Beaucoup avaient préféré se rendre au concert que donnait Ultra Vomit à Méricourt dans le cadre du festival itinérant Les Enchanteurs ce vendredi 5 avril dernier plutôt qu’à celui d’Impure Wilhelmina à Bethune… Et pourtant, placée sous le signe des musiques expérimentales et avant-gardistes avec à l’affiche le tandem Suisse d’Impure Wilhelmina et de H E X et les locaux de l’étape Fall Of Messiah, les grands habitués de la salle, la soirée nous a réservé bien des surprises. 

Par Axl Meu.


Malgré une affiche intéressante et une salle dont on ne cessera de vanter les atouts sonores, Le Poche peine, à notre grand regret, à faire le plein ce soir. Mais il en faudra bien plus pour refroidir les gars de Saint Jans Cappel qui nous offrent un set classique, en grande partie instrumental, rythmé par les commentaires du batteur et meneur du groupe, Pierre Bailleul, qui demande gentiment au public de s’avancer aux abords de la scène de sorte qu’il puisse découvrir « Riveloup », une nouvelle chanson d’un album qui sera immortalisé à partir de décembre prochain. Musicalement, le Post-Hardcore à petites tendances screamo de Fall Of Messiah vaut son petit pesant de couronnes. Et les petits problèmes de sangle qu’a rencontrés Benjamin Defer ne semblent pas compromettre le périple « musico-visuel » auquel sont conviés les quelques privilégiés de la soirée ! Pigmentée par les petits hurlements de son batteur, ornée par un jeu de lumière on ne peut plus cohérent, la prestation des nordistes nous dépayse et justifie haut la main le placement de leur groupe sur l’affiche du Main Square Festival, qui se tiendra en Juillet à Arras.

Le nom d’H E X nous était inconnu avant que le combo suisse ne soit convié à fouler la scène du Poche. Initialement composée de 3 personnes, la formation, par la suite devenue la somme de 5 musiciens passionnés qui décrivent leur musique comme du « Rock sombre et profond », devait faire ses preuves à Béthune sans son clavier qui n’a pas pu faire le déplacement pour des raisons professionnelles… Quoi qu’il en soit, pas franchement des plus accessibles, le style des Suisses demeurait toutefois intéressant, à condition de bien de vouloir se laisser prendre au jeu des rythmiques récursives mises en relief par des riffs et claviers sommaires et oniriques, sur lesquels se posaient de temps à autre les vocalises feutrées de sa chanteuse/guitariste, Laure Betris. Si la prestation de Fall Of Messiah avait débouché sur quelques mouvements de nuque, il n’en est rien pour la prestation d’ H E X. Beaucoup s’assoupissent et finissent par attendre la fin d’un concert qui, pour certains, s’éternisait, la faute à des parties et rythmiques bien trop uniformes et monolithiques.

Bien que formé en 1996, Impure Wilhelmina ne compte pas tant de prestations que ça dans les Hauts-de-France à son actif… Peut-être était-ce pour cette raison que peu de monde s’est acheminé au théâtre du Poche ce soir ? Le public ne les connaissait-il pas ? Cela dit, malgré cette étonnante discrétion (sans doute assumée), Impure Wilhelmina n’en demeure pas moins une excellente formation de Post-Hardcore qui s’est notamment fait remarquer après avoir ouvert pour Gojira en 2006 et dernièrement, en 2017 après la sortie de Radiation, leur dernier album, via Season Of Mist.

Ce soir, à Bethune, le concert de la formation a dépassé, et de loin, nos attentes. Imposant sa philosophie défaitiste de tout part par l’intermédiaire de riffs gras, lourds et authentiques accompagnés de paroles on ne peut plus plus poétiques, les Suisses, menés à bras de maître par Michael Schindl (chant/guitare), nous présentent une grosse partie des titres de Radiation : « Torn », « Bones and Heart » et « Murderers », « We Need A New Sun »… Soutenu par des jeux de lumières évoluant à chaque mouvement, le groupe a su s’emparer de l’ambiance particulière qui se dégageait de la salle souterraine pour ainsi s’imposer.

Le style des Suisses, toujours empreint et de mysticisme et de froideur, expulsant des paquets d’émotions à chaque placement d’accord, pas loin d’un  »Baroness meets Opeth », n’est pas inaccessible pour autant sur scène. Car les musiciens d’Impure Wilhemina parviennent à sublimer la sincérité de leurs pistes audio, domaine dans lequel le combo s’en sort avec brio, notamment lors du tout premier rappel de la soirée, « Knife », titre dont on pouvait lire les paroles (« Today I won’t take my knife… ») sur les lèvres des quelques connaisseurs…

Voilà bien les atouts de cette prestation dont personne – tous les âges confondus – n’est resté insensible ce soir. En atteste notamment le comportement des cadets de la soirée qui s’essayaient aux « pogos » de temps à autres sur les lignes de guitare de « Submersible Words ». Un excellent concert ! 

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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