Loin des histoires de vampire auxquelles leur région est associée, les Transylvaniens de Dirty Shirt développent des musiques fantasques, décalées, authentiques et surtout, rafraîchissantes. C’est du moins ce que laisse entendre leur quatrième album, Letchology, sorti aujourd’hui-même via Apathia Records. À quelques semaines du passage des Roumains à Lille (au Midland, le 30 mars prochain), en compagnie de Sorcières et The Losts, la rédaction s’est entretenue avec Mihai Tivadar à la fois clavier et guitariste du groupe.

Propos de Mihai Tivadar (clavier, guitare) recueillis par Axl Meu


Vous allez publier Letchology dans quelques jours. Dis moi tout ce que je dois savoir au sujet de cet album ! 

En tout sincérité, je pense que Letchology est le meilleur album que nous ayons sorti à ce jour ! Il est court, certes, mais c’était prévu ainsi, car nous voulions un album dynamique et qui fasse sens. Nous l’avons non seulement mis en boîte dans plusieurs studios d’enregistrement, ici, en Roumanie, mais aussi en France et en Suède. Avec ce disque, on voulait retranscrire l’authenticité des musiques traditionnelles de l’Europe de l’Est, et pour ce faire, nous avons travaillé avec beaucoup de musiciens de renom. Certains d’entre eux sont des virtuoses ! Et pour te dire, il y a plus de vingt musiciens sur chaque morceau : violon, accordéon, flute, saxophone, trompette, trombone, percussions, tout y est ! Letchology a été mixé et masterisé aux États-Unis par Charles Kallaghan Massabo, producteur avec qui nous travaillons depuis dix ans maintenant !

Je découvre encore Dirty Shirt… Mais en quoi ce nouvel album est-il différent de son prédécesseur, Dirtylicious ?

Letchology est un peu le grand frère de Dirtylicious dans le sens où l’on a gardé le meilleur de cet album et que nous y avons ajouté des instruments traditionnels. Je pense que Letchology est plus varié, plus expérimental, un peu comme l’était Freak Show, notre deuxième album. 

On ne peut jamais prédire à l’avance ce qui va se passer dans la musique de Dirty Shirt. C’est sans doute lié au côté fanfaronesque de la musique traditionnelle des pays de l’Est… On peut dire qu’elle est dans vos vaines, non ? 

Oui, un peu. Par exemple, Pal (Novelli, basse) et moi avions pour habitude de nous produire en spectacle dans le cadre de réceptions et de mariages. À l’époque, nous jouions ce type de musique. De plus, une fois, j’ai passé un de mes été à étudier le piano et l’art de la musique Gitane. Niveau culture, on ne peut pas faire mieux. 

Au sein de Dirty Shirt, le mélange des genres est privilégié, mais pas que. Vous brassez également plusieurs cultures et langues dans votre musique ! 

Notre musique étant variée, nous avons toujours pensé qu’il serait bon de chanter dans plusieurs langues. On utilise chaque idiome de sorte qu’il corresponde à une atmosphère particulière… Parfois, on peut en trouver plusieurs dans un et seul morceau, parfois non. Pour les parties qui sont les plus « traditionnelles », on garde le roumain alors pour les parties plus « Metal », on garde l’anglais, c’est aussi simple que ça… Après, nous pouvons retrouver des parties chantées en France, en Hongrois et en Serbe…

Pour ce nouvel album, vous êtes chez Apathia Records. Comment avez-vous découvert ce label ? 

On les avait déjà approchés pour la sortie de Dirtylicious, mais il était alors trop tard pour sortir notre album chez eux. Néanmoins, nous avons gardé contact et publié notre album live FolkCore DeTour, que nous avions capté à Bucarest ! Et c’est tout naturellement que nous avons continué que nous avons continué avec eux pour Letchology. Pour ce qui est de la France, l’album est donc sorti via Apathia Records et distribué via Season Of Mist

Pour promouvoir ce nouvel album, vous allez tourner un peu partout en Europe. Pour certaines dates, la Transylvanian FolkCore Orchestra vous accompagnera. À quoi les concerts vont-ils ressembler ? 

Nos concerts sortiront de l’ordinaire, crois-moi ! Ce sera le genre de concert que tu ne verras qu’une seule fois dans ta vie ! Le fait d’être accompagné par des musiciens traditionnels rend le concert plus « vrai », plus authentique et bien plus riche. Vraiment, il faut venir nous voir en live ! 

