Medusa est dans les bacs depuis septembre 2017 et Paradise Lost n’a, à notre connaissance, rien à promouvoir aujourd’hui… Il est temps pour les gars du Yorkshire de se remettre au boulot ! Aaron Aedy, sans doute le membre plus enthousiaste du combo Britannique, alors de passage à Cambrai à l’occasion du BetiZFest, a quand même bien voulu causer avec Heretik Magazine sur des sujets portant aussi bien sur les relations qu’il entretient avec Nick Holmes et Greg Mackintosh – les deux piliers du groupe – que sur d’autres sujets brûlants. 

Propos d’Aaron Aedy (guitare rythmique) recueillis par Axl Meu

Crédit photos : Clotilde Cadart


On arrive désormais à la fin de l’ère ‘’Medusa’’. Pour beaucoup, cet album est considéré comme un retour aux sources ! Pourquoi ont-ils dit ça à ton avis ? 

En fait, je pense que quand tu écoutes attentivement les derniers albums de Paradise Lost, tu peux te rendre compte que cette fameuse tendance est arrivée naturellement, au fur et à mesure, dès la sortie de l’album Tragic Idol, puis est sorti The Plague Within… Quand nous enregistrons nos morceaux, il y a déjà un certain degré de lourdeur, mais quand nous les jouons en live, souvent, ils prennent une autre tournure. Le côté « Heavy » ressort encore plus.

Votre comportement sur scène m’a toujours surpris… La musique de Paradise Lost a toujours été dépressive. Mais toi, tu sembles toujours très enthousiaste à l’idée de te produire sur scène ! (Rires)

Parfois, il n’y aucun rapport entre l’état d’âme dans lequel se trouve un musicien et ce que dégage sa musique. De nos jours, les gens aiment beaucoup avoir peur, ils aiment les films d’horreur, les drames… C’est naturel. Par le passé, j’ai lu pas mal de biographies portant sur des comédiens. À leur lecture, j’y ai appris que leur quotidien n’était pas si amusant que ça, alors que leurs oeuvres l’étaient. Personnellement, je préfère être heureux dans la vie et que ma musique soit triste, le cas inverse serait plus inquiétant. J’ai toujours considéré Paradise Lost comme une sorte de nuage « sombre-optimiste ».

Le message de Paradise Lost n’est pas du tout pessimiste, donc ! 

Je dirais que la musique de Paradise Lost est à la fois optimiste et pessimiste… Bien sûr, nous avons ce morceau-là, « No Hope In Sigh », que nous jouons régulièrement, mais dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un de très positif. (Rires) Là, on vient de fêter le 30ème anniversaire du groupe et je continue à prendre du plaisir avec ces gars !

Au sujet de Medusa, j’ai lu que vous aviez comme projet de faire le sonner comme s’il avait été enregistré « dans une église » ! 

(Rires) Oui, je pense que nous avons toujours eu ce côté gothique en nous. Nous avons toujours adoré à la fois des groupes comme Dead Can Dance et Celtic Frost. C’est dans notre ADN et cet univers nous guide tous les jours. Ce leitmotiv, vouloir sonner comme si nous étions dans une église, fait vraiment partie de l’identité de Paradise Lost !

D’ailleurs, Medusa a directement un lien avec la mythologie gréco-romaine. Ça n’a pas trop de rapport avec la culture gothique, si ? Pourquoi avoir associé les deux ? 

Car nous sommes aussi bien fascinés par l’univers gothique que par les mythes grecs. Après, Paradise Lost a toujours su inculquer à sa musique un côté sombre, quel que soit le sujet abordé. Peut-être est-ce lié au fait que nous venons du nord de l’Angleterre, région dans laquelle le contexte sociale est au plus bas, comme The Sisters Of Mercy ? Néanmoins, si notre musique est sombre, l’énergie que nous dégageons est positive. Je ne sais pas comment expliquer ça… Se produire est plus ou moins une sorte d’échappatoire, une façon de se libérer, de souffler, un peu comme Shakespeare à l’époque du Théâtre Élisabéthain. On adore se produire et, encore une fois, tout n’est qu’une question d’émotions… Et si tu arrives à faire comprendre ça, c’est banco !

« Rejoindre Bloodbath l’a amené à travailler sa voix d’une autre façon »

Entretemps, Nick Holmes a rejoint Bloodbath. Beaucoup ont fait le rapprochement entre le retour du chant growlé au fait que Nick ait rejoint ce groupe. Tu peux m’en dire plus ? 

