Artiste multi-cordiste (musique, art visuel…), Emma Ruth Rundle est une musicienne prolifique et authentique qui ne cesse de dévoiler un peu plus d’ « elle » à chaque sortie d’album. Son dernier en date, On Dark Horses, qu’elle décrit comme un opus autobiographique, en est la preuve formelle ! Sensibilité accordée ! Dans l’optique de percer tous ses petits mystères, nous avons contacté son label, Sargent House, afin qu’il nous mette en relation avec l’Américaine…

Propos d’Emma Ruth Rundle recueillis par Axl Meu


Le dernier concert que tu as donné remonte à décembre dernier. Que fais-tu en ce moment ? As-tu repris la composition de ton prochain album ? 

Je prends le temps de me reposer, mais je suis également sur plusieurs projets. J’en ai entrepris un avec le groupe de Sludge/Doom, Thou. C’est un groupe de Metal très productif ! On partira en tournée ensemble à partir du mois de mars et on fera escale au festival Roadburn, (11-14 avril prochain, Tilburg, Hollande, ndlr) ! Je suis également sur la composition d’un album acoustique et je vais également reprendre un autre de mes side-projets, The Headless Princes Of Zolpidem, qui fait dans la Electronic/Bass Music. Le dernier album que j’ai sorti avec ce projet, Somnambulant, remonte à quelques années déjà (sortie en 2013, ndlr).

J’ai découvert ta musique quelques semaines avant ton dernier passage à Lille en compagnie de Celeste à l’Aéronef de Lille. J’avoue avoir été surpris par sa sincérité. Qu’est-ce qui te motive à écrire une musique aussi introspective ? 

Je pense que… Je ne sais pas, en fait. C’est sans doute lié à mon éducation et aux groupes que j’écoutais quand j’étais ado’. Je vois la musique comme une thérapie, quelque chose qui me permet de canaliser tous les problèmes que je rencontre au quotidien… J’ai toujours aimé écouter des musiques profondes et émotives. À mon sens, le partage des émotions est quelque chose qui donne sa valeur à l’art.

L’année dernière, tu as publié ton nouvel effort solo, On Dark Horses. Cet album, c’est un peu comme une autobiographie, non ? 

Oui, vraiment. Les morceaux qui sont sur cet album parle beaucoup de moi, de ma famille… Par exemple, il y a ce morceau « Apathy On The Indiana Border », qui narre mon déménagement et du fait que j’ai tout laissé derrière moi pour rejoindre mon mari. Ce n’a pas été évident pour moi…

Tu me parles de ce morceau « Apathy On The Indiana Border ». Sur le plan musical, c’est sans doute le titre le plus intéressant de l’album, notamment du fait de sa progression…

C’est le morceau qui m’a demandé le plus de temps pour la composition. Cette chanson dégage beaucoup de frustration. Quand je compose, je commence toujours avec ma guitare acoustique, puis alors viennent les mélodies vocales et les paroles. J’avais donc cette mélodie en tête et cette fameuse progression dont tu fais allusion. Mais j’ai rencontré quelques difficultés quand il m’a fallu écrire le pont, il y a les deux couples puis le pont. Parfois, je ne rencontre pas de difficultés quand je compose, lorsque je sèche, je passe à quelque chose d’autre, mais là, c’était un plus difficile. Oui, « Apathy On The Indiana Border » est une chanson très frustrante, mais c’est aussi une de mes préférées également.

Ta signature vocale est singulière. Comment travailles-tu ta voix ? 

Beaucoup de cigarettes, beaucoup d’alcool (rires). Je n’ai jamais pris un cours de chant de ma vie, mais je pense que je serai, à un moment donné, amené à en prendre. Lors de mes derniers concerts, je toussais beaucoup et il m’arrivait de perdre ma voix. Donc, il faudra que je contacte quelqu’un qui m’apprenne à prendre soin d’elle afin que je puisse continuer d’exprimer mes sentiments, tout ce que je ressens, sans m’user la voix.

D’où puises-tu ton inspiration pour ta musique ?

On me pose régulièrement cette question, et ce n’est jamais facile de parler des musiciens qui t’influencent. J’écoute beaucoup de musique, tous styles confondus, mais il est vrai qu’il y a eu des musiciens qui ont eu un impact plus important sur moi. Par exemple, il y a des formations comme The Smashing Pumpkins qui m’ont amené à jouer de telle ou telle manières. Par la suite, mes goûts ont évolué, mais ce groupe est très important à mes yeux dans le sens où il m’a formée !

« Pour moi, la musique est une thérapie, quelque chose qui me permet de canaliser tous les problèmes que je rencontre au quotidien »

Malgré ton jeune âge, tu comptes pas mal de projets à ton actif. Tu as commencé avec Nocturnes, Red Sparowes, puis Red Sparowes est devenu par la suite The Marriages avec qui  tu n’as sorti qu’un seul album, Salome. Aujourd’hui, tu sembles t’être entièrement consacrée à ta carrière solo. Y a-t-il néanmoins des chances de revoir The Marriages se reformer pour quelques dates ? 

