prochain ! Tout le monde a pu participer à l’album, et c’est un peu un rêve qui est devenu réalité pour finir ! 

Quels étaient tes plus gros espoirs concernant cet album ? 

Tout simplement que ça puisse fonctionner ! Vous savez, dans Twisted Sister et les autres projets que j’ai menés à bien (comme Widowmaker, ndlr), c’est moi qui avais écrit tous les morceaux. D’un côté, c’était assez bizarre pour moi de ne pas avoir la mainmise sur tout, mais d’un autre côté, ça faisait du bien. Et pour finir, c’était bien que mieux que Jamey et moi l’aurions espéré ! 

« Ils pensaient que j’étais mort ! « Fuck you » ! Ils pensaient que le Metal était mort ! « Fuck you » ! »

Est-ce que c’est aussi stressant de se produire en solo en comparaison avec un groupe comme Twisted Sister ? 

Oui, quand même. C’est bizarre pour moi. À l’époque de Twisted Sister, c’était assez compliqué. J’avais des problèmes aux genoux et mon cou était en mille morceaux. C’est différent aujourd’hui. Après, le pouvoir de cette musique fait que, une fois lancé, c’est tellement excitant que tu as du mal à en sortir ! Aujourd’hui, vous êtes là, je suis là devant vous à répondre à vos questions. C’est tellement excitant ! 

Comment te vois-tu aujourd’hui ? 

Je suis avant tout quelqu’un qui divertit ! J’ai fait de la TV et j’ai toujours été lié au « showbusiness ». J’aime tout simplement qu’on me dise à la fin : « Tu as vraiment bien assuré, c’était génial ! ». Et là, je suis de retour… Il y a tous ces festivals de musique et tous ces jeunes groupes. Après, il y en a toujours, comme Gene Simmons, pour ne citer que lui, qui pensent que le Rock’n’Roll est mort. Mais c’est faux ! D’ailleurs, je me suis publiquement exprimé à ce sujet ! Il a tort ! Certes, les groupes ne seront plus jamais aussi gros que Kiss, Ozzy… mais quand tu vas dans les clubs et que tu vois tous ces jeunes groupes chanter avec leurs tripes, c’est tout simplement génial. 

Tu es également considéré comme un des portes-parole les plus emblématiques des années 80 où tu n’as cessé de défendre la cause « Metal » ! Penses-tu que la situation a évolué depuis ? 

J’ai une voix et on ne cesse de ne me demander mon avis, car j’ai toujours cru en cette musique. J’ai toujours parlé et donné de mon temps pour cette musique. Aujourd’hui, on me consulte ! À n’en point douter, le Metal, pour certains, c’est ce qui fait tenir. Après, je le répète, je ne suis pas une voix pour la presse, ni pour la censure, je suis une voix pour le Metal ! J’adore être dans les Charts, et quel plaisir de tordre le coup à ces merdes comme Panic! At The Disco et Taylor Swift ! « Fuck yeah » ! Ils pensaient que j’étais mort ! « Fuck you » ! Ils pensaient que le Metal était mort ! « Fuck you » ! Et malheureusement, aujourd’hui, tout le monde est « politiquement » correct. Tu ne peux pas faire cela, tu ne dois pas dire ceci… Tu réalises que c’est les autres qui te disent ce que tu dois faire, ce que tu dois dire. « Whaou », c’est de la censure tout ça ! Il y a toujours des gens pour te dire comment te comporter…

Te voilà ici à l’Alcatraz Festival… On aimerait bien savoir ce que ça te fait de revenir ici dans ce festival, alors que la dernière fois que t’y produisais, c’était avec Twisted Sister dans le cadre de sa dernière date Européenne ! 

Ce n’était pas facile ! D’ailleurs, quand je suis arrivé ici, c’est la première chose à laquelle j’ai pensé… J’adore Twisted Sister et je suis très fier de tout ce qu’on a accompli ensemble toutes ces années. Je commence une nouvelle histoire. C’est un peu comme le gars qui rompt avec sa femme et qui dit qu’il ne se remariera plus jamais… Il est sérieux quand il dit ça, mais il rencontre une jolie demoiselle, et c’est reparti pour un tour ! (rires) C’est un peu mon cas, je suis retombé amoureux… C’est ce qui s’est passé avec cet album, c’est ce qui s’est passé avec le Heavy Metal. C’est donc tout fier que je vous présenterai à vous tous ma toute nouvelle femme ! 


Dee Snider, c’est :

Dee Snider : Chant

(Line-up instable)

Avec Twisted Sister :

Under The Blade (1982)

You Can’t Stop Rock’n’Roll (1983)

Stay Hungry (1984)

Come Out And Play (1986)

Love Is For Suckers (1987)

Still Hungry (2004)

A Twisted Chrismas (2006)

 

Avec Desperado :

Bloodied but Unbowed (1996)

 

Avec Widowmaker :

Blood and Bullets (1992)

Stand by for Pain (1994)

 

En solo :

Never Let the Bastards Wear You Down (2000)

Dee Does Broadway (2012)

We Are the Ones (2016)

For the Love of Metal (2018)

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Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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