Première formation à se produire dans le sublime théâtre à l’Italienne de Denain dans le cadre de la quatrième édition du festival In Theatrum Denonium, Au Champ Des Morts est parvenu à faire mouche auprès du public nordiste par l’intermédiaire d’une musique Black Metal sans artifice, rappelant ce qui se faisait de mieux dans les années 90. À cette occasion, le leader du projet, Stefan Bayle (guitare/chant, ex-Anorexia Nervosa), Cécile G (basse) et Wilheim (batterie) nous ont donné rendez-vous quelques quarts d’heure après la fin de son concert afin de se présenter eux et les ambitions de leur projet.

Propos du groupe recueillis par Axl Meu


La formation d’Au Champ Des Morts remonte à 2014. Stefan, quand on évoque ton nom, on pense tout de suite à Anorexia Nervosa, ton ancien projet. Tu peux revenir sur la fin de ce projet ?

Stefan : Anorexia Nervosa a mis fin à sa carrière, car nous n’avions plus rien à dire. C’est aussi simple que cela. Anorexia Nervosa était un projet sincère, qui a pris de l’ampleur, sauf qu’au bout d’un moment, ça n’allait plus, ça ne marchait plus. Il fallait tout simplement passer à autre chose. Ce fut un peu douloureux d’ailleurs… De mon côté, je n’en pouvais plus, donc j’ai pris ma retraite musicale. Je n’avais plus envie d’être impliqué dans un groupe, jusqu’au jour où l’une de mes connaissances qui organisait un festival privé m’a demandé de reprendre un morceau… Et je me suis pris au jeu et on a évoqué l’idée de former un groupe ensemble… Cette connaissance a décidé quitter le navire par la suite, mais ça a servi de point de départ pour Au Champ des Morts. On avait une optique, une esthétique définie, un projet bien « Old School », un projet sincère sans réel plan de carrière : juste nous, un local de répète, des vieux Marshall. On est restés ainsi avec Wilheim à la batterie, Cécile à la basse et moi-même au chant et à la guitare.

Pour ce qui est de la scène, vous avez un guitariste-session. Benjamin Guerry de The Great Old Ones assure l’intérim.

Oui, voilà, il ne peut pas s’impliquer dans le groupe puisqu’il a The Great Old Ones à côté. Il peut juste assurer les dates avec nous. D’ailleurs, là, c’est le troisième que l’on a donné.

Vos prestations demeurent quand même assez occasionnelles. Vous n’êtes pas du genre à vous produire tous les week-ends. Vous préférez jouer dans des cadres qui sortent de l’ordinaire. Au Champ des Morts s’est d’ailleurs produit aux Feux de Beltanes dernièrement… Vous pouvez me parler de cette prestation ? 

Oui, ce fut une date assez particulière, sur invitation, qui se situe quelque part en Bretagne. Si mes souvenirs sont bons, il y a une brasserie artisanale sur place, une grande scène et une sorte de grange totalement aménagée avec de superbes décorations ! Il y a certes des groupes de Black Metal qui se produisent, mais pas que, sont également à l’honneur des formations de Dark Ambiant et de Folk. Sinon, oui, nous ne nous produisons pas tous les week-ends. Nous avons pris beaucoup de temps à concevoir notre musique, il faut donc que nos dates aient du sens pour nous. Ce qui fut le cas ce soir au théâtre de Denain.

La musique d’Au Champ des Morts est sensiblement différente par rapport à celle d’Anorexia Nervosa. Est-ce que vous vous êtes imprégnés de ce qui s’est fait dernièrement pour sortir du lot, notamment pour votre premier album, Dans La Joie ?

« Quand j’ai formé Au Champ Des Morts, j’ai retrouvé cet enthousiasme ce que j’avais perdu à force de multiplier les dates avec Anorexia Nervosa. »

Oui, elle est sensiblement différente, c’est vrai. Quand j’ai formé Au Champ Des Morts, j’ai retrouvé cet enthousiasme ce que j’avais perdu à force de multiplier les dates avec Anorexia Nervosa. La musique d’Au Champ des Morts n’a pas pour vocation d’être moderne, mais plutôt d’être spontanée, naturelle et de renouer avec nos sources d’inspiration de base. On aspirait à retrouver cette sincérité en incluant tous ces éléments de Heavy, de Black, de Cold-wave… Au sein d’Au Champ des Morts, nous écoutons beaucoup de Cold-Wave, ce sont nos influences, et nous les assumons totalement.

