Il nous a été difficile de bien saisir tout ce qui s’est tramé au sein de Rhapsody ces dernières années. Entre les tournées d’adieu qui n’en sont pas (Rhapsody…) et le différents alias du groupe, il y avait vraiment de quoi se crêper le chignon. Pour faire court, l’entité Rhapsody Of Fire (ex-Rhapsody) est scindée en deux clans depuis que Luca Turilli a décidé de faire bande à part en formant son propre Rhapsody en 2011. De 2011 à aujourd’hui, il fallait composer avec Rhapsody Of Fire (celui d’Alex Staropoli) et celui de Luca Turilli. Entre temps, Fabio Lione, également en poste chez Angra, décide de quitter à son tour le clan d’Alex Staropoli. Et ces derniers mois, Luca Turilli et Fabio Lione se sont revus histoire de fêter le vingtième anniversaire de Rhapsody, sans Alex Staropoli, aux abonnés absent. Mais la tournée a finalement donné naissance à un troisième alias : Rhapsody (Turilli / Lione) et à un tout nouvel album : Zero Gravity (Rebirth and Evolution). Nous avons rencontré les deux Italiens lors de leur passage à Paris.

Propos de Luca Turilli (guitare) et Fabio Lione (chant) recueillis par Axl Meu à Paris le 8 mai 2019


Nous voilà à un moment clef de votre carrière. Ce retour, ce groupe… C’est plus ou moins la consécration de cette fameuse tournée d’adieu que vous avez entreprise l’année dernière…

Fabio : Au départ, l’idée n’était pas de sortir un album. On tenait juste à célébrer les 20 ans de Rhapsody. On s’est produit pendant six mois ou quelque chose comme ça… Et les demandes de concerts pleuvaient encore et encore. Même si Alex Staropoli n’a pas souhaité être de la partie et que nous avions dû faire l’usage de bandes sonores pour combler les manquements, il s’est vraiment passé quelque chose entre nous durant cette tournée. C’était vraiment super. Et à la fin de cette tournée, nous avons évoqué l’idée de lancer un projet dans la « vibe » de Queen. On s’est alors rendu compte que c’était possible de continuer, mais avec un autre groupe, un nouveau patronyme qui serait alors synonyme de renaissance pour nous ! Le groupe devait alors s’appeler Zero Gravity, mais notre management et notre label nous ont dit qu’il serait mieux d’utiliser le patronyme de Rhapsody, étant donné que ça fait plus de vingt ans que je chante dans ce groupe. Ça aurait vraiment stupide de notre part de repartir de zéro. Les festivaliers n’auraient pas forcément fait le rapprochement et ça aurait clairement été moins vendeur ! 

Avec le sous-titre « Rebirth and Evolution », le message est clair. C’est un tout nouveau groupe, une nouvelle entité, mais vous restez proches de votre passé… 

Oui, voilà, ce nouvel album est très varié, il y a beaucoup de tout dans cet album, des instruments atypiques, mais aussi des éléments très modernes, et je trouve que le morceau « Phoenix Rising », la piste qui ouvre l’album est parfaite, puisqu’elle fait le pont entre le passé, le présent, et le futur. Comme tu as pu le voir, nous avons également changé de logo…

J’ai lu qu’avant que vous entrepreniez cette tournée anniversaire ensemble, Luca et toi ne vous étiez pas vus pendant sept ans ! C’est énorme… J’imagine que vos mentalités ont changé entre temps…

Oui, voilà, on s’écrivait de temps en temps, mais on ne se voyait plus. Et c’est vrai, aujourd’hui, nous sommes totalement différents. Nous avons eu d’autres expériences. Clairement, nous ne sommes plus les mêmes et n’avons pas forcément la même approche de la musique qu’à l’époque. Plus tu avances dans la vie, plus des goûts en matière de musique évoluent également. Cette tournée nous avait permis de refaire connaissance !

(Luca Turilli fait irruption dans la salle)

Donc, je disais, cet album, c’est un peu l’album de la « réunion », mais Alex Staropoli n’a pas souhaité se joindre à vous, même pour l’album… Le reste de la formation est cela-dit composé uniquement de musiciens qui sont passés par la case « Rhapsody ». 

