Kadinja s’était déjà construit une certaine aura après la sortie de son premier album, Ascendancy. Il faut dire que ses membres étaient loin d’être à leur premier projet et que ses musiciens n’étaient pas passés inaperçus ! Et à force de travail et de sacrifices, les Franciliens sont parvenus à signer sur le prestigieux label Arising Empire après une première collaboration avec Klonosphere qui, disons-le clairement, a porté ses fruits. En décembre dernier, son chanteur, Phil, était à Paris pour défendre Super 90’. Heretik fait le point. 

Propos de Philippe (chant), complétés par Pierre (guitare) recueillis par Axl Meu


La France découvre encore Kadinja…

Oui, oui ! C’est vraiment le dernier projet dans lequel nous nous sommes investis ! 

L’année dernière, vous aviez sorti un premier album, Ascendancy. Un peu plus d’un an plus tard, vous lancez Super 90’ ! Quels progrès pensez-vous avoir fait entre ces deux albums ? 

Pour moi, il y a eu pas mal de progrès qui ont été faits, notamment en ce qui concerne les intentions de chant. Pareil pour tout ce qui concerne notre approche de la musique. On n’est plus là à se demander quel style jouer… Cette fois-ci, j’ai vraiment voulu chanter les morceaux tels que je les entendais. Pendant un an et demi, j’ai travaillé sur un projet de Synth-Wave, plutôt style années 80, qui m’a permis de redécouvrir ma voix, grâce auquel j’ai ressenti de nouvelles sensations. J’ai donc saisi l’opportunité, avec Super 90’, de faire de nouvelles choses. 

Il y a un gros travail qui a été effectué sur les pistes de chant. Ça se ressent notamment lorsqu’on écoute le titre « House Of Cards ». Comment as-tu travaillé ta voix sur ce morceau ? 

C’est bizarre que tu me parles de ce morceau. (rires) Ce n’est pas mon préféré ! On a été pris par le temps lorsqu’il nous a fallu mettre en boîte Super 90’s. Vraiment, j’ai dû enregistrer 70% de l’album en trois jours. C’était très intense, on a même travaillé de nuit. En fin de compte, « House Of Cards » s’est retrouvé dans les morceaux que je n’ai pas pu travailler comme je l’aurais souhaité, en plus, c’était celle qui m’interpelait le moins… Tout ça, ça m’a certainement poussé à proposer quelque chose d’autre et à prendre du recul. Après, c’est intéressant ce que tu dis, car tu soulèves la question de la subjectivité. À toi, elle t’a interpelé. Oui, elle est bien, mais ce n’est pas celle qui m’a le plus touché ! 

Pour ce nouvel album, vous êtes passés de Klonosphère à Arising Empire. Qu’est-ce que Klonosphere et Guillaume Bernard vous ont-ils apporté ? Comment la signature avec Arising Empire s’est-elle goupillée ? 

Je dois t’avouer que j’étais un peu pétrifié à l’époque de la sortie d’Ascendancy. Je suis plus ou moins resté dans le silence… Je me posais beaucoup de questions à un tel point que je me demandais si je voulais encore partager toutes ces chansons. Non pas que je n’aimais pas ce que l’on faisait, mais je n’étais pas trop impliqué dans la promotion de l’album. J’ai ressenti pas mal de pression. Donc, concernant Klonosphere, je peux juste te dire qu’on a eu une bonne diffusion et que le service ‘’presse’’ a bien fait son travail. Notre premier album a eu un bon retentissement. Aujourd’hui, nous sommes chez Arising Empire, c’est différent. C’est super impressionnant. Et travailler avec une telle structure, ça fait retarder les choses… Nous avons beaucoup échangé concernant les termes du contrat, et pour faire court, Arising Empire nous a proposé un chèque de 15.000 euros pour que nous partions en tournée avec Monuments, Atlas et Vola. Quand tu as un label de cette envergure qui te fait une avance de la sorte, ça reste quand même exceptionnel ! Les cinq semaines de tournée que l’on a faites avec Monuments, c’est notre label qui a tout financé ! Donc, oui, ça a fait retarder la sortie du nouvel album… Peut-être qu’on aurait pu revenir dessus, le travailler autrement ? En tout cas, c’est un honneur de faire partie de l’écurie d’Arising Empire. Ces gars-là se retrouvent régulièrement autour d’une table ronde pour écouter des artistes et par chance, ça a marché pour nous. Ça s’est concrétisé par la suite avec une signature, une avance d’argent et une promesse de tournée ! 