« Quoi qu’il arrive, quoi qu’on fasse, d’où qu’on vienne, nous sommes tous concernés par les mêmes enjeux : le réchauffement climatique, la pollution… »

Quand vous ne vous produisez pas avec la Transylvanian FolkCore Orchestra, vous restez néanmoins nombreux dans le groupe, et ça ne doit pas être évident de se produire dans de petits clubs…

Oui, c’est sûr. Parfois, il arrive à nos chanteurs de se produire dans la fosse tellement la scène est petite ! Mais ce cas de figure a fini par se faire rare au fil des années. La popularité du groupe étant en constante évolution, on nous offre désormais de meilleures conditions de jeu !

Quels liens y a-t-il entre votre musique et la Roumanie ? Il me semble que vous avez commencé à vous produire après la chute du régime dictatorial communiste…

Notre musique est en lien avec l’histoire de notre pays, qui a toujours été instable et souillée par la corruption des élus. La Roumanie a toujours rencontré des problèmes d’ordre économique et social. Après, à travers nos texte, nous nous intéressons également de tout ce qui se passe actuellement dans le monde. Quoi qu’il arrive, quoi qu’on fasse, d’où qu’on vienne, nous sommes tous concernés par les mêmes enjeux : le réchauffement climatique, la pollution, la manipulation des médias, la mode des « fake news »… 

Quand nous avons commencé à faire de la musique dans les années 90, nous étions les seuls. Il n’y avait presque rien, nulle part où se produire, aucun équipement, aucune agence de communication pour mettre en avant les groupes, aucun festival… Quand Internet est arrivé et dès que nous avons intégré l’Union Européenne, les choses ont pris une autre tournure pour nous. C’est grâce à ça que la scène Metal a commencé à prendre de l’importance dans notre région. On y compte d’ailleurs de très bons groupes d’ailleurs. Et je peux dire, en toute humilité, que la scène Metal Roumaine est la plus intéressante de l’Europe de l’Est ! 

Vous avez également fini deuxième au Wacken Metal Battle en 2014. Est-ce que cette place vous a ouvert des portes ? 

Bien sûr ! On a gagné en popularité et nous considérons toujours qu’il s’agit là d’une étape très importante pour le groupe ! 

À cette époque, vous étiez alors devenus les ambassadeurs du Metal Roumain un peu partout en Europe. Vous êtes la fierté de votre pays ! 

Oui, nous avons même remporté le prix du « meilleur ambassadeur » de Roumanie, et ce à plusieurs reprises. Cette compétition a été lancée dès que nous sommes revenus du tremplin du Wacken. C’est cool de remporter ce genre de trophées, mais je ne trouve pas ça si important que ça pour finir ! Il y a vraiment une très belle scène en Roumanie. En ce moment, c’est le Folk Metal qui fonctionne le mieux par chez nous. Néanmoins, notre scène n’en reste pas moins riche : ça va du Metal Alternatif aux musiques extrêmes. 

Et que sais-tu de la France et de sa scène Metal ? 

Puisque ça fait presque vingt ans que je vis à la fois France et en Roumanie, votre scène m’a beaucoup influencé, surtout ses groupes de Neo Metal, comme Pleymo, Mass Hysteria et Watcha. J’ai adoré tourner avec ETHS, Tripod et Babylon Pression dans les années 2000… J’ai beaucoup appris de ces tournées… Je connais bien la scène Française, vu que j’ai fait mes études à Lille 3, j’ai pu organiser un festival à Lille de 2005 à 2010. À l’époque, ça m’avait permis d’appréhender le milieu du « show business » en travaillant avec des groupes de renom comme Lofofora, Watcha, ETHS ou même Black Bomb A.


Dirty Shirt, c’est :

Dan « Rini » Craciun : Chant

Robert Rusz : Chant

Mihai Tivadar : Clavier, guitare

Cristian Balanean : Guitare

Dan Petean : Guitare

Pal Novelli : Basse

Vlad « X » Toca : Batterie

Cosmin Nechita : Violon 

Discographie :

 Same Shirt Different Day (2010) 

Freak Show  (2013)  

Dirtylicious  (2015) 

Letchology (2019) 

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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