On ne présente plus Yann Armellino (guitariste de talent), on ne présente plus non plus El Butcho (Hellectrokuters, ex-Watcha…). Un événement : le Paris Metal France Festival (lancé par Phil’Em All), l’édition de 2014, une belle rencontre ‘’backstage’’, un nouveau projet ! Après un premier album, Better Way (2016), bien sympathique, les deux Parisiens nous reviennent avec 17, un opus résolument Rock’n’Roll, comme on n’en fait (presque) plus aujourd’hui ! 

Propos de El Butcho (chant) recueillis par Axl Meu


Yann Armellino & El Butcho, c’est le projet de deux hommes. Mais il y a des musiciens qui vous accompagnent. Ce sont toujours les mêmes aujourd’hui ? 

Sur le premier album, il n’y avait que Yann et moi. C’est lui qui s’était occupé de tout, et la batterie avait été mise en boîte par notre producteur. Après, pour le live, nous avons trouvé les bons musiciens, Julien et Jacques, respectivement à la basse et à la guitare, et Yann a demandé à son frère, Alban, s’il voulait s’occuper de la batterie. Pour ce nouvel album, ce line-up a été impliqué dans le processus d’écriture. Julien s’est occupé de ses propres lignes de basse et Jacques a proposé un morceau. Alban a, lui, assuré 8 des 12 pistes de batterie. 17 est le fruit d’un travail de groupe ! 

Butcho, tu as pas mal de projets à ton actif. Beaucoup te connaissent depuis Watcha. Ce projet avec Yann, que t’apporte-t-il ? 

Tu sais, je suis un mec très créatif. J’ai toujours ressenti le besoin de créer, j’ai toujours eu un trop-plein d’idées en moi. C’est un ensemble… Tu sais, ce besoin de m’exprimer différemment, par l’intermédiaire de tous ces projets…  Avec Yann, c’est différent comparé à Hellectrokuters… Si je m’écoutais, je sortirais six albums par an ! 

Tu ne ressens pas la fatigue à force d’accumuler tous ces projets ? 

Non, c’est ça le pire ! (rire) J’ai de la chance, j’entends à l’avance tous les morceaux. Ils sont dans ma tête, et c’est à moi de les traduire aux musiciens qui m’accompagnent.

En quoi pouvons-nous dire que le style de Yann et le tien se complètent bien sur ce nouvel album ? 

Yann est un excellent guitariste et j’ai toujours aimé composer avec des musiciens talentueux. Il y a quand même un feeling très particulier dans le jeu de Yann. Lui a toujours aimé mon timbre de voix. Tout de suite, ça a ‘’matché’’ ! Dès le premier essai, c’était dans la boîte ! 

Pour sortir 17, vous avez lancé une campagne Ulule sur Internet. Elle vous a permis de récolter plus de 8000 euros…

C’est vraiment ce dont nous avions besoin pour sortir l’album dans les meilleures conditions possibles ! C’est un peu bizarre pour moi, car j’avais vraiment l’impression de quémander, mais au final, non. Car c’est une façon comme une autre de voir qu’il y a des gens qui nous soutiennent. C’est comme si nos fans étaient les producteurs de notre album.

J’imagine qu’il y avait de belles contre-parties. 

Oui. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais ils ont eu l’album avant tout le monde et quelques ‘’goodies’’ avec. 

« Il faut passer à autre chose, les maisons de disque ne servent plus à rien ! »

Tous ces financements participatifs révèlent bien le climat musical actuel. Déjà qu’il est difficile pour les groupes de se produire à droite à gauche… Désormais, les artistes ont pris l’habitude de solliciter leurs fans pour sortir un simple album. 

Il faut se rendre à l’évidence… Le marché du disque n’existe plus, il est mort ! Il faut se mettre ça dans la tête. Aujourd’hui, il faut tout faire par soi-même ! Produire un album, le mettre en boîte, le mixer, le sortir, ça coûte un bras, donc on a besoin de solliciter nos fans…  Il faut oublier les maisons de disque. Le plus important pour moi est de trouver une agence de booking qui veuille bien s’occuper de nous. Mais le problème, c’est que les agences de booking ne sont pas intéressées quand tu ne travailles pas avec un label. Ils sont vraiment dépassés… Il faut passer à autre chose, les maisons de disque ne servent plus à rien ! 

Le style que vous jouez, il est très ancré dans les 70’s et les 80’s. On ressent bien l’influence des classiques comme Whitesnake, Thin Lizzy et consorts dans ce que vous faites… Les gens qui te suivent le savent, tu ne vis que pour cette scène, les gros qui ont marqué les années 80 !

Oui, je suis resté coincé dans les années 80. C’est aussi clair que net et je l’assume entièrement ! Je n’écoute que ça depuis que je suis ado. Aujourd’hui, j’ai 50 balais ! Ça m’agace de voir tous ces gens de mon âge qui n’assument plus ce qu’ils écoutaient dans les ‘’eighties’’. Tu écoutais du Hard Rock à l’époque, est-ce une raison pour dénigrer ce que tu étais avant ? Ça veut dire que c’était bien avant et que ça ne l’est plus aujourd’hui ? En tout cas, je reste fidèle à mes origines, à la musique que j’ai toujours aimée. Je suis Hard Rock. Je vis Hard Rock, je mange et je bois Hard Rock… même ma coupe de cheveux est Hard Rock ! C’est totalement assumé. Je suis authentique. Après, qu’on aime ou qu’on aime bien, cela ne m’importe guère ! Je continue de m’éclater comme à l’époque où j’étais ado ! 

Avec ce fanatisme dont tu fais preuve à l’égard des 80’s, il n’est pas trop difficile de ne pas tomber dans le plagiat ? Comment fais-tu pour te démarquer ? 

