Formé en 2016, Devil Master est parvenu en un temps record à éveiller les papilles de la brigade Relapse Records chez qui il a signé pour plusieurs albums. Il faut dire que la démarche des Américains est assez unique en son genre. Le groupe, dont le line-up a dernièrement été complété avec l’arrivée d’un clavier, propose un crossover des familles entre Punk, Hardcore, Black et Crust, le tout enveloppé dans un packaging visuellement très attractif. 

Propos du groupe recueillis par Axl Meu 


Après plusieurs demos et EPs, vous sortez enfin votre premier album, Satan Spits On Children Of Light, via Relapse Records.

Le nouvel album représente non seulement la nouvelle incarnation du groupe mais aussi tout ce dont à quoi nous aspirons depuis nos débuts. Beaucoup des chansons qui composent notre premier album sont là depuis la genèse du groupe. Bien sûr, d’autres ont été composés par la suite, mais on peut dire de Satan Spits On Children Of Light qu’il représente à la fois nos débuts, notre présent et notre futur.

Le premier disque que vous avez sorti via Relapse Records, c’est Manifestations, une compilation, et non pas Satan Spits On Children Of Light. Sortir ce disque, c’était une façon pour vous d’officialiser votre signature en rendant disponibles tous vos premiers morceaux ? 

Oui, voilà, c’est ça. Avant que cette compilation ne voie le jour, nous sortions toutes nos démos et EPs de manière indépendante en quantité très limitée, en K7. Plus tard, ces K7 ont été rééditées par un label indépendant, Este There Tontraeger, en format 45t. Ils ont fait du très bon boulot ! Et nous avions toujours été très intéressés par l’idée de proposer une sorte de compilation qui puisse synthétiser au mieux les débuts du groupe. C’était désormais chose faite avec le label Relapse Records. Manifestations est toujours disponible en digital et en format physique.

Devil Master est pour le moment encore une formation obscure, très typée « underground ». Cette signature vous donnera plus de visibilité, peut-être serez-vous amenés à délaisser cette étiquette par la suite… 

Je ne pense pas ! Car Relapse Records conçoit la musique comme un tout et considère aussi bien les groupes « mainstream » et qu’ « underground ». Bien que leurs sorties aient plus de visibilité, leur intérêt pour la musique « underground » n’a jamais faibli. Personnellement, j’ai grandi à Philadelphie, là où se trouve le siège du label, et je sais que les label-managers sont de vrais fans. Ce sont le genre de gars qui vont régulièrement voir les petits groupes se produire. Après, de savoir si on est « underground » ou pas, on ne s’est jamais vraiment posés la question…

En France, nous découvrons encore l’univers de Devil Master. Votre musique est atypique. C’est un crossover entre Punk, Hardcore, Black et Crust. J’ai également lu que vous étiez très friands de la scène Hardcore Japonaise ! 

Oui, c’est ça. Nous sommes de grands fans de cette scène japonaise et ça s’entend encore dans notre son. Les groupes qui composent cette scène ont façonné notre son et nous ont amenés à prendre du recul par rapport à notre manière d’appréhender notre musique. Leur sens du chaos, leurs sonorités atypiques, leurs compositions, tout nous a attirés ! En tant que groupe, nous avons voulu aller plus loin dans l’expérimentation. Aujourd’hui, nous savons comment Devil Master doit sonner, mais nous ne nous fixons rien de précis. Nous sommes totalement libres dans notre manière d’appréhender notre musique. Ce sentiment de liberté, c’est notre colonne vertébrale, c’est tout ce qui nous permet d’avancer au sein du groupe. Nous nous sommes libérés des contraintes imposées par un seul style et désormais en mesure d’explorer notre son et univers dans sa globalité.

« Ce sentiment de liberté, c’est notre colonne vertébrale, c’est tout ce qui nous permet d’avancer au sein du groupe »

À l’écoute de Satan Spots On Children Of Light, j’ai eu l’impression qu’il s’agissait d’un concept-album. D’ailleurs, la première piste (« Listen, Sweet Demons ») et la dernière (« XIII ») sont liées. Y a-t-il une thématique qui revient régulièrement sur l’album ? 

