Il nous arrive par moments de louper le coche, et de manquer par la même occasion des interviews que, justement, nous n’aurions manquées pour rien au monde. Et ce fut le cas pour Revocation qui, souvenez-vous, nous était revenu avec The Outer Ones (Metal Blade Records) en septembre 2018. Les Américains alors de passage au Hellfest, nous avons saisi l’opportunité de nous en entretenir avec David Davidson, le chanteur/guitariste de la formation.

Propos de David Davidson (chant/guitare) recueillis par Axl Meu


J’ai découvert le groupe quand vous étiez en première partie de Cannibal Corpse au Splendid de Lille en 2014. Avec le temps, Revocation a évolué et est devenu à mes yeux l’une des formations de Death technique les plus influentes… 

Depuis nos débuts et l’album Empire Of The Obscene, j’ai toujours pensé à la manière dont je souhaitais faire évoluer le groupe, à commencer par le fait de le pousser vers l’avant, dans de différentes directions. Aujourd’hui, nous pouvons trouver dans notre musique des éléments de Death, de Thrash, mais aussi du Prog’, du Grindcore et du Black… J’ai toujours aimé associer différents styles de musique ensemble. Au fil des années, on nous a surtout associés à la scène Death. mais à nos débuts, on nous mettait dans la catégorie « Thrash »… mais oui, je pense qu’il y a eu une évolution album après album, le type d’évolution que toute formation devrait suivre selon moi, surtout pour un groupe comme nous. Il faut dire que les orientations changent au fil des années et que je n’avais que 17 ans ou quelque chose comme ça quand j’ai commencé à composer pour le groupe.

J’ai appris aujourd’hui que c’était la première fois que vous vous produisiez au Hellfest. 

Oui, c’était notre toute première fois. Au bout de huit albums et d’un nombre incalculable de tournée, nous nous sommes enfin produits au Hellfest ! Je ne sais pas pourquoi ça a pris tant de temps, c’est une question qu’il faut poser aux promoteurs du festival… Et pourtant, nous nous produisons régulièrement en France ! Regarde, nous étions même au Motocultor l’année dernière ! Après, c’est toujours assez difficile de mettre en place toutes ces tournées estivales. Je veux dire, nous avons déjà fait des tournées en tant que headliner, et ça m’a l’air bien plus facile à gérer ! Car tu peux garder le contrôle de la situation quoi qu’il arrive. En tout cas, nous y sommes arrivées, le concert était vraiment cool, et j’ai vraiment hâte d’en faire encore plus, enchaîner festival sur festival. 

De votre performance au Hellfest, j’ai surtout aimé l’interprétation du morceau « Existence Is Futile » tiré de l’album du même nom ! À mon sens, c’est le meilleur album du groupe ! 

C’est évident, cet album nous a permis de franchir un cap. 

Revenons à présent à l’album que vous avez sorti l’année dernière : The Outer Ones. J’ai été particulièrement surpris, j’y ai trouvé beaucoup plus d’éléments Prog’ cette fois-ci. Comment expliques-tu cela ? 

Je veux dire, encore une fois, on aspire toujours à dépasser nos limites. Tu essaies des choses et tu fais en sorte qu’aucun de tes morceaux ne soient prévisibles. Quand je parle de « prog », il faut toujours le prendre au sens noble du terme. Je veux surprendre et emmener les gens dans un autre univers, le mien. Oui, le but est vraiment d’étonner et de composer une musique qui soit imprévisible. Tu sais, c’est peut-être ça le pire pour moi : acheter un album, écouter les premiers morceaux et deviner trop facilement ce qui se passera par la suite…

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Revocation_2018_alex_morgan2.jpg.