Peut-on dire que Dans La Joie est un album « autobiographique » ? 

Les paroles de nos chansons ne parlant pas de nos vies respectives, je te dirais que non. The Devil’s Blood aspirait à être une groupe initiatique, mystérieux, mais en fin de compte, il s’avère que leurs paroles étaient pleines de clichés divers et variés, sans intérêt donc. Chose qui était pleinement assumée ceci-dit. Après, les clichés, c’est comme un bon riff, il faut que ça parle aux gens. Chez nous, ce qui nous importe le plus n’est peut-être pas le sens littéral des mots qu’on emploie, mais plutôt leur symbolique, leur portée…

Wilheim : Oui, voilà, chez nous, il y a comme un procédé initiatique dans la création, dans la musique, et ce n’est pas le premier sens qui est important, mais plutôt ce qui s’en dégage, ce qui est caché. 

Comment travaillez-vous l’aspect live d’Au Champ Des Morts ? 

Stefan : Encore une fois, le but est de se faire plaisir, notre préoccupation première est que notre musique vive. Après, nous donnons un spectacle sur scène et tout ça, ça se prépare. Pour nous, il était hors de question de proposer des concerts en demi-teinte, vis-à-vis de l’album qu’on a enregistré et pour lequel on avait donné le meilleur de nous-mêmes. Nos concerts aspirent à dégager la même chose que sur l’album… Après, on se garde des parties plus ou moins improvisées, car on veut que ça vive sur scène. Pour ma part, avant que je ne lance Au Champ Des Morts, je n’avais jamais à la fois et chanté et assuré la guitare dans un groupe. Donc il m’a fallu du temps pour que je sois à l’aise… et j’ai passé beaucoup de temps à travailler cet aspect. Plus le temps passe, plus je me sens en capacité de m’écarter du script… Donc, oui, on est amenés à se sentir plus libres au fur et à mesure.

Wilheim : Oui, on tient à garder cette liberté de jeu et à jouer les morceaux tels qu’on les a écrits et enregistrés. En ce sens, on est capables de reproduire sur scène tous les morceaux tels qu’ils sonnent sur album, sans fioritures, aucune. Ce qui n’est pas le cas de tous les groupes.

Cécile, sur le dernier morceau de Dans La Joie, « La Fin Du Monde », tu y chantes en latin…

Cécile : Ce sont des paroles très simples, que l’on peut interpréter à différents niveaux. Il y a donc plusieurs degrés de lecture dans ce que j’écris… Je suis plus à l’aise quand il s’agit de m’exprimer en latin et en anglais. Je ne suis pas du genre à me comparer à Lisa Gerrard (chanteuse de Dead Can Dance, ndlr), mais on a tenu, par l’intermédiaire de ce morceau, à clôturer l’album avec une piste plus ou moins sacrée, qui puisse rendre compte de nos influences « Cold-Wave ». `

La sortie de Dans La Joie remonte à 2017. J’imagine que vous êtes en train de travailler sur la suite ! 

Stefan : Oui, ça prendra un peu plus de temps que prévu, dans le sens où j’avais eu le temps de composer Dans La Joie. Pour le moment, il y a une sortie dont nous sommes assez fiers au sein du groupe. Je parle du deuxième volume de la compilation, Servants Of Chaos, publié par notre label, Dedemur Morti Productions, dans lequel nous proposons deux titres, « Sanglot » qui dure treize minutes et une reprise d’Immortal, « Blashyrkh ». Nous sommes très attachés à ce genre de format. Cette compilation s’adresse aux vrais passionnés, ceux qui aiment tenir un objet entre les mains.

« Aujourd’hui, il n’y a plus cette sincérité et cette honnêteté dont faisaient preuve les acteurs de cette scène à l’époque. »

Depuis quand connais-tu ce label, Debemur Mortis ? 

