Pour eux qui arriveraient après la guerre, Étienne Bianchi est pour le Shaârghot ce qu’est le Dr. Frankenstein pour sa créature, à savoir le géniteur d’un être hors normes qui n’aurait peut-être jamais dû voir le jour… Voilà le concept et la fiction que le Punk parisien nous content avec brio par le biais de sa musique, une sorte de metal hybride tendant entre Metal et Electro. Quelques semaines après la sortie de The Advent of Shadows – et presqu’un mois avant la performance du Shaârghot au Hellfest -, Étienne s’est confié à Heretik Magazine…

Propos d’Étienne Bianchi (chant) recueillis par Axl Meu


 Est-ce que tu peux présenter Shaârghot et, par la même occasion, te présenter… Si j’ai bien compris, Shaârghot était un « one man band » au départ ?

Oui, en fait, j’étais le batteur d’une formation, mais j’ai toujours été passionné par le Metal et les musiques électroniques… Et je me suis rendu compte, au fil de mes écoutes, qu’il n’y avait que trop peu de formations qui essayaient d’associer les deux. Voilà, je n’ai jamais trop trouvé de groupes qui correspondaient vraiment à ma vision de la musique. Bien sûr, il y avait Combichrist, mais ça manquait clairement de guitare… Et à force de chercher et de ne pas trouver, je me suis lancé en solo. C’est de là qu’est né Shaârghot. Au départ, je ne devais m’occuper que des parties de guitare et de batterie, mais plus les compositions avançaient, plus je me suis dit qu’il me faudrait une voix, LA voix, qui puisse me correspondre. Donc je me suis mis au chant et après m’être enfermé dans une salle où j’ai craché un peu de mon sang, je me suis résolu à prendre quelques cours ! (Rires)

Et ce personnage du Shaârghot, tu peux m’en parler ? 

Oui. Par la suite, j’ai commencé à esquisser le personnage du Shaârghot qui allait m’accompagner pour mes futures réalisations, qui sont d’ailleurs des concept-albums. Par l’intermédiaire de mes opus, j’y conte l’histoire d’un personnage, le Shaârghot, qui vit dans un univers parallèle, un monde « cyberpunk ». Étant le fruit d’une expérience qui a mal tourné, ce fameux personnage a décidé de s’enfuir dans les souterrains de la ville… Le problème, c’est que les gens qui l’ont mis au point veulent l’éliminer, donc ça commence à partir en vrille… Surtout que ce dernier s’est lié d’amitié avec d’autres créatures.

On imagine que tu t’es inspiré des nombreuses bandes-dessinées que tu as lues pour concevoir cette histoire !

Je me suis beaucoup inspiré de la bande-dessinée, Transmetropolitan. Ce n’était pas dans mes influences au départ, mais j’ai trouvé que ça correspondait bien ! Après, on peut également compter des titres comme Warhammer 40,000, BladeRunner, MadMax et toutes les autres vieilles BDs belges des années 80, comme Neige, parmi mes influences. J’ai toujours eu goût à expliquer mes idées… Et c’est ce que j’essaie de mener à bien notamment lorsque je monte des videos et des clips !

« On a surtout envie de faire passer un bon moment au public ! Si ce n’était pas le cas, j’aurais changé de métier ! »  

Tu as quand même pris quatre ans pour concevoir The Advent of Shadows

Entre les albums, il y a eu l’EP pour « Break Your Body » histoire de faire patienter les fans. Le premier album faisait office d’essai, dans le sens où je n’avais pas encore beaucoup de matériel à ma portée et très peu de banques de sons. Pour le deuxième volume, The Advent of Shadows, c’était différent, car j’avais acquis beaucoup plus de matériel. Donc, c’est tout simplement que j’ai été amené à prendre mon temps et à peaufiner l’ensemble, de sorte à élaborer des ambiances bien précises. On a pris plus de temps, mais on n’est pas mécontents du résultat… Désormais, on pense déjà au troisième album.

J’ai lu quelques retours au sujet de l’album. Ils sont plutôt bons quand même ! Quels sont les atouts de votre musique selon toi ? 

