Mayan est le genre de « side-project » qui a de la gueule. Composée entre autres de Mark Jansen (Epica) et Jack Driessen (ex-After Forever), la formation avait déjà de quoi appâter les fans de Death Mélodique dès ses débuts. En 2018, ils ont déjà une fan-base bien solide. Certains n’ont pas hésité à mettre la main à la poche pour les aider à concrétiser l’un de leurs plus ambitieux projets : enregistrer un album avec un vrai orchestre. La barre des 40 000 euros est dépassée et voilà que sort Dhyana. Jack Driessen nous en parle.

Propos de Jack Driessen (clavier) recueillis par Axl Meu.


Est-ce que tu peux revenir sur les débuts du groupe ? 

Pour la petite histoire, Mark (Jansen, Epica) et moi jouions ensemble au sein d’After Forever depuis 1995… Dans les années 2000, nous avions tous les deux quitté ce groupe pour des raisons personnelles. On s’était plus ou moins perdus de vue. Néanmoins, c’est lors d’une rencontre dans le cadre d’un festival qu’on a pensé à recomposer des morceaux ensemble, notamment pour Epica. On s’est tellement bien amusés, qu’on a décidé d’écrire d’autres choses ensemble, pour un autre projet. C’était le début de Mayan. Si nous avons formé ce groupe, c’est parce que nous avons vu que le projet se tenait, qu’il y avait un sacré potentiel derrière… Et puis, on s’éclatait ! Ça nous tenait tellement à cœur… Je pense que ça aurait été dommage de ne pas essayer ! 

Es-tu satisfait de l’évolution du groupe ? 

Oui, vraiment. À nos débuts, on était toujours considérés comme une sorte de side-project. Simone (Simons, Epica, ndlr) nous avait rejoints pour chanter sur quelques pistes. Notre premier album, c’était surtout un essai. On voulait tout simplement voir où tout cela nous mènerait. Sur le deuxième, on avait commencé à trouver notre son. Sur Dhyana, on révèle enfin notre vraie personnalité ! 

Mayan a connu pas mal de changements de personnels en huit ans…

Oui ! (Rires)

Vous êtes quand même beaucoup dans ce projet… N’était-il pas trop compliqué de rassembler tout le monde pour enregistrer l’album ? 

Si. Une règle : l’anticipation ! Ça demande beaucoup de préparation. Et chanceux que nous sommes, nous avons réussi à capter tous les plans vocaux dans le même studio d’enregistrement, là où nous avions enregistré notre avant-dernier album, Antagonise. La batterie, pareil au studio, et nous avons pu enregistrer les guitares, la basse et aussi préparer les arrangements orchestraux… Si j’avais dû demander à l’orchestre de venir, ça aurait coûté bien plus cher. 

« À l’époque, les gens se rendaient régulièrement dans les boutiques pour se procurer le CD ou le vinyle. C’est une autre époque, et le scénario n’est plus du tout le même. Il faut tout simplement s’adapter. »

Tu me parles des arrangements orchestraux… Mayan a fait appel à un vrai orchestre , « The Prague Philharmonia »… Cette philharmonie fait beaucoup parler d’elle en ce moment. Elle a dernièrement travaillé avec Dimmu Borgir !

J’adore les musiques de film, et je pense que c’est également le cas des autres membres du groupe. Ça nous pousse à expérimenter de nouvelles choses. Je m’inspire essentiellement des musiques de Hans Zimmer et d’Ennio Morricone… Les bandes originales de Star Wars m’ont tellement marqué. Ils ont réussi à composer des musiques tellement émotives, qui jouent facilement avec notre imagination. C’est vraiment ce que nous recherchions dans le groupe. Et pour nous, la Philharmonia de Prague était faite pour ça !

Enregistrer avec un vrai orchestre a un prix. Du coup, vous avez lancé une campagne participative pour arriver à vos fins. C’est surprenant de voir un groupe signé chez Nuclear Blast demander de l’aide à ses fans. 

