Trop souvent considéré comme le petit frère du Hellfest, le Motocultor a cependant des ambitions beaucoup plus modestes et poursuit son bout de chemin en faisant venir des formations toujours plus extrêmes et décalées. Rien n’a jamais été facile pour le Motocultor qui avait laissé derrière lui une énorme dette, poussant les organisateurs à lancer une campagne participative à l’issue de l’édition de 2016. La dixième édition (2017) a certes été maintenue à la dernière minute, mais tout est encore à confirmer pour le plus extrême des festivals Bretons. Il fallait à tout prix consolider les efforts, notamment en ce qui concerne les partenariats publics et privés pour annoncer plus tôt le plus de groupes possible, et surtout, revoir la communication de l’événement. L’édition 2018 était donc une édition charnière, et dire qu’elle fut l’édition ‘référence’ (bien qu’il y ait encore une marge de progrès à accomplir) est un soulagement ! Oui, le Motocultor 2018 a affiché  »complet » quelques jours avant le début des hostilités, et la rédaction d’Heretik Magazine y était ! 

Par Hyacinthe Gomérieux (Hyass) et Axl Meu (Axl).

Crédit photos :  Tiphaine Zanutto


THE LUMBERJACK FEEDBACK – Dave Mustage – 12h45/13h25

Un groupe du Nord pour ouvrir cette 11e édition du Motocultor, voilà de quoi nous mettre en joie et nous faire arriver tôt… La veille même ! Pour ne rien louper de ce marathon de 3 jours ! The Lumberjack Feedback s’avance devant un public clairsemé, mais un public quand même, qui grossira tout au long de son set. Après un temps d’acclimatation et une écoute presque religieuse en fosse, ce public finira conquis par l’expressivité de ce quintet sans chant, mais ô combien jouissif avec ses deux batteries (qui s’offriront d’ailleurs le luxe d’un petit moment sans leur 3 autres acolytes). Passée la surprise qui se lit sur les visages, force est de constater que le groupe a donné le meilleur de lui-même et a offert sans doute l’un de ses meilleurs show. Bravo ! (Hyass)

ENDE – Supositor Stage – 13h35/14h15

La Supositor ne paye pas de mine au fin fond du site. Sans chapiteau, et avec un son qui se fait happer par le vent, elle a quand même le bel avantage de proposer une fosse toute en dénivelé sur une pelouse bien verte. Ende s’apprête donc a déversé son Black à sorcières devant un public tantôt assis, tantôt debout. Leur prestation ne nous fait pas le même effet qu’au Fall Of Summer 2017, où nous avions été littéralement scotchés. La faute au soleil en pleine figure ? Malgré tout, les titres s’enchaînent sans encombre mais l’impression que le groupe et notamment son leader ne sont pas entièrement avec nous ne nous lâche pas. A revoir dans d’autres conditions.(Hyass)

LUMBERJACKS – Massey Ferguscène – 13h35/14h15

The Lumberjack Feedback qui ouvre, The Lumberjacks qui suit la marche. Oui, tout était sujet à la confusion en ce vendredi 17 août ! Bref, les bucherons que l’on avait déjà rencontrés au Red Studio en compagnie des Headblaster ont saisi une belle opportunité de faire parler d’eux ! Leurs fans, amis et quelques curieux sont au rendez-vous ! Alors, leur Rock/Sludge fait des adeptes, ça bûche, mais il est peut-être regrettable que le groupe ait préféré casser le rythme en proposant une sorte de ballade « mielleuse » alors que les festivaliers ne demandaient qu’une seule chose : se rentrer dans le lard ! (Axl)

MAID OF ACE – Dave Mustage – 14h20/15h

Les jeunes Britanniques étaient attendues sous la scène principale. Il faut dire que les concerts de Maid Of Ace répondent à tout ce que l’on est en droit d’attendre d’une formation de Punk. Ce fut le cas au Motocultor. Pas de fioritures, un show hyper naturel , agréable à l’oreille… Les petites filles des Sex Pistols charment leurs fans à coups de hits (« Dickhead », « Made In England ») et nous rappellent la génération MTV Pulse. Et c’est qu’elles ont du charisme, et qu’elles ne se laissent pas contrarier par tous les petits détails (la guitare d’Alison rencontre quelques problèmes au cours du gig). Alors, oui, tout n’était pas parfait, mais en associant Rock’n’Roll et Punk « Attitude », les Britanniques ont marqué de leur empreinte tout un festival. (Axl)