Je pense que le fait d’allier Electro et Metal parle à plus de monde. Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas qu’un seul type de public qui se rendait à nos concerts, mais plusieurs. Il y a beaucoup de metalleux, c’est sûr, mais aussi pas mal de gars issus de la scène Gothique, Punk, Hardcore… S’ajoutent à eux pas mal de « bobos à moustache » qui semblent s’être perdus, mais qui finalement restent et reviennent à nos concerts. On en est les premiers surpris d’ailleurs. Il semblerait que ce côté ‘’Electro’’, dansant a l’air de plaire, et c’est tant mieux ! 

On vous associe à la scène Metal Indus… Prochainement, il y a Rammstein qui va sortir son nouvel album. As-tu écouté les nouveaux titres ? 

J’ai écouté « Deutschland », je l’ai trouvé vraiment sympathique, mais dans le fond, on dirait un titre d’AC/DC. Aujourd’hui, Rammstein est une boîte à hits. Les arpèges qui ouvrent le morceau me font énormément penser à du Anne Clark et bien sûr, à Angus Young… Après, tu as ces gros riffs plaqués et cette batterie tonitruante. C’est vraiment efficace ! Néanmoins, je reste un peu sur ma faim, car j’estime qu’il manque ce « truc » qu’on pouvait retrouver sur les trois premiers albums du combo. Aujourd’hui, on est dans le monumental, dans le délire « megalo »… Tout est très propre, trop propre… Et je dois avouer que j’ai une petite préférence pour la saleté sinon, je ne serai pas là à me badigeonner de noir à chaque concert ! (Rires)

Il y a quand même un côté malsain, assez pesant dans la musique que tu écris… Est-ce lié à ta vie personnelle ? 

Non, c’est plutôt lié à la psychologie du Shaârghot. Lorsque je compose pour Shaârghot, je ne cherche pas à faire passer de quelconques messages. D’ailleurs, il y a des choses sur lesquelles le Shaârghot et moi-même ne sommes pas du tout d’accord. C’est comme une pièce de théâtre, un film… Tout ce dont je parle dans le script, ce sont les pensées d’un personnage qui n’est pas moi, c’est aussi ce qu’il vit au quotidien… Contrairement au Shaârghot qui est un psychopathe, je suis un être relativement calme dans la vie de tous les jours, et ça n’a rien à voir avec ce que tu vois sur scène !

Donc j’imagine que tu incarnes ce fameux personnage ! 

Oui, c’est ça. Sur scène, je représente le Shaârghot… J’ai son apparence, sa voix, ses mimiques… Et ça demande de moi que je mette en condition avant de monter sur scène, et je le laisse vivre… Ça demande une certaine souplesse. Quand je travaille ma scénographie, je revois ma façon de marcher, de me comporter… J’essaie d’incarner au mieux le Shaârghot sur scène, donc c’est un jeu d’acteur !

Pour ce deuxième album, vous avez une nouvelle fois fait le choix de l’autoproduction. Pourquoi ? 

Tout simplement parce que nous n’avons pas un rond ! (Rires) On fait tout par nous-mêmes, ça nous prend du temps, c’est sûr… Mais ça nous permet de sortir un objet dont on estime qu’il est assez bon à nos yeux. C’est peut-être ça l’essentiel, non ? S’amuser ! Ça n’aurait aucun intérêt de sortir un objet juste pour sortir un objet ! J’ai déjà connu des groupes qui publiaient des albums dans la hâte, car dans leur contrat, il fallait sortir un « truc » dans l’immédiat. En général, ils étaient assez déçus par le rendu, car ils n’avaient pas eu le temps s’attarder sur tous les petits détails, que ce soit les compositions, mais aussi le mixage. Et du coup, les musiciens en question prennent moins de plaisir à présenter leurs morceaux sur scène… Et on n’avait pas envie de proposer quelque chose qui nous rende amers. On a surtout envie de faire passer un bon moment au public ! Si ce n’était pas le cas, j’aurais changé de métier ! 

Tu considères Shaârghot comme une activité professionnelle ? 

Oui, plus ou moins. Je suis monteur, réalisateur et figurant dans la vie de tous les jours. Si tu fais bien attention, dans le cinéma français, quand ils ont besoin d’un Punk, en général, c’est à moi qu’ils font appel, car je suis sans doute l’un des seuls « Punk à crête » qui ont cette dégaine à l’année. Je me fais de l’argent grâce à mes cheveux… Si, c’est pas génial, ça !

Une date au Hellfest arrive ! 