Oui, c’est vrai. Depuis qu’il a intégré Bloodbath, il a gagné en confiance. Tu sais, pendant un moment Paradise Lost ne jouait plus de morceaux tirés des premiers albums, car Nick ne voulait pas esquinter sa voix. Avec Paradise Lost, il nous arrive de donner cinq, six concerts par semaine, c’est quand même très éprouvant, et Nick pensait qu’alterner entre chant clair et chant growlé affecterait ses cordes vocales… Finalement, rejoindre Bloodbath l’a amené à travailler sa voix d’une autre façon. La voix n’est pas un instrument comme un autre… Le guitariste qui casse sa pelle peut directement s’en procurer une nouvelle, ce qui n’est pas le cas du chanteur qui, une fois sa voix cassée, doit attendre et se reposer avant qu’elle ne revienne. Et tout cela peut conduire à des annulations de concerts, et c’est bien la dernière chose dont nous aurions besoin.

Quid du prochain album ? 

On a commencé à le composer… Greg (Mackintosh, guitare, ndlr) est sur un autre projet, mais je pense qu’après les concerts de ce week-end et après quelques semaines de repos, il nous contactera, exposera ses idées et nous donnera à tous la marche à suivre…

… C’est toujours lui qui compose la majorité des morceaux ? 

Oui, c’est ça. En fait, il est toujours très inspiré et il a composé presque toute la musique de Paradise Lost. Quand il a fini une première partie d’album, cette dernière définit la deuxième. Rien n’est jamais planifié, ça dépend toujours de comment il se sent quand il écrit.

Ce n’est pas trop difficile pour toi de composer, de suivre à la lettre tout ce qu’il a en tête ? 

Non, vraiment ça. Je veux dire, ça fait tellement longtemps que nous faisons ça. Greg a toujours préféré d’occuper de la lead-guitar, moi de la rythmique. Il compose de supers morceaux et j’adore la jouer… Nous avons pas mal de points communs, de goûts en commun, et c’est sans doute pour cette raison que ça marche aussi bien entre nous. On sait quelle direction doit prendre un album… Je connais Greg depuis que j’ai 11 ans, et j’ai connu Nick par la suite quand j’avais 12 ans…

Mais vous avez un nouveau batteur, Waltteri Väyrynen. C’est quand même votre cinquième ! Pourquoi est-ce si difficile de garder un batteur ?  

Oh, ça, je ne saurai pas vraiment te dire pourquoi nous n’avons pas réussi à garder nos batteurs ! (Rires) Adrian (Erlandsson, ndlr) était parti car il n’avait plus assez de temps à consacrer à Paradise Lost, lui qui joue aussi au sein d’At The Gates, The Haunted et The Lurking Fear… Avant lui, il y avait Jeff (Singer, ndlr), là aussi, quand il nous a rejoints, il venait de rencontrer sa femme et commençait à vouloir une vraie vie de famille. Quand il partait en tournée avec nous, c’était toujours assez délicat… On est restés en contact avec lui, il est venu nous voir dernièrement quand nous sommes passés en Écosses. C’est la vie… Là, c’est Waltteri Väyrynen qui est derrière les futs, il n’a que 24 ans, mais c’est sans doute le plus mature de nous cinq ! (rires)

…Oui, s’investir à temps plein dans un groupe est un choix de vie et il faut faire des sacrifices…

Oui, tu passes beaucoup de temps loin de tes proches, ce n’est pas toujours facile. Tu ne peux pas t’investir dans une relation ou si tu as la chance, tu auras peut-être un conjoint compréhensif. Après, tout évolue. Plus tu avances dans la vie, plus tu as des responsabilités et d’autres priorités viennent. Et par moments, tu ne peux pas forcer le destin, tu dois faire avec.

Aujourd’hui, tu dois quand même être fier que Paradise Lost soit considéré comme une référence dans le domaine du Metal Doom Gothique. 

Oui, et d’ailleurs, c’est sans doute le plus beau compliment que l’on puisse te faire, tu sais, amener des gens à former un groupe car tu leur as donné envie de faire de la musique !

« Les gens ont fini par comprendre qu’ils investissaient dans le groupe en venant aux concerts et en achetant un t-shirt »

D’ailleurs, quel regard portes-tu sur la scène Metal ? 