Luca : Oui, on lui a demandé à plusieurs reprises s’il voulait se joindre à nous, mais ça ne l’intéressait pas, c’est tout. Aujourd’hui, il a son propre groupe, on lui souhaite le meilleur, mais c’est un peu frustrant, surtout pour la tournée. On voulait célébrer cet anniversaire avec lui, il n’a pas voulu… 

Fabio : Voilà, puis Rhapsody venait de sortir son nouvel album, il a ses nouveaux membres. Aujourd’hui, on n’est plus sur la même longueur d’onde, et on ne peut pas forcer quelqu’un à rejoindre une formation. C’est comme ça…

« Plus tu avances dans la vie, plus des goûts en matière de musique évoluent également. Cette tournée nous avait permis de refaire connaissance ! » 

Pour revenir à ce nouveau projet, vous vouliez au départ créer quelque chose de nouveau, mais comment expérimenter dans ce style ? 

Fabio : Ce n’est pas facile, oui.

Luca : En fait, le projet de base était justement de ne pas trop sonner « Power Metal ». Après, bien sûr, et ça n’a échappé à personne, nous sommes particulièrement friands de tout ce qui se rapporte à la musique classique et symphonique. Ça a toujours fait partie de notre A.D.N., tu sais ce côté classique, cinématographique, grandiose. On tenait à garder la touche « symphonique », et nous y avons apposé des idées nouvelles issues de choses que nous écoutons aujourd’hui : des éléments qui parfois n’existaient pas à nos débuts il y a vingt ans. Les guitares sonnent très bien, non ? 

Oui ! Les thématiques ont totalement évolué également ! Adieu les histoires de chevalerie et autres… Mais que Ronnie James Dio aurait pensé de cette nouvelle entité ? (Rires)

Luca : Oh mon dieu ! Il aurait sans doute aimé, parce que Zero Gravity est album très riche, chaque morceau est différent et apporte sa touche au fil conducteur de l’album, ceci-dit, on nous reconnait toutefois ! 

Fabio : Ah Dio… C’était un des meilleurs chanteurs de Heavy Metal… En ce qui me concerne, peut-être aurait-il été sensible à ma manière de chanter sur cet opus et ses différentes couleurs vocales. 

Ce qui m’a frappé dans ce nouvel album, c’est le soin qui a été apporté aux arrangements électroniques. Ce n’était pas trop difficile à mettre en place ? 

Luca : Non, c’est fantastique ! Ça a renforcé le côté connexion entre le présent et le passé. Aujourd’hui, désormais, on peut tout faire ! On a repoussé nos limites. Le but était là de surprendre les fans, on s’est laissé carte-blanche. Avec Simone Mularoni (DGM), on a passé un temps fou à travailler sur les fréquences, et on se devait d’avoir un gars digne de ce nom à nos côtés. Lui, il est très efficace. D’ailleurs, il nous a surpris, car il est venu après la première version du mix quelques heures après l’enregistrement. Nous nous sommes alors dit : « non mais comment ça va sonner ? ». En fin de compte, c’était presque parfait ! 

D’ailleurs, pour les parties électroniques, on pourrait aussi faire le rapprochement entre vous et Statovarius qui, aujourd’hui, utilise aussi ce genre de sonorités dans ses albums… 

Luca : Ah bon ? Ça fait très longtemps que je n’ai pas écouté Stratovarius !

En fait, en 2013, ils ont sorti cet album, Nemesis qui comprend ce morceau : « Halcyon Days ». 

Fabio : Oui, je le connais et c’est vrai que la mouture actuelle de Stratovarius n’a plus rien à voir celui des années 90. Mais c’est vraiment pas mal ! Après, je n’ai pas écouté toutes leurs dernières sorties, mais je connais bien deux, trois morceaux. C’est encore du Power Metal avec des claviers, très modernes, mais qui s’approchent de l’Electro par moments. D’ailleurs, il y a autre groupe qui utilise des sonorités électroniques qui cartonne : Beast In Black, tu connais ?! Ils viennent de sortir un très bon album, From Hell With Love !