Mon but ultime n’est pas de me démarquer de tout ce que les autres font ! Je peux le dire clairement, ma musique n’invente rien, et je pense que je n’inventerai rien ! Je ne veux pas innover, je veux juste jouer cette musique que j’aime et être le plus honnête possible ! Je ne vais pas faire dans le dernier style à la mode juste pour être dans le coup… Même à l’époque de Watcha, on se surprenait de voir que je n’aimais que ce style de musique. On me traitait de ringard, car j’étais fan de Lynch Mob, Dokken, Ratt, Poison et de tous les autres. J’écoute toujours ces groupes. Ça n’a jamais changé et ça ne changera jamais ! C’est sûr que ça puisse étonner que l’ex-Watcha soit aussi branché Hard 80’s, mais bon…

Ce style était un peu dépassé dans les années 2000, mais il semblerait que les jeunes redécouvrent ce style, notamment grâce à leurs parents…

Oui, je le vois ! Je chante dans un groupe de reprises des années 80, Showtime, et mon guitariste n’a que 25 ans ! Il connaît les titres par coeur. Pour te dire, je n’ai même pas l’impression de discuter avec un gars de 25 ans quand je suis avec lui ! (Rires) Parfois, j’ai même l’impression qu’il en sait plus que moi ! Ça fait plaisir de voir toute cette nouvelle génération s’intéresser à cette musique. Aujourd’hui, il y a des jeunes groupes comme Eclipse qui se débrouillent très bien ! 

On va revenir à 17, ce nouvel album que tu as sorti avec Yann. Que pourrais-tu dire au sujet de l’imagerie qu’il véhicule ? La pochette est très typée « U.S.A. ».

Oui. C’est moi qui ai conçu l’artwork. Je voulais quelque chose de chaleureux ! D’ailleurs, le panneau sur lequel est inscrit « 17 » est un clin d’oeil à celui de la Route 66. Ce nouvel album, il faut le concevoir comme un « roadtrip », un voyage entre potes, un voyage où tout le monde est libre ! 

Quel est ton morceau préféré de l’album ? 

Le deuxième, le titre éponyme, « 17 » ! Car on sent qu’on a travaillé en équipe dessus. On se connaît mieux désormais… J’avais déjà bien aimé les morceaux du premier album, mais là, je peux clairement te dire que je préfère ceux du deuxième album.  

« Il ne faut pas seulement économiser pour les gros événements… »

On se souvient de votre prestation dans le cadre du Raismes Fest en 2017. Mais qu’en est-il d’aujourd’hui ? Avez-vous des dates de prévues pour la suite ? 

On est en train de voir avec la personne qui s’occupe de nous pour les dates. Je ne te cache pas que ce n’est pas gagné ! Les salles ne veulent plus faire jouer les groupes en développement. Les programmateurs ne prennent plus le risque de faire venir un groupe qui ne va ramener que 20 personnes pour finir. Je peux comprendre, ce n’est pas uniquement de leur faute en fait… C’est un peu la faute à tout le monde, je crois. Il faut soutenir les groupes locaux et nationaux. Il ne faut pas économiser que pour les gros événements ! Les grosses têtes d’affiche que tu vois aujourd’hui au Hellfest, elles ont aussi commencé à partir de rien ! Il faut soutenir tout le monde, et nous, on en a vraiment besoin. 

La France est le pays du non-Rock’n’Roll pour toi ? 

Ce n’est pas ça, non. C’est juste qu’il y a beaucoup de gens qui ne prennent pas de risques. Pour certains, c’est l’argent qui prime avant tout. Les programmateurs ne prennent plus le risque de programmer des petits groupes. Après, ce n’est pas entièrement de leur faute… Mais côté public, je dirais qu’il ne faut pas seulement économiser pour les gros événements… Avant d’être ce qu’elles sont aujourd’hui, les têtes d’affiche ont aussi commencé dans des cafés… 

Pourtant, toi, tu es habitué des belles scènes, notamment avec Watcha, et même dernièrement avec Showtime avec qui tu as tourné dans le cadre du Warm-Up Hellfest en 2017. Je t’ai vu au Splendid, c’est quand même pas mal… 

Cette tournée pour le ‘’Warm Up’’, c’était juste de la folie pour moi ! Même à l’époque de Watcha, je n’avais jamais enchainé plus de douze dates d’affilée ! C’était assez difficile ! Tous les techniciens faisaient la fête dans le tour-bus, mais vraiment, tous les soirs ! Ça fumait à l’intérieur, moi, je ne fume pas, donc j’étais obligé d’attendre le départ du bus, que tout le monde sorte pour pouvoir me reposer. C’était très difficile, mais très « fun » ! 

Ne pas fumer, c’est important pour ta voix ? 

Oui ! Je ne fume pas, je ne bois pas, je ne me drogue pas. Zéro excès ! Mon corps est mon instrument, donc, oui, aucun excès ! 

Heretik Magazine se focalise sur la scène des Hauts-de-France… Il me semble que tu connais bien notre région ! 

Oui ! J’adore le Nord ! J’adore les gens du Nord… Si je pouvais jouer tous les jours chez vous, je le ferais sans hésiter ! 

Y-a-t-il des formations de chez nous qui t’ont marqué ? 

Noise Emission Control ! Ils sont vraiment pas mal ! Après, bien sûr, je connais Loudblast… ! 


Yann Armellino & El Butcho, c’est : 

El Butcho : Chanteur

Yann Armellino : Guitare

Julien : Basse

Jacques : Guitare 

Alban : Batterie 

Discographie : 

Better Way (2016)

17 (2018)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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