Oui ! Très vite ! On se produira le samedi 22 juin prochain sous La Temple à 11 heures !

« Qu’il y ait 300 ou 10. 000 personnes dans la salle, j’envoie le boulet par la poste ! »

Voilà qui est surprenant… D’habitude, on y fait jouer du Black Metal sous la Temple ! 

Oui, oui ! Mais cette année, c’est différent ! Beaucoup de formations d’Indus et de New Wave s’y produiront, dont ceux dont je faisais allusion tout à l’heure : Punish Yourself, Combichrist… Le samedi, il y aura beaucoup plus d’Electro-Punk à proprement parler sous La Temple. T’as même The Sisters Of Mercy qui s’y produira. D’ailleurs, on était assez surpris quand on nous a proposé La Temple… Je pensais qu’on allait nous programmer sur La Warzone !

Oui, je vous aurais plus vus sur La Warzone également… 

D’ailleurs, l’univers carcérale de cette scène se fond bien avec notre musique… Après, le problème de La Warzone est qu’elle n’est pas couverte. Donc, pour les groupes qui axent leurs concerts sur des effets de lumière, c’est un peu limite. En ce qui nous concerne, on joue sur des jeux de lumières assez contrastés avec pas mal de stroboscopes. On donne beaucoup d’importance à nos agencements de lumière, mais là, vu qu’on jouera en plein jour, on ne pourra pas développer tout ça comme bon nous semble. Ça restera chouette, mais il manquera quelque chose au show, c’est sûr.

Que conseillerais-tu aux gens qui s’apprêtent à vous voir en concert ? 

De souscrire à une bonne assurance vie ! (Rires) En général, je dirais à ceux qui s’apprêtent à nous voir de ne pas être surpris par la variété de notre public… Ça « pogote » bien… On passe, je l’espère, un bon moment quand on assiste à l’un de nos concerts !

Le vendredi 13 juillet dernier, vous vous êtes produit en première partie de Ministry à l’Elysée Montmartre. J’imagine que ça a dû être une expérience hors normes pour vous. D’ailleurs, comment êtes-vous parvenus à ouvrir pour un tel monstre de la scène Indus’ ? 

Notre agent était en relation avec Garmobonzia qui avait organisé la date. Donc, il était question que quelques formations locales ouvrent la soirée, nous et Treponem Pal. Après, qu’est-ce que ça m’a apporté à moi personnellement ? Je ne saurais trop quoi dire, car je livre la même prestation… Qu’il y ait 300 ou 10. 000 personnes dans la salle, j’envoie le boulet par la poste ! C’est mon job, ma passion…

Votre premier clip, « Uman Iz Jaws » a atteint les 40. 000 vues sur Youtube. Un commentaire ?

Oui, d’ailleurs, on ne touche pas que des Français avec notre musique, mais aussi des Allemands, et même des Espagnols – je pense même qu’on sera amené à leur rendre visite un de ces quatre – Après, je pense que c’est lié au fait qu’on ne s’est jamais auto-proclamé comme un groupe de Metal Indus’ à proprement parler, du coup, on touche un public différent. Avec Shaârghot, on est plus dans un Metal hybride qui sort de l’ordinaire… Après, notre deuxième clip, celui de « Break Your Body » a déjà atteint les 38. 000 vues, alors qu’il n’est sorti que l’année dernière ! 

Heretik Magazine a pour vocation de soutenir la scène locale des Hauts-de-France. Chez nous, quand on parle de Metal Indus’, on évoque souvent le nom d’Obszön Geschöpf…

Oui, je connais ! Après, je dois avouer que je n’ai pas écouté ses dernières réalisations… Je sais qu’il est très productif, mais j’ai tellement de choses à écouter en ce moment que je n’ai pas eu le temps de jeter une oreille à son dernier album… Bon, cela-dit, j’aime bien Obszön Geschöpf, mais ce n’est pas forcément le type de musiques qui m’inspire au quotidien. Je les préfère plus évolutives, alors que celles de Obszön Geschöpf sont plus cycliques. Il me tarde cependant de le voir en live, je sais qu’il ne se produit pas souvent… 


Shaârghot, c’est : 

Shaârghot : Tous les instruments

Discographie : 

Vol. 1 (2015) 

Vol. 2 The Advent Of Shadows (2019)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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