« AC/DC est un groupe tellement immense. Un véritable monstre du Rock, et très souvent, on entend les gens dire : ‘je peux aussi faire ça à la guitare, c’est très facile’, mais je ne pense pas… »

Dans ce nouvel album, il y a une piste instrumentale qui s’intitule « Ex-Nihilo ». Je me suis toujours demandé comment un groupe faisait pour donner un nom à ce genre de morceau… 

Dans le sens où « Ex-Nihilo » signifie « venir de rien », on peut dire que ce morceau parle de lui-même. Quand tu écris, en général, ça vient de ton ressenti du moment, de tout ce que tu ressens à l’instant-t, mais par moments, tes idées viennent de nulle part. Tu changes les fréquences, et là, d’un coup, une nouvelle idée de riff arrive de nulle part. Car tu sais, ce n’est pas parce que tu as la technique que tu vas composer un bon morceau.

Ce qui est très agréable quand on écoute Revocation, on sent que vous n’oubliez pas le plus important : le feeling. On peut écouter Revocation facilement… C’est technique, certes, mais vous laissez quand même le cerveau se reposer. 

Revocation a toujours souhaité composer une musique dynamique. Quand j’écris un morceau, j’essaie toujours d’y inclure des passages plus soft, de les imbriquer avec des parties plus intenses. Dans The Outer Ones, il y a cette piste, « Blood Atonement », il comprend à la fois des parties plus intenses, mais aussi des parties calmes avec la guitare classique et tout ce qui s’en suit. On joue alors sur les degrés d’intensité. C’est amusant de voir comment on peut varier l’intensité sur un et seul morceau.

Comment expliques-tu le fait qu’il y ait beaucoup plus de groupes de Technical Death Metal en ce moment ? Les gros étant : vous, Gorod, Beyond Creation, Obscura… 

Ce n’est pas évident à expliquer, mais je pense tout de même avoir une idée à ce sujet. Plus les années passent, plus la technologie progresse. Et tout va de plus en plus vite. À l’époque, chaque courant musical était en lien avec une région particulière du globe. Par exemple, si tu venais de la Bay-Area à la fin des années 80, il y avait de forte chance pour que tu fasses du Thrash. Si tu vivais en Floride au début des années 90, tu pouvais facilement te retrouver dans un groupe de Death. Aujourd’hui, c’est tellement différent : on a vraiment accès à tout et trop facilement. À mon adolescence, je faisais partie de la première génération « Napster ». En un seul clic, on avait accès à toute la musique que l’on voulait, comme si tout se téléchargeait dans mon cerveau. Donc, aucune limite : j’y ai pu découvrir Exhorder, et au même moment, j’écoutais In Flames, Emperor, Cannibal Corpse et bien d’autres qui avaient attiré mon attention. Donc il est évident que ça m’a amené à expérimenter en tant que musicien et automatiquement, ça s’entend énormément dans la musique que joue Revocation.

Est-ce que tu écoutes ce genre de groupes dont les compositions semblent à première vue très simples à jouer, à composer. Tu sais, AC/DC, The Beatles, The Rolling Stones… Penses-tu qu’il est facile d’écrire un morceau d’AC/DC par exemple ? 

(Il réfléchit) AC/DC est un groupe tellement immense. Un véritable monstre du Rock, et très souvent, on entend les gens dire : « je peux aussi faire ça à la guitare, c’est très facile », mais je ne pense pas… Tu sais, une formation, c’est un ensemble : il faut à la fois combiner guitare, batterie et chant, surtout avoir une bonne accroche vocale, tu vois ce que je veux dire ? Les riffs d’AC/DC ne sont peut-être pas les plus techniques en apparence, mais le solo… Il y a un phrasé qui est énorme. Pareil pour les mélodies vocales. Brian Johnson a ce timbre de voix, si unique… Et je pense que c’est ça qui compte pour finir. Réussir à assembler toutes ces qualités pour créer ensuite quelque chose d’unique, et c’est là que la vraie magie se met en place !


Revocation, c’est :

David Davidson : Guitare / Chant

Dan Gargiulo : Guitare / Chant

Brett Bamberger : Basse / Chant

Ash Pearson : Batterie

Discographie :

Sanity’s Aberration (sous le nom Cryptic Warning) (2005)

Empire of the Obscene (2008)

Existence is Futile (2009) 

Chaos of Forms (2011) 

Revocation (2013) 

Deathless (2014) 

Great Is Our Sin (2016) 

The Outer Ones (2018)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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