CYPECORE – Supositor Stage – 15h10/15h50

À peine le concert des jeunes Punk arrivé à son terme, nous nous ruons vers la Supositor Stage où les membres de Cypecore branchent leurs guitares… Et voilà que nous nous retrouvons nez-à-nez avec des créatures mi-homme, ni-robot, sorte de  »Bionicles » (nostalgie quand tu nous tiens) qui déversent une musique moderne, une sorte de Cyberthrash (comme ils aiment l’appeler) à thématique « dystopique ». Mais à coté de ce décorum et de ces thématiques assez sympathiques, nous n’y avons pas trouvé notre bonheur. Si l’imagerie du groupe était fortement maîtrisée, la musique était, elle, sans être dénuée de toute qualité, fort trop basique ! (Axl)

LÜT – Massey Ferguscène – 15h10/15h50

Voilà une formation que l’on n’attendait pas, et force est de constater que la surprise fut plutôt bonne. Le groupe, composé de 6 musiciens norvégiens, est emmené par un chanteur survolté (Marcus Danielsen) emprunt de cette fougue propre à la jeunesse ! C’est énergique, Rock, Punk, parfois un poil Electro et ça finit en se jetant dans la fosse. Une fosse pas très fournie mais qui joue le jeu de rattraper le chanteur, puis l’un des trois guitaristes, visiblement heureux de se laisser porter tout en continuant de jouer. On aimerait les revoir vite pour confirmer ces premières bonnes impressions. Ce fut rafraîchissant. (Hyass)

SVART CROWN – Dave Mustage – 15h55/16h40

La rédaction suit régulièrement les aventures de JB Le Bail et de Svart Crown. Et voilà peut-être le show le plus étrange de ce festival. Non pas que les musiciens n’assurent pas… La lourdeur des titres de Abreaction fait planer les fans avertis, la précision et l’authenticité sont au rendez-vous (ce concert nous permet une nouvelle fois de prendre note du talent de leur nouveau batteur)… Mais pourquoi ces imbéciles se sont-ils amusés à faire le « drakkar » alors que JB Le Bail venait de rendre hommage à son ami, Mika Bleu ? Pourquoi une partie du public s’est-elle amusée à se rentrer dans le lard alors que la musique ne se prêtait pas du tout à ce genre d’activité. Dommage que le public n’ait pas été au niveau, car la performance de Svart Crown a répondu à toutes nos attentes. (Axl)

NESSERIA – Supositor Stage – 16h50/17h35

Ce n’est pas la première fois que Nesseria se produit au Motocultor. La dernière fois, c’était en 2015 ! Alors, certes, c’est du Post/Hardcore, ça remue bien la fosse… Mais dommage que la prestation a été gâchée par de nombreux couacs sonores. La guitare partait dans tous les sens, et la voix… Comment dire ? Comment expliquer un tel manque de puissance dans la voix ? Si la musique de Nesseria reste agréable à écouter sur les plateformes Internet, ce concert, malgré les allocutions intègres de son frontman, nous a surtout donné envie de voir ce qui se passait de l’autre côté du site. Très décevant. (Axl)

STICKY BOYS – Massey Ferguscène – 16h50/17h35

Mais que s’est-il passé dans la vie des 3 gaillards de Sticky Boys ? Avec leur dernier album, on avait compris que le groupe cherchait à se renouveler et à s’éloigner de son image un peu potache. Mais la transformation est rude : les voilà donc très sobrement vêtus, ne cherchant pas à faire la blague… bref, au-revoir le côté fun ! Et, à ne plus vouloir en faire trop, on constate vite que le groupe peine à ruer dans les brancards côté musique. Difficile en effet d’être aussi clinquant que sur  l’album quand on n’est que 3 sur scène… Les titres, qui nous avaient conquis sur galette, tombent un peu à plat sur cette grande scène. Trop grande pour eux ? (Hyass)

