Eluveitie est aujourd’hui considéré comme LA référence du Folk Metal, le groupe qui a donné au genre ses lettres de noblesse. Mais rien n’a été simple pour la formation qui a rencontré au cours de son périple bien des obstacles, notamment en 2016 avec le départ successif d’une partie de ses membres ! En 2019, et deux années après Evocation II: Pantheon, un album exclusivement acoustique, qui signait le retour du gang helvète, Eluveitie revient à des sonorités plus « Metal » avec Ategnatos, un opus qui fera sans doute date dans la discographie du groupe.

Propos de Chrigel Glanzmann (chant, guitare) recueillis par Axl Meu


Eluveitie a connu un remodelage important ces cinq dernières années. Avec le recul, dirais-tu que ce nouveau line-up est le meilleur que le groupe ait connu ? 

Non, je ne dirais pas la mouture actuelle d’Eluveitie est la plus efficace, et je n’ai jamais comparé les différents line-up du groupe, tout simplement car le groupe évolue et que chaque line-up représente ce que nous sommes à un moment précis de notre carrière, de notre vie. Quand il y a un gros changement de line-up, j’interprète cela comme s’il s’agissait d’un nouveau chapitre de l’histoire du groupe. C’est aussi simple que cela. C’est aussi comme ça que ça se passe dans la vie en générale, d’année en année, tu fais des rencontres, et des amitiés se brisent… C’est la même chose dans un groupe. Tous les line-up d’Eluveitie ont leurs qualités ! Et actuellement, je peux dire que je me sens très bien dans cette nouvelle mouture d’Eluveitie. Le climat général est très bon depuis qu’Alain (Ackermann, batterie), Jonas (Wolf, guitare) et Fabienne (Erni, chant/harpe) sont arrivés ! Ategnatos est le deuxième album que nous sortons ensemble, et nous avons gagné en créativité ! 

T’attendais-tu à de tels retours pour Evocation II: Pantheon ?

Pas forcément. Les retours de la presse et des fans ont été très encourageants ! Certains morceaux ont même été aussi bien reçus qu’ « Inis Mona » ! 

L’année dernière, pour célébrer le dixième anniversaire de Slania, vous l’avez réédité… Est-ce que vous allez faire la même chose pour les albums qui suivent ? 

Je ne sais pas encore. En fait, pour être honnête, cette idée ne vient pas de moi… C’était une idée de notre label, Nuclear Blast. Slania étant le premier album que nous avions sorti via cette maison de disques, ses représentants ont trouvé bon de le sortir à nouveau avec quelques pistes bonus. Personnellement, je n’ai pas comme projet de réitérer l’expérience, mais on verra bien, comme dit l’adage : « ne jamais dire jamais ! »

J’ai lu au sujet d’Ategnatos qu’il y développait indirectement une critique du monde dans lequel nous vivons… Est-ce que tu pourrais m’éclairer à ce sujet ? 

Pour ce nouvel album, je me suis concentré sur les morales que développaient les mythes celtes écrits il y a maintenant quelques centaines d’années ! C’était vraiment une expérience intense, tu sais, d’essayer de comprendre tout simplement ce qu’impliquaient tous ces vieux mythes. Et je me suis rendu compte par la suite que l’on pouvait mettre en relation ces textes avec tout ce que nous vivons au quotidien. Ces histoires et mythes celtes soulèvent des idées intéressantes sur la manière dont fonctionne l’esprit humain. Parfois, ils invitent au changement. Aujourd’hui, nous avons juste quelques fragments, mais pas tout, et il y a encore beaucoup de mystères autour de ces textes, on ne sait pas tout, tout n’a pas été résolu… On ne sait toujours pas pour qui et à quelles fins ces histoires ont été créées. Néanmoins, si elles ont été composées, c’est qu’il y avait un besoin, peut-être celui d’inculquer certaines valeurs. Et finalement, après coup, on peut en déduire que la nature humaine n’a pas tant évolué que ça ! (Rires)

À l’écoute de l’album, j’ai noté que Randy Blythe (Lamb Of God) intervenait sur le morceau « Worship »… C’est lui qui parle dans l’introduction ? 

Oui ! C’est bien lui… En fait, après une session d’enregistrement avec Jonas, nous avons discuté au sujet de la longue introduction que comprend « Worship ». On voulait esquisser quelque chose de plus cinématographique, avec une ambiance « post-apocalyptique ». Il nous fallait donc une voix, LA voix pour la narration. À chaque fois, on faisait appel à un acteur écossais, Alexander Morton, connu pour sa voix rocailleuse… Mais il nous fallait vraiment quelqu’un d’autre pour « Worship ». On a vite pensé qu’une voix américaine serait plus appropriée. Ensuite, après quelques concertations, Jonas a eu l’idée de demander à Randy Blythe de s’en occuper. Il se trouve qu’on s’entend vraiment bien avec les gars de Lamb Of God, depuis pas mal de temps maintenant… Je lui ai donc envoyé un texto histoire de savoir si ça le branchait et s’il avait le temps… ! Et par le plus grand des hasards, il était de passage dans le coin avec Lamb Of God au moment où nous étions en train de mettre l’album en boîte. Je lui ai envoyé les démos au préalable, puis il est venu et a enregistré le morceau avec nous… Et de manière totalement improvisée, il a ajouté quelques lignes de chant en plus, pour le refrain !

« Ce groupe m’a permis de réaliser mon rêve, celui d’associer Metal et musique Celtique ensemble, mais en fin de compte, nous ne faisons que du Rock’n’Roll ! »

Eluveitie est aujourd’hui considéré comme le pionnier du Metal Folklorique. Néanmoins, ces derniers temps, une panoplie de groupes comme Alestorm et Trollfest s’amusent à parodier ce style. Qu’en penses-tu ? 