« Notre recette ? Se détacher des normes et essayer de nouvelles choses ! »

En ce qui concerne votre style, il est quand même très moderne. Monuments fait sans doute partie de vos sources d’inspiration, on peut également penser à Meshuggah et même à ces groupes européennes qui font beaucoup de bruits en ce moment, je pense à Novelists, mais aussi Jinjer et TesseracT. Quelle est votre recette à vous ? 

Notre recette ? Se détacher des normes et essayer de nouvelles choses ! Par analogie, je dirais que l’on fonctionne comme Picasso et les Surréalistes. On a voulu se reconnecter avec nous-mêmes, avec nos sensations. C’est Pierre, notre guitariste, qui compose la grande majorité de nos morceaux. Lui, il écoute beaucoup de Djent, TesseracT, Monuments… Moi, j’en écoute pas tant que ça ! La recette, elle est simple, mais pas franchement facile à digérer en fin de compte. On a voulu faire un truc qu’on aimait bien faire… Pierre compose les parties, et nous on retravaille ensemble sur les voix, et aussi bizarre que cela puisse paraître, on a décidé de mettre de côté le côté « performing » de notre musique, tu sais, le fait de penser à la technique. 

Justement, tu anticipes une de mes questions. Quand on joue le style qui le vôtre. On a tendance à croire que vous faites dans la technique, pour justement, montrer que vous savez bien jouer… En fin compte, le spectateur devant la scène peut vite s’ennuyer…

Oui, je suis tout à fait d’accord avec toi. Au bout d’un moment, je pense que les gens le savent (rires). Pour commencer, le plus important, c’est d’aimer la musique que tu joues. Personnellement, je me suis remis à chanter en français, je chante toujours en anglais, mais, c’est différent d’exprimer ses sentiments dans sa langue d’origine. Après, ça revient à ce que je voulais te dire tout à l’heure ! La musique pour moi, c’est un partage d’émotions, qui sont propres à nous, d’où la fameuse singularité dont je faisais allusion tout à l’heure. Je veux être authentique, et la technique n’est pas toujours utilise dans ce contexte. Je ne chante pas comme un auteur… Qu’est-ce que le beau ? Qu’est-ce qui n’est pas beau ? En tout cas, au sein du groupe, on a réussi à se retrouver pour faire quelque chose qui nous plait vraiment. 

Comme tu m’as dit, c’est Pierre qui s’occupe de toute la partie « composition ». J’ai cru comprendre qu’il avait également son propre studio d’enregistrement. Vous avez ce luxe d’enregistrer à la maison !

J’ai même envie de te dire qu’on a le luxe de faire de la musique tout simplement ! Faire de la musique… Quand on y pense, ce n’était pas encore donné il y a quelques années de ça. Aujourd’hui en France, c’est facile de jouer, même s on est obligé de payer pour trouver ses premières dates… Mais rien que d’enregistrement, avant, ce n’était pas donné et tout le monde n’y avait pas accès ! Quand on a commencé, on n’avait pas tout ce matériel à notre disposition. Je pense que, à partir du moment où tu mets de l’énergie dans ce que tu fais, que ce soit conscient ou inconscient, tu provoques les choses. C’est un peu le cas pour Pierre. Il a travaillé pendant toutes ces années. De mon côté, je suis ingénieur du son, et j’ai vu Pierre faire des sons sur du matériel qui n’était pas adapté à ses tout débuts. En tout cas, cette partie, ça te travaille, et le côté ‘’production’’, on ne peut pas le négliger. Tu ne peux pas être musicien sans être un minimum ‘’technicien’’ !