Cette idée a déjà posée sur la table ! L’autre jour, j’ai échangé avec Greg, le bassiste du groupe, et on a évoqué l’idée de refaire quelque chose ensemble à l’avenir. Mais je pense que ça va être compliqué, puisque notre batteur est sur un autre projet, Drab Majesty, qui commence à rencontrer du succès. Il risque d’être vraiment occupé à l’avenir. D’un autre côté, mes activités en solo me prennent également beaucoup de temps. Entre mon projet d’album acoustique et celui avec Thou, je ne sais vraiment pas où donner de la tête. Donc, il est envisageable que nous nous reformions à seule condition que nous trouvions le temps de le faire !

Tu t’es produite en compagnie de Sylvaine en novembre dernier, au Petit Bain dans le cadre de la release party de son nouvel album. As-tu aimé son nouvel album, Atoms Aligned, Coming Undone ? 

(Silence) En fait, nous avions dû annuler notre présence. Malheureusement, pour des raisons indépendantes de notre volonté, il nous était impossible de nous y rendre. Sylvaine est une de mes proches, j’aime beaucoup son nouvel album, et il se trouve que nous communiquions encore hier soir. Je regrette vraiment d’avoir dû annuler ma prestation, surtout que ce n’est pas tous les soirs que l’on joue ensemble sur le même plateau…  

Tu aimes beaucoup Chelsea Wolfe également. 

Oui, beaucoup ! Nous sommes du même label, et elle a sans doute une des plus belles voix que je connaisse !

Te sens-tu proches de l’esthétique Shoegaze ? 

Oui, bien sûr. Il y a des groupes comme My Bloody Valentine qui font partie de mes préférés. 

Ces derniers temps, tu as beaucoup partagé la scène avec Jaye Jayle, tu as même sorti un LP avec ce groupe, Time Between Us. Tu es intimement liée avec ses membres… 

Oui, le leader du groupe, Evan Patterson est mon conjoint. Il s’occupe également de l’autre guitare dans mon groupe et il s’avère que nous avons le même bassiste, Todd Cook. Donc, je ne t’apprends rien si je te dis que nous sommes vraiment proches et que nous vivons comme une famille sur la route. Néanmoins, je pense que nous serons moins amenés à nous produire ensemble à l’avenir, nous l’avons déjà beaucoup fait, et je pense qu’il est temps de passer à autre chose ! Jaye Jayle partira en tournée sans moi en Avril prochain un peu partout en Europe, je ne peux que vous conseiller d’aller les voir en concert ! 

En début d’interview, tu me parlais de ta collaboration avec le groupe Thou, un groupe de Sludge/Doom. Tu commences toujours doucement à être associée à la scène « Metal »…

C’est sans doute à cause au contenu émotionnel de mes morceaux. Je pense que c’est pour cette raison qu’on peut m’associer à l’univers des musiques extrêmes, et j’en suis très reconnaissante !

Y a-t-il des groupes de Metal que tu apprécies particulièrement ? 

Il y a bien sûr Thou, dans le cas inverse, je pense que je n’aurais jamais été capable de lancer un tel projet avec eux ! Après, j’aime beaucoup le groupe Deafheaven, un groupe Black Metal américain, originaire de San Francisco !

En Juin prochain, tu te produiras pour la première fois de ta carrière au Hellfest, le dimanche, sous la Valley…

J’ai vu l’affiche et entendu beaucoup de bien au sujet de ce festival. C’est l’un des plus grands festivals de musique au monde, donc je ne te cache pas je suis un peu stressée à l’idée de m’y produire. J’étais dans le même état d’esprit la première fois que j’ai été programmée au Roadburn Festival, mais tout s’est bien passé pour finir, ses festivaliers étant très ouverts d’esprit. Pour le Hellfest, je suis un peu anxieuse, et à vrai dire, je ne sais pas du tout comment ma musique sera accueillie là-bas. Un peu inquiète donc, mais ça ne veut pas dire que je ne suis contente qu’on m’ait demandée de m’y produire !


Emma Ruth Rundle, c’est :

Emma Ruth Rundle (chant, guitare)

Discographie :

Avec The Nocturnes :

Wellington (2008, EP)

A Year of Spring (2009)

Aokigahara (2011)

Avec les Red Sparowes :

The Fear Is Excruciating, but Therein Lies the Answer (2010)

Avec The Marriages :

Kitsune (2012, EP)

Salome (2015)

En solo :

Electric Guitar: One (2011)

Some Heavy Ocean (2014)

Marked for Death (2016)

The Time Between Us EP (2017, split with Jaye Jayle)

On Dark Horses (2018)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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