Elle ne cesse d’évoluer. Quand nous avons commencé en 1988, des groupes comme Napalm Death étaient à leurs tout débuts également, et nous ne pensions pas que le groupe parcourrait un tel chemin. Aujourd’hui, j’observe qu’il y a une résurgence des musiques sombre. Les musiques Black/Death/Doom connaissent un second souffle et, aujourd’hui, quand tu te rends à un concert de Black, tu peux t’apercevoir que le public a évolué. De nos jours, le Black Metal était un style exclusivement réservé aux hommes, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Puis, désormais, avec Internet, on peut écouter et découvrir beaucoup de groupes, ce que nous faisions différemment dans les années 90 avec le tape-trading. C’était un super réseau, mais l’arrivée d’Internet a vraiment tout chamboulé. Avec des plateformes comme Youtube, Spotify, un logiciel te guide en fonction de tes goûts. C’est vraiment très appréciable.

Tout à l’heure, tu me parlais de l’âge du groupe. Paradise Lost a d’ailleurs fait une tournée anniversaire pour ses 30 ans l’année dernière. Vous semblez aimer les tournée « anniversaire »…

Oui, nous avons déjà fait une tournée anniversaire pour l’album Gothic, pour l’album Draconian Times… Aujourd’hui, il nous est possible de fêter un anniversaire ou une date particulière tous les ans ! Après, je dois avouer que j’aime beaucoup ce genre de tournées, ces « albums-show », elles nous invitent par moments à réapprendre certains morceaux que nous n’avons pas joués depuis un moment. Je pense que les fans aiment aussi… J’aimerais tellement que Candlemass joue ses deux premiers albums dans leur intégralité… En 2016, j’ai pu voir King Diamond lors de sa tournée Abigail, c’était tellement bien que j’en ai perdu la voix ! (Il imite King Diamond)… Ce n’est pas parce que tu es dans un groupe que tu n’es plus fan ! (Rires)

Vous êtes sous contrat avec Nuclear Blast depuis la sortie de Medusa. Tout se passe bien avec eux jusqu’à présent ? 

Oui, oui ! À vrai dire, j’ai l’impression qu’ils sont en train de signer tout le monde en ce moment. Ils ont signé Alcest dernièrement ! Après, ce sont des gars qui sont vraiment là pour la musique. Ils n’ont pas peur d’investir. Dans les années 2000, l’industrie de la musique était en pleine décadence à cause du téléchargement, là, il semblerait que c’est en train de revenir !

Tu crois ? 

Oui, les gens se sont rendu compte que les groupes commençaient par disparaître de la circulation et qu’ils ne se rendaient plus dans telle ou telle ville, car ils n’avaient tout simplement pas les moyens. Même aujourd’hui, ce n’est plus possible de faire 200 kilomètres pour se produire devant 20 pèlerins… Cela dit, la situation semble s’améliorer, car les gens ont fini par comprendre qu’ils investissaient dans le groupe en venant aux concerts et en achetant un t-shirt. Il y a encore dix ans, les gens ne mettaient plus la main à la poche pour aider les musiciens, la musique devait être gratuite. Aujourd’hui, je pense que ce nouvel intérêt est lié au fait qu’il y a vraiment un esprit d’entr’aide entre les fans, les groupes et les labels.

Ma dernière question portera sur l’actualité de la Grande-Bretagne. On a appris hier la date du Brexit avait une nouvelle fois été repoussée…  

… C’est une histoire sans fin… Tout le monde en a marre… Le Brexit est simplement en train de déchirer mon pays. Les gens qui étaient au départ amis passent désormais leur temps à se disputer. Si ça continue comme ça, une guerre civile va finir par éclater… Les gens sont tellement en colère et haineux en ce moment. Je veux dire les gens passent leur temps à s’engueuler alors qu’ils devraient plutôt s’allier contre ceux qui nous gouvernent. David Cameron a mis en place le référendum, et juste après le vote, il s’est défilé ! Oui, je pense que les Britanniques ont tout simplement perdu la foi…


Paradise Lost, c’est : 

Nick Holmes : Chant

Greg Mackintosh : Guitare Lead

Aaron Aedy : Guitare Rythmique 

Steve Edmondson : Basse

Waltteri Väyrynen : Batterie

Discographie : 

Lost Paradise (1990)

Gothic (1991)

Shades of God (1992)

Icon (1993) 

Draconian Times (1995)

One Second (1997) 

Host (1999)

Believe In Nothing (2001) 

Symbol Of Life (2002)  

Paradise Lost (2005) 

In Requiem (2007) 

Faith Divides Us Death Unites Us (2009)

Tragic Idol (2012) 

The Plague Within (2015)

Medusa (2017)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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