AUDN – Supositor Stage – 18h30/19h20

La rédaction attendait Audn car Audn sera à l’affiche du Tyrant Fest en novembre à Oignies. Si la Supositor Stage sur le papier ne vendait pas du rêve pour ce groupe de Black Metal (qui plus est, pour un show en plein jour), les Islandais nous ont vite fait oublier ces désagréments en offrant un concert parfaitement maîtrisé de bout en bout. Nous assistons à un vrai tour de force où émotions, finesse des mélodies et exécution parfaite se mêlent pour offrir ce qui sera sans doute l’un des meilleurs concerts de ce Motocultor. Vite, vite, on en redemande ! (Hyass)

RENDEZ-VOUS – Massey Ferguscène – 18h30/19h20

Malgré des balances un peu longuettes, Rendez-Vous et ses deux chanteurs (l’un à la guitare, l’autre aux claviers) entâment leur set par un titre lourd et percutant. La suite ne sera pas tout à fait du même acabit mais avec sa démarche Noise et ses différentes guitares, nous ne boudons pas notre plaisir devant la formation parisienne, qui est clairement l’une des plus « dansantes » de la programmation. A voir assurément aux 4Ecluses le 08 décembre prochain pour qui souhaite bouger son popotin ! (Hyass)

DEVILDRIVER – Dave Mustage – 19h25/20h15

« Quand j’arrive, j’embarque l’Enfer avec moi » nous confiait alors Dez Fafara la semaine avant sa prestation au Motocultor… evilDriver introduit son concert sur l’ultra-classique « End Of The Line », nous demande de lever nos majeurs en l’air sur « Grinfucked », et fera plus ou moins le tour de sa discographie, à un détail près. Le groupe ne semble toujours pas prêt à présenter « live » les reprises des gros standards de la chanson Country qu’il a immortalisés sur l’album Outlaws ‘Til The End Vol.1. À côté, ce fut une prestation très tonique que nous a servi le gang Américain, sans artifices, pour le plus grand plaisir des fans. (Axl)

TRISOMIE 21 – Massey Ferguscène – 20h25/21h15

Tristesse et désolation. Trisomie 21, avec ses presque 40 ans de carrière au compteur, promettait un moment vivifiant au milieu de la programmation bien plus Metal du Motocultor. Pourtant, nous sommes surpris par le manque de hargne des frères Lomprez, qui semblent fatigués et pas très heureux d’être là. C’est bien simple, si le duo sonne et que le chant est agréable, on préférerait ne pas avoir à les regarder sur scène : Tout se passe exactement comme si il n’y avait pas de show ! Et puisqu’il est plus agréable de les écouter que de les voir, on se demande bien l’intérêt de ce retour. Nous sommes perplexes ! (Hyass)

ULTRA VOMIT – Dave Mustage – 21h20/22h10

Ultra Vomit de retour au Motocultor ! Trois ans après leur retour fracassant sur le site de Kerboulard, les « Kev Adams » du Metal reviennent pour présenter leur nouvel album, Panzer Surprise ! Alors, le Motocultor et Ultra Vomit sont un peu liés en soi… L’humour étant le créneau des deux, il n’est pas surprenant que les abords de la Dave Mustage aient été presque inaccessibles. Après une introduction sordide sur fond de « Rooney Tune », le groupe nous assène de classiques et va très vite ! Les animations dans la fosse vont bon train, et même que la rédaction a été emportée dans un maxi-chenille pendant l’interprétation de la « Ch’nille » et qu’elle a eu du mal à se relever après le « Wall Of Chiasse » pendant « Pipi VS Caca ». Après, pas de grosses surprises, Andrés alias l’homme au canard, intervient sur « Je Collectionne Des Canards » et après les nouveaux classiques « Kammthaar », et « Evier Metal », le groupe quitte ses fans qu’il retrouve la nuit tombée au Macumba Open Air (la boite de nuit du festival). (Axl)