Les deux morceaux dont tu fais allusion ont été composés par notre clavier, Dodder… Ces derniers temps, l’idée de concept-album a été stigmatisée, faire un ce type d’album ne veut plus trop dire grand chose aujourd’hui… Je ne sais pas si on peut dire que Satan Spits On Children Of Light est un concept-album. Il n’y a pas de ligne conductrice dans l’album, ni de thématique redondante. Pour moi, Satan Spits On Children Of Light développe un concept métaphysique. Il convie l’auditeur à un voyage à travers les entrailles de l’Enfer, comme celui présenté par Jérôme Bosh, artiste-peintre dont nous nous sommes inspirés pour la pochette. 

Elle est très belle, d’ailleurs ! Tu peux m’en dire plus ? 

La pochette est vraiment une extension de notre musique. Les couleurs abordées, ses teintes, ses formes représentées sont, en quelques sortes, des hommages à nos artistes préférés : Jérôme Bosh et Daniel Seagrave. Cet artwork est sensiblement différent par rapport aux autres. Les deux premiers étaient plutôt sobres, simples, alors que celui du nouvel album a des teintes plus vives. La pochette de Satan Spits On Children Of Light, conçue par Erica Frevel, avait également pour vocation de symboliser l’évolution du groupe.

Vous avez travaillé avec le producteur Arthur Rizk pour cet album. Votre son de départ étant très crade, comment avez-vous travaillé avec lui pour atteindre les objectifs fixés ? 

Arthur Rizk est aujourd’hui une pointure du milieu. Il a travaillé avec beaucoup de groupes que nous respectons beaucoup au sein de Devil Master, donc nous avons été honorés de pouvoir travailler lui. À notre commencement, nous avions pris l’habitude de tout enregistrer par nous-mêmes, façon « D.I.Y. ». C’était très artisanal. Donc, quand il nous a fallu travailler avec un producteur, j’étais un peu bouleversé. Au départ, j’étais un peu intimidé, mais l’approche d’Arthur est tellement particulière que j’ai tout de suite été à l’aise. Il savait où nous voulions aller et il a dépassé toutes nos attentes. Comme tu l’as dit, il est parvenu à ne pas dénaturaliser notre son et à conserver l’aspect cru et dégueulasse de nos démos.

Vous avez sorti un clip pour illustrer « Desperate Shadow ». Quel en est son story-board ? 

« Desperate Shadow » est une sorte de danse macabre qui se fait à travers les entrailles de l’Enfer. Nous nous sommes servis d’extraits tirés du film Vampyr (1932, Carl Theodor Dreyer, ndlr) pour monter le clip. Le courant Expressionniste Allemand et tous les films qui en ont découlé ont eu un impact considérable sur la philosophie du groupe ! Tous ces long-métrages mettent en images des visions cauchemardesques que nous cherchons à reproduire par l’intermédiaire de notre musique.

On aimerait bien vous voir en France ! Est-ce jouable ? 

Oui, oui ! Pour défendre le nouvel album, nous avons l’intention de tourner intensivement, et bien sûr, la France n’est pas exclue et fera partie de notre ‘’routing’’ ! Il se peut que cela se fasse plus vite que prévu !

D’ailleurs, à quoi vos concerts ressemblent-ils ? 

C’est sur scène que nos musiques prennent tout leur sens ! Par l’intermédiaire de nos concerts, nous développons les atmosphères physiquement. Nos gigs font l’objet de rituel pour nous, et il n’est pas rare que nous soyons dans un état second lorsque nous nous produisons sur scène. Je peux en témoigner, il m’arrive régulièrement d’être pris de visions…  


Devil Master, c’est :

Darkest Prince : Guitare

Disembody : Chant

Del : Batterie

Spirit Mirror : Basse

Hades Apparition : Guitare

Dodder : Clavier

Discographie :

Devil Master (2016 – demo)

Obscene Charade (2017 – single)

Inhabit the Corpse (2017 – EP)

Manifestations (2018 – compilation)

Satan Spits on Children of Light (2017)


A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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