Bien intégré dans les mœurs des Metalheads de France et de Navarre, l’ex-Killer Fest a fait venir en son sol bien des pointures du genre comme Napalm Death, God Dethroned, Legion Of The Damned, et même Sodom au fil des éditions. Cette fois, en 2019, le festival a joué la carte de la sureté en n’invitant que des formations françaises : Benighted, Misanthrope, ADX, GanG, Putrid Offal et Morpain. En bref, une programmation marquée du sceau de l’éclectisme vantant les mérites de tous les styles…

Pour mettre en haleine les festivaliers, l’édition 2019 a été précédée d’une petite soirée « tribute » fleurant bon la musique old school avec la participation du cover-band à succès Dynasty (reprises de Kiss) et des gars d’Overdrivers.

Par Axl Meu

Crédit photos : Wacken Delciotto (Shooting Metalhead)


Quoi qu’il en soit, c’est la journée du samedi qui a le plus attiré notre attention. Le cadre du festival n’a pas évolué, et en dépit de son aspect un peu vieillot, le centre socio-culturel de Chaulnes sera le théâtre de belles animations en cette veille de Pâques. Les premières vestes à patchs attendent paisiblement sur l’herbe et leur glacière n’est jamais très loin. Elles font bien d’en profiter. Car toute sortie sera définitive.

Les portes ouvrent à 16 heures pétantes pour un début des hostilités à 16h30. Après quelques cafouillages, nous apprenons que nous serons obligés d’assister à chacune des balances des groupes à l’affiche, ce qui n’est jamais très agréable. Heureusement que ces dernières ne se sont pas éternisées cette année. Celles de Morpain sont même expéditives. Le combo Lensois de Hardcore, qui a connu un pic de popularité au début des années 2010, nous a déjà bien habitués de son Hardcore ravageur à deux chanteurs. En cette fin d’après-midi, les Sang et Or axent leur set sur Fueled By Anger et seront emportés, tout au long du gig, par la hargne de Giovanni que nous voyions encore en concert il y a une semaine dans le cadre du BetiZFest avec Oddism. Dès le début, c’est lui qui appelle ‘’tout le monde’’ à s’avancer vers la scène, et ce, à plusieurs reprises. La prestation est donc de bonne facture, malgré une guitare trop effacée… Cela dit, leur Hardcore a été relativement bien accueilli, quelques Blackeux s’étant même essayés au jeu du « two-steps »…

Putrid Offal passe ensuite. La formation culte de Death/Grind des années 90, reformée en 2014, est déjà bien habituée du Chaulnes Metal Fest (elle était là en 2016 !)… Et on peut comprendre que beaucoup se soient indignés du fait que la formation de Franck Peiffer n’ait pas bénéficié d’un créneau horaire plus digne, mais c’est le jeu ma pauvre Lucette ! Quoi qu’il en soit, les seringues sont en place, et c’est la blouse – et le crâne – toujours tâchés de sang que les gars de Valenciennes (et de Belgique) profitent de cette prestation pour mettre en lumière quelques nouvelles pistes (« Let There Be Rot », « Necrotic Mutilation » et « Pallor Mortis ») toutes sponsorisées Henri Boucher, d’un album à sortir, on l’espère, très prochainement via Xenokorp. Et c’est en lecteurs assidus des gros classiques de Carcass (Reek Of Putrefaction, Symphony Of Sickness) que les men-in-blouse, après des dédicaces à l’encontre de la gente féminine, après quelques blast-beats et autres parties de basse poisseuses, ont su démontrer par A + B que la scène Death/Grind Française était bien vive.

Les gars de GanG sont des passionnés, c’est indéniable, et on ne les remerciera jamais assez de faire vivre la scène Hard en France. C’est qu’il en faut des passionnés comme eux ! À la tête d’une convention Metal et auteurs d’un fanzine de qualité, Underground Investigation, Sylvain « Steve » Cotté et son gang ne cessent de mettre en avant la sacro-sainte musique Heavy Metal partout où ils se produisent, mais se comportent plus comme des fans que des musiciens accomplis sur scène. On se souvient tous de Don Quichotte et de son fanatisme pour les romans de chevalerie… On se souviendra désormais de GanG et de son fanatisme exacerbé pour Iron Maiden, Saxon et Metallica. En résumé, plutôt que de se concentrer sur l’écriture de compositions originales et efficaces, GanG fait dans le déjà-vu et pioche dans le répertoire des groupes qu’il admire. Alors, manque d’inspiration ou clins d’œil à répétition ? On ne saurait vous dire… Et dire que tout aurait été pardonné si les morceaux avaient été correctement exécutés… Hélas, ce ne fut pas le cas.

