Un album d’Aborted, c’est toujours une grosse tarte dans ta gueule – et TerrorVision ne fait pas exception à la règle. C’est donc deux semaines après la sortie du dixième opus de la formation Belge que la rédaction a décidé d’en remettre une couche et de s’entretenir avec Sven, son hurleur, le temps d’un gros quart d’heure. On y a parlé de la conception de TerrorVision, incontestablement un des albums marquants de l’année, de la scène Metal en Belgique… mais pas que ! 

Propos de Sven (chant) recueillis par Axl Meu le  11 octobre


Est-ce que tu peux revenir sur la fameuse tournée que vous vous venez d’entreprendre avec The Black Dahlia Murder en Australie ? C’était comment ? 

Vraiment cool ! Ces mecs, on les connaît depuis plus de dix ans. La première fois qu’on a joué avec eux, c’était en 2006. Et ensuite, nous avons tourné ensemble en 2008. On se connait bien, ce sont de bons amis… mais après, l’Australie, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux pour tourner, car tu dois prendre l’avion tous les jours, donc tu ne dors pas beaucoup ! Mais après, cette tournée était simplement géniale, pas mal de nos dates ont affiché sold-out ! 

Ça faisait d’ailleurs quatre années que vous ne vous y étiez pas rendus ! 

Oui, on était assez curieux de savoir ce que ça allait donner ! 

TerrorVision sort deux années après Retrogore. Aborted étant un groupe qui est souvent sur la route, comment faites-vous pour alterner tournées et compositions ?

C’est la passion ! (Rires) On ne compose pas sur la route, rien. Après, moi, je suis le seul membre du groupe à avoir un travail à coté. Donc, quand les autres membres sont chez eux, ils se penchent sur l’écriture. Après pour être honnête, on a freiné la cadence des tournées pour se pencher sur l’écriture du nouvel album. Après la tournée qu’on a faite avec Kreator (SepulturaSoilwork, ndlr), on s’est concentré sur l’écriture de l’album… D’ailleurs, la fameuse tournée qu’on a faite cet été aux U.S.A. était la première et dernière tournée promotionnelle américaine de Retrogore ! 

J’ai appris que les membres de Benighted étaient dispatchés un peu partout sur le globe : Belgique, Hollande, Italie, États-Unis… Comment faites-vous pour composer ? 

Ce n’est pas si compliqué que ça pour finir, car tout le monde travaille avec Cubase ! Tous les membres enregistrent leurs démos dans leur coin, tout le monde s’envoie ses riffs, ses structures. Pour ce qui est de la pré-production, nous avons tout enregistré séparément, chacun chez soi, avant d’entrer en studio. Après, notre producteur nous a donné sa vision des choses, avant que l’on rentre au studio.

Du coup, les répétitions, ça se passe comment ? 

Ça dépend ! Pour notre tournée américaine, nous n’avions pas pu répéter… En plus, ça faisait huit mois qu’on ne s’était pas vus ! En fait, le secret, c’est qu’il faut faire preuve de discipline et s’entraîner régulièrement chez soi. Pour l’Australie, c’est pareil, on n’avait pas pu répéter ! Pour la tournée qui arrive avec Benighted, Crytopsy et Cytotoxyn, on a bloqué quatre journées de répétition avant la première date.

« Les films d’horreur, ça nous rappelle d’excellents souvenirs d’enfance »

Pour revenir à la production de TerrorVision, il me semble que l’apport de Kristian « Kohle » Kohlmannslehner, votre producteur, a été primordial.  

Oui, il regarde les morceaux d’une façon complètement différente. On va dire qu’il a écouté les démos avec une oreille « allemande ». Il est fort pour ce qui est des petits détails ! En général, il donne son avis sur tel ou tel morceau. Parfois, il nous demande de répéter tel ou tel riff. Après, c’est à nous de dire si on est d’accord. Nous avons toujours le dernier mot. En tout cas, c’est toujours très intéressant de travailler avec lui, car nous avons parfois enregistré vingt démos différentes pour un morceau… En fin de compte, tu n’as plus les oreilles assez fraiches pour émettre un avis constructif sur ta propre musique. Après, il m’a épaulé dans ma tâche afin de proposer des parties plus « accrochantes » au chant. 