J’adore ces gars, mais je déteste leur musique. Et je pense que les musiciens en question sont conscients qu’ils font tout sauf composer des morceaux épiques… C’est beaucoup moins subtil, beaucoup moins sérieux… Pour moi, les groupes auxquels tu fais allusion n’ont rien à voir avec le mouvement Folk Metal. Après tout, je m’en moque un peu, car je n’ai jamais considéré Eluveitie comme un groupe de Folk Metal à proprement parler… Certes, ce groupe m’a permis de réaliser mon rêve, celui d’associer Metal et musique Celtique ensemble, mais en fin de compte, nous ne faisons que du Rock’n’Roll ! Certes, on nous met dans la case du Folk, du Pagan ou je ne sais quoi, mais je n’y prête pas attention. Je pense même qu’aucun membre d’Eluveitie n’écoute régulièrement ce style de musique. En ce qui me concerne, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé… Enfin voilà, je n’aime pas la musique d’Alestorm, car ce n’est pas le style de voix que j’apprécie… Pareil pour les parties de guitare… Après, c’est une question de goût. Ça n’enlève rien au fait que ce sont de super gars ! Pareil pour Trollfest… Je trouve ça sympa à voir sur scène, mais encore une fois, ce n’est pas ce que j’écoute.

À chaque fois que je vous vois en concert : la même question me taraude… Vous qui êtes neuf dans le groupe, comment faites-vous sonner de manière homogène tous ces instruments ? 

Oui, ce n’est pas évident. Faire en sorte que tout soit intelligible et agréable est une chose assez ardue… Ça donne du fil à retordre à l’ingénieur-son, et ça requiert du talent et de certaines aptitudes. Bien sûr, ce n’est pas notre domaine, plutôt celui de notre régisseur, mais nous avons la chance au sein d’Eluveitie d’avoir une équipe très qualifiée qui sait s’adapter à chaque situation. Bien sûr, ça dépend de l’endroit où tu te produis, des conditions météorologiques, s’il pleut, vente… Il faut toujours s’adapter !

Il y a quatre jours, Eluveitie se produisait au Wacken Winter Nights. C’était comment ? 

En fait, assez particulier, car nous revenions tout juste d’une tournée Sud-Américaine. Je peux te dire que le changement de climat était un peu brutal. Nous nous sommes produits à Rio de Janeiro, puis avons enchaîné avec le Wacken Winter Nights ! (Rires) 

On vous verra cet été au Motocultor Festival. Vous êtes des habitués de ce festival, et vous semblez même y être très attachés…

Oui ! Ensemble, nous avons les mêmes racines gauloises, et c’est toujours un plaisir que de se produire là-bas ! 

Autre climat, autre culture, autre contexte : les 70. 000 Tons Of Metal. Vous vous êtes produits une nouvelle fois sur l’Independence Of The Seas cette année. Avez-vous proposé les deux mêmes sets à l’aller et au retour ?  

Non. À l’aller, Eluveitie a joué un set normal, puis a proposé une sorte de concert exclusif avec quelques morceaux du nouvel album au retour. C’était vraiment bien, la troisième fois que nous nous y participions, mais je dois avouer que c’est toujours un challenge pour moi que de rester dans ce bateau pendant tout ce temps moi qui ai parfois besoin de me retrouver seul. Là, tu es sur le bateau, et il est impossible de t’en échapper, ce qui n’est pas le cas avec le Motocultor où il m’arrive de faire un tour dans la forêt pour me ressourcer.

As-tu écouté le nouvel album de Cellar Darling ? (Interview passée avant la sortie de The Spell, le nouvel album de Cellar Darling, ndlr)

Je n’ai pas encore eu la chance d’écouter l’album dans son intégralité, mais je peux te dire nous avons enregistré Ategnatos dans le même studio au même moment (rires). Par moments, nous nous croisions et il arrivait même qu’Anna Murphy (chant, vielle à roue, ex-Eluveitie, ndlr) me fasse écouter quelques pistes, et à chaque fois, j’ai été bluffé par la qualité des morceaux. J’avais déjà adoré le premier album, et tout ce qu’elle m’a présenté à présent ne laisse présager que des bonnes choses pour eux. Je leur souhaite le meilleur !

La dernière prestation d’Eluveitie à laquelle j’ai assisté remonte à juillet dernier. C’était dans le cadre des MetalDays. J’ai trouvé ça assez amusant de vous voir jouer « The Call Of The Moutains » entourés par les Alpes Juliennes ! (rires)

Oui (rires) Mais en vérité, ce morceau ne parle pas vraiment des montagnes. Cette chanson s’inspire d’une histoire qui aurait conduit des sorcières à vivre en Suisse, il y a un vieux mythe sur ça… Et nous avions conçu les paroles de sorte que l’on puisse les imaginer en train de chercher leur future demeure, dans les montagnes. Mais oui, c’était amusant ! (Rires)


Eluveitie, c’est : 

Alain Ackermann : Batterie  

Chrigel Glanzmann ; Chant, Mandolin, Cornemuse… 

Jonas Wolf : Guitare

Kay Brem : Basse 

Fabienne Erni : Chant, Harpe, Mandole 

Nicole Anspengee : Violon

Rafael Salzmann : Guitare

Matteo Sisti : Cornemuse…

Michalina Malisz (session) : vielle à roue 

Discographie : 

Spirit (2006) 

Slania (2008) 

Evocation I – The Arcane Dominion (2009) 

Everything Remains as It Never Was (2010)

Helvetios (2012) 

Origins (2014) 

Evocation II – Pantheon (2017) 

Ategnatos (2019)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.