C’est un peu la sensation du moment… Zeal & Ardor attise la curiosité des mélomanes de France et de Navarre, et c’est tout à fait justifiable. En fait, ce projet qui était alors parti d’une simple boutade s’est révélé être pour finir LA bouffée d’air à laquelle personne ne s’attendait. Au risque de déplaire au plus grand nombre, le jeune musicien suisse a décidé de mêler deux univers, deux styles contradictoires en apparence, pour déboucher sur quelque chose d’assez novateur à la fin. « Tiens, et si tu associais la Soul et le Black Metal, ça donnerait quoi ?! »

Aujourd’hui, le constat est sans appel. Qui eût cru il y a six mois de ça que Zeal & Ardor, après quelques prestations remarquées (notamment sous la Valley, Hellfest) et deux albums, remplirait le club de l’Aéronef ? Personne. Pourtant, beaucoup se sont faits avoir ! La date affiche « sold-out » quelques semaines avant le début des hostilités. Tiens, ça ne vous rappelle rien ? Igorrr s’était également produit à guichets-fermés dans le club de la salle lilloise l’année dernière. Bref, pour ce qui est de ce soir, c’est à Hangman’s Chair de profiter de la situation, les Parisiens ayant saisi l’opportunité d’ouvrir pour Zeal & Ardor, le temps de ses quatre dates en France. 

Par Axl Meu

Crédit photos : Axl Meu 


Plus besoin de présenter les Parisiens. Partout où ils passent, ils plombent l’ambiance avec des sonorités lourdes qui émanent du plus profond de leur être. Et le metalleux « lambda » de base les connaît bien. Combien de fois les avons-nous vus dans le Nord ces derniers temps ? Combien de fois allons-nous les voir ? Vus au Red Studio (Douai) et au Tyrant Fest (Oignies), ce soir à l’Aéronef (Lille), très prochainement au Théâtre le Poche (Béthune), bientôt en ouverture de Samael (aux 4Ecluses – Dunkerque) et même au BetiZFest (Cambrai), le combo ne manque jamais une occasion pour faire parler de lui ! Cette avalanche de propositions de gigs est juste le fruit d’une obstination sans bornes, la même qui les a amenés à sortir le terrible Banlieue Triste (aboutissant sur un nouveau contrat avec Spinefarm Records, quand même !). En tout cas, Hangman’s Chair est à l’Aéronef de Lille et nous allons pas bouder notre plaisir. 

Et Hangman’s Chair en live, ça sonne toujours aussi bien. La caisse claire de Mehdi épaulée par un effet ‘’delay’’ éclate les tympans et les accords déconstruits quasi-sabbatien complètent foutrement bien la névrose dont est atteint Cédric (chant, guitare) qui nous a désormais bien habitués des missives : « Naïve », « Sleep Juive » et « Full Ashtray »… Clément, en forme, multiplie les prouesses avec sa quatre cordes, pendant que Julien martyrise sa guitare type « SG » au corps transparent. Aucune communication, certes, mais difficile de rester indifférent devant une telle performance ! Hangman’s Chair roule sa bosse, c’est un fait, mais espérons tout simplement que son omniprésence scénique ne soit pas un frein à son ascension. Il serait quand même dommage que le groupe finisse par lasser. 

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Dans la pénombre dans la plus totale, Manuel Gagneux et sa fine équipe investissent la scène, ensemble, le chef couvert par des capuches (rappelant alors les codes vestimentaires des portes-parole du Post Black Metal) sur l’occulte « In Ashes ». Alors, ce n’est pas une nouvelle, le quartette défend les titres de Stranger Fruit (interprété dans sa presque intégralité ce soir) et il s’avère que Manuel Gagneux est un frontman accompli. Son coffre, sa prestance et les sonorités expulsées par sa guitare synthétisent parfaitement tous ses styles de prédilection, c’est-à-dire, le Gospel, la Soul, la Pop-Rock et le Black Metal. Bref, il n’en fallait pas plus pour plonger les fans dans un autre univers, loin de la morosité ambiante d’Hangman’s Chair ! 

Manuel Gagneux, toujours plus expressif dans sa démarche, se sert de deux micros pour assurer toute sa panoplie de tonalités (un pour les parties criées, un autre pour les parties claires) et jouit de l’apport de ses deux choristes, Denis Wagner et March Obrist, dont le rôle est de nuancer le chant du frontman… Pendant ce temps, les (désormais) gros hits « Gravedigger’s Chant », « Servants », « You Ain’t Coming Back » s’enchaînent sans discontinuité, car « on n’est pas ici pour nous écouter parler, n’est-ce pas ? » s’explique le Suisse avant de reprendre de plus bel. L’immersion s’effectue donc sans entrave sous le regard complice de tous les musiciens qui doivent faire avec l’étroitesse de la scène… Un petit détail qui, toutefois, ne dérange pas les fans… Qui ne s’est pas surpris en train d’entonner les couplets « soul » de « Don’t You Dare » ? Qui n’a pas pas été touché par la mélancolie dont est empreint le mystique « Children’s Summon » ? Qui n’a pas prêté attention au soin qui a été apporté aux arrangements sur « You Ain’t Coming Back » ? La combinaison des différentes couleurs musicales est vraiment le fruit du génie ici. On n’est jamais dans le « trop-plein », le musicien ayant mis au point un parfait équilibre, « sa propre recette » diront les autres !

Du début jusqu’à la fin, l’Aéronef – qui a passé son temps à entonner les paroles des chansons du groupe – s’émerveille et reste abasourdi par la qualité du concert qui lui est livré. En d’autres termes, entièrement galvanisé par la prestance scénique du combo, le public continue, même à la fin du gig, à réclamer d’autres titres et finit même par surprendre le frontman qui, lui, ne s’attendait pas à un tel accueil pour sa première à Lille, un dimanche soir qui plus est ! Une poignée de titres : « Don’t You Dare », « Devil Is Fine » et « Baphomet » et Manueux Gagneux peut enfin repartir dans sa loge avec le sentiment du devoir accompli.

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Après une telle prestation, il y a fort à parier que Zeal & Ardor bouleverse et redéfinisse entièrement les codes de la musique les années à venir, si ce n’est pas déjà fait, pour le grand plaisir de ses nombreux fans et détracteurs. Chiche, la prochaine fois, on remplit la grande salle de l’Aéronef ? 

 

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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