Dirais-tu que TerrorVision est la version aboutie de Retrogore ? 

On a eu plus de temps en tout cas. Et je vais dire qu’on était quand même plus critiques au sujet de notre musique. On l’était déjà pour Retrogore, mais je trouve qu’on l’était plus cette fois-ci. Pour cet album, nous avions tellement de compositions ! On a composé le double de morceaux, mais on s’en est débarrassés de la moitié, car ils n’étaient pas assez intéressants. On avait une vision assez claire de ce que l’on voulait. 

Il y a trois invités sur l’album. Julien Truchan (Benighted) chante sur « The Final Absolution », Grimo (Cytotoxin) sur « A Whore D’oeuvre Macabre » et Seth (Septicflesh) sur « TerrorVision ». Sachant que vous allez partir en tournée avec Benighted et Cytotoxin, est-il envisageable que les chanteurs concernés s’invitent sur scène ? 

Il y a moyen de moyenner ! (Rires)

Donc, tu me confirmes ça ? 

C’est possible ! (rires) 

Les thématiques abordées sur votre album sont, une nouvelle fois, en lien avec les films d’horreur des années 80. Pour la pochette, vous vous êtes inspirés du film Blade Runner. Est-ce tu peux revenir sur les différents packagings, notamment celui avec le « Pop-Corn »…

On voulait vraiment faire quelque chose de spécial, comme pour chaque album d’ailleurs… Il y a une édition vraiment limitée. Tu sais, ces films d’horreur, ça nous rappelle d’excellents souvenirs d’enfance. Quand tu es jeune, tu invites tes amis à regarder des films d’horreur chez toi. Du coup, on a décidé de proposer une sorte d’édition limitée, avec un t-shirt, un vinyle coloré, le CD, une lithographie signée et… un gobelet de Pop-Corn et le Pop-Corn qui va avec ! Après, il y a d’autres éditions bien sympathiques, notamment la petite box avec la pochette en 3D avec un drapeau, un patch et d’autres choses ! 

L’imagerie que véhicule le groupe joue beaucoup sur sa popularité !

C’est super important pour nous aussi… D’un côté, je suis designer, donc personnellement, il m’importe de créer un univers. Pour la pochette, j’ai donné une ligne directrice à Par Olofsson. Il m’a proposé deux pochettes différentes… On peut faire différentes lectures de celle qu’on a choisie. Elle est inspirée des vieux films d’horreur, mais aussi de tout ce qui se passe dans le monde actuel. 

Aborted, à chaque fois, c’est une mandale dans ta face. Vous comptez ralentir la cadence un jour ? 

Je ne sais pas ! Le plus important pour nous, c’est de dégager de l’énergie par l’intermédiaire de nos morceaux. On veut des morceaux qui tabassent ! Tout se joue sur l’énergie ! Après, la vitesse n’est pas un facteur important, mais ça m’étonnerait qu’on écrive un album « mid-tempo » ou de Death’n’Roll. 

Ça fait 25 ans que le groupe existe. Votre première démo est sortie en 1998, et votre album, The Purity Of Perversion, remonte à 1999. Avez-vous prévu quelque chose de spécial pour le 20ème anniversaire de cet album ? 

On en parle, on a des options. En fait, nous avons enregistré trop de morceaux pour TerrorVision. Il y en a quatre qui sont totalement finis, mais on n’a pas pu les mettre sur l’album. On a donc décidé de faire deux « tracklistings » différents ; une pour l’album, une autre pour un EP. Ce ne sont pas des B-side, ce sont des morceaux qui nous plaisent vraiment ! Et vu que ça sortirait pour les vingt ans de The Purity Of Perversion, on a également pensé à ré-enregistrer quelques morceaux de l’album histoire de gonfler l’objet ! 