Depuis nos débuts ! On s’est dit qu’il fallait trouver un label qui puisse nous accompagner. On a démarché plusieurs labels et il y a eu un vrai coup de foudre entre Debemur Mortis et nous. Les Acteurs de L’Ombre étaient également intéressés, mais nous n’avions pas la même optique. Nous nous entendons très bien avec Gérald, son label-manager, mais il s’intéresse également à tout qui est moderne, nous, on n’y est pas…

Les Acteurs de L’Ombre ont signé Arkhon Infautus en 2017… 

Pas faux ! (Rires) Mais on a vraiment du mal à se situer par rapport au autres groupes. C’est sans donc dû au fait qu’il y ait des parties très « Cold-Wave » dans notre musique. Avec Debemur, ça s’est fait de manière tellement naturelle. D’ailleurs, c’était la première fois le label-manager nous voyait en concert aujourd’hui ! C’est génial qu’il ait pu faire le déplacement jusque ici !

Tout à l’heure, tu me parlais de cette fameuse reprise d’Immortal qui figure sur la compilation de Debemur Mortis. Pourquoi avez-vous décidé de reprendre « Blashyrkh » et pas un autre titre ? D’ailleurs, avez-vous aimé leur dernier album ? 

Wilheim : Non, on ne l’a pas aimé justement. Je préfère tout ce qu’Immortal proposait dans les années 90, tous ces albums marqués par cette spontanéité, cette folie… Puis t’as le nouvel album, une batterie superficielle, une grosse production trop propre. Malheureusement, Northern Chaos Gods s’inscrit dans la lignée de All Shall Fall, bien qu’Abbath ne fasse plus partie du groupe. 

Stefan : Pour ce qui est du choix du morceau… Un de nos proches cherchait des groupes intéressés par l’idée de reprendre quelques standards du Black Metal norvégien. Nous, avec Au Champ des Morts, on voulait proposer autre chose qu’une simple reprise avec deux notes de synthé en plus… Bref, on voulait recréer le morceau, et on en avait sélectionné trois/quatre, dont « Blashyrkh » d’Immortal. Pour finir, ça nous a semblé tellement naturel de le reprendre !

En ce moment, la scène Black Metal connait un regain de popularité, notamment grâce au film Lords Of Chaos… L’avez-vous vu ? 

Stefan : J’ai adoré. Il m’a vraiment bouleversé. J’arrive à un certain âge et ce film m’a remis en mémoire un bon nombre de souvenirs. Je ne parle pas de l’histoire et de ce qui est raconté dans le film, mais plutôt de l’ambiance générale qui s’en dégage et de la mentalité des fans de Black Metal de l’époque. Il y a vraiment un énorme travail qui a été fait pour retranscrire la mentalité et la folie douce qui régnaient à ce moment-là. Aujourd’hui, il n’y a plus cette sincérité et cette honnêtété dont faisaient preuve les acteurs de cette scène à l’époque. Jonas Åkerlund a quand même joué dans Bathory, certes pas trop longtemps, mais je pense que c’est l’un des seuls à pouvoir parler de ce qui s’est passé… Après, j’ai vu que beaucoup le monde dit que Lords Of Chaos est un « teen movie ». Bien sûr que c’en est un ! On était tous adolescents à cette époque, on avait tous 20 ans et on ne voulait pas vieillir.

Ma dernière question portera sur le concert que vous avez donné dans le cadre de ce festival : In Theatrum Denonium. C’était comment ?

Stefan : Oui, comme on t’a dit en début d’interview, on cherche des salles, des lieux et des dates qui prennent du sens à nos yeux, et le théâtre de Denain correspond bien à ce que l’on recherche. Le théâtre est magnifique, les conditions de jeu l’étaient tout autant. On a vraiment pris notre pied !


Au Champ des Morts, c’est :

Stefan Bayle : Chant/Guitare

Cecile G. : Basse/Chant

Wilhelm : Batterie

Discographie :

Le Jour Se Lève (EP-2016)

Dans La Joie (2017)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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