Autant dire que les bras nous en sont tombés lorsque Brian Tatler nous a appris que c’était son premier Hellfest. Preuve que rien n’est jamais acquis, même pour des formations du gabarit de Diamond Head… Et particulièrement enthousiaste et optimiste quant à l’avenir de son groupe, le guitariste derrière le riff de « Am I Evil » a bien voulu tchatcher avec la rédaction d’Heretik Magazine dans le cadre du Hellfest quelques mois après la sortie du superbe The Coffin Train. 

Propos de Brian Tatler recueillis par Axl Meu


Ces dernières années ont été pour vous très enrichissantes : depuis que Rasmus Bon Andersen a rejoint tes rangs, Diamond Head semble connaître un second souffle ! Pourquoi Nick Tart était-il parti d’ailleurs ? 

En fait, Nick a déménagé à Brisbane, en Australie, en 2008. Et mine de rien, ça a enclenché le début de la fin entre lui et le reste du groupe. On a, certes, essayé de continuer à se voir, mais ça devenait de plus en plus compliqué, vu les coûts que ça engendrait. Donc, avec Diamond Head, on s’est résolu à l’idée de se séparer de lui et d’engager un chanteur résidant au Royaume-Uni. Nous avons fait quelques recherches et trouvé par la suite Rasmus. On l’a auditionné et on l’a retenu. Ça le fait vraiment… Je veux dire, il a vraiment quelque chose dans sa voix, ce timbre que je cherchais depuis un moment, et les notes, il les tenait !

Je le trouve également très charismatique, et en plus, il est plutôt du genre à respecter l’intégrité du répertoire de Diamond Head, ce qui n’est pas donné à tout le monde. 

Oui, vraiment, je suis tout à fait d’accord avec toi. Il est très fan de Diamond Head, et il a écouté jusqu’à l’usure tous nos vieux albums. Grâce à lui, nous pouvons aspirer à rester authentiques, les mêmes, avancer avec la même mentalité. Mine de rien, ça fait aujourd’hui cinq ans qu’il est dans le groupe, et comme tu dis, sa présence dans le groupe nous a vraiment boostés. Et sur The Coffin Train, il s’est vraiment affirmé ! 

Que Rasmus a-t-il apporté en plus sur The Coffin Train ?

Il l’a produit, et également mixé… 

Ce qui n’était pas le cas sur votre album éponyme ? 

Non, pour l’album éponyme, on l’avait enregistré, produit et mixé respectivement au Vigo Studio et au Metropolis studios à Londres. Malheureusement, la personne qui nous avait accompagnés n’est plus de ce monde… Donc, cette fois-ci, j’ai demandé à Rasmus de s’occuper de la phase de la production. Je veux dire, Rasmus a écrit toutes les paroles de l’album, et il est donc normal qu’il soit crédité sur tous les morceaux. Son implication a donc été primordiale… Vraiment, je trouve que The Coffin Train a un son encore plus massif que son prédécesseur. Et tout semble aller au mieux pour Diamond Head désormais : on a un nouveau management, un bon label : Silver Lining… 

Directement, Diamond Head évoque en moi la puissance du riff… C’est bien comme ça que tu conçois ta musique ? 

Oui, exactement. C’est également de cette manière-là que nous visualisons le groupe également. J’ai toujours écrit la majorité des riffs, même si quelques idées me sont apportés de temps à autre… Quand je ne suis pas trop satisfait d’un riff, je le laisse de côté et j’y reviens quand j’estime que je peux en faire quelque chose… Donc, par moments, il m’arrive de revenir sur une idée qui ne m’avait pas pleinement plu il y a parfois dix ans. 

Dans ce nouvel album, The Coffin Train, j’ai particulièrement été impressionné par la richesse des riffs. Il y a des parties parfois plus lourds, parfois plus forts, parfois plus calmes… C’était quoi le projet quand tu t’es lancé dans l’écriture de ce nouvel album ? 

Je dirais : écrire un nouvel album qui s’inscrive dans la pure tradition de tout ce que nous avons proposé jusqu’à présent. J’essaie toujours de me rapprocher et de faire aussi bien que notre album référence : Lightning To The Nations, et de composer des morceaux qui soient aussi bons que « Am I Evil », « The Prince » et « It’s Electric ». Tu sais, les titres auxquels je fais allusion dégagent un « truc ». Et l’idée était là de revenir à ce type de riffs caractéristiques. Aujourd’hui, Diamond Head se doit se respecter la signature et la marque de fabrique qu’on a mises au point au début des années 80. On sait comment le groupe doit sonner, et si ça ne nous correspond pas, on passe à autre chose !

Est-ce qu’il n’est pas trop difficile de ne pas se répéter après tout ce temps ? 

Ça m’est déjà arrivé à plusieurs reprises, mais en vrai, il est parfois difficile de s’en rendre compte… Donc, on fait tout pour que ça n’arrive pas. (rires) Il faut également que les compositions restent originales, et comme je te disais à l’instant, qu’elles gardent en elles la « vibe » de Diamond Head. Pour les solos, c’est un peu pareil puisque j’utilise en général les mêmes gammes… Après, je ne suis pas du genre à enregistrer le même morceau 50 fois à la maison, mais en vrai, on a quand même passé pas mal de temps sur ce nouvel album. 