« Il y a beaucoup de concerts à Lille, et habitant à Courtrai, il arrive que je m’y rende, mais il y a d’autres Flamands qui préfèrent aller à Anvers, alors que c’est plus loin ! »

Difficile de ne pas faire le rapprochement entre cette idée d’EP et celui que Benighted a sorti pour ses 25 ans (Dogs Always Bite Harder Than Their Master, ndlr)… Pourquoi ne pas avoir sorti un split ensemble ? C’était le moment ! 

On en parle depuis des années, mais le problème ne vient pas de nous. Quand on a suggéré l’idée de faire ce split, Century Media, notre label, n’était pas trop partant. En fin de compte, il s’est montré intéressé, mais les mecs de Benighted n’avaient plus rien en stock. Après, on se rattrape comme on peut. J’interviens sur leur EP et vice-versa ! Ce sont comme des frères pour nous, c’est vraiment dommage qu’on ait pas pu faire ce split !

Tu me parles d’une amitié qui s’est renforcée quand vous êtes partis ensemble à la croisière 70. 000 Tons Of Metal en février dernier ! C’était bien ? 

Pas tellement pour moi ! J’ai été malade comme un chien ! J’ai passé 80% de mon temps sur cette croisière dans mon lit. Après, j’ai vu Benighted pour leur deuxième représentation… Pas à la première, car j’étais trop claqué ! Après nos gigs respectifs, on a quand même fait la bringue ! (Rires)

Heretik Magazine est un média des Hauts-de-France. La rédaction se rend régulièrement en Belgique pour couvrir des événements. Nous avons néanmoins remarqué une grosse différence entre la Wallonie et la Flandre, notamment en termes d’audience. La Wallonie, ça semble un peu mort, malgré les efforts de quelques organisations…

Il faudrait que tu en parles avec l’équipe du Hellzine… Après, je ne sais pas si les Flamands se motivent pour aller voir des concerts en Wallonie. Les Wallons, eux, sont plus mobiles, ils vont un peu partout. Je pense que ça joue… Après, regarde, il y a beaucoup de concerts à Lille et, personnellement, habitant à Courtrai, il m’arrive que je m’y rende, mais il y a d’autres Flamands qui préfèrent aller à Anvers, alors que c’est plus loin ! Parfois, il ne faut pas chercher à comprendre…

Aurais-tu quelques groupes belges à conseiller aux lecteurs d’Heretik Magazine ? 

Il y a un groupe belge qui vient d’arriver et qui cartonne, c’est Carnation ! C’est vraiment bien fait et ça me rappelle les premiers Entombed ! Après, il y a encore Leng Tch’e qui est actif, Amenra aussi… Il y avait Oathbreaker. En Black Metal, tu as aussi Wiegedood. Dans un autre registre, il y a aussi Evil Invaders qui vaut le détour ! 

Je te laisse le dernier mot ! 

Eh bien, merci pour l’entretien ! Venez nous voir dans le cadre de la tournée que l’on fera en compagnie de Benighted, de Cytotoxin et de Cryptopsy ! On va jouer quelques nouveaux titres, et il y aura des surprises ! 

Donc tu me confirmes qu’il y aura des featurings ?

C’est possible ! (Rires)  


Aborted, c’est :

Sven De Caluwe : Chant

Mendel Bij De Leij : Guitare

Ian Jekelis : Guitare

Ken Bedene : Batterie

Stefano Franceschini : Basse

Discographie :

The Purity of Perversion (1999)

Engineering the Dead (2001)

Goremageddon : The Saw and the Carnage Done (2003)

The Archaic Abattoir (2005)

Slaughter & Apparatus: A Methodical Overture (2007)

Strychnine.213 (2008)

Global Flatline (2012)

The Necrotic Manifesto (2014)

Retrogore (2016)

TerroVision (2018)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.