UNCLE ACID AND THE DEADBEATS

WASTELAND

Doom Retro

Rise Above Records

4/5

Par Patrice Gaches


Uncle Acid and The Deadbeats est un groupe des plus surprenants par son nom et par son style. Rien que le nom est trompeur. Là où on s’attendrait à écouter l’album d’un chanteur de reggae dans un état second, c’est à un tout autre type d’artiste que l’on a affaire. L’onomastique en apparence humoristique – « Oncle Acide et les Souffles de la Mort » – de ce groupe britannique masque en réalité une profondeur pessimiste très travaillée qui se retrouve dans le titre de son dernier album, Wasteland – qu’on peut traduire mot à mot par « Pays de déchets » – et dans les multiples influences qui y convergent vers une œuvre protéiforme. 

En effet, aucun morceau ne ressemble à un autre dans cet album et cette multiplicité nous amène à voyager dès le début dans différents univers. L’introduction à l’orgue nous rappelle les films d’horreur des années 1970 – Dario Argento, George A. Romero, Brian de Palma – et la rapidité des riffs de guitare qui la suivent dans « I See Trough You » nous plonge dans la course effrénée de l’univers zombie de Dany Boyle. Nous sommes ensuite pris dans un tourbillon mélancolique habilement mené depuis la vitesse vers le ralentissement dans le morceau éponyme « Wasteland ». « Bedouin » introduit même les cuivres et « No Return » les cloches pour porter la mélodie psychédélique de la voix ni hard rock ni death metal du chanteur au timbre ambigu proche du soprano tout en gardant une tessiture douce, suave et sensuelle à l’oreille. On se laisse ainsi emporter par un groupe qui, à travers batterie assourdie, superposition de guitares jouant en vagues décalées, nous emmène depuis Black Rebel Motorcycle ClubAlice In Chains vers Black Sabbath sans jamais être dans le plagiat ou la simple imitation.

Le rythme lancinant nous berce dans un doux cauchemar empli de plénitude, empreint de Doom et que nous ne souhaitons pas quitter. L’accentuation des coups de baguettes du batteur dans les dernières minutes d’« Exodus » – le dernier morceau au titre, lui aussi, non dénué de signification au propre comme au figuré – vient contrebalancer l’introduction à l’orgue accompagné en fond sonore de voix qui rappellent celles des prédicateurs. S’agirait- il pour le groupe de parodier la liturgie anglicane – voire américano-protestante – de sorte à montrer la vanité du monde ? Les membres aux cheveux longs – dignes des dandys post-romantiques de l’époque victorienne – de ce groupe détonnant nous contraint de devenir des « Blood Runner[s] » et des « Stranger[s] Tonight », de partir vers une autre terre encore invisible avec pour seule issue, même si elle est torturée, la musique rassemblée, dissociée puis fusionnée des anciens et des modernes.

C’est donc un album – méritant son vinyle – qui a son identité propre et qui est à déguster comme un bonbon
acidulé qui fuse dans l’oreille sans la faire exploser. 

 

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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