Aujourd’hui, c’est différent. Les fans n’écoutent plus la musique que sur Spotify. On ne gagne plus rien en vendant nos CDs… À l’époque, les gens se rendaient régulièrement dans les boutiques pour se procurer le CD ou le vinyle. C’est une autre époque et le scénario n’est plus du tout le même. Il faut tout simplement s’adapter. J’ai eu la chance de voir le milieu évoluer ces dernières décennies… Même pour les labels, c’est délicat. On a voulu faire quelque chose qui sorte de l’ordinaire. On a été capables de combiner nos forces avec Nuclear Blast pour la campagne. Ils ont vu le potentiel du groupe et ont fait en sorte que cela puisse se faire. 

Cette fameuse campagne a largement dépassé vos attentes ! En échange, pour les fans qui y ont participé, vous avez décidé de sortir un EP exclusif : Undercurrent !

Nous avons enregistré tellement de morceaux et nous cherchions quelque chose d’original à offrir à tous ceux qui nous ont aidés. « Tu nous aides ? Très bien ! En échange, tu auras cet EP, Undercurrent ». C’est un EP exclusif. Comprendre par cela qu’il ne sera pas disponible à la vente. Sans cette aide, jamais nous n’aurions pu enregistrer l’album avec cet orchestre. Et vraiment, nous étions surpris d’avoir récolté plus de 40. 000 euros ! Nous ne pouvions pas espérer mieux ! 

Qui a composé les parties orchestrales de l’album ? 

C’est moi ! Mais ça ne veut pas dire que les autres n’ont rien proposé, loin de là. Frank (Schiphorst, guitare) a aussi participé sur un des morceaux… Mais en général, je me suis chargé de tout. C’était tout nouveau pour moi, car je n’avais jamais composé pour un quelconque orchestre avant. Joost Van Den Broek (clavier, Ayreon, ndlr) m’a donné un sacré coup de main ! Il fallait que je m’arrange pour les pré-productions. J’ai fait appel à Ben Mathot, qui est le violoncelliste d’Ayreon… Il s’y connait ! Sans lui, ça aurait été très difficile d’en venir à bout ! Mais après, je n’ai assuré que cette partie-là de la composition, je ne suis pas intervenu dans la composition des structures. C’était assez compliqué de mettre tout en boîte ! C’est la première fois que je me suis lancé dans une telle entreprise …  J’ai appris tant de choses en travaillant sur cet album ! (Rires)

Est-ce que tu pourrais revenir sur le sens de Dhyana ? Je sais que c’est un mot issu de la culture « bouddhiste ».

Ça a un rapport avec le Yoga. Le « Dhyana », c’est lorsque tu parviens à ne te focaliser que sur une seule chose. C’est une traduction un peu étroite… Nous avons ce titre, car nous parlons beaucoup de la Mort dans cet album. Les gens,aujourd’hui, regardent trop en arrière ou pensent trop souvent souvent au futur. Plus personne ne profite de l’instant présent… Ce que je veux dire par là, c’est que les gens ne font plus trop attention à ce qui les entoure. Les gens préfèrent se focaliser sur leurs problèmes. Moi je dis : « Focalisons-nous sur l’instant présent ! » 

Les gens préfèrent se focaliser sur leurs problèmes. Moi je dis : « Focalisons-nous sur l’instant présent ! »

Dhyana est donc un concept-album…

Je pense que l’on peut dire ça, oui.

Comment êtes-vous parvenus à équilibrer la présence des différents instruments ? 

Eh bien, je pense que tu fais allusion au plus gros challenge que nous avons rencontré sur cet album. (Rires) Il y a tellement de musiciens sur cet album. Il y a bien sûr l’orchestre mais aussi les autres. Et ça peut vite tourner au drame, devenir chaotique ! Nous avons fait en sorte d’être rigoureux et de toujours garder en tête nos objectifs. Il faut rester concentré, faire en sorte que tout soit ordonné, anticiper, être obsédé par ce que tu fais. Pour l’avant-dernier album (Antagonise, ndlr), nous avions tout mis en boîte en deux semaines. Si nous avions fait ça pour Dhyana, ça aurait été le chaos ! (Rires) Aujourd’hui, nous avons tout planifié, organisé les différentes sessions d’enregistrement pour les différents instruments. On voulait être sûrs que tout se fonde dans une masse sonore commune. C’est tellement difficile avec autant de chanteurs ! On voulait que tout sonne bien, que tout s’emboîte. Notre producteur a fait un excellent boulot ! 

