Phénomène scénique des temps modernes, Steel Panther suscite autant la passion de ses partisans qu’il attise la haine de ses détracteurs. Et pourtant, quand on s’y attarde, les gars de Steel Panther semblent avoir tout compris à une époque où la bienséance est toujours plus prégnante. 2019, toujours plus extravagant dans sa marche, Steel Panther reste le maître incontesté du « Glam Metal Revival », aussi connu sous le nom de Sleaze. Et puisque chacune de leurs prestations est synonyme de régalades en tous genres, la rédaction n’allait pas se priver d’assister à l’une des dernières dates de sa « Sun Set Strip Live » de passage à Torhout (Belgique), ce samedi 16 février, avec la clef un petit dépaysement sur la West Coast et de nombreux classiques ré-interprétés pour l’occasion.

Par Axl Meu (report + photos)


Pour ce faire, un DJ a été convié pour mettre en ambiance la soirée qui se déroulera à guichets fermés. C’est donc pendant la demi-heure qui précède la performance de Gus G. (Firewind, ex-Ozzy Osbourne) que nombre de standards de la musique Hard Rock des années 80, à l’instar de « Nothin’ But A Good Time » (Poison), « Kick Start My Heart » (Mötley Crüe), « I Wanna Rock » (Twisted Sister) sont diffusés dans la salle, de quoi exalter les nombreux glammeux, tous sur leur trente-et-un. Tenue correcte exigée, entendez par là, spandex et bandana !

Alors, Gus G. fort d’un nouvel album, Fearless, investit la scène avec ses deux musiciens (Devis Ward – chant/basse) et (Will Hunt – batterie) sur une piste instrumentale, l’éponyme « Fearless », sans doute l’une de ses pièces maitresses. Alors, les projecteurs n’ont d’yeux que pour l’ex-protégé d’Ozzy Osbourne. Mais surtout, c’est la qualité du son de guitare qui ne laisse personne indifférent. On peut alors apprécier « l’art de la guitare selon Gus G. » dans des conditions optimales, notamment sur la version rallongée d’« I Am The Fire »… Dommage cependant que ça pêche un peu derrière les futs. Ceci dit, le plaisir de se produire sur scène reste palpable, notamment lors de l’interprétation du cultissime « Money For Nothing » de Dire Straits et du personnel « Mr. Manson » tirés du dernier album, titres dont les vocalises sont assez bien assurées par Devis Ward. Bref, si le guitariste n’avait rien à prouver ce soir, il est sans doute parvenu à rallier quelques fans de Steel Panther à sa cause, ce qui n’est pas une si mauvaise chose en soi.

Le disc jockey, la casquette Wayne’s World toujours clouée sur la tête, reprend là où il s’était arrêté. Et si de sa prestation nous aurons retenu un certain penchant pour les boissons alcoolisées (et son smartphone qu’il ne lâchera presque jamais), le final inattendu de « Bohemian Rhapsody » (Queen), repris a cappella par une foule en délire, valait son pesant de couronnes ! Oui, chaude est la foule, Steel Panther peut enfin entrer sur scène.

On peut ne pas être fans de Steel Panther et de son Hard à froufrou passé de mode, mais on ne peut pas dire que les musiciens ne sont pas bons dans leur domaine. Après l’interprétation sans failles des tonitruants « Eyes Of A Panther » et « Goin’ In The Backdoor », les Américains jouent au jeu du 4-men show en faisant l’éloge de la débauche au sens large du terme. « Plus c’est gros, plus ça passe » comme dirait l’autre. En attestent d’ailleurs tous ces clins d’œil, tous ces petits mots doux à destination des représentantes de la gent féminine et ces fausses disputes que les musiciens simulent entre eux (des passages interminables et vite lassants pour tous ceux qui ne pratiquent pas la langue de Shakespeare) !

Quoi qu’il en soit, Lexxi Foxx (basse) semble remis de son programme de rééducation pour personnes rencontrant des problèmes d’ordre sexuel, Stix Zadinia (batterie) imite toujours aussi bien Rick Allen de Def Leppard sur « Photograph » et Michael Starr, en bon sosie de David Lee Roth qu’il fait, assure deux standards de Van Halen : « You Really Got Me » (The Kinks) et « Jump »… Beaucoup de reprises au programme, trop en fin de compte. Un « vrai-faux » problème quand on sait que c’était prévu… Une fois encore, la caricature et la parodie prennent le dessus, notamment lorsque Michael Starr feint de rencontrer des problèmes de micro pour se métamorphoser en douce en Ozzy Osbourne derrière la scène pour alors interpréter une partie de « Crazy Train ».

Certes, Michael Starr et ses copains de jeu font tous d’excellents performers… Mais quelqu’un aurait-il des nouvelles du répertoire de Steel Panther ? Où l’ont-ils laissé ? Chez eux, à Los Angeles ? Dommage que toutes les reprises se fassent au détriment de leurs tubes à eux. Certes, « Fat Girl (Thar She Blows) », « Asian Hooker » et « Gloryhole » sont interprétés en bonne et due forme, mais les relectures (parfois lancées à l’improviste) prennent trop de place, étouffent, et donnent alors l’impression que Steel Panther est redevenu le groupe de cover qu’il était à ses débuts à l’époque de Metal Skool et de Metal Shop. Autrement dit, une panoplie de clins d’œil ici et là, comme le fait Satchel pendant son solo à rallonge, et la prestation du DJ auraient amplement suffi à nous dépayser.

Dommage de ranger au placard « 17 Girls In A Row » et de faire monter les filles sur scène sur « Pour Some Sugar On Me » (Def Leppard) et « Livin’ On A Prayer » (Bon Jovi) ! La tournée des Américains a peut-être pour ambition de mettre en lumière l’âge d’or du Glam Metal, mais cela devait-il se faire par le biais du rejet quasi-systématique de leurs morceaux ? Avec maintenant quatre excellents albums leur compteur, leurs fans ne méritaient-ils pas plus qu’un tribute-band deluxe ? En tout cas, dommage qu’il ait fallu attendre le dernier quart d’heure pour enfin entendre « Death To All But Metal » et « Gloryhole »…

Oui, en 2019, Steel Panther peut tout se permettre et continue à livrer des performances amusantes, décalées, tout en rendant hommage à leurs idoles, mais n’ont-ils pas poussé le bouchon un peu trop loin ce soir ?

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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