Oui, je connais, c’est un peu comme du Bon Jovi, mais mis à jour ! (Rires)

Oui, c’est vrai ! (Rires)

Est-ce que vous pouvez revenir sur la manière dont vous avez abordé le côté cinématographique du groupe ? 

Sur notre album, il y a des morceaux comme « Arcanum (Da Vinci’s Enigma) », qui est une relecture hollywoodienne du livre Da Vinci Code, et tout ce qui est en relation avec Leonard De Vinci et tous les mystères qu’il y a autour de son art. Puis, on a également puisé dans notre culture littéraire, la preuve avec « Amata Immortale », qui est une relecture moderne du poème de Giacomo Leopardi, « L’Infinito ». 

J’ai noté quelques featuring pour l’album, notamment celui d’Elize Ryd, la chanteuse d’Amaranthe. Elle figure sur le morceau « D.N.A. (Demon and Angel) ».

Fabio : Nous adorons son timbre ! On la connaît bien, surtout moi, vu qu’on avait fait la tournée Kamelott ensemble. Nos voix s’associaient bien, donc on a immédiatement pensé à elle. Dès le départ, elle s’est montré très enthousiaste, alors qu’elle était en tournée à ce moment. Elle a réussi à trouver un peu temps pour nous. Elle l’a fait. 

Luca : Le contraste est juste génial !  Il y a ces guitares très puissante sur « D.N.A. (Demon and Angel) », la voix angélique d’Elize qui contraste avec celle de Fabio. 

Il y a d’autres personnes qui figurent sur l’album ? 

Oui, Mark Basile (DGM) chante sur le morceau « I Am », un morceau très progressif. Sur « I Am », les deux voix participent à la construction d’une entité différente avec ce passage au milieu qui ressemble un peu à…

« Bohemian Rhapsody » de Queen (rires)

Oui, c’est ça ! (rires) 

C’est un clin d’œil pleinement assumé j’imagine.

Luca : Bien sûr, on était censé faire un projet à la Queen, donc…

Fabio : Oui, cette partie à la « Queen » arrive de nulle part, mais n’est pas si déconnecté du morceau. C’est très bien agencé ! 

Personnellement, quand j’écoute du Power Metal, je sais souvent à quoi m’attendre, ce qui n’est pas votre cas ! Je veux dire : ce sont des plans de guitare sans frein, un côté « virtuose ». Sur cet album, tout semble mesuré.  J’imagine que ce n’est plus vraiment votre leitmotiv à présent… 

Luca : Non, pas vraiment… Après, ça dépend ce que tu entends par Power Metal. À l’époque, le Speed Metal, qui est devenu par la suite, le Power Metal, était un style de musique très « underground » et les groupes ne vendaient même pas 1000 copies de leur album… Après, hier, nous étions en Suède et là-bas, chez eux, ils considèrent Sabaton comme du Power Metal, et pourtant, ils ne font pas trop dans la vitesse. Personnellement, je commence à m’y perdre ! On ne sait plus trop à quoi renvoie le Power Metal aujourd’hui… C’est quoi pour toi le Power Metal ? 

Gamma Ray, Helloween, Rhapsody, Angra, Stratovarius… 

Luca : Ah, je suis vraiment fan d’Helloween, mais je n’ai jamais écouté Gamma Ray. J’avais reprise « March Of Time » (Helloween) sur un de mes albums, et même « Guardian » avec Fabio Lione dans les années 2000 ! (Regard amusé)

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est TLRhapsody2019a-1024x683.jpg.

« On doit écouter Zero Gravity comme si c’était une bande originale de film. »

Tout à l’heure, tu me parlais de ce morceau, « Amata Immortale ». C’est un piano-voix. Comment avez-vous travaillé dessus ? 

Fabio : Oh mon dieu, « Amata Immortale » nous a donné tellement de fil à retordre ! Comme je t’ai dit tout à l’heure, nous avons écrit cette chanson à partir d’un poème, l’« Infinito » de Giacomo Leopardi. C’était assez compliqué de le mettre en boîte puisque nous n’avons pas utilisé de métronome pour arriver à nos fins. Luca joue du piano dessus. 