Quand on voit le « drum rack » du batteur d’ADX, on ne peut qu’être tiraillés entre la crainte et la stupéfaction. Combien de temps ADX va-t-il prendre pour installer tout cet attirail ? Heureusement pour nous, le combo francilien, dont il ne reste plus que deux membres d’origine (Phil Grélaud au chant et Didier Bouchard à la batterie), ne tarde pas à trop et expédie un concert de Speed Metal abouti, le tout premier avec NeoGeoFanatic, qui s’avère être, contre toute attente, le musicien le plus à l’aise sur scène ! À vrai dire, sa six-cordes semble très bien s’entendre avec celle de Nicklaus Berger, l’autre guitariste du groupe (la preuve en est sur l’introduction de « King Of Pain »). Bref, bourré d’énergie, ADX, galvanise son public à coups de refrains bien connus de tous et impose à la fois précision et souplesse ! Bref, une grosse série de classiques du Metal à la française (« Suprématie », « Division Blindée », « Caligula ») interprétés sans failles, un public qui se casse la voix et de nombreux appels au(x) rappel(s) qui resteront sans réponse : voilà tout ce que nous avons retenu de la prestation de cet ADX des temps modernes.

C’est un Misanthrope plutôt philanthrope qui se retrouve sur les terres de Chaulnes ce soir. Eux qui s’étaient déjà produits dans le cadre du festival en 2011 profitent de cette nouvelle prestation pour fêter comme il se doit leur 30e anniversaire… Comme il l’avait déjà fait à Lille (à la gare St-So en décembre dernier), le S.A.S. de l’Argilière, bien heureux d’être parmi nous – il nous filmera avec son appareil -, condense son répertoire en quelques titres et accompagne l’interprétation de ses morceaux tirés de Visionnaire, Libertine Humiliations, IrréméDIABLE de quelques présentations, un peu poussives diront certains. Cela-dit, Misanthrope est toujours aussi unique dans sa marche. Associant thématiques littéraires et sonorités gothiques à la Paradise Lost, la troupe du patron d’Holy Records excelle toujours autant dans son domaine. En très bon narrateur qu’il fait, il nous rappelle trop souvent que tout un univers s’esquisse devant nos yeux une fois que son répertoire est digéré. Un petit « Bâtisseur de Cathédrale » des familles, et le combo s’en va avec le sentiment du devoir accompli.

Depuis plus de vingt maintenant, Benighted porte fièrement l’étendard de la musique Brutal/Death/Grind en France, et tout ça, à pieds nus ! Et c’est que tout semble s’accélérer en ce moment pour la bande à Julien Truchan qui nous revient tout forte d’une tournée américaine (effectuée en compagnie de Aborted et Cryptopsy…) et de la soirée anniversaire de ses partenaires de crime Tchèques, Gutalax. Véritable groupe international en devenir, Benighted reste avant tout attachés à ses origines ! Et pas question de laisser tomber ses fans français et surtout un festival familial comme le Chaulnes Metal Fest. Alors, si la setlist du groupe n’a guère évolué depuis la dernière fois que nous l’avons vu sur scène (cf : Lievin Metal Fest), un concert de Benighted reste un gage de qualité… Son line-up désormais stabilisé depuis quelques années avec Pierre Arnoux à la basse, Fabien ‘Fack’ Desgardins à la guitare et Kevin Paradis à la batterie et Julien Truchan au chant, la formation nous offre la meilleure prestation de la soirée et fracasse trop facilement le museau de ses nombreux fans venus écouter les pépites 100 % certifiées « coup de massue dans ta face » : les fameux « Let The Blood Spill Between My Broken Teeth », « Necrobreed », « Slut », et « Experience Your Flesh »… Une petite photo de famille avec les organisateurs du festival, et une reprise musclée de « Biotech Is Godzilla » (Sepultura), et voilà que la 17ème édition (et peut-être la dernière, selon les dires des bénévoles…) touche (déjà) à sa fin.

Que de progrès effectués en cette 17ème édition du Chaulnes Metal Fest ! Fini le temps où les balances s’éternisaient et que les dernières formations se produisaient tard dans la nuit. On a vraiment passé un très bon moment. Espérons que le festival nous reviendra encore plus fort l’année prochaine ! 

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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