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« Aujourd’hui, Diamond Head se doit se respecter la signature et la marque de fabrique qu’on a mises au point au début des années 80 »

Diamond Head est associé à la NWOBHM. C’est vraiment une catégorie à part entière, exclusivement réservée aux groupes britanniques d’un certain âge aujourd’hui. Peut-on encore dire de Diamond Head qu’il joue encore de la New Wave Of British Heavy Metal ? 

Je ne sais pas pour tout te dire. Je ne vois pas la New Wave Of British Heavy Metal comme un style à proprement parler. C’est un « tag » qui avait été assigné aux groupes britanniques de la fin des années 70 qui jouait du Rock encore plus fort que leurs aînés, à savoir Black Sabbath, Led Zeppelin et Deep Purple. Et en dehors du fait qu’ils soient catégorisés de NWOBHM, tous les groupes étaient différents. Avec l’exposition et l’avènement du mouvement Punk, on était invités à jouer encore plus vite… Et le morceau « Exciter » de Judas Priest a été le point de départ de tout ça… Mais franchement, est-ce que l’on peut dire que le son de Motörhead et de Saxon étaient similaires ? Pas vraiment ! Mais l’idée de base, c’était de jouer bien, vite, avec tous ces solos, etc !

Aujourd’hui, après plus 40 ans au service du Rock’n’Roll, quels sont les projets de Diamond Head ? 

Comme tous les groupes, gagner en notoriété ? Tourner le plus possible ? Depuis quelques mois, un management professionnel s’occupe désormais de nous et comme je te l’ai dit précédemment, nous avons signé sur un gros label : Silver Lining. C’est une assez grosse prise pour le groupe, vraiment. C’est peut-être bête, mais nous tenons vraiment à jouer le plus possible. Il y a tellement d’endroits où nous ne nous sommes pas encore produits : l’Australie, l’Amérique du Sud, et pour le moment, nous ne nous sommes rendus au Japon qu’à une seule reprise ! Aujourd’hui encore, on s’est produit au Hellfest, notre première ! Donc, nous avons encore une sacrée marge de progression !

Tout à l’heure, tu me parlais de vos plus grands morceaux. Diamond Head sera sans doute tout sa vie associé à « Am I Evil »…

Oui, ce sont nos morceaux les plus connus, oui ! 

Te sens-tu condamné à jouer ces morceaux-là toute ta vie ? 

Condamné ? Non, pas du tout ! Je suis vraiment content de les jouer et je pense sincèrement que beaucoup de groupes aimeraient avoir ces titres dans leur répertoire. Ce sont des incontournables, donc nous les mettons à la fin du set de sorte à électrifier le public ! Puis pour « Am I Evil », c’est peut-être un morceau long, mais il ne lasse jamais, ce qui n’est pas évident de nos jours quand c’est un morceau d’une certaine durée. Après, il progresse, il évolue, « Am I Evil » reste un morceau fascinant à jouer, même quarante ans après avoir été composé. 

J’ai lu que tu vivais des royalties de Metallica. C’est vrai ? 

Oui, oui. Aujourd’hui, c’est ma principale source de revenue. Je suis conscient que ça sort de l’ordinaire, mais en toute vérité, je m’estime heureux, surtout chanceux. Qui aurait pu prédire que Metallica devienne si gros, si grand, si populaire ? J’ai écrit ces morceaux à la fin des années 70, et Metallica n’existait pas encore, aujourd’hui, c’est le plus grand groupe du monde ! Jamais je ne me serais douté qu’il reprenne mes titres… Non seulement ça nous booste, mais ça fait de Diamond Head un groupe qui compte, qui a de l’importance. Je leur en suis très reconnaissant ! 

Aujourd’hui, vous vous êtes produits sous la Temple. J’avoue avoir été surpris que vous vous produisiez sur cette scène, car en général, on y programme du Black Metal… 

Oui, c’est vrai que nous ne faisons pas trop dans le « Black Metal »… Mais on n’est pas à plaindre ! On est tout simplement heureux d’avoir été conviés à ce festival. Ça ne fait que quelques heures que nous sommes là et je dois avouer avoir été très surpris par les moyens déployés ! 

Je vous ai vus l’année dernière aux MetalDays, c’était une autre chouette expérience, j’imagine ! 

Oui, pareillement. Jamais je ne m’étais produit dans le cadre d’un festival qui dure aussi longtemps. On s’était produit lundi, en début de semaine, après Behemoth. Bon, on n’avait pas pu rester toute la semaine, on a dû s’en aller le lendemain, mais vraiment, c’était top. Je ne connaissais pas ce festival avant…

Ma dernière question sera un peu originale : est-ce que tu te sens « Heretik » ? (votre serviteur lui tend un exemplaire papier du votre magazine préféré…)

Non… (rires) En tout cas, Heretik Magazine, j’espère que vos lecteurs ont aimé notre nouvel album, The Coffin Train et qu’ils continueront à soutenir la scène Metal ! 


Diamond Head, c’est :

Brian Tatler : Guitares

Rasmus Bom Andersen : Chant

Karl Wilcox : Batterie

Dean Ashton : Basse

Abbz : Guitares

Discographie :

Lightning To The Nations (1980)

Borrowed Time (1982)

Canterburry (1983)

Death and Progress (1993)

All Will Be Revealed (2005)

What’s In Your Head (2007)

Diamond Head (2016)

The Coffin Train (2019)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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