« Tu ne peux pas être musicien sans être un minimum ‘’technicien’’ ! »

La dernière piste de l’album « Avec Tout Mon Amour » est très particulière. J’ai l’impression que le chant n’est pas trop mis en avant…

Quand j’ai reçu cette chanson, j’ai dit à Pierre que ce serait un crime de poser du chant dessus. Elle se suffisait par elle-même. J’ai écouté la chanson, plus de vingt fois… mais je ne trouvais pas. J’avais décidé de respecter sa composition et Pierre a décidé de faire participer son pote Larry (Tola, ndlr) avec qui il travaille. Ça résume bien le processus de création de ce nouvel album. Tout s’est fait autour d’un partage commun. Après, en ce qui concerne le mix, je ne sais pas quoi te dire, ça dépend tout simplement de la manière dont tu perçois les choses. Un mix ne peut pas être parfait, mais on a utilisé les fragilités qu’on pouvait avoir et on les a exploitées. Ça crée un charme ! 

Sur Super 90’, on retrouve également une reprise acoustique d’« Episteme », titre de votre premier album ? D’où l’idée de la reprendre en acoustique vous est-elle venue ? 

Pierre : Cette idée nous est venu au lendemain d’une soirée un peu arrosée. On avait juste envie de réadapter une titre de Kadinja en acoustique. On s’est retrouvé Phil et moi à ré-enregistrer ce titre avec les moyens du bord. C’était en ‘’one-shot’’ et on s’est focalisé sur les intentions. Quand nous étions en train de travailler sur la tracklist de l’album, on s’est dit que ce serait une bonne idée d’inclure cette reprise. Elle a pour but de faire « un break » dans tout ce mélimélo de riffs ! 

Tu me parles souvent d’émotion, mais votre musique reste quand même assez froide ! 

Forcément, tu as un côté froid dû à la technique. C’est évident. Tu as un côté ‘’élitiste’’. Je pense qu’écouter notre musique n’est pas un acte anodin. D’ailleurs, je n’ai pas envie de dire que je joue du Metal, ni que je chante dans un groupe de Metal. La notion de Metal ne veut plus dire grand chose aujourd’hui. Kadinja ne renvoie pas le cliché fort du Metal. Si je devais expliquer aux gens dans quel style on s’est lancé, les gens ne comprendraient pas forcément où je voudrais en venir. Pour notre musique, j’entends bien ce côté froid, ce côté franc. Oui, il y a sans doute quelque chose de froid dans notre musique, mais au risque de me répéter, il y a une vraie recherche dans les émotions que l’on veut véhiculer. Moi, je les recherche en fonction de mes intentions de voix, de mes textes. Après, on ne sait jamais si on parviendra à toucher quelqu’un ou non. C’est toujours la même question et on ne le saura sans doute jamais avant d’avoir sorti l’album ! 

J’imagine que d’autres tournées vont arriver pour vous. Mais Morgan, votre batteur, va sortir un nouvel album avec Myrath prochainement. Ça ne va pas être trop difficile pour lui d’enchaîner les tournées pour ses deux groupes ? 

Ça se goupille bien finalement. Son planning se présente bien, notre album sort au bon moment et pour Myrath, pareil. Les deux sont totalement conciliable. Après, au niveau de l’énergie, c’est toujours pareil. Je connais bien Morgan, il n’arrêtera pas parce qu’il est fatigué. Ça se passe très bien pour Kadinja et Myrath. 


Kadinja, c’est : 

Philippe Charny Dewandre : Chant

Pierre Danel : Guitare

Quentin Godet : Guitare

Steve Tréguier : Basse

Morgan Berthet : Batterie

Discographie : 

Ascendancy (2017)

Super 90’ (2019)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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