Luca : Oui, ce n’était clairement pas évident, mais l’atmosphère qui s’en dégage est tout simplement incroyable. Puis, dessus, on rend plus ou moins hommage à notre pays puisque l’on chante en Italien dessus. Oui, je pense sincèrement qu’« Amata Immortale » est unique en son genre. Sincèrement, tout fan de musique qui se respecte se doit d’apprécier ce type de chansons. 

Vous avez toujours été influencé par la musique classique, notamment des artistes comme Beethoven, mais là, vu que vous avez modernisé votre approche, est-ce une façon pour vous d’ouvrir la musique classique à des générations plus jeunes ? 

Luca : Oui, oui ! C’est aussi une façon pour nous de moderniser l’approche des bandes originales de fil que tu peux écouter dans les cinémas. Quand tu vas au cinéma, tu restes attentif, tu écoutes la musique, et tu prends conscience de certaines choses. Bon, ça a pas mal évolué ces dernières années. Regarde un peu aujourd’hui les nouvelles bandes originales ; celle des Avengers, de Spider Man… Tous ces films utilisent des effets électriques dans leurs films, et le premier à avoir fait ça, c’est Matrix ! D’ailleurs, lors de notre tournée d’adieu, notre bassiste avait repris le thème de ce film lors de son solo ! Donc, on doit écouter Zero Gravity comme c’était une bande originale de film. Tout est question d’émotion au sein de Rhapsody, d’un message particulier que nous voulons envoyer à nos fans.

De quelle nature est le message de Rhapsody aujourd’hui ? Positif ? 

Oui ! Tout a toujours été positif au sein de Rhapsody. D’ailleurs, la métaphore derrière la pochette de Zero Gravity est une invitation à faire le grand pas et d’aller vers quelque chose qui nous transcende, qui nous dépasse. Comme un phénix qui renaît de ses cendre. Comme beaucoup d’artistes, nous parlons de sujets qui nous touchent tous au quotidien : le mystère de la vie, l’amour, la lumière… Et au risque de me répéter, j’estime que Fabio et moi-même avons la responsabilité de véhiculer un message positif ! Le quotidien est horrible en ce moment, il suffit juste d’ouvrir le journal pour broyer du noir, donc évitons d’empirer les choses.

Quid des concerts à venir pour Rhapsody ? 

Fabio : Eh bien, on jouera une paire de titres du nouvel album pour nos concerts à venir. Pour le moment, on va répéter et agencer tout cela, puisque nous n’avons toujours pas de clavier. Nous avons une série de 10 concerts à donner, pas en Europe, mais rassurez-vous, à partir de Janvier prochain, nous serons de retour en Europe, puis nous devrions enchaîner avec une tournée Sud-Américaine.

D’ailleurs, nous n’avons pas évoqué la question du crowdfunding pour ce nouvel album… Rhapsody avait-il vraiment besoin d’argent pour enregistrer son album ? 

En fait, pour faire court, la production de l’album nous a couté un bras à tous. Certes, Nuclear Blast a participé, mais nous avons dû faire appel aux fans pour pousser le tout : pour le son, le rendu, et enfin obtenir l’album auquel nous aspirions depuis un moment. Bien sûr, ils ont eu des contreparties. 

Ma dernière question portera sur Angra. Fabio, maintenant que tu es de nouveau au sein de Rhapsody, si on peut dire ça comme ça. Qu’en sera-t-il d’Angra ? 

On a dix concerts à donner prochainement, puis nous allons prendre une pause d’un an et demi, et allons nous concentrer sur l’écriture de nouveaux morceaux. Je pense que j’arriverai facilement à faire la part des choses. En tout cas, Angra ne compte pas sortir un nouvel album maintenant, donc pour le moment, je peux me consacrer entièrement et à plein temps à ce nouveau Rhapsody


Rhapsody (Turilli/Lione), c’est :

Fabio Lione : Chant

Luca Turilli : Guitare, claviers, Piano 

Dominique Leurquin : Guitare

Patrice Guers : Basse

Alex Holzwarth : Batterie

Discographie :

Zero Gravity (Rebirth and Evolution) (2019)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.