Aujourd’hui, le nouveau challenge pour vous, c’est de reproduire les morceaux sur scène avec les orchestrations qui vont avec ! 

On le fera avec des samplers ! On s’est posé les bonnes questions à savoir : « Comment allons-nous faire pour reproduire tous ces arrangements sur scène ? Notamment ceux des cinquante musiciens qui composent la Philharmonie de Prague… Comment vas-tu faire pour donner vie à tout ça ? » Les fans s’attendent à ce que nous soyons aptes à reproduire ces morceaux en live, donc, c’est ce que nous ferons. Nous utiliserons des backing-tracks. Même si ce serait tellement mieux d’avoir l’orchestre à disposition sur scène…  

Oui, mais vous devriez lancer une nouvelle campagne de financement si vous vous lanciez dans une telle entreprise !  

Oui ! En effet ! (Rires)

Ça ne fait pas très longtemps que Mayan se produit en « live »… Vos premières fois en France remontent à cette année…

C’était la faute des promoteurs… Maintenant, ça va mieux. On peut se produire et partir en tournée, à condition que tout le monde soit disponible. Nous sommes partis en tournée pendant deux semaines et sommes passés par Paris et Lyon. Après, la France n’était pas un cas isolé. Dans le cadre de cette tournée, nous avons également fait notre première date en Angleterre, à Londres. Donc, maintenant, nous travaillons sur la possibilité d’une nouvelle tournée qui passera, à coup sûr, une nouvelle fois par la France ! On a adoré nous produire à Paris, au Petit Bain ! C’était un chouette endroit ! 

Dans quelques semaines, vous allez assurer la promotion de Dhyana en Belgique. L’association Hell & M Prod a organisé une « release party » belge qui se tiendra au Cercle (Chapelle-lez-Herlaimont) le dimanche 23 septembre. À quoi devons-nous nous attendre ? 

À voir beaucoup de monde sur scène ! (Rires) Il y aura beaucoup de happenings. Vous y verrez de belles orchestrations, de beaux arrangements. Un excellent concert en somme ! 

Epica s’est produit dans le cadre d’une date exceptionnelle en avril dernier. C’était leur millième concert ! Vous aviez été conviés à la fête… C’était comment cette fameuse soirée à Tilburg ? 

C’était tout simplement énorme. La salle était très grande… C’était une soirée très spéciale pour nous tous. Ce fut un honneur que d’ouvrir pour le groupe. Tout le monde était heureux ce jour-là ! Je ne pense pas oublier cette date de sitôt ! 

Ce n’était pas trop difficile pour Mark Jansen d’assurer deux concerts d’affilée ? 

Oui, quand même ! Tu peux imaginer que lorsque tu growles et que tu chantes toute la soirée, il faut que tu fasses attention ! Il s’était quand même préservé pour le concert d’Epica, ce qui est normal. C’était quand même leur 1000ème ! Il fallait faire en sorte que cette date soit inoubliable, donc… Par chance, tout s’est bien déroulé ! (Rires)


Mayan, c’est : 

Mark Jansen : Chant crié 

George Oosthoek : Chant crié 

Adam Denlinger : Chant clair 

Henning Basse : Chant clair 

Laura Macrì : Chant clair 

Marcela Bovio : Chant clair 

Jack Driessen : Clavier 

Frank Schiphorst : Guitare

Merel Bechtold : Guitare 

Arjan Rijnen : Guitare 

Jord Otto : Guitare

Roel Käller : Basse 

Ariën van Weesenbeek : Batterie

Discographie :

Quarterpast (2011)

Antagonise (2014)

Dhyana (2018)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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