MYRKUR – Massey Ferguscène – 22h20/23h10

Myrkur est typiquement le genre de groupes qui divise, car il ose reprendre les codes du Black Metal, se les appropriant jusqu’à les transformer… Dommage pour ceux qui ont décidé de bouder la formation, car elle sert un concert agréable à l’oreille, rythmé par les cris et les chants lyriques (tous exprimés en Danois) de sa chanteuse, visiblement fière de ses origines. Alors, certes, la frontwoman rencontre peut-être quelques problèmes de son au cours de son concert, mais force est de constater que son charisme prend le dessus, surtout quand elle pose sa guitare pour nous chanter un petit poème avec ses percussions d’un autre temps… (Axl)

MINISTRY – Dave Mustage – 23h15/00h10

Ministry est très attendu quand la bande à Al Jourgensen déboule sur scène. Gros show en perspective avec écran en fond de scène et énormes poulets gonflables à l’effigie de Donald Trump sur chaque côté. Cela commence avec le tonitruant single ‘Twillight Zone » tiré du dernier album Amerikkkant qui réchauffe de suite les fans. Une excitation qui ne lâchera plus la fosse jusqu’au dernier morceau, car Ministry trace sa route et emporte tout sur son passage à coups de pamphlets contre le gouvernement américain, contre le faschisme et tout simplement contre les violences de ce monde. Ministry est la preuve que l’on peut avoir un discours politique antifa, sans tomber dans le préchi precha « bisounours ». Un show « à l’américaine » mais avec du sens donc, qui a ajouté une véritable dimension supplémentaire aux morceaux. (Hyass)

BELPHEGOR – Supositor Stage – 00h20/01h10

« Belphegor sur la Supositor Stage ? Mais, ils ne vont pas vouloir y jouer ! » Les craintes allaient bon train tout au long de la journée et pourtant – retournement de situation – la Supositor Stage s’est avérée un excellent choix pour programmer Belphegor. La nuit est tombée, toute la fosse est dans le noir, presque dans la forêt avec les étoiles pour seuls panneaux de direction… Comme des rats quittent le navire, la foule s’agglutine aux abords de la scène sur laquelle tourne une intro en attendant le déluge. Car dès que les Autrichiens monteront sur scène, nous assisterons à une véritable messe noire avec croix retournées, squelettes d’animaux non-identifiés et corpse painting de rigueur. Les incantations de Helmuth sentent le souffre et Satan a bien failli quitter les Enfers pour visiter ses partisans de Saint Nolff… Intense, habité et loin du spectacle de Guignol, ce show fut assurément LA grosse claque de cette première journée. (Hyass)

ALESTORM – Dave Mustage – 01h15/02h15

Grosse incompréhension du coté de la Dave Mustage ! Alestorm ne donne aucune signe de vie. C’est après un gros retard d’au moins 20 minutes que les fêtards britanniques font leur apparition sur scène. Alors, très vite, les raisons de ce retard sont révélées. Ça ne va pas du tout en ce qui concerne le son… Seuls les claviers sont audibles… Mais il en faut plus pour décourager les vikings en plastique qui n’ont d’oreilles que pour ce « folk » qui n’a plus que de « folk » que le nom (tout est devenu parodique chez Alestorm…) ! Quoi qu’il en soit, les animations dans le pit se multiplient (et les fans peuvent enfin faire le drakkar) pendant que les faux-pirates chantent la passion qu’ils ont pour la boisson alcoolisée. Comme d’habitude, ce sont leurs gros hits Folk (notamment les reprises d' »Hangover » et « Drink ») qui récoltent le plus de suffrage de la part des fans, qui, visiblement, n’étaient pas si dérangés que ça par le manque d’attaque du concert. Bref, grâce à Alestorm, les festivaliers sont fin prêts à faire la fête au camping. (Axl)

La première journée a clairement répondu à nos attentes. Entre la confirmation « live » de The Lumberjacks Feedback, la régalade d’Ultra Vomit, le show politisé de Ministry ou la messe noire de Belphegor, les spectateurs ont pu expérimenter différentes ambiances « Metal » et découvrir ou redécouvrir toutes les subtilités d’un genre qui a plus